‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 55 sur 77 · EE — ——— —— · texte numérisé non relu

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554 HISIOIRE GÉNÉRALE [Au 58}

ét rudement maltraité, la fureur de l'hérétique n'étant pas encore satisfaite, on en vint à Fulgence, qui fut flagellé à son tour, Cependant il demanda à parler : déployant insensiblement tons les charmes de son éloquence, il commença par le motif de son voyage, passa aux matières de la religion , les traita avec tant de grace et d'onction, que ce méchant prêtre se sentit ému. Mais, se raidissant contre l'opération de la grâce, et rougissant de paraître attendri : « Frappez plus fort, dit-il aux exécuteurs , je pense qu'il voudrait me séduire moi-même. » Enfin il fit raser la tête aux deux confesseurs, «: les renvoya honteusement dépouillés.

Ils se retirèrent, eomme autrefois les premiers disciples de l'E: vangile, en se réjouissant d’avoir été jugés dignes d’endurer des opprobres pour le nom de Jésus-Christ. Ce sentiment était si fortement empreint dans le cœur de Fulgence, que l'évêque arien de Carthage, qui révérait son illustre famille, ayant appris cette indi-

gnité et voulant châtier sévèrement son prêtre, Fulgence usa de

tout son pouvoir afin de l’en empêcher. Quelques sollicitations qu'on lui fit de laisser faire justice pour contenir la violence der sectaires en mille occasions qui ne se présentaient que trop souvent, il répondit, avec une douceur inébranlable, qu'il était doublement indigne d’un religieux, et de tirer vengeance d'un héréti que, et de l'obtenir par le moyen d’un autre hérétique. Fulgence et ses compagnons retournèrent après cela à leur première demeure, aimant encore mieux se voir exposés aux incursions des Maures idolâtres, qu’à l'impiété des Vandales ariens.

Le désir de s'avancer de plus en plus dans la piété, et surtout de vivre inconnu et sans nulle considération, fit dans la suite concevoir au saint le projet de se retirer parmi les anachorètes de l'Egypte, qu'il ne connaissait encore que par les conférences de Cassien. Il s'embarqua secrètement à cet effet : mais des personnages trèsverteux et très-expérimentés, qu'il vit en Sicile, où il relâcha, aussi bien qu’en d'autres endroits de l'Italie, le détournèrent du voyage de l'Egypte, où le schisme et l’hérésie régnaient avec insolence. De retour en Afrique, et ne pouvant respirer l'air contagieux du siècle, il établit aussitôt une nouvelle communauté dans la Bysacène. Mais l'amour de l'obscurité demeurant toujours imprimé au fond de son cœur , à la première occasion il passa de ce nouveau séjour dans une île écartée où il y avait un monastère d'une très-rigoureuse observance. Là, il était au comble de ses vœux, vivant en simple moine, et se croyant à jamais ignoré, quand l'abbé Félix et ses disciples le découvrirent après l'avoir cherché fort long-temps.

dre moins féroce, Après que cet uni généreux eut été long-temps :

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Ils engagèrent l'évêque Fauste, comme son premier supérieur, à le redemander, et il se soumit à cet organe du Ciel. Aussitôt après son arrivée, Fauste lui conféra la prêtrise, afin de le fixer, et d'empêcher qu'on ne l'ordonnât pour une autre église. Le saint fit peu de résistance, quelque éloignement qu'il eût de toute distinction, comptant que ce premier degré l'attacherait à la retraite ,-et ferait que le: villes d'Afrique où son nom avait acquis la plus grande célébrité, re penseraient point à le demander pour évêque. C'était d'ailleurs le temps où le roi Trasamond s'opposait le plus rigoureusement aux ordinations épiscopales. Mais voyant peu après que les prélats ne se conformaient pas aux défenses de la tyrannie, Fulgence se tint si soigneusement caché, qu'on ne put le mettre en place lorsqu'on donua & +3 évêques à la plupart des églises,

Cependant la ville de Ruspe était demeurée sans pasteur par les intrigues d'un dincre jaloux, assez habile pour empêcher l'élection de ses compétiteurs, et trop indigne pour se faire élire lui-même. Les citoyens les mieux intentionnés, se concertant entre eux, allèrent trouver le primat Victor, en obtinrent la permission de faire ordonner par les évêques voisins Fulgence , âgé pour lors de quarante ans : et tenant tousensemble cette résolution fort secrète, ils rassemblèrent en diligence une troupe nombreuse de fervens et zélés fidèles. On marche droit à la cellule de Fulgence, qui ne se défiait plus de rien; on ne lui donne pas le temps de parler; on l'enlève, tout indisposé qu'il était, et on le mène au prélat qui devait le sacrer. Son air, sa modestie, sa répugnance même et son embarras, son humilité profonde mais non sauvage, fixaient tous les regards et ravissaie: : l'affection de tout le monde. C'était là le don particulier de ce sunt, de gagner tous les cœurs. Il fallut se rendre aux vœux de l’isseuiblée, qui témoigna une joie incroyable. Il n’y eut pas jusqu’au diacre jaloux qui n’applaudit et ne publiât que telle était la volonté de Dieu.

L'épiscopat ne fut pour Fulgence qu'un surcroît de travaux ajoutés à toutes les prosiques de la vie religieuse. Il ne reirancha rien de ses austérités ni de ses abstinences, il continua à ne point manger de viande, à nuser de vin que comme d'un remède, et mêlé avec tant d’eau, qu'il ne retenait presque rien de son premier goût. Son vêtement; l'hiver comme l'été, n'était qu'une tunique fort pauvre. Il ne jortait pas même, comme tous les évêques, l'écharpe de lin d’où est venue l'étole, ni la chaussure des clercs, mais les sandales des moines, et le plus souvent il marchait nu-pieds. Quant à la chasuble , qui était alors un habillement vulgaire et qui couvreit tout le corps, il n’en porta jamais d'étoffe précieuse, ni de : ur brillante, et Le manteau qu'il mettait sous

556 HISTOIRE GÉNÉRALE (An 55 k chasuble était fort petit, de couleur blanche ou noirs, comme ks moins recherchés, En un mot, sa simplicité fut t‘!\: dans sa. manière de se vêtir, qu'il ne changeait pas même de tunique pour offrir le saint sacrifice, frisant un exercice d'humilité de la liberté qu'où avait encore d'en user ainsi, et disant qu'il lui fallait plutôt changer de cœur que de vêtement. Tout le temps que les affaires et le gouvernement de son peuple lui emportaient , il le reprenait sur la nuit pour le donner à la prière, à la lecture, à la méditation des livres saints, et jamais il ne retrancha la moindre partie de ses anciennes pratiques de piété.

La première chose qu'il demanda aux citoyens de Ruspe, ce fut une place pour bâtir un monastère, et il y établit l'abbé Félix avec une bonne partie de sa communauté. Mais de tous les arrangemens si sagement conçus pour le bien de son église, il ne recueillit pas, à beaucoup près, les avantages qu'il avait lieu de se promettre. Avant qu'il eût eu le temps de donner à cette église la splendeur qu'il se proposait, il fut exilé en Sardaigne avec les autres évêques persécutés, au nombre de plus de soixante de la seule province Byzacène ; car Trasamond en bannit une bien plus grande quantité du reste de l'Afrique , et jusqu a deux cent vingt. Fulgence ne plaignit que son peuple : il écait si détache des commodités de la vie, qu'ayant été comblé à son départ de présens de toutes les sortes, qu'il recevait de peur de contrister ses bienfaiteurs, il donna tout aux moines, et s'embarqua sans rien empor- &er; sûr de trouver partout ce qui lui tenait au cœur, la contemplation de son Dieu, la prière assidue, le recueillement, la pénitence, tous les exercices essentiels de la vie religieuse, qu'il sut pratiquer partout où il se trouva. Ce premier exil de S. Fulgence dura environ douze ans; et ce fut de là que sa renommée se répandit avec le plus d'éclat. On venait de toute part le consulter comme un oracle. Quoiqu'il fût un des moins âgés entre les évêques, tous le regardaient comme leur maître et leur docteur. Il était toujours chargé de rédiger les consultations qu’on leur demandait de toute part, ou pour mieux dire, de les composer tout entières : les autres prélats ne faisaient que les approuver. Il en était de même quand il fallait répondre aux ennemis de la foi, ou leur opposer quelques traités dogmatiques : de là provinrent tant d’excellens ouvrages qu’on a conservés de cet illustre docteur, et que nous aurons occasion dans la suite de faire connaître plus à fond.

Tandis que les premiers pasteurs étaient ainsi exercés en Afrique, ceux des Gaules jouissaient de la tranquillité la plus profonde et la plus universelle. Il n’y avait pas jusqu'aux sujets d’Alaric, maître de nos provinces méridionales, qui ne fussent traités

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{Au 505) DE L'ÉGLISE, —— LIV, XVIII, 559 avec douceur, Le partage des Gaules entre plusieurs peuples rivaux, et surtout la sincère conversion du roi des Français à la foi catholique, faisaient que le Visigoth, quoique arien, avait de grands ménagemens pour ceux de ses sujets qui conservaient la vraie foi, c'est-à-dire pour les naturels du pays, appelés Romains. li fit faire pour eux un recueil du Code Théodosien et de plusieurs autres livres de l'ancien droit, auxquels il apposa le sceau de son autorité, après avoir pris les avis et le consentement, tant des évêques que de la noble-se, Telle est apparemment la raison pour laquelle le droit roma lroit écrit demeura en usage dans ces provinces. Il permi!. | », aux évêques de sa domination, de tenir un concil: le d'Agde, où se trouvèrent, entre autres prélats, les m ms de Toulouse, de Bordeaux, de Bourges, avec les dépu Narbonne et de Tours. Ils eurent pour présidentS. Césaire, archevêque d’Arles, qui n’était pas moins digne de cet honneur par ses qualités personnelles que par la prééminence de son siége.

Né dans le territoire de Châlons-sur-Saône, de parens égaiement distingués par leur piété et par leur noblesse, il fit présumer, dès sa tendre enfance, à quel degré d’héroïsme il porterait la charité et toutes les vertus". Souvent alors il se dépouilla d'une partie de ses vêtemens, pour en révêtir les malheureux. A l’âge d'environ dix-huit ans, il s'échappa de la maison paternelle, alla se jeter aux pieds de son évêque, S. Silvestre, et le conjura de l’attacher au service de l'Eglise Se montrant de jour en jour plus ardent à la recherche de la perle évangélique, ou de la perfection, il se retira peu après au monastère de Lérins, où l'on fut étonné de trouver dans un commencant les vertus des plus anciens reli-

gieux. Il fut bientôt promu aux charges de la communaut:!, quel-

que éloignement qu'il en eût, puis ordonné prêtre par S. Eone d'Arles, qui eut occasion de le voir et le reconnut pour être son parent. Ce fut la moindre des raisons qui l’attachérent à Césaire, quand il eut eu le temps d'en connaître tout le mérite. Eone ne tarissait pas sur ses louanges, et comme il était infirme, il répétait sans fin à son clergé et aux principaux citoyens qui le visitaient souvent, qu'on ne devait pas lui chercher d'autre successeur que Césaire, seul capable, ajoutait humblement le saint vieillard, de rétablir la discipline que mes infirmités et ma négligence ont laissé dépérir.. Ainsi, après la mort d'Eone, on ne délibéra pas sur le choix d’un évêque, et ce fut en vain que Césaire se cacha jusque dans les cavernes ét les tombeaux. On sut le déterrer, et

‘ Act. Bened. tom. 5, p. 659.

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