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538 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 508) on obligea cette brillante lumière à occuper une place d’où elle pût luire sur tout le bercail. Il n'était que dans la trente-troisième année de son âge quand il fut élu en 5o2,et par conséquent il n'avait que trentesept ans quand il présida au concile d'Agde. .… On y fit quarante-sept canons", sans y comprendre ceux de quelques conciles postérieurs, tels que celui d'Epaone, qui y furent ajoutés, On trouve, dans le vingt-deuxième, l'origine de ce qu'on a depuis nommé bénéfice, c’est-à-dire l’usufruit des biens ecclésiastiques cédé aux clercs, au lies des salaires que l'ancienne discipline leur attribuait à proportion de leurs services. Il y est de plus ordonné aux ecclésiastiques d’avoir les cheveux courts, apparemment parce que, les conquérans des Gaules les portant longs, où mettait un air de faste et de grandeur à les. imiter. C'est pour la même raison qu'on fait encore souvenir les clercs que leurs habits et leurs chaussures doivent convenir à l'humilité de leur état. Il est dit que les diacres ne pourront être ordonnés qu'à vingt-cinq ans, les prêtres et les évêques à trente, et qu'avant d'élever aux ordres des hommes mariés, il faut avoir le consentement de leurs femmes, exiger qu'ils se séparent de demeure, et qu'ils vouent la continence aussi bien qu'elles. On ne permet de donner le voile qu'aux vierges âgées de quarante ans; ce qui doit s'entendre, selon toutes les apparences, de celles qui restaient au milieu des dangers du siècle, Il est expressément ordonné à tous “les fidèles de n'excepter du jeûne quadragésimal que les dimanches, et non les samedis, sans doute parce que les Goths, venus d'Orient, en avaient apporté la coutume de ne point jeûner les samedis de carème. L'usage des peuples germaniques, d’habiter plus volontiers les campagnes que les villes, usage que les Romains commeuçaient à imiter, fit permettre les oratoires ou chapelles dornestiques. Mais on enjoint de célébrer les fêtes de Pâques, de Noël, de l'Epiphanie, de l'Ascension, de la Pentecôte et les autres jours solennels dans les églises paroissiales, et l’on excommunie ceux qui ces jours-là diront la messe ou feront l'office dans les oratoires, sans la permission de l'évêque. Les laïques qui ne communient point à Noël, à Pâques et à la Pentecôte, ne doivent pas être réputés catholiques. Il leur est aussi formellement commandé d'assister le dimanck» à la messe, et d'y rester jusqu’à la fin.
S. Césaire eut vraisemblablement beaucoup de part à ce canon, H se proposait la réformation d’un abus alors fort commun parmi les fidèles, qui s’émancipaient au point de s'absenter des instructions du salut. Pour les empêcher de. sortir de l’église aussitôt
Ÿ Tom. 4 Conc. p. 1381.
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{Au Suÿ] DE L'ÉGLISE. — LiV. XVUI, 559 après l'évangile, et par conséquent sans avoir entendu l'homélie où sermon, son zèle la porta souvent à fermer les portes, et les coupables même lui surent gré de cette espèce de contrainte : tant ilest vrai que la faiblesse humaine veut être quelquefois soutenue par des moyens différens des règles communes, mais qui n’en sont pas moins efficaces entre les mains d’un prélat d'une sage discrétion, et surtout d'une haute sainteté, Le concile ordonne encore très-formellement et très-clairement d'accorder le viatique à ceux qui sont’ en danger de mort et qui donnent des marques de pénitence. En prescrivant l'uniformité dans la célébration de l'office divin, il en détaille les différentes parties, et nous apprend qu'il était dèslors composé d’antiennes, de collectes ou d'oraisons, d'hymnes et de capitules, Par le mot d’antiennes, dont le sens füt depuis restreint à quelques passages tirés des psaumes, on entendait anciennement les psaumes entiers, et les hymnes même chantés à deux chœurs : après ces antiennes, et quelques lectures des livres saints, devait se faire la prière; c'est-à-dire que le fond de l'office et l'esprit des canons, c’est de prier après avoir chanté, « Chanter, c'est semer, dit dans un de ses sermons $, Césaire, qui doit être regardé ici comme son interprète ; et prier, c'est couvrir le grain, de peur que les oiseaux ne l'emportent. »
On peut s'étonner que la petite ville d'Agde ait été choisie pour ce concile, mais elle était plus importante qu'on n’imagine dans l'ordre ecclésiastique. Il y avait à Agde un monastère de trois cent soixante moines, fondé quelque temps auparavant par S, Sévère, syrien de naissance; et cette seule maison fournissait bien des facilités pour la célébration d'un concile. Un des plus illustres disciples de ce saint abbé fut S. Maixent', Pour mieux vivre dans l'obscurité, il se retira du Languedoc, sa patrie, dans un monastère de Paitie;s, et quitta son vrai nom, qui était Adjuteur. Il gouverna-ensuite, quoique reclus, un monastère déjà établi aux environs de Poitiers, et qui prit le nom de ce saint, ainsi que la ville qui s'est formée à l’entour. On raconte que ses moines, voyant venir une troupe de soldats français, le tirèrent malgré lui de sa cellule, pour interposer sa médiation dans le péril qui les effrayait. Il pria la troupe d’épargner son église, Pour toute réponse, un soldat brutal tira l'épée, et leva le bras pour le frapper; mais le bras de cet impie resta immobile jusqu'à ce que le soldat, se jetant aux pieds du saint, fût guéri par ses prières, Ge miracle parvint à la connaissance de Clovis, qui rendit de grands honneurs au saint abbé, et dota son monastère. |
\Act. Rened. t. 1, p. 578.
560 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 506] Le monarque français se trouvait en Poitou pour faire la guerre au roi Alaric. En vain ce prince et ses Visigoths, bien moins en réputation de bravoure que les Français, évitaient attentivement toutes les occasions de les irriter, Clovis sentait tout son ascen- : dant : la rivalité et la politique lui fournissaient toutes sortes de prétextes pour le faire valoir. Il paraît néanmoins que des motifs d’un autre ordre le guidèrent principalement , qu'ils fussent fondés ou non sur la juétice et sur des sujets réels de plainte. Il relevait de maladie, et sa guérison était miraculeuse. Miné pendant plus d’un'an par une fièvre lente qui avait épuisé toutes les ressources de la médecine, il tourna ses vues, par le conseil de son propre médecin, vers le Maître suprême de la maladie et de la santé. Il y avait dans le royaume de Bourgogne un saint abbé nommé Séverin', qui gouvernait le monastère d’Agaune, bâti à l'endroit où les martyrs de la légion Thébuine avaient été mis à mort. Clovis. envoya un officier de sa cour, afin d'amener le saint, qui n’attendit pas qu'il fût au terme de son voyage pour justifier l'idée qu'on avait conçue de lui. En passant à Nevers, il trouva l'évêque Eulalius consumé depuis plus d'un an par une affreuse maladie qui l'avait privé de l’ouie et de la parole. Il le guérit par ses prières avec une promptitude si miraculeuse, que l'évêque se leva sur-le-champ, alla le même jour à l'église, et y exerça toutes les fonctions pontificales. En arrivant aux portes de Paris, Séverin trouva un lépreux qu'il guérit en l'embrassant.
Entré ”-ns le palais, il se prosterna pour prier devant le lit du roi,ser. en silence, défit sa chasuble, et en revêtit le prince, que sa fiev:'e opiniâtre quitta sur-le-champ. Clovis se jeta aux pieds du saint abbé, en bénissant celui qui se rend si admirable dans ses saints, et en disant : «Mon père, je vous offre mon trésor : prenez-en tout ce qu'il vous plaira pour les pauvres, et signalez âvec la même liberté la miséricorde évangélique envers tous les prisonniers de mon royaume.» Insensible à tuus les honneurs, Séverin guérit plusieurs autres malades dans la maison du roi et dans tous les quartiers de la capitale. Après quoi il partit aussitôt, comme pour s'en retourner : mais il savait par révélation qu'il mourrait à Château-Landon, en Gatinois. Trois jours après son arrivée , il y rendit en effet sa sainte âme, et il s’opéra une mulutude de miracles à son tombeau, auprès duquel Childebert, fils de Clovis, forda par la suite une église.
Clovis, étant guéri, dit à ses Français qu'il voyait avec peine “une partie des Gaules entre les mains des Goths ariens, et il leur
‘ Act. Bened. t. 1, p. 658. Boll. 2 Febr.
la guerre noins en tivement n ascensortes de des mo- Is fussent lainte. Il Liné penoutes les il de son x ét de la unt abbé 1e, bâti à été mis à le saint, r justifier il trouva e affreuse zuérit par évêque se ça toutes is, Séve-
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{An 58) DE L'ÉGLISE. — LIV. XVIII. 56:
proposa d'en faire la conquête sur les hérétiques'. Tous applaudirent avec de vives acclamations, et cette nation toute guerrière fut bientôt:en état de marcher vers Poitiers, où Alaric, roi des Visigeths, était alors. Pour attirer les bénédictions du Ciel sur cette grande entreprise, Clovis fonda à Paris, auprès du tombeau de S'° Geneviève, une église qui passa pour l’une des plus magnifiques de son temps, et qui ne fut achevée qu'après la mort du roi, par les soins de la reine Clotilde. On fait observer qu'il y avait, dans sa vaste étendue, beaucoup de peintures qui représentaient des saints de l'un et de l'autre Testament. Il s'y fit beaucoup de miracles ; et dès le même siècle on y invoqua S'° Geneviève, pour la guérison de la fièvre, comme on le fait encore aujourd’hui. Le roi défendit à toute son armée, avant de mettre le pied sur les terres ennemies, d'y piller aucun vase, ni aucun ornément des autels; de faire aucune insulte aux vierges ou aux veuves sacrées, aux clercs, à leurs familles, à leurs domestiques, ni même aux serfs des églises. Après la guerre, il fit dire aux évêques que chacun pouvait répéter ce qu'il avait perdu, et demander la liberté des esclaves. Tous ces ordres furent exécutés ponctuellement. Le respect tout particulier que ce prince portait à S. Martin, lui fit publier, en passant près Tours, la défense d'y rien prendre, que l'herbe et l’eau. Un soldat prit du foin à un pauvre homme, en disant que ce n'était que de l'herbe. Le roi le fit. mourir sur-le-champ : Et comment remporterions-nous la victoire, dit le monarque, si l’on offensait le grand S. Martin ? Quand il fut près Poitiers, il fit de même conserver avec grand soin les terres de cette église, en mémoire de S. Hilaire,
Cependant Alaric sortit de la ville, et s’avançant dans les plaines de Vouillé, il vint présenter la bataille au roi des Francs, qui ne désirait rien avec plus d'ardeur. On combattit avec tout l'acharnement de deux nations rivales, dont l’une était animée par le double motif de sa propre gloire et de la défense de sa foi contre les persécuteurs du nom catholique; l’autre, par la crainte de la servitude et d’une ruine entière. Tandis que de si grands intérêts font balancer la victoire, Clovis distingue dans la mêlée le roi Alaric, perce tout ce qui est devant lui, suspend les efforts des Goths étonnés, charge son rival, le renverse et lui arrache la vie. Mais le moment de la victoire fut celui du. plus grand péril pour le vainqueur. Deux Goths fondent sur lui en désespérés, l'attaquent avec une espèce de rage, lui portent mille coups avant qu'il ait eu le temps de se reconnaître, et malgré la trempe excel-
1 Greg. I Hist. e, 37.
562 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 508} lente de ses armes et toute son habileté dans les combats, on crut ne devoir sa conservation qu'à une protection spéciale d'en-haut, Ce fut la seule résistance que firent les ennemis après la mort de leur roi, tous s'étant mis à fuir, suivant leur coutume, dit Grégoire de Tours, excepté une troupe auxiliaire d'Auvergnats, qui combattirent encore quelque temps sous la conduite d’Apollinaire, fils de S. Sidoine, et le même qui fut élevé quelques années après sur le siége épiscopal d'Auvergne.
Le prince Amalaric, fils du roi vaincu, se sauva en Espagne, et fut reconnu roi des Visigoths, qui en occupaient déjà la plus grande partie. Pour l'Aquitaine, Clovis la conquit presque tout entière; et dès l'année suivante, il s'avança jusqu'à Toulouse, où les rois goths avaient fait jusque là leur séjour, et où se trouvaient les trésors d’Alaric, qu'il enleva : de là il revint à Tours, comblé de gloire et de richesses, fit son entrée avec pompe, et marcha en triomphe, depuis le tombeau de S. Martin qui était hors de la ville, jusqu'à l'église cathédrale. Il venait de recevoir une ambassade de l'empereur Anastase, qui lui envoyait avec le titre de patrice, la robe de pourpre, le cercle d’or et les autres marques du patriciat, Revêtu de ces ornemens et la couronne, c'est-à-dire le cercle d’or, en tête, il s’avançait lentement sur un cheval d’une beauté et d’une grandeur extraordinaires, jetant au peuple pendant la marche une grande quantité de pièces d'argent. L'église de Saint- Martin ne fut pas oubliée dans la joie de cette fête : le roi lui fit des présens inestimables, aussi bien qu’à celle de Saint-Hilaire de Poitiers. Il se rendit quelque temps après à Paris, où il établit son séjour d'une manière fixe ; et cette ville devint ainsi la capitale du royaume, sous le règne même du premier de nos rois. On croit qu'il choisit pour sa demeure l’ancien palais qu'avait bâti ct habité l’empereur Julien, hors de la ville, du côté du midi, assez près du tombeau de S'° Geneviève; et, en exécution de son vœu, il fit aussitôt creuser les fondations de l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul.
Les Visigoths conservaient encore la Gaule Narbonnaise, où Théodoric, roi d'Italie, soutint les intérêts de leur jeune roi Amalaric, son petit-fils du côté maternel. Les Bourguignons, non moins ennemis. des Goths que les Français, s'unirent avec eux pour former le. siége important de la ville d'Arles. Ainsi la place fut vivement pressée, et l'alarme se répandit parmi les citoyens. Un jeune clerc, parent du saint évêque Césaire, crut ne pouvoir éthapper autrement au péril, qu'en se rendant aux ennemis; et pour cela, il descendit de nuit le long du mur avec une corde. Cette fuite ne put être si secrète qu'elle ne parvint à la con-
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[An 508) DB L'EGLISE, —— LIV, XVIL. 963 naissance de quelques Goths, On ne manqua point d'en rendre l'évêque responsable, et comme supérieur, et comme parent du transfuge. Il n'en fallait pas davantage pour former des soupcons, qui en cette matière tiennent souvent lieu de conviction. On accusa l'évêque d'avoir envoyé son clerc aux ennemis, pour leur livrer la place. On ne voulut pas faire attention que les principaux accusateurs étaient les Juifs, opposés par état au clergé et à l'évêque : on ne voulut pas se souvenir que le saint prélat avait déjà été calomnié sur le même sujet, du vivant d'Alarice, et que, relégué à Bordeaux, il y avait montré sa fidélité et toutes ses vertus d'une manière si peu &. ivoque, que le Ciel leur avait rendu témoignage par un miracle éclatant, en arrêtant à sa prière un furieux incendie; en un mot, que son innocence avait été reconnue si authentiquement que le roi avait condamné le délateur à être lapidé".
La cabale l'emportant sur toutes ces considérations, on arracha l'évêque de son logis, qui fut pillé, et on se saisit de sa personne, avec le dessein de le jeter Ja nuit suivante dans le Rhône, ou du moins de le renfermer dans le château d’Ugerne, jusqu'à ce qu'on pût ordonner de son sort. Il est très-vraisemblable que ce château était, non à l'endroit où se trouve aujourd'hui la ville de Beaucaire; mais dans l’île de la Vergne, formée par le Rhône, et nommée autrefois Gernique. Les assiégeans , ou plutôt la Providence, empêchèrent les Goths de faire passer dans cette île la barque dans laquelle ils avaient mis le saint, et la même Providence ne tarda point à le justifier. Un Juif, du haut des remparts, jeta aux ennemis une lettre attachée à une pierre, pour les avertir de se présenter à l'escalade pendant la nuit, dans un endroit où ceux de sa nation étaient de garde, sous la condition de conserver à ceux-ci les biens avec la vie. Mais l’attaque ayant cessé le lendemain, la lettre fut trouvée par quelques habitans, et tous reconnurent sur qui devaient tomber leurs justes soupçons. Ainsi la fidélité du saint évêque fut reconnue pour la seconde fois.
11 n'avait pas montré d’attachement pour les Francs et les Bourguignons armés contre son souverain; mais sa charité éclata en leur faveur de la manière la plus touchante et la plus généreuse, sitôt qu'il les vit vaincus et souffrans. Théodoric ayant envoyé d'Italie une armée au secours d’Arles, non-seulement les assiégeans épuisés de fatigues se virent contraints de lever le siége; mais ils furent battus dans leur retraite. Le nombre des prisonniers qu'on ramena était si grand , que les églises en furent toutes rem-
UVit. S. Cæs. 1. &, c. 15.
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564 HISTOIRES GÉNÉRALE [An 508) plies. Césaire commença par leur fournir des vêtemens et des vi- . vres. Ensuite il employa à les racheter tout l'argent qui se trouva dans le trésor de l'église; et cet argent ne suffisant point, il ne fit pas difficulté de vendre les encensoirs et les calices, ni d'arracher les ornemens des colonnes et des balustrades, Ce qui animait principalement son zèle, c'était le danger de la séduction pour ces prisonniers, réduits sous le pouvoir, ou des Ariens, ou des Juifs. « Puisque le Sauveur, disait-il, a donné son corps et son sang pour la rédemption des hommes, lui déplairions-nous en employant au même usage les vases où reposent ce corps et te sang? » La charité du saint évêque s’attendrissait encore davantage sur le sort des pauvres honteux. Il les recommandait sans cesse au domestique qui le servait, et souvent il allait lui-même voir à la porte s'il n’y en avait pas quelqu'un qui n’osât entrer. |
Il avait commencé, avant le siége d'Arles, à faire bâtir, pour sa sœur Césarie, un monastère auquel il ne dédaignait pas de travailler de ses mains ; mais les assiégeans en ruinèrent une grande partie, et en enlevèrent surtout les bois pour leurs travaux. Après la levée du siége, l'ouvrage fut repris et poussé avec plus de vigueur que jamais. On fit même l'église beaucoup plus grande que ne paraissait le demander un monastère de filles. Elle avait deux ailés ou collatéraux, dont l’une fut dédiée sous le nom de S. Martin; l'autre, qui était à l'usage particulier des religieuses, sous le nom de S. Jean, que prit tout le monastère. Le milieu, qui servait d'église extérieure, fut dédié à la Sainte-Vierge. Mais le public changea insensiblement tous ces titres en celui de Saint-Césaire. Aussitôt que les bâtimens furent achevés, Césarie s'y rendit de Marseille, où elle avait été apprendre et pratiquer la première ce qu'elle devait enseigner aux autres. Cette ville était célèbre par les religieuses fondations de Cassien pour les personnes de l’un et de l'autre sexe, et par ses Institutions ou règles monastiques. Le monastère de S'° Césarie ne devint pas moins fameux, sous la règle que lui donna son saint frère; et, quoique la sainte n'eût d’abord que deux ou trois compagnes, en peu de temps une multitude de vierges vinrent de toute part se ranger sous sa conduite.
La séparation du monde et la clôture étaient exactement 'observées parmi elles; et c’est le premier article de la règle de S. Césaire ‘. Non-seulement il n'était pas permis aux religieuses de sortir; mais personne, hors les cas d’une nécessité indispensable, n'entrait dans le monastère, pas même les femmes. Il était encore plus strictement défendu de donner à manger à qui que ce fût,
* Cod. Reg. t. 3. p. 11.
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[An 508) DE L'ÉGLISB. — LIV. XVIII. 565 même à l'évêque : il n'y avait uniquement d'excepté que les mères des religieuses qui n'étaient pas de la ville et qui venaient voir leurs filles. Ces religieuses ne devaient parler qu'à leurs parens, et en présence de quelqu'une des anciennes, L'abbesse était obligée, par sa place, à des relations plus fréquentes et plus étendues; mais elle ne devait aller au parloir qu'accompagnée de deux ou trois sœurs.
On ne veillait pas moins attentivement à la simplicité du logement, du vêtement, de tout l'extérieur de la vie, Les habits devaient être uniformes et pauvres, faits dans le:monastère, tout entiers de laine, et de couleur blanche. On va jusqu'à spécifier et fixer, par une figure tracée dans le livre de la règle, la hauteur de la coiffure; la vanité des femmes du monde se faisait sans doute remarquer dès-lors en cela. Les ornemens mêmes de l'autel ne doivent être que de laine et sans broderie : il ne doit y avoir d'argenterie que pour les vases sacrés. On ne veut point d'ornemens en peinture ou en tableaux, si ce n'est pour la basilique de la Vierge, qui, servant d'église extérieure, pouvait être plus ornée que l'oratoire des religieuses. Les sœurs ne doivent faire aucun ouvrage de"tapisserie ni de broderie, mais s'occuper d’un travail aussi humble que le reste de leur vie, et tel que la supérieure l'assignera à chacune. Les lits étaient dans le genre des vêtemens, sans aucun ornement aux couvertures, et ils se gardaient dans une salle commune, nulle des sœurs n'ayant de chambre particulière, ni d'armoire fermée. Nulle encore, pas même l’abbesse, n'avait de servante,
On ne prenait point de pensionnaires; mais on recevait des jeunes filles de sir À sept ans, pour être religieuses, c'est-à-dire pour être élevées à cuite fin, et faire profession quand leur raison serait formée, Car il n’y a aucune apparence qu’on laissât contracter un engagement irrévocable à un âge si tendre, quoiqu'il soit constant qu'on pouvait s'engager dans l’âge de minorité, Cet article de la règle de S. Césaire fournit l'interprétation du canon par lequel le concile d'Agde défend de donner le voile aux vierges avant l'âge de quarante ans, en nous faisant entendre que ce réglement ne concernait que celles qui habitaient au milieu des dangers du siècle.
Du reste, les lectures pieuses, la longue psalmodie, le travail commun, le silence et le recueillement, l'imposition des pénitences, les jeûnes particuliers, en un mot, tout le corps de la discipline religieuse était dès-lors tel que nous le voyons aujourd'hui. On remarque même qu’on chantait déjà le Te Deum après mati-
nes, les jours solennels; les jours de jeûne, on servait trais plats;
566 HISTOIRE GÉNÉRALE (An Su] les autres jours, on n'en servait que deux, ordinairement fort simples, et l'on ajoutait quelques mets un peu plus recherchés, aux bonnes fêtes. On ne mangeait jamais de grosse viande, et l’on ne servait de volailles qu'aux infirmes.
L'établissement du monastere d'Arles fut approuvé par le saint Siége, qui, à la prière de Césaire, accorda à cette communauté le privilége de l’exemption, sauf qu'elle resta soumise à la visite épiscopale. A l'égard de la vente et de la donation de quelques biens ecclésiastiques déjà faites en faveur de ce monastère, le pape ne les approuva qu'à condition que les évèques de la L-.ovince y consentiraient, ce qu'ils firent.
On ne voit pas que, depuis la levée du siége d'Arles, Clovis ait fait de nouvelles entreprises contre les Goths. Il s’occupa beaucoup à régler ses nouveaux états; et ce qui était encore plus digne du premier des rois chrétiens, et du seul qui fût catholique, il engagea les évêques à rétablir la discipline, que tant de troubles et de guerres nationales avaient considérablement affaiblie : ce fut à cette fin qu'il procura la célébration d'un concile à Orléans, Jan ur.
On y fit trente-un canons ”, et les évêques les envoyèrent au Yoi pour qu’il les appuyât de son autorité. Le premier assure le droit d'asile aux églises, mais en soumettant les coupables à une composition raisonnable avec les parties lésées. Il est défendu d'ordonner aucun séculier, sans le consentement du roi ou du juge royal : ce qui paraît n’avoir concerné que les familles des Barbares , encore très-rarement admis dans le clergé, puisque le concile ajoute que ceux dont les pères ou les ancêtres auront été clercs, seront sous la puissnnce des évêques. Le serf ne doit pas être ordonné à l'insu de son maître. Les abbés sont soumis aux évèques aussi bien que les clercs; en sorte que ni les uns nfles autres ne doivent aller, sans la permission épiscopale, demander des grâces au prince.
Quant aux biens de l'Eglise , on voit que l’évêque avait l’administration de tous les fonds donnés tant à la cathédrale qu'aux titres divers. Pour les oblations, on lui attribue la moitié de celles qui se font à la cathédrale, et le tiers de celles des différens titres.
Il est défendu à tout citoyen de célébrer à la campagne les fêtes de Pâques, de Noël et de la Pentecôte. On ordonne à toutes les églises d'observer les Rogations. On défend à la veuve d'un prêtre ou d’un diacre de se remarier, c’est-à-dire , à celle qui avait consenti à l'ordination de son mari, puisque l’usage du mariage ne fut
# Tom. 4 Cono. p. 1403.
(An Su] ort simnés, aux
l'on ne
le saint auté le site épies biens
pape ne ince y
lovis ait a beauplus diolique,
oubles lie : ce Drléans,
it au roi le droit e comlu d'ordu juge ; Barbaconcile clercs, tre orévèques tres ne ; grâces
l'admiqu'aux e celles s titres.
es fêtes utes les “prêtre it conne fut
(An 511] DS L'ÉGLISE. — LIV, XVIL.
jamais légitime dans l'Occident pour les clercs supérieurs, L'on excommunie, avec les devins, ceux qui observaient le sort des saints, ou prétendaient puiser la connaissance de l'avenir dans le prèmier passage qui s'offrait, en ouvrant au hasard quelqu'un des livres sacrés : abus introduit depuis quelque temps, ét que ces dé. fenses ne firent pas cesser.
Ce concile est souscrit par trente-deux évêques, dont les cinq premiers étaient métropolitains. On regarde S. Gildard de Rouen comme l'un des plus célèbres, sans néanmoins donner aucun détail certain sur ses œuvres. Il ñe paraît nullement assuré qu'il soit frère de S. Médard , comme on l'a prétendu ; encore moins, que tous deux soient nés, aient été ordonnés, et soient morts le même jour. Au moins est-il indubitable que, s'ils furent ordonnés le même jour, ce ne fut pas la même année , puisque Sophrone, évêque de Vermandois, assista avec S. Gildard à ce concile d'Orléans, qui fut le premier, et que S. Médard né fut pas le successeur immédiat de Sophrone.
On sait plus de particularités sur la vie de S. Mélaine de Rennes ‘ : toute son affection étaît pour la retraite, et il ne s’étudiait qu'à se sanctifier par tous lés exercices de la vie monastique, quand les’principaux citoyens de Rennes vinrent le conjurer d'obéir aux dernières volontés de leur saint évêque Amand, qui avant de mourir l'avait désigné pour son successeur, Mélaine craignit de résister à la voix du Ciel, et se soumit avec d'autant plus de facilité, que la placé qu’on lui destinait lui offrait moins d'agrémens et plus de travaux, les habitans de Reñnes étant encore païens en très-grande partie, Mais le saint pasteur eut le bonhenr de les convertir, Ses talens et son génie égalaiént son zèle. Clovis, qui venait de soumettre l’'Armorique à sa domination, discerna le mérite de Melaine, l'appela souvent auprès de lui, et se conduisit principalement par ses conseils dans les affaires de la religion. Le saint évêque n'en travailla pas avec moins d’ardeur ni moins de succès à la conversion des idolâtres, qui infectaient surtout le pays de Vannes. Ayant un jour ressuscité sous leurs yeux un enfant qui venait de mourir, la plupart émbrassèrent aussitôt le christianisme,
Le roi Clovis mourut l’année même du concile d'Orléans, 511 la cinquième depuis la défaite d’Alaric, et la quarante-cinquième seulement de son âge : il fut enterré à Paris, où il était mort, dans l'église des saints Apôtrés, quoiqu'élle ne fût pas encore achevée.
Théodoric, roi d'Italie, restait maître de la ville d'Arles, dont il
L Bol. 6 Jan,
568 MISTOIRE GÉNÉRALE [An Sr] s'était emparé, ainsi que d'une bonne partie des états du roi des Visigoths, son petit-fils, sous prétexte de les mieux défendre. Mal. gré inutlité des anciennes tentatives de la calomnie contre S. Césaire , le saint archevêque fut encore accusé auprès de ce prince, et la persécution poussée jusqu'à l'arrêter et le conduire à Ravenne sous bonne garde. 1l parut à la cour, comme partout ailleurs , avec cette liberté et cette assurance que donnent l'innocence et la sainteté, Quand on le présenta au prince, il l'aborda d'un air si ferme et si noble, que Théodoric en fut saisi d'admiration , et, poussé par un mouvement comme irrésistible, le roi se leva, se découvrit avec un empressement et des égards qui tenaient du respect, Puis il lui demanda s’il était fatigué du chemin; et sans lui dire un mot des accusations intentées contre lui, il s'informa seulement de l’état dans lequel il avait laissé son église et son peuple. Il paraissait plus embarrassé que le saint, ne cherchait dans la conversation qu'à écarter l'idée des soupçons injurieux qu'on lui avait inspirés; et quand l'évêque fut sorti : « Dieu punisse, dit le roi à ses courtisans , ceux qui ont fuit faire ce pénible voyage à un si saint homme! j'ai tremblé à son aspect, et j'ai cru voir un ange descendu du ciel. » Il lui envoya un grand bassin d'argent qui pesait soixante livres, trois cents sous d'or, et chargea les porteurs de lui dire : « Le roi votre fils vous prie de recevoir ce vase, et de vous en servir pour l'amour de lui, » Le saint évêque, qui n'usait d'autre argenterie que de quelques couverts, fit vendre le bassin, en employa le prix au soulagement des pauvres et à la rédemption des captifs. On vint le dire au roi, et l'on ajouta qu'il y avait tant de pauvres à la porte du saint qu'on avait peine à entrer. Le roi en fut si édifié et s'en exprima d'une manière si touchante, que, faisant passer ses sentimens dans les cœurs des grands qui l’entendaient, tous s’empressèrent à l'envi de fournir aux pieuses libéralités du saint pasteur. Par ce moyen il se vit en état de délivrer une infinité de captifs, de Provençaux particulièrement, auxquels il fournit encore de quoi retourner chez eux ‘.
Les miracles suivirent les aumônes. Un jeune homme bien né, qui, pour faire subsister sa mère, s'était mis aux gages du préfet du prétoire, tomba malade, et mourut en peu de temps. La mère, réduite à une espèce de désespoir, vint trouver S. Césaire, et l'engagea, presque malgré lui, à se transporter auprès du mort, et à demander au Seigneur qu’il lui rendit la vie. Il y alla secrètement, fit sa prière avec cette confiance qui présage et obtient les miracles; puis se retira, en laissant Messien son secrétaire, avec ordre
# Vit. S. Cæs. L. 1, n. 19 ct seq.
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en né, éfet du mère, et l’ent, et à ement, Miraordre
[Av 5131 DH L'ÉGLISH, — LEV KVEI, 56y de l'avertir de ce qui se passerait. Au bout d'une heure, le jeune homme, ouvrant les yeux, dit à sa mère d'une voix forte : « Allez au plus tôt remercier le serviteur de Dieu , dont les prières me renvie'.»
“bats de ce prodige se répandit non-seulement dans Ravenne où il s'était opéré, et dans toute la province , mais jusqu'à Rome, où, sans s'y être encore montré, Césaire, également chéri des ecclésiastiques et des gens du monde, du peuple et des grands, fut invité par tous les ordres de la république à les honorer de sa e,
ve me d'importantes affaires, le différend de son église avec celle de Vienne, élevé depuis si long-temps et déjà jugé par le saint Siége, subsistant toujours. Après avoir entendu les raisons du saint évêque, le pape Symmaque confirma le jugement de S. Léon, qu'il eut soin de rappeler. Il ordonna que, suivant les anciens réglemens, l'évêque de Vienne n'aurait de juridiction que sur les églises de Valence, de Tarantaise, de Genève, de Grenoble, et que l'évêque d'Arles serait maintenu dans la possession des droits qu'il exerçait sur les autres villes de la même Province : il lui accorda aussi l'usage du pallium, permit aux diacres de son église de porter la dalmatique, comme ceux de Rome, Tous les Romains, à l'exemple du souverain pontife, le comblèrent d honneurs et de présens. Les largesses dont on lui voyait faire un si saint usage, furent si prodigieuses, qu indépendamment des sommes immenses qu'il employa, suivant son goût dominant, à racheter des captifs, il rapporta huit mille sous d'or pour les pauvres de la Gaule. Tels furent l’ascendant de la sainteté de Césaire, et l'issue glorieuse d’un voyage commencé en criminel d état.
De retour en Provence, l'éclat des faveurs qu'il venait d'obtenir lui attira des contradictions. L'évêque d'Aix, fier du lustre qu'acquérait de jour en jour la ville dont il était le pasteur , en des temps où l'on était accoutumé à régler le rang ecclésiastique des cités sur le rang civil, refusa de prendre l'ordre de Césaire pour sé rendre aux conciles et aux ordinâtions. Le saint archevêque en écrivit à Rome, et le souverain pontife lui répondit, que, sans donner atteinte aux priviléges des autres églises , il le chargeait de veiller à toutes les affaires qui s'élèveraient en matière de religion dans les provinces de la Gaule et de l'Espagne ; que ce serait à Jui de convoquer les conciles au besoin et d'en référer au saint Siége ;
que tout ecclésiastique serait même obligé, dans 1 étendue de ces régions , de prendre l’attache de l’évêque d'Arles. On voit par là
t Ibid. n. 20.
570 HISTOIRE GÉNÉRALE (An 516) que le pape l'établissait, avec la plus grande étendue de privilèges, son vicaire en Gaule et en Espagne. #
La plainte de S, Césaire fut portée à Rome par son secrétaire Messien, et par l'abbé Gilles, qu'on croit être le célèbre S. Gilles, dont la mémoire est honorée le prémier de septembre, On ne saurait faire fond sur les actes de la vie de ce saint solitaire, qui fournillent des plus grossiers anachronismes ; mais il est probable qu'il était originaire de Grèce, d'où étant passé’ dans les Gaules, il s'attacha à À. Césaire et se retira ensuite vers les extrémités du diocèse de Nîmes , dans un antre de la vallée Flavienne ; qui paraît avoir pris ce nom de la famille Flavienne, c'est-à-dire, de la maison royale des Goths; comme faisant partie du domaine spécial de ces princes. C'est aussi par un de ces princes, et vraisemblablement par Amalaric, roi des Visigoths, que S. Gilles fut découvert de la manière merveilleuse qu'on le raconte, On bâtit un monastère en ce lieu, et il s’y forma une ville qui prit ensuite le nom du saint, aussi bien qu'une partie du Languedoc appelée autrefois la provimce de Saint-Gilles : ce qui fait concevoir à quel degré de célébrité parvint la sainteté de ce merveilleux solitaire. ;
S. Césaire obtint encore du pape la condamnation de plusieurs abus qui avaient cours dans les Gaules, et dont le plus considérable paraît avoir été l’aliénation des fonds de l'Eglise. Par un rescrit ou une décrétale du 6 novembre 513 ; Symmaque défend d'aliéner ces biens, si ce n'esten faveur des monastères, des hospices de pélerins, de clercs qui auront bien mérité de l'Eglise ; et dans ce cas même, les biens doivent retourner à l'Eglise après la mort de ceux à qui on les aura cédés. On voit encore ici l'origine des bénéfices ecclésiastiques, avec les conditions requises pour les obtenir, L'une des plus essentielles, et que le pape a soin d'exprimer formellement, c'est de ne point aspirer au sacerdoce, en vue de cés récompenses,
Dès l’année précédente, les évêques d'Orient, gémissant de se voir séparés de la communion de Rome, avaient écrit au pape Symmaque pour le supplier de les réunir à son Siége apostolique. Maïs, malgré ces bonnes dispositions, la division subsista encore . quelque temps. Le pape Symmaque mourut le 9 juillet de l'année 514, après un pontificat de quinze ans et près de huit mois. On dit qu’il ordonna le premier de chanter le Gloria in excelsis les dimanches et les fêtes des martyrs. Il fit de grandes largesses aux églises, et mit dans plusieurs des ciboires ou tabernacles d’argent du poids de cent vingt livres chacun, et dont le travail répondait à la richesse de la matière, On vante surtout l’un de ces
[An 5:16] iviléges,
, Gilles, On ne ire, qui robable Gaules, nités du qui pae, de la ine spérraisemfut dé- Dn, bâtit prit ennguedoc t conceveilleux
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(An 514] DE L'ÉGLISR.—: LIV. XVII. 59 chefs-d'œuvre, sur lequel on admirait les figures du Sauveur et des douze Apôtres. Le saint Siége ne vaqua que sept jours, au bout desquels on élut le diacre Hormisdas, natif de Campanie, et qui occupa neuf ans la chaire de S. Pierre,
Ce fut à lui que recourut l'empereur Anastase, pour apaiser des mouvemens séditieux causés par sa propre impiété et.ses vexations sacriléges. Aucune démarche ne lui coûtait quand il s'agissait de se tirer des mauvais pas où l'engageaient souvent sa fausse politique, et plus encore ses travers. en fait.de religion. Il savait, dans ces conjonctures, faire toutes sortes de personnages, se plier aux souplesses les plus basses, endurer les affronts et dissimuler jusqu'à ce qu'il trouvât un môment plus favorable pour satisfaire sa vengeance. Ainsi il-parut ne pas entendre les injures dont le chargèrent publiquement les habitans de Constantinople, quand ils apprirent le dessein .qu'il avait conçu de leur ôter leur patriarche Macédonius, zélé défenseur du concile de Chalcédoine. Attachés sur toutes choses à la saine doctrine, ils traitèrent l'Empereur de manichéen, et parcoururenit en troupe les rues de la ville, en criant : Voici, chrétiens, le temps de la persécution; n’abandonnez pas votre saint pasteur au tyran. L'Empereur laissa évaporer cette première chaleur; et quelques jours après, il fit transporter le patriarche en Paphlagonie. On voulut lui trouver des crimes, et deux témoins subornés l'accusèrent d'un péché honteux ‘, Mais le patriarche ayant é'é reconnu pour eunuque, l'accusation ne côuvrit de honte que ses calomniateurs, et l'on ne put attribuer les mauvais traitemens que la tyrannie lui fit endurer, qu'à son éloignement pour les nouveautés hérétiques.
On éleva sur le siége de Constantinople le prêtre Timothée, qui n'avait rien de recommandable auprès d'Anastasc que son attachement à l'hérésie. Il était si décrié par son incontinence, que la populace lui donnait publiquement les surnoms les plus flétrissans *. Il affectait néanmoins un respect extraordinaire pour le concile
‘de Nicée, et il le fit réciter publiquement chaque dimanche, au
lieu qu'on ne le disait avant lui qu'une fois l'an, le jour du vendredi Saint. Dans le fond de son âme, il'était d une indifférence parfaite sur les points même de la religion qu'on lui voyait soutenir avec le plus d'ardeur, s’accommodait à tous les temps et à toutes les conjonctures, et ne se déterminait dans sa conduite que par les motifs qui intéressaient sa cupidité ou fixaient pour un moment sa légèreté naturelle.
L'abbé des acémètes étant mort, il se tansporta au monastère
1 Evagr. mu, c. 13.—? Nireph. 1. x va, c. 26; Theod. Lect. p. 505; Theoph. p. 132.
572 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 5:14]
ur en instituer un autre. Le sujet destiné à cette place était fort. attaché à la saine doctrine, et refusa d'être béni pa” : ivêque qui n'admettait pas le concile de Chalcédoine, Timothée ‘ignit de l'accepter, dit sans facon anathème à quiconque le rejetait; et on lui laissa faire la cérémonie. Cette nouvelle fut bientôt portée à l'Empereur, qui envoya chercher Timothée, pour lui reprocher son inconstance ou son imposture. Timothée nia le fait avec impudence, sans paraître délibérer,:sans aucun air d'embarras ni d’ inquiétude, et sur-le-champ il se mit à dire anathème à à ceux qui recevaient le concile de Chalcédoine.
Toutefois ce même homme, qui se jouait ainsi hide la foi et des conciles, ne voulut point rentrer dans l'église qu'on lui confiait avant qu'on n'en eût ôté les portraits de son prédécesseur, sous le prétexte calomnieux que Macédonius était l'ennemi du concile de Nicée. Mais il mit dans les dyptiques le nom de Jean Nicaiote, nouveau patriarche d'Alexandrie, et déclaré ouvertement pour le. schisme, puis lui envoya ses lettres synodiques. Il les envoya aussi à Flavien d’Antioche et à Elie de Jérusalem. C'étaient des prélats assez bien disposés, mais qui, par prévention ou par faiblesse, firent beaucoup de fautes, qu'ils expièrent sans doute dans l'exil qu'ils souffrirent ensuite pour la foi, puisque leur mémoire, aussi, bien que celle de Macédonius, a toujours été en vénération dans l'Eglise depuis leur mort. Ils reçurent les lettres de Timothée; mais toutes les instances de l'Empereur ne les purent engager à approuver la déposition de Macédonius.
Le prince en conçut un violent dépit, et le patriarche de Jérusalem, voyant la persécution près d’éclater sur lui comme sur toute l'Eglise, envoya à Constantinople les abbés de la Palestine en corps, S. Sabas à la tête. Comme l'Empereur témoignait beaucoup d'affection pour les moines, on crut qu’une pareille légation serait plus propre qu'aucune autre à contrebalancer les efforts des hérétiques du Levant, qui inondaient la cour et la capitale, Le danger ne pouvait être plus pressant, l'Empereur faisant déjà assembler à Sidon un concile des évêques de la Syrie et de la Palestine, les plus opposés au concile de Chalcédoine. C'est pourquoi la troupe des pénitens'et des solitaires députés fit une extrême diligence; elle ne tarda point à arriver. Il ne lui avait point fallu de longs et dispendieux préparatifs, et les incommodités de la route ne l'arrétèrent pas davantage.
Aussitôt qu'ils se présentèrent au palais, on les fit tous entrer, excepté S. Sabas, à qui les gardes refusèrent la porte, à cause de son habillement extraordinairement négligé. Cependant on remit au prince la lettre du patriarche Elie, qui commençait de cette
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[An 514] DE L'ÉGLISE. — LIV. XVIIT. 593 sorte : « Nous députons vers vous, pour le bien de nos églises, l'élite de nos solitaires, et à leur tête, le grand Sabas, la gloire de . nos monastères. » L'Empereur demanda où était ce saint chef : les autres abbés, qui ne s'étaient point aperçus qu’on l’empêchât de les suivre, regardaient de tout côté, en le cherchant des yeux. Les officiers de la cour se.répandirent hors du palais pour le découvrir, et on le trouva enfin dans un endroit écarté, où il chantait fort tranquillement des psaumes. On le fit entrer avec empressement, L'Empereur se leva par respect, dès qu'il l'aperçut, puis le fit asseoir avec tous les autres". On remarqua que la présence de Sabas donnait au prince un air plus doux et plus humain. Il dit avec bonté, que chacun eût à lui proposer sans crainte ce qu'il lui plairait.
Si l'on connaissait moins l'étrange impression que fait toujours l'appareil de la majesté ou l'appât de la faveur, on serait fort étonné que, parmi tant d'hommes détachés par état des choses terrestres, la plupart aient paru d'abord oublier les intérêts spirituels de l'Eglise. Entre tous ces abbés, l’un ne pensa qu’à demander un champ voisin de son monastère; l’autre, quelque décoration pour son église ou des fonds pour la rétablir, sans faire mention de l'objet capital et délicat pour lequel ils étaient venus de si loin.
Anastase, soutenant ses démonstrations de bienveillance, souscrivit aux vœux de tout le monde; et se tournant vers Sabas, qui n'avait encore rien demandé : « Vénérable vieillard, lui dit-il, pourquoi donc avez-vous entrepris un si long voyage, puisque vous ne sollicitez aucune grâce? » Sabas répondit : « Après avoir eu le bonheur de rendre mes hommages à mon souverain, si j'ai quelque chose à désirer, tandis que je suis encore au monde, c'est qu'il rende la paix à l’Eglise, plutôt que d’accabler du poids de sa colère la ville sainte avec son pasteur. » Le prince n’admira pas moins sa liberté que son désintéressement, et lui fit d'abord donner mille sous d’or pour les monastères qui lui étaient soumis, puis renvoyant les autres abbés en Palestine, il retint Sabas à Constantinople, sous prétexte que son grand âge l’'empêchait de repartir pendant les rigueurs de l'hiver, ordonnant qu'il eût ses entrées libres au palais, et jusque dans l'appartement impérial.
Un jour qu'il s’'entretenait familièrement avec lui : « Votre évêque, lui dit-il, ne se contente pas de soutenir le concile de Chalcédoine qui autorise les impiétés nestoriennes; mais il a séduit Flavien d’Antioche, et il empêche lui seul que la mauvaise
#Vit. S. Sab. p. 198 et seq.
574 HISTOIRE GÉNÉRALE (An 514) doctrine ne soit genéralement anathématisée par le concile qui se tient à Sidon. Il croit nous en avoir imposé par une condamnation vague de toute hérésie : mais nous ne voyons que trop qu'il persiste dans les sentimens qui l'ont empêché de consentir à la dé- « position d'Euphémius et de Macédonius, tous deux infectés du nestorianisme. Afin que les saints lieux ne soient pas profanés plus long-temps par ces impiétés, nous prétendons y établir un pasteur distingué par la pureté de sa foi. (
» — Seigneur, répondit Sabas, tenez pour certain que notre archevêque a une horreur sincère de toute hérésie; que, fidèle à des maîtres fameux par le don des miracles, et guidé par les plus pures lumières du désert, il n’abhorre pas moins la division faite de Jésus-Christ par Nestorius, que la confusion enseignée par Eutychès. Nous vous conjurons de ne pas plonger dans le trouble et la désolation la sainte cité de Jérusalem; de ne point flétrir le sacerdoce de la loi nouvelle dans la personne d'Elie, dans le digne imitateur de Cyrille. Entre deux hérésies pernicieuses , il se tient à une égale distance de l’une et de l’autre, et suit invariablement le vrai chemin de la foi. » Anastase, touché de la fermeté et de la simplicité du saint vieillard, dit avec admiration : « Les auteurs sacrés ont bien eu raison de dire que celui qui marche avec simplicité, marche avec confiance. Priez pour moi, mon père et n'ayez point d'inquiétude; je veux que vous retourniez avec un plein contentement. En votre considération , je n’ordonnerai rien contre votre archevèque. » Ainsi le patriarche Elie fut maintenu pour lors dans son siége; mais Flavien fut chassé d’Antioche. .
Le saint, après avoir quitté l'Empereur, passa chez l'impératrice Ariane, qu'il exhorta à soutenir la religion de l’empereur Léon, son père. Elle lui répondit en gémissant : « Que ce conseil est digne de vous, saint vieillard! mais qu’on est loin d’écouter la triste fille de Léon! » Après que ce saint homme eut servi l'Eglise autant qu'il le pouvait, le séjour de la cour lui devint ennuyeux. En attendant le temps de son départ, il se retira dans un faubourg, loin de tout tumulte. Là il fut visité par tout ce qu'il y avait de personnes considérables et bien disposées pour la saine doctrine, dans laquelle il les instruisit et les affermit de plus en plus.
Il voulut encore obtenir une diminution de tribut aux citoyens de Jérusalem, et demanda pour eux la remise de quelques arrérages qui montaient à cent livres d’or. Anastase donna ses ordres pour que le saint vieillard fût encore satisfait en ce point. Mais un certain Marin arrèta cette grâce, en disant que les Nestoriens et les Juifs qui remvlissaient Jérusalem étaient indignes d'une pa-
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(An 5141 DE L'ÉGLISE. — LIV. XVIII. 595 reille faveur, « Marin, reprit Sabas d’un air inspiré, cessez de vous opposer à la bienfaisance de l'Empereur ; autrement votre maison sera brûlée, votre famille dépouillée de ses biens, et l'Empire même exposé à sa ruine. » Après cette menace, le saint demanda et obtint son congé de l'Empereur, qui lui donna de. sa propre main mille pièces d'or pour de bonnes œuvres, sans néanmoins confirmer Ja remise du tribut. Sabas s'embarqua au mois de mai; et quelques -mois après, une sédition s'étant élevée à Constantinople, la maison de Marin fut brûlée, et la prophétie accomplie avec exactitude dans toutes ses circonstances.
S. Sabas' était le supérieur général des anachorètes de l'église de Jérusalem, comme S. Théodose l'était des cénobites. Les évêques avaient cru devoir préposer ces illustres chefs sur tous les solitaires de la Palestine, pour remédier à une espèce d'anarchie, et au triste relâchement où ils étaient tombés en donnant dans les nouvelles doctrines, c'est-à-dire, dans le schisme des Acéphales Entre les disciples de Sabas, il y en avait un nommé Jean, capable lui seul de dédommager son saint maître de la peine que lui causaient une infinité d’autres". Son avancement dans la vertu parut si rapide, qu'au bout de sept ans ©. Sabas le voulut élever au sacerdoce. Il le présenta au patriarche Elie, qui se fit un plaisir de l'ordonner de sa main, et l'amena, malgré sa résistance, à l'église du Calvaire. Quand ils y furent arrivés, Jean dit au patriarche : « Saint Père, trouvez bon que je vous dise deux mots en particulier, après quoi je me soumettrai avec docilité à votre décision. » Le patriarche, l'ayant pris à part, Jean commença par se faire promettre le secret le plus inviolable, puis il lui dit : « Mon pére, j'ai reçu la consécration épiscopale; mais le sentiment de mon indignité m'a fait fuir bien loin de mon église, et je me suis fixé dans ce désert, en attendant l'heure formidable où doit venir le Fils de l'homme. » Le patriarche, fort étonné, appela S. Sabas, et lui dit : « Jean m'a confié un secret qui m'empèche absolument de l'ordonner. Qu'on le laisse à jamais tranquille. » S. Sabas se retira fort afiligé, et répandant son âme devant le Seigneur avec une grande effusion de larmes, il apprit ce secret par révélation.
C'est cet évêque solitaire qu'on a nommé, pour son humble et inviolable discrétion, S. Jean le Silencieux. 11 était arménien, d'une famille illustre, et frère du gouverneur de la province. À l'âge de dix-huit ans, il fonda un monastère à Nicopolis, lieu de sa naissance; mais il fut arraché de sa solitude par les habitans de Colonie, qui le firent ordonner évêque. 1l les gouverna pendant
8 Vit. S. Sab. n, 30, — * Roll. 151. Mai.
576 HISTOIRE GÉNÉRALE (An 514] quelque temps, sans renoncer aux observances monastiques. Enfin il concut le dessein de s'affranchir de toute sollicitude, et dans un voyage, ayant écarté sous divers prétextes les clercs qui l’accompagnaient ; il s'embarqua secrètement pour Jérusalem, d'où il se rendit à la laure de S. Sabas. Depuis qu'il fut reconnu, il vécut encore plus retiré qu'auparavant, et demeura toujours seul dans sa cellule, d’où il ne sortit qu'une fois en quatre ans, pour venir féliciter le patriarche Elie, quand il vit enfin sa foi triompher de toutes les épreuves.et de toutes les tribulations, que le saint regardait comme autant de glorieuses faveurs.
Cependant Timothée de Constantinople ne gardait plus aucüne mesure. Il fut assez audacieux pour entreprendre de faire anathématiser par tout son peuple le concile de Chalcédoine. L’entreprise était de la dernière imprudence, dans une capitale.si ardente pour la saine doctrine. On s'arma pour résister à la persécution, et la sédition s’échauffa au point de massacrer plusieurs schismatiques distingués, et de brûler leurs maisons. Le peuple attroupé campa sur la grande place, où il fit apporter les clefs de la ville et les étendards militaires. On brisa les images et les statues d’Anastase, en criant qu’il fallait faire un autre empereur, et déjà l'on nommait, pour le remplacer, Vitalien, maître de la milice‘, Cet officier, excité par les catholiques de la Thrace et de la Mésie, se trouvait aux portes de Constantinople avec une armée formidable composée de Huns, de Bulgares et de quelques troupes romaines. Anastase, qui n'avait pas des forces égales à lui opposer, qui d'ailleurs savait mieux faire la guerre aux prêtres et aux évêques qu'à des gens armés et pleins d’audace, commença par se cacher dans le faubourg de Blaquerne. Alors l’impératrice Ariane osa lui parler pour la foi, et lui adressa des reproches sur les maux continuels qu'il faisait aux catholiques. |
Il perdit tout courage et toute idée de dignité, tenta d'exciter la pitié, et vint sans couronne à la place de l'Hippodrome. Là, prenant un ton soumis et rampant, il dit au peuple assemblé, qu'il était prêt à quitter l'Empire, qu’au moins il ne le voulait tenir que de la bienveillance de ses sujets, et leur fit les plus imposantes promesses, qu'il confirma par des sermens. L’artifice lui réussit, Le peuple attendri le pria de reprendre la couronne, et avec beaucoup plus de sincérité que le persécuteur, il promit de rentrer dans le devoir : chacun retourna aussitôt chez soi, et la sédition se calma après que le peuple se fut tenu trois jours attroupé sur la place. Il ne s'agissait plus que d’éloigner Vitalien,
Evagr. 1. mi, ce. ult.
étaie!
bien:
justif missi reur, du p dépu pont cons ture avec on fa ne 5 la ca à tot que altér.
L' se de
[An 514] es. Enet dans jui l'acm, d'où pnnu , il urs seul Is, pour | triom- , que le
aucüne anathé- L’entrele.si arer à la rer plusons. Le >rter les nages ct e empe- , maître T'hrace vec une quelques les à lui
prêtres mmença bératrice hes sur
d'exciter e. Là, semblé, voulait blus imifice lui
pnne , et omit de i, et la burs atitalien,
{Ao 515) DE L ÉGLISE, - - LIV. XVII. S97 qui paraît n'avoir prétendu servir que la religion, et que la seule ignorance portait à la défendre les armes à la main. Anastase lui fit aussi de magnifiques promesses, et protesta surtout qu'il allait
. rétablir dans leurs siéges Macédonius de Constantinople et Flavien
d’Antioche; après quoi il lui fit délivrer de l'argent pour conten. ter les troupes qui l'avaient suivi. Vitalien, satisfait, n'eut plus d'autre sain que de supplier le souverain pontife de mettre la dernière main à la pacification des églises de l'Orient,
Anastase écrivit lui-même et envoya des ambassadeurs à Rome, aucune démarche ne lui coûtant pour sortir d’un si mauvais pas. Il pria Hormisdas de se rendre le modérateur des esprits échauffés, lui proposa d'assembler un concile général à Héraclée cette année-là même, et le pria de s’y trouver en personne. Le pape renvoya vers l'Empereur avec un notaire, quatre légats, dont le premier était Ennodius, évêque de Pavie, fameux par ses écrits. Il les munit d'une instruction fort circonstanciée : pièce la plus ancienne qui nous reste en ce genre, et qui marque l'esprit vraiment apostolique, ainsi que la prévoyance ou la pénétration admirable de ce pontife. Il y semble avoir déjà entendu l'Empereur ; tant sont justes et précises les répliques suggérées d'avance contre les objections et les défaites de ce prince artificieux !
Comme les légats avaient aussi des lettres pour Vitalien, ils étaient chargés d'en prévenir l'Empereur, moins pour ménager sa bienveillance dans l’état de faiblesse où il était réduit, que pour justifier la doctrine de l'Eglise sur les vrais principes de la soumission aux puissances établies de Dieu. « Vous direz à l'Empereur, portait l'instruction des légats : Nous avons aussi des lettres du pape pour votre serviteur Vitalien, qui lui avait envoyé des députés avec votre permission, à ce qu'il écrivait alors; mais le pontife a ordonné que ces lettres ne fussent remises que de votre consentement. Afin que vous connaissiez encore mieux la droiture de nos procédés, nous serons charmés que vous envoyiez avec nous quelques personnes de confiance, en présence desquelles on fasse la lecture de ces lettres. Soyez cependant assuré que nous ne sommes chargés d’aucun ordre qui ne concerne uniquement la cause de Dieu. Notre très-saint pape, conformant sa £sonduite à toute la simplicité de l'Evangile, n’a rien autre chose en vue que de purger l’Eglise du venin de l’hérésie, et de ne pas laisser altérer la doctrine recue des Pères. »
L'instruction pontificale prescrivait encore aux légats de ne pas se déclarer sur le compte de Timothée, patriarche intrus de Con-
® Tom. 4 Conc. p. 1426.
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578 HISTOIRE @ÉNÉRA:: An 618] ‘stantinople ; mais de répondre à cet mr qu'avant de traiter de cés incidens particuliers, il fallait régler les affaires générales de l'épiscopat, et rétablir la communion catholique. Toutefois ils dévaient bien se donner garde d'enfreindre les canons par rapport à la communication avec les schismatiques. Il leur était même secrètement enjoint d'obliger les évêques qui voudraient rentrer dans le sein de l'unité, à déclarer publiquement dans l'église, nonseulement qu'ils récevaient le concile de Chalcédoine et la lettre deS. Téon, mais qu'ils anathématisaient, outre Eutychès et Nes- +orius, les fauteurs de l’un et de l'autre, spécialement Acice de Constantinople. L'opiniâtreté de l'Empereur et des évêques d’Orient à ménüger la mémoire de ce coupable patriarche, ne put jamais engager Symraaque, et bien des papes après lui, à rien recher sur cet article de la sévérité des canons.
Outre qu'on ne gagne rien avec les sectaires, par une dangereuse condescendance, ces sages et saints pontifes n'établissaient aucune comparaison entre la réputation mal acquise d’un méchant pasteur, et le salut éternel de tout le troupeau. Il est souvent impossible de conserver le sacré dépôt, si l’on ne proscrit nornmément les enseignemens des faux docteurs qui l’altèrent. Si l'ôn veut que les ouailles évitent les pâturages empoisonnés, il faut bien les leur faire connaître, Ce serait annoncer des dispositions très-suspectes, que de blâmer une méthode accréditée par l'usage de l'antiquité la plus respectable et de tous les siècles.
La fourberie de l'empereur Anastase fut elle-même découverte par cet expédient. Il déclara bien qu'il condamnait les erreurs attribuées à Eutychès; il alla jusqu’à recevoir le concile de Chalcédoine; mais sur le chapitre des sectateurs de cet hérésiarque, et d’Acace en particulier, il vit qu'en s'expliquant avec cette clarté, il ne restait plus à la secte aucun faux-fuyant. Continuant toutefois à dissimuler, il répondit au pontife, qu’il était dur de chasser de l'Eglise les vivans, à cause de leur respect pour les morts ; que d’ailleurs on ne le pourrait faire sans beaucoup de tumulte, sans s’exposer même à une grande effusion de sang. Il se rejeta énsuite sur son projet de célébrer un concile, « où toutes ces affaires, disait-il, se régleraient beaucoup mieux. »
Après cela, il ne fit plus que traîner en longueur, pour laisser dissiper le reste de l'orage, dont la crainte l'avait engagé en tant de démarches humiliantes. Il envoya cependant encoré de loin eh loin des agens à Rome, afin d’entrétenir quelque sorte de correspondance avec lé pape et les Occidentaux, et de se ménager une ressource, en cas de besoin. Mais il procédait d'une manière si fausse et si visiblement illusoire. au’il congédià, sans
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[An 815] DE L'ÉGLISE. —— LAV, XVIII. 579 avoir rien fait, environ deux cents évêques venus pour le concile qu'il avait convoqué à Héraclée. Comme le sénat et le
lui reprochaient son parjure, il ne rougit pas de répondre, qu'il n'en était pas des particuliers comme de l'Empereur, qui est autorisé par les besoins de l'Etat à mentir et à se parjurer. Ainsi il les confirma dans l'idée qu'ils avaient déjà conçue de lui, et qui le leur faisait regarder comme un scélérat infecté des maximes damnables de Manès.
Il manqua de même à la promesse faite à S, Sabas pour le patriarche de Jérusalem. Flavien avait d’abord été chassé d’Antioche, et l'on avait mis en sa place le moine Sévère, eutychien si déterminé qu'il ne recevait pas même l'Hénotique de Zénon : génie brouillon d'ailleurs , d'une inquiétude et d’une inconstance qu'il avait portées de tout côté, sans pouvoir se fixer nulle part. D'abord méchant avocat à Béryte, puis frère dyscole et dogmatiseur turbulent dans un monastère de Palestine, d’où il se fit chasser ; de là réfugié chez des moines aussi vicieux que lui, il avait été envoyé à Constantinople pour défendre leur cause, et y avait gagné les bonnes grâces de l'empereur Anastase, à qui il était digne de plaire par la conformité des mêmes vices et des mêmes ridicules. Elie de Jérusalem refusa courageusement la communion d'un pareil évêque; et l'Empereur, oubliant tout ce qu'il avait promis à S. Sabas, bannit Elie, et lui substitua Jean, fils de Marcien, qui promettait d'embrasser la communion de Sévère.
Dans un revers si accablant, S. Sabas et les autres Pères du désert ne perdirent point espérance ; ils vinrent trouver Jean, plus capable d’une faiblesse que d'une noirceur, lui offrirent de s'attacher sincèrement à lui et de le soutenir de tout leur pouvoir, s’il voulait professer la foi de Chalcédoine qu'il avait dans le cœur, et refuser la communion d'un parti qu’il regardait comme hérétique*. C'était une maxime assez généralement reçue dans ces temps de trouble, qu’on pouvait reconnaître au moins par interim les évêques substitués aux véritables titulaires, pourvu qu'ils eussent d’ailleurs les qualités convenables. On jugeait que l'intérêt du troupeau devait l'emporter sur celui du pasteur; et rien en effet n'était plus nuisible à une église, dans ces tristes conjonctures, que la privation de tout chef légitime. Jean se laissa persuader, et s’'abandonna sans réserve à la direction de ces excellens guides.
On peut juger quel fut le dépit de l'Empereur. Un courtisan, nommé Anastase. comme ce prince, crut ne pouvoir mieux lui
4 it. S. Sab. n. 56. Theoph. p. 134. — * Theoph. p. 13.
580 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 518] faire sa éour, qu'en contraignant le nouvel évêque à changer une seconde fois, et à rentrer dans la communion de Sévère. Il avait ‘une telle confiance de réussir, qu'il se condamna, s'il échouait, à une amende de 300 livres d'or. Il se transporte aussitôt à Jérusalém, avec la qualité de duc de Palestine dont on venait de le décorer; il surprénd l'évêque Jean, et le met en prison. Le peuple applaudit, comme à la punition d'un usurpateur qui avait supplanté le patriarche légitime. Cependant un orthodoxe, mieux instruit que la multitude, trouva moyen de se couler secrètement dans la prison, et porta Jean à donner quelque espérance au duc Anastase. Jean suivit ce conseil, et répondit au duc, qu'il ne refusait pas d'accomplir ses promesses; mais de peur qu'on n'attribuât à la violence ce qu'il avait dessein de faire, qu'il fallait commencer par le mettre en liberté, et que le dimanche suivant, quand le peuple serait assemblé, il se déclarerait hautement. Le duc, prenant ces paroles à double entente, dans le sens qui était conforme à ses désirs, fit aussitôt sortir l’évêque de prison.
On attendait le dimanche avec impatience; mais le duc fut bien étonné quand, l'évêque étant monté sur l'ambon, les abbés Sabas et Théodose se tenant à ses côtés, et une troupe innombrable tant
d'anachorètes que de cénobites les environnant, tous les assistans se mirent à crier avec un grand bruit : « Anathématisez les hérétiques ! confirmez le saint concile! » Aussitôt Jean et les deux saints abbés dirent d'une voix : « Anathème à Nestorius, anathème à Eutychès, à Sévère d’Antioche, à quiconque ne recoit pas le con- .cile de Chalcédoine". » Le duc Anastase ne se possédait pas de co- Jlère; mais il lui convint de dissimuler, à cause de la multitude, qu’il n'eût pas été sûr de contredire. Il jugea même à propos, pour la sûreté de sa personne, de se retirer à Césarée, d'où il instruisit l'Empereur de la diligence qu'il avait faite et de l'inefficacité de ses tentatives.
.… Ce prince résolut d’éxiler, outre l'évêque Jean, les deux abbés .Théodose et Sabas; et déjà il préparait les moyens violens qu'il croyait nécessaires pour l'exécution, quand les déux saints, protestant de leur innocence et de leur éloignement de tout esprit de rébellion, lui adressèrent une apologie touchante, au nom de tous les abbés et de tous les solitaires qui habitaient la ville sainte, les rives du Jourdain et les déserts d’alentour. Mais, quelque imposante qu'elle fût, tant par son style que par le nom vénérable de ses auteurs, il est à présumer qu'Anastase fut bien mieux contenu par la crainte de Vitalien, qui, indigné de tant de parjures, re-
4 Vit. S. Sab. pag. 312 et seq.
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[An 518) LE L'ÉGLISE, — LIV, XVII, * 58:
commença la guerre. Ainsi l'évèque Jean ne fut pas chassé de Jérusalem,
Cependant les évêques de Dardanie, d' Illyrie et de Thrace re nonçaient au schisme et écrivaient des lettres de soumission au saint Siége. Ceux de l'ancienne Epire, ayant élu un nouveau métropolitain, s'adressèrent au pape pour le prier de le confirmer. Ainsi se préparait la réunion.
D'un autre côté, le faux patriarche de Constantinople, l'audacieux Timothée, mourut après six ans d'usurpation. Le patriarche légitime mourut aussi, dans son exil de Ganges, en odeur de sainteté , et on lui attribue des miracles. Pour remplir la place alors véritablement vacante par la mort de Macédonius, on élut le prêtre Jean, cappadocien de naissance et syncelle de Timothée. Vers le même temps, c'est-à-dire dans le cours de cette année 517, Jean Nicaiote, patriarche hérétique d'Alexardrie, alla de son côté rendre compte au Juge suprême de dix années de scandales donnés sur un siége si éminent,
Enfin l'empereur Anastase, âgé de quatre-vingt-huit ans, dont il avait régné vingt-sept, mourut lui-même l'année suivante, de la manière que nous allons dire, La nuit du 8 au 9 de juillet, un orage affreux parut se former et se fixer opiniätrément sur le palais impérial, et par des coups de tonnerre sans exemple, sembla menacer personnellement le prince coupable. Il n'en fallait pas tant pour imprimer l'effroi à cette âme criminelle et faible. On vit Anastase, dans une frénésie soudaine, fuir sans dessein de place en place, sans écouter personne, sans pouvoir se rassurer dans aucun réduit. Après l'orage, on le trouva mort dans une petite chambre, soit qu’il eût été frappé de la foudre, comme le bruit en courut, soit qu’il fût expiré d’effroi.
Cette mort fut révélée à Elie, patriarche de Jérusalem, dans son exil d’Aïla. S. Sabas l'y étant allé visiter le 9 de juillet, et le diner étant servi vers l'heure de none, le patriarche dit à ses hôtes : « Mangez, mes pères : pour moi, je suis occupé d'une affaire de tout autre importance. » L'abbé Sabas l'ayant voulu retenir, il lui dit en versant des larmes * : « L'empereur Anastase vient de mourir, et je dois comparaître avec lui au jugement de Dieu ; je pars dans dix jours. » Il donna tous ses ordres pour le bien de l'église, ne vécut pendant l'intervalle que de la sainte communion, et du vin dans lequel on la trempait ; puis, atteint d'une maladie qui semblat n'avoir rien de sérieux, il mourut le 20 juillet, immediatement après la communion. Il était âgé, comme Anastase, de
{ Vit. S. Sab. n. 60
58a ” MISTOIRS GÉNÉRALE [An 8:18] quatre-vingt-huit ans. La mort de Vu ar fut confirmée à S. Sabas à son retour à Jérusalem, et il admira l’accomplissement exact de la prédiction de S. Elie, dont l'Eglise honore la mémoire le 4 juillet, aussi bien que cellede Flavien d'Antioche, banni pou: la même cause, et mort dans le même temps.
Le jour même que mourut Anastase, c'est-à-dire, le g juillet 518, Justin fut élevé sur le trône. Il était des confins de l'Illyrie et de la Thrace, et de très-basse naissance. D'abord simple soldat, il passa, par tous les grades inférieurs, à la charge de capitaine des gardes du palais, et il n'avait que ce rang à la mort de l'Empereur. L'eunuque Amance, qui avait eu tout pouvoir sous le dernier règne, crut encore avoir celu :l° douner un maître à l'Empire : et pour faire reconnaître son umi l'héocrite en cette qualité, il chargea Justin de distribue: « sa troupe de grandes sommes d'argent qu'il remit eutre ses mains, Rien n'est plus séduisant que l'éclat du diadème. Justin, tout ignorant qu'il était, parvenu à l'âge de soixante ans sans savoir lire, connut la vertu des moyens dont on le faisait dépositaire, les employa pour lui-même, et réussit à se faire couronner ‘. Il était bon croyant, ne s'étant jamais avisé de subtiliser en matière de religion. Son attachement à l'ancienne foi lui gagna celui du peuple de Constantinople, fortement attaché à la croyance catholique, et plus excédé encore de l'impiété tyrannique d’Anastase.
Dès le dimanche qui suivit l'élection, le patriarche étant entré dans l'Eglise à l'ordinaire, avec son clergé, le peuple s’écria toutà-coup * : « Longues années à l'Empereur et à l'Impératrice ! longues années au patriarche! Pourquoi depuis long-temps ne communiquons-nous pas avec le centre de l'unité? pourquoi demeuronsnous encore excommuniés? Il n’y a plus de péril à professer la vraie foi sous notre religieux empereur. Montez sur l’ambon, père des fidèles; que tardez-vous? Vous êtes orthodoxe; instruisez votre peuple, publiez tout-à-l'heure le saint concile, anathématisez Sévère |: Manichéen, qu'on déterre les os de tous les disciples de Mari: : . ‘: Mère « + Lieu, celui qui ne se déclare pas pour votre «cloiable i‘ils, doit être lui-même traité en manichéen. Longues années au nouveau Constantin! longues années à la nouvelle
Hélène !» Enfin l'enthousiasme du peuple fut tel, que, ne pouvant exprimer dans une seule langue tout ce qu'ils sentaient, les assistans mélaient des expressions latines, asiatiques et barbares au grec, qui était leur langue naturelle. Après qu'ils eurent ainsi crié de toute leur force,.et répété les mêmes acclamations pendant
\ Evagr. 1. av, c. 2. — ? Tom. 5 Conc. p. 178 et seq.
[An 5:8] firmée à issement
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(An 518] DE L'ÉGLISE. — LIV, XVII, 583 fort longtemps : « Mes frères, leur dit le patriarche, ne troubles pas l'ordre sacré des cérémonies; je vous répondrai quand le inoment en sera venu; » et ilentra dans le sanctuaire avec son clergé.
Le peuple cria plus fortement encore : « Chargez, nous vous en conjurons, des malédictions qu'il mérite, frappez de l'anathème l'hérétique Sévère; vous ne sortires point que vous n'ayez anathématisé Sévère, » Le patriarche montant sur l'ambon, leur dit : « Vous savez, mes cdi. frères , les combats que j'ai soutenus pour la foi catholique, n'étant que simple prêtre ; je ne me suis pas démenti dans l’épiscopat; je n'ai jamais rien souffert contre les saints dogmes, ni contre le saint concile, À quoi bon ce tumulte? Nous révérons tous les conciles qui ont confirmé le Symbole de Nicée, principalement celui de Constantinople, celui à Ephèse et le grand concile de Chalcédoine. » Les acclamations reprirent et continuèrent durant plusieurs heures; puis on & outa à cris redoublés : « La fête du concile, la fête du grand concile de Clwicédoine! qu'on l'annonce sur-le-champ, nous ne sortirons point d'ici qu'elle ne soit annoncée ; nous y passerons toute la mu Annoncez la fête pour demain, oui pour demain, sans plus di rer. » Le patriarche proposa de prendre le consentement de l'E, reur; mais le peuple insista, en répondant de la bonne volonte ainsi que de la foi de Justin, et en demandant toujours que la fêt. ft annoncée surle-champ. On la fit donc annoncer par un dia. , en ces termes : « Nous faisons gavoir que demain nous célébrerons en. ce lieu la mémoire de nos saints évêques les pères de Chalewdoine, qui, avec ceux de Constantinople et d'Ephèse, ont confirmé le Symbole de Nicée. » Cette fête fut établie à perpétuité, et les@recs font encore en ce jour, c'est-à-dire, le dimanche le plus proche du 16 de juillet, la mémoire des six cent-trente pères de Chaleëdwine, et tout à la fois des autres conciles généraux. Le peuple reprit ses clameurs, et dit long-temps tout d'une voix : « Qu'on anathématise encore Sévère, l'ennemi de la Trinité, l'ennemi des pères, le blasphémateur insensé qui a eu l'audace de dire anathème au saint
concile de Chalcédoine; nous ne sortirons point sans cela. » Alors le patriarche prit les suffrages de tous les évêques présens dont douze sont nommés, et l'on prononca l’anathème contre Sévère. Le lendemain, lundi 16 juillet, on célébra en effet la fête du concile, Le patriarche étant à l’église, le peuple fit encore mille acclamations en l’honneur de l'Empereur et de l'évêque, puis s'écria : « Rendez à l'Eglise les reliques de Macédonius, c'est-à-dire, du dernier patriarche de ce nom, banni pour la foi; rendez à l'Eglise les confesseurs exilés ; rendez la fête complète ; remettez en
honneur les noms d'Euphémius et de Macédonius; mettez les quatre conciles dans les dyptiques : mettez-y Léon, archevêque de Rome; apportez les dyptiques sur l'ambon. » Le patriarche dit qu'il voulait les contenter ce jour-là, comme on l'avait fait la veille; mais que, pour agir régulièrement, il fallait assembler iles évêques, et agir de concert avec l'Empereur. Le peuple cria que personne ne sortirait, qu’il fallait déférer sur-le-champ à ses vœux, et il ferma les portes; ce qui obligea le patriarche à prendre les dyptiques, et à y insérer en leur présence les quatre conciles, avec les noms d'Euphémius et de Macédonius ses prédécesseurs, et celui du pape S. Léon. Alors le peuple s’écria content : Beni soit le Seigneur qui a visité et délivré son peuple! Et l'on fit monter à l'ambon les chantres, qui entonnèrent le trisagion pour le commencement de la messe : c'est le moment où on le chante dans la liturgie grecque. Quand le temps de lire les dyptiques fut venu, tout le peuple s'empressa vers l'autel pour écouter en grand silence; et dès que le diacre eut proféré, avec les noms des quatre conciles, ceux d'Euphémius, de Macédonius et de S. Léon, tous s’écrièrent à haute voix : Que la gloire vous en soit rendue, Seigneur! après quoi la messe s’acheva tranquillement. C'est ainsi que le peuple de Constantinople signala son zèle, dès qu'il vit un prince orthodoxe sur le trône.
Mais pour donner une forme canonique à ce que ce peuple avait exigé, le patriarche Jean tint un concile de quarante évêques qui se trouvaient dans la capitale, et qui ratifièrent ce qui venait de se passer. Ils statuèrent encore que les clercs bannis pour la cause d'Euphémius et de Macédonius seraient rappelés et rétablis dans leurs places, et l’on référa le tout à l'Empereur, pour l’exécution ‘.
Le patriarche de Constantinople manda ces nouvelles consolan tes à celui de Jérusalem, aussi bien qu'aux évêques des autrés siéges importans, et leur envoya les actes de son concile, qu'il les priait d'approuver. La plupart concurent une sainte joie de cette heureuse révolution, et se prêtèrent à tout ce qu’on désirait d'eux. Ils s'élevèrent même avec force contre le petit nombre de réfractaires, surtout contre Pierre d’Apamée et Sévère d'Antioche : ils n'eurent point de relâche, que ces loups travestis en pasteurs ne fussent chassés du bercail. Mais il y avait quelque chose de plus pressant pour l’église de Constantinople, savoir, son entiere reunion avec la mère de toutes les églises, ou avec Rome, dont elle était séparée en quelque sorte depuis trente-quatre ans que le pa-
# Tom. 5 Conc. p. 170.
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{A 88) DE L'ÉGLISE, — LIV. XVIII. 585 trigrche Acace avait été condamné. L' empereur Justin souhaitait cètte réunion; le patriarche Jean ne demandait pas mieux, et le pape Hormisdas, héritier du zèle et de la sagesse de Symmaque, étaît fort éloigné d'opposer d’autres difficultés que celles que le respect des lois indispensables ne permettait pas de franchir.
Aux premières propositions qui lui furent adressées par l'Empereur et le patriarche, il prit la résolution d'envoyer une nouvelle légation à Constantinople’. Il donna aux légats des instructions à reu près semblables à celles du pape Symmaque, avec moins de précautions cependant, les esprits étant beaucoup mieux disposés que sous Anastase. Les légats portaient en même temps des lettres pour l'Empereur, pour l’impératrice Euphémie, pour le j"t"iarche et son clergé, pour le comte Justinien, neveu et successeur présomptif de l'Empereur, et pour quelques autres personnes de la plus haute distinction. Mais les erremens capitaux étaient tracés dans un libelle ou formulaire, que le souverain pontife avait dressé avec son conseil, et que les Orientaux devaient nécessairement souscrire pour rentrer dans l'union. Voici ce formulaire :
« La première condition du salut, c'est de garder la règle de la vraie foi, et de ne s’écarter en rien de la tradition des Pères. Et parce qu'il est impossible que la sentence de notre Seigneur Jésus-Christ ne s'accomplisse point quand il dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, etc. l'événement a justifié ces paroles ; car la religion catholique est toujours conservée in-
» violable et sans tache dans le Siége apostolique. Ne voulant donc » pas déchoir de cette foi, suivant au contraire en toutes choses » les réglemens des Pères, nous anathématisons tous les héréti- : » ques, principalement l'hérétique Nestorius, etc. C'est pourquoi, » comme il a déjà été dit, suivant en toutes choses le Siége aposto- » lique, et publiant tout ce qui a été décidé par lui, j'espère méri- » ter d'être avec vous dans une même communion, qui est celle de » Ja chaire apostolique dans laquelle réside la vraie et entière soli- » dité de la religion chrétienne : promettant aussi de ne point réci- » ter dans les saints mystères les noms de ceux qui sont séparés de » Ja communion de l'Eglise catholique, c'est-à-dire, qui ne sont » pas d'accord en toutes choses avec le Siége apostolique. Que si » je me permets de m'écarter moi-même en quelque chose de la » profession que je viens de faire, je me déclare par ma propre sentence au nombre de ceux que je viens de condamner. J'ai » souscrit de ma main cette profession qui est la mienne, et je lai » envoyée à vous, Hormisdas, saint et vénérable pape de la grande » Rome. »
# Tom. 4 Conc. p. 1407 et seq.
586 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 519]
Ce formulaire fut lu devant l'Empereur, en présence du: sénat et de quatre évêques choisis par le patriarche. Après la lecture, les légats demandèrent aux évêques, s'ils trouvaient le libelle conforme aux règles de la foi et de la vérité. Les évêques répondirent que tout y était vrai. « Si cela est vrai, reprit aussitôt l'Empereur, qui vous empêche de le recevoir? » Quelques-uns des sénateurs présens ajoutérent : « Nous sommes des laïques; vous qui devez nous guider en qualité d’évêques, mettez en pratique la vérité à laquelle vous rendez hommage, et nous vous infterons, »
On tint quelques jours après une assemblée pee au palais, où se trouva le patriarche, qui souscrivit le libelle, témoigna sa parfaite unanimité avec le pape, recut Je concile œcuménique de Chalcédoine avec ceux de Nicée, de Constantinople et d'Ephèse, et condamna tous les téméraires qui avaient osé tenir une autre conduite. On effaca des dyptiques les noms des derniers patriarches opposés aux six cent trente pères, sans épargner celui du fameux Acace, dont l'intérêt était depuis long-temps la pierre d'achoppement des Orientaux. La joie du peuple fut extrême; il participa à la communion avec tant de ferveur et en si grand nombre, que les ecclésiastiques n'avaient aucun souvenir qu'une pareille multitude eût communié en un jour.
Il fut ensuite question de donner un patriarche orthodoxe au peuple d’Antioche. Après de grandes difficultés et de longs débats sur le choix du sujet, l'Empereur prit un prêtre de l'église de Constantinople, catholique décidé et fort éclairé, qui, pendant deux ans passés à Antioche, avait fortement résisté à l'hérétique Sévère. On le voulut ordonner à Constantinople; mais les légats représentèrent, au nom du pape, qu’il devait être ordonné sur les lieux, suivant l’ancienne coutume; Rome empêchant constamment, en vertu des canons de Nicée, que les patriarches de Constantinople n'empiétassent sur la juridiction des autres églises.
L'empereur Justin donna ses ordres pour faire arrêter le faux patriarche Sévère et l’amener à Constantinople afin qu'il rendit compte de sa conduite. Vitalien demandait qu'il eût la langue coupée ; mais le blasphémateur prévint les poursuites, et gagna le port de Séleucie, où il s'embarqua pour Alexandrie, toujours gouvernée par l'évêque Timothée, dont il fut très-bien accueilli. Pierre, évêque d'Apamée, fut envoyé en exil avec un grand nombre d’autres hérétiques coupables des mêmes attentats. Il ny eut guère alors de résistance que dans le lieu d'où l’on avait moins sujet d'en attendre; et l’on compte jusqu’à deux mille cinq cents évêques, qui, sous l'empire de Justin, confirmèrent par leurs let-
An 519] sénat ecture, le conndirent
pereur,
1rs préez NOUS aquelle
palais, igna sa ique de ‘phèse, e autre patriarelui du pierre ême; il | grand
qu'une
loxe au s débats lise de pendant l’héré-
ais les rdonné pêchant iarches
autres
le faux | rendit ue coule port vernée Pierre, ombre n'y eut moins q cents urs let-
[Aa 819) DE L'ÉGLISE. — LIV. XVIII. 587 tres le concile de Chalcédoine, et souscrivirent le formulaire du pape Hormisdas.
Si les évèques de Thessalonique avaient toujours paru si dévoués aux souverains pontifes, dont ils étaient les vicaires dans l'Illyrie occidentale, il s’en fallait bien que Dorothée, alors en possession de ce siége, pensât comme ses prédécesseurs. Il dissimula, quand il vit la cour favoriser la réunion, et les légats occupés à la consommer. Il se montra même des plus ardens comme des premiers à l’accepter. Mais ce n’était qu'un piége qu'il voulait tendre aux ministres du pontife. En effet, l'un d'entre eux, attiré à Thessalonique sous ombre d'un plus grand bien, ou pour réunir plus facilement les esprits, manqua d'y périr dans une émeute populaire. Le perfide archevêque l'avait excitée sous main en faisant entendre que les envoyés de Rome n'étaient que les promoteurs d’une persécution contre la partie la plus saine de l'Eglise'.
Le pape Hormisdas, ayant été informé d'une manœuvre si odieuse de la part d'un évêque, fit preuve de la plus grande modération. « Laissons à l'Empereur, écrivit-il aux légats, le soin de punir l'injure faite à sa puissance plutôt qu'à nous. Ce qui nous regarde, c'est que personne ne se convertisse sans connaissance de cause, et ne soit contraint à faire profession de la foi sans être persuadé. » Ainsi il paraissait appréhender qu’un zèle trop vif n'eût emporté ses légats, car personne n’était plus circonspect ni plus réservé dans ses démarches que ce pontife, et rien en même temps n'échappait à l'étendue de son zèle et à la supériorité de ses vues.
Tandis qu'il s’efforçait d’extirper le schisme de l'Orient, il prenait les plus sages précautions pour en préserver toutes les autres parties de l'Eglise. Il eut grand soin de prévenir S. Avit de Vienne et S. Césaire d'Arles, deux des plus brillantes lumières de la Gaule, contre le mauvais exemple de l'Illyrie. Il eut soin de leur faire connaître, et par eux à toutes les Gaules, tant les prélats revenus à l'unité , que ceux qui persévéraient dans le schisme, afin de prémunir les faibles contre les artifices des séducteurs. Jamais enfans.ne furent plus dociles aux avertissemens du père commun des fidèles, et jamais on ne vit plus de vertu dans les évêques de nos provinces. Mais c'était dans ceux qui obéissaient au roi de Bourgogne qu'elle éclatait d’une manière plus frappante. Sigismond, qui régnait alors, donnait, au milieu des périls de la cour, l'exemple de la ferveur au clergé même*. Plus courageux que son
* Suggest. Germ. p. 1509. — ? Ado. in Chr. Mari Chr.
588 HISTOIRE GENÉRALE [An 519] père Gondebaud, qui n'avait jamais ôsé professer la doctrine dont il reconnaissait la vérité, le fils faisait une profession éclatante de la vraie foi. Il n'avait pas même attendu qu'il fût maître, pour se déclarer en faveur des plus fervens orthodoxes. Du vivant de son père, il rebâtit le célèbre monastère d'Agaune, c'est-à-dire de Saint-Maurice en Valais. Quand il se vit sur le trône, il le dota richement. On compte jusqu'à seize terres qu'il lui donna dans les diverses provinces de sa dépendance. Il voulut que la majesté du culte répondit à cette royale munificence, et il rassembla un nombre de moines suffisant pour les diviser en huit bandes, et fournir à la psalmodie perpétuelle.
Dès le commencement du règne de Sigismond, S. Avit, secondant son pieux souverain, convoqua un concile à Epaone, que l'on croit être Albon , au diocèse de Vienne”. Il fut composé de vingt-cinq évêques, tous du royaume de Bourgogne, et célébré dans le mois de septembre de l'an 517. Ce concile suffirait seul pour donner une juste idée des prélats qui siégeaient alors dans les Gaules, On y vit une multitude de saints, honorés depuis d’un culte public. S. Avit, comme archevêque de Vienne, capitale du royaume de Bourgogne, et S. Viventiol de Lyon y présidèrent. On remarque ensuite S. Apollinaire de Valence, frère d’Avit; S. Pragmace d’Autun, et S. Grégoire de Langres, dont le moindre relief était sa naissance, illustre même entre les maisons patriciennes. Il avait contracté un mariage digne de son extraction, ct rempli la dignité de comte d’Autun pendant quarante ans. Il fut élevé sur le siégé de Langres après la mort de sa femme, et gouverna trente-deux ans cette florissante église. C’est lui qui, ayant trouvé à Dijon les reliques du martyr S. Bénigne, bâtit une église où il les transporta ; et pour leur faire rendre un culte convenable à leur célébrité, il fonda de son bien un riche monastère. On trouve encore dans ce concile les souscriptions de S. Claude de Besancon, de S. Silvestre de Chälons-sur-Saône, de S. Maxime de Genève, et de S. Florent d'Orange.
On y dressa quarante canons de discipline, dont le premier fait concevoir de quelle importance était censée l'assistance aux conciles, puisqu'on excommunie l’évêque qui ose y manquer pour toute autre cause qu'une maladie grave et notoire. La même chose avait été ordonnée l’année précédente, au concile de Tarragone en Espagne. Le quatrième canon d'Epaone défend aux évêques, aux prêtres et aux diacres, de nourrir des chiens ou des oiseaux pour la chasse. Le cinquième empêche qu'un prêtre ne desserve
! Tom. 4 Conc. p. 1557.
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{An 519] DE LEÆGLISE. — LIV. XVIII. 589 une église dans un diocèse étranger, sans le consentement de son évêque naturel, ou, comme on parle aujourd’hui, sans obtenir son exeat; ce qui montre l'ancienneté de ce point de discipline,
Mais ce qu'il y a de plus édifiant dans ce concile, le point sur lequel l'on insiste davantage, c'est l'esprit de détachement et de désappropriation, relativement aux biens ecclésiastiques. El est défendu au prêtre qui gouverne une église, de faire, tandis qu’il la gouverne, aucune acquisition, si ce n'est au nom de cette église, Un clerc, tiré d’un diocèse pour devenir évêque d'un autre, doit rendre au diocèse qu’il quitte les biens ecclésiastiques qu’il y possédait; par où il est manifeste qu'on ne jouissait encore des bénéfices, dans ces provinces, qu'à titre de rétribution pour le service actuel. Les legs qu'un évêque fait des biens de l'Eglise, sont déclarés nuls, à moins qu'il ne la dédommage sur°ses biens propres.
Le concile n'est pas moins exact, par rapport à la fréquentation des femmes. Le vingtième canon défend à tous les clercs sans exception, de rendre des visites aux personnes du sexe, à des heures tant soit peu indues ; de les voir, si ce n'est pour des choses nécessaires , et en présence de quelques prêtres ou de quelques diacres. Il'est défendu , par le trente-deuxième canon, aux veuves des prètres et des diacres de se remarier. On sait quelle fut constamment la discipline des Gaules pour le célibat de ces clercs, et l’on doit se souvenir que les femmes qu'ils avaient épousées avant leur ordination, n'étaient plus regardées depuis que comme leurs sœurs.
On voit encore par ce concile, que les abbés étaient soumis à la correction des évêques, et que les clercs qui pouvaient se défendre aux tribunaux séculiers, ne doivent point y plaider en demandant, sinon par l’ordre de l'évêque. Nous avons fait observer que sur ce dernier chef, telle était aussi, au moins depuis quelque temps, la discipline de J’église de Constantinople.
La même année 517, il se tint à Gironne en Catalogne un concile daté de la sixième année du règne de Théodoric, qui gouvernait l'Espagne comme tuteur de son petit-fils Amalaric. Ce qui est ordonné pour maintenir la chasteté des clercs , achève de proùver clairement la pureté de la discipline occidentale à cet égard. Le sixième canon porte que les clercs qui ont été ordonnés étant mariés, depuis l'évêque jusqu’au sous-diacre inclusivement , ha-
biteront séparément de leurs femmes ; que s'ils ne logent point à
part, ils auront avec eux un de leurs confrères pour témoin de leur vie. Par le septième canon, ceux qui sont ordonnés dans le célibat ne doivent point avoir de femmes pour conduire leur ménage , si ce n’est leur mère ou leur sœur. On fait mention de quelques autres conciles tenus en Espagne vers le même temps; mais on
5go HISTOIRE GÉNÉRALE (An 653) Che n'y trouve rien de remarquable, sinon que ces provinces avaient et tu dès-lors des monastères gouvernés par des abbés, Le plus ancien te que nous connaissions est celui d'Asane, fondé en Ibérie ou en qu'il Aragon, par S. Victorien, natif de ce royaume. Mari Les dons d'en-haut se répandaient de jour en jour avec plus d'a-
sus-C
bondance sur les nations barbaresles plus inconnues. Depuis assez juille long-temps, les Ibériens de l'Asie, qui habitaient entre le Pont- Euxin et la mer Caspienne, avaient été éclairés des lumières de la plus
foi. Les habitans de l’ancienne Colchide, nommés Lazes, instruits pérs sans doute par ces voisins, les voulurent imiter. Zamnaxe leur roi entri étant mort, Zathe, son fils et son héritier , au lieu de demander par ] l'investiture au roi de Perse, suivant la coutume, vint à Constan- et dé tinople pour l'obtenir de Justin‘. Il savait qu'en Perse on ne le ville couronnerait qu'#près avoir sacrifié et pratiqué les autres exerci: frire ces de la religion païenne, qu'il était résolu d'abjurer. L'Empereur admi l'accueillit honorablement , le fit baptiser, l’adopta pour son fils, ans. et lui donna une femme de la première noblesse de l'Empire; en- pour fin , il l'institua roi des Lazes, en lui mettant sur la tête une cou- grâce ronne à la romaine. Le Persan ne manqua pas de se plaindre de le pe cette entreprise, faite sur un état de sa dépendance malgré la paix ses c et l'amitié qui régnaient entre les deux nations *. Mais l'Empire le bù étant en état de se faire respecter, il n'y eut rien de plus que des toute plaintes. Justin répondit sans détour, qu'il avait cru devoir en user sus-C de la sorte à l'égard d'un prince vertueux, qui voulait avec raison Le renoncer aux superstitions du paganisme. | coup Il y avait aussi beaucoup de chrétiens parmi ces Arabes, que pouv les Grecs nomment Homérites, et que l'on croit avoir été gouver- siasm nés par la reine de Saba du temps de Salomon *, Mais ils étaient tyre, alors sous la puissance d'un Juif, nommé Joseph Dunaan , grand Elesb ennemi du nom de Jésus-Christ. On l'appelait aussi le Fossoyeur,, l'emp parce qu’il faisait précipiter tous ceux qui ne voulaient pas se faire prit a juifs, dans des fosses profondes, où il y avait de grands feux allu- autan més. L'an 522, Dunaan vint mettre le siége devant la ville de Na- l'hon gran, qui était toute chrétienne et commença par faire passer au après fil de l'épée tout ce qu'il trouva de fidèles dans le voisinage. La royat place se défendit avec une extrême vigueur, et le tyran ne put ja- où il mais l'emporter de force ; mais il fit si bien par ses discours arti- L'é ficieux et ses faux sermens, qu'on la lui remit. Il tenta aussitôt de. persé pervertir les habitans, et fit d’abord déterrer et brûler le corps de sa m l'évêque Paul, mort deux ans auparavant. Ensuite on fit allumer rage un immense bûcher , où l’on jeta tous les prêtres, tous les moines perds eurer
* Agath. L. Z2, p. 55.—2 Proc. x Pers. c. 12.—5 Boll. 24 Oct. Niceph. 1, XVII, @.6. il ava
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[An 535] DE L'ÉGLISS. — LIV. XVNI. 5gt et toutes les vierges : spectable effroyable, mais qui, au lieu de la terreur, inspira l'héroïsme aux âmes les plus faibles; en sorte qu'il ÿ eut une sainte émulation entre les vierges et les femmes mariées, à qui s'immoleraient les premières pour la gloire de Jésus-Christ, L'Eglise honore ces martyrs tous ensemble le 27 de juillet.
Le gouverneur de Nagran se nommait Arétas, vieillard encore plus vénérable pour sa vertu que pour sesannées. Le persécuteur se pérsuada que, s’il pouvait l'engager dans l'apostasie, son exemple éntrafnerait le reste des citoyens, Il tenta long-temps de le gagner par les offres les plus séduisantes, A la fin, confus de Ja fermeté et des sages réponses du confesseur, il le fit conduire hors de la ville, au bord d’un torrent; où on lui coupa la tête. Avec lui souffrirent trois cent quarante de ses concitoyens, entre lesquels on admira surtout une femme qui avait un fils âgé seulement de cin ans. Cet enfant, voyant qu'on traînait sa mère à un bûcher allumé pour la brûler vive, courut au tribunal du tyran en demandant grâce. Les pleurs et la figure intéressante de cet enfant touchèrent le persécuteur, qui le prit sur ses genoux, et le voulut amuser par ses caresses. Mais le petit martyr, voyant qu'on jetait sa mère dans le bûcher, s'échappa des bras du flatteur perfide, et courut de toutes ses furces se précipiter dans les flammes en confessant Jésus-Christ.
Le saint vieillard Arétas, immédiatement avant de recevoir le coup de la mort, avait demandé à Dieu que son pays passât au pouvoir d’un prince chrétien. Sa prière, faite avec cet enthousiasme divin et cet air inspiré qui accompagnaient souvent le martyre, fut prise pour une prophétie. En effet, dès l'année suivante, Elesban , roi d'Ethiopie, chrétien fort zélé et vivement animé par l'empereur Justin , attaqua le juif Dunaan par terre et par mer, le prit avec ses principaux officiers, et les fit tous mourir. Il remédia, autant qu'il put, aux maux de la persécution , bâtit une église en l'honneur de S. Arétas, donna un roi sage et pieux aux Homérites : après quoi, foulant aux pieds tout le faste des conquêtes et de la royauté , il abdiqua la couronne, et se rétira dans un lieu écarté, où il finit ses jours dans les exercices de la vie solitaire,
L'éghse d'Afrique recouvra aussi la paix, après une affreuse persécution de soixante ans; le roi Thrasamond ayant terminé par sa mort, arrivée l'an 523, un règne de plus de vingt-sept ans. La rage et le dépit violent qu'il conçut d’une bataille considérable perdue contre une troupe indisciplinée de Maures vagabonds, eurent’ beaucoup de part à sa mort. Quelque temps auparavant, il avait rappelé S. Fulgence de son exil, non pour faire grâce à cet
592 HISTOIRE GÉNÉRALE (An 523] illustre docteur, mais par une vanité puérile ou une présomption insensée, qui lui faisait-espérer de confondre dans la dispute cet oracle de l’église d'Afrique ‘ : car à l'inhumanité barbare d’un tyran, il joignait les prétentions pédantesques et toute la suffisance d’un sophiste. Fulgence profita de l'occasion, pour confirmer dans la foi les catholiques de Carthage, qui le vinrent trouver avec empressement.
Un homme de ce génie n'était guère embarrassé de répondre à des barbares ignorans et depuis si long-temps accoutumés à n’appuyer leurs erreurs que du poids de la puissance et de l'oppression. On lui tendit des piéges misérables : on exigea qu'il répondit à des livres qu’il n'avait eus que quelques heures entre les mains, dont souvent on ne lui avait fait qu'une lecture rapide, sans lui permettre de les lire lui-même. D'autres fois, on ne lui remettait des volumes entiers d’objections que dans les ténèbres, et on ne les lui laissait que dans les rencontres qui lui en rendaient la lecture impossible. Le saint sut relever, à la gloire dela vérité, toutes ces supercheries ; mais il eut un soin extrême de ménager le roi dans ses expressions, et rien ne lui fit jamais oublier le respect qu'il devait à son souverain. Ce que tout le monde regardait comme une manie ridicule dans Thrasamond, il en tient compte à ce prince, comme d'une application louable à s’instruire de la vérité. « Jusqu'ici, lui dit-il, on n’a point vu qu'un roi des Barbares, continuellement occupé de la guerre ou de courses tumultueuses, montrât un désir. si vif d'apprendre la sagesse, Les Barbares se piquent au contraire de mépriser les sciences : il n'y a communément que les Romains qui marquent du goût à les cultiver. » Il faut se souvenir de ce que nous avons déjà fait observer, que les Vandales et les autres nations conquérantes, loin de s’offenser du nom de Barbares, le tenaient à honneur, et le prenaient eux-mêmes pour se distinguer des Romains, dont ils affectaient de décrier la mollesse.
Ce fut alors que Fulgence composa ses trois livres adressés à Thrasamond, et qu'il les lui envoya. Toutes les objections du prince s’y trouvaient si bien réfutées, qu'il n’osa plus se commettre avec un pareil athlète. Mais un évêque arien, nommé Pinta, fut moins prudent, et Fulgence le poussa avec beaucoup plus de vigueur. On regrette ces réponses à Pinta, que nous n’avons plus; car l'ouvrage qui est parvenu jusqu’à nous sous ce titre, n’est pas deS. Fulgence. |
Cependant le roi avait conçu pour le saint docteur ce dégré de
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[An 523] DE L'ÉGLISE. — LIV. XVIII. 593 bienveillance qui est inséparable d'une haute estime, et il parut le voir d’un assez bon œil à Carthage, ne remarquant pas, ou ne voulant pas apercevoir de quel secours il y était à la doctrine catholique. Mais il se th zait chez les Vandales, comme parmi tou-
. tes les nations, des génies aussi remuans que remplis d'incapacité,
et qui, pour se faire valoir, n'avaient de ressource que dans le tumulte des sectes et des partis". Quelques zélateurs de ce caractère représentèrent à Thrasamond, que tout son zèle deviendrait inutile par la seule présence de Fulgence; que ce prélat avait déjà séduit quelques évêques, et que, si on ne l'éloignait au plus tôt, toute la religion des Barbares périrait infailliblement. Le roi eut la faiblesse de céder à ces remontrances, et renvoya Fulgence en Sardaïgne. C'est de là que cet infatigable docteur, voulant tenir les Carthaginois en garde contre les artifices dont on usait pour les. pervertir, leur écrivit une lettre que nous n'avons plus, mais qui passa pour très-éloquente. Il composa, au même lieu et dans le même temps, les deux livres de la Rémission des péchés, qui se trouvent encore parmi ses œuvres. C'est la réponse à la consultation d’une personne pieuse, qui lui avait demandé si Dieu, usant extraordinairement de sa toute-puissance, ne remettait pas quelquefois les péchés aux morts. Le saint assure que la rémission des péchés n’est jamais accordée qu'à ceux qui se convertissent sincèrement en ce monde, et qui vivent dans le sein de l'Eglise catholique. Il est évident, par toute la suite de l'ouvrage, qu'il s’agit uniquement du péché mortel, non des fautes légeres, ni des peines qui peuvent rester à expier dans l'autre vie.
On rapporte à la même époque la réponse de Fulgence à plusieurs questions de l'un de ses amis, qu’il appelle Monime. Le second et le troisième livre, car cet ouvrage en comprend trois, ne roulent que sur des difficultés faites par les Ariens. Dans le premier, il s’agit de la prédestination; à ce sujet, le saint docteur s'ex-
prime d'une manière assez semblable à celle des modernes. Il en-
seigne que le péché n’est pas compris dans la prédestination, mais dans la seule prescience; c’est-à-dire, que Dieu ne prédestine pas les hommes au péché. La raison principale qu'il apporte en preuve, c'est que le Seigneur ne prédestine que ce qu'il veut faire, et qu'il ne fait pas le mal, ou le péché. Pour la peine ou le châtiment, qui n'est pas un mal, mais l'ouvrage de la divine justice, le saint docteur ne voit rien qui empêche de la comprendre dans la prédestination.
Dans le même temps encore, c’est-à-dire, sur la fin de son exil,
1 Vit. S. Fulg. c. 25, .°