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STATISTIQUE DES PARFUMS VÉGÉTAUX

La France est l'un des pays où l'on prépare le plus de parfums. Grâce au climat chaud et sec, les bords de la Méditerranée produisent des végétaux très parfumés. Les principaux centres de production sont Nice, Grasse, Cannes, Nîmes et Montpellier, mais principalement les villes situées dans les Alpes-Maritimes, qui sont entourées d'immenses champs de fleurs. Ce département produit à lui seul plus de 3 millions de kilos de fleurs

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par an (1 SCO 000 kilos de fleurs d'oranger, I 000000 de kilos de roses, 137 000 kilos de violette, 147 D00 kilos de jasmin, 74 000 kilos de fleurs de tubéreuse, 30000 kilos de jonquille et 20 000 kilos de réséda), dont la majeure partie est employée à la fabrication des essences.

Les pétales des fleurs d oranger servent à la préparation de Veau de fleurs d'oranger et de l'essence de néroli. L'essence de néroli est très chère, puisqu'elle vaut 350 francs le kilo. La cueillette des fleurs d'oranger, faite par environ 2000 femmes a lieu du mois d'avril à la fin de mai. L'oranger, originaire de l'Inde, fut introduit chez les Arabes au ix« siècle et dans le midi de la France au xvi* siècle. Dès 1566, il y avait de vastes forêts de cet arbre dans les environs d'Iiyères, de Saint-Chamas, de Fréjus, de Cannes, de Vallauris, d'Aix et de Marseille. Actuellement les orangers sont surtout cultivés à Vallauris, devenu un grand centre de production d'essence.

Le midi de la France fabrique en outre de l'essence de bergamote, par pression du zeste d'une variété d'orange cultivée dans le sud de l'Europe, le CUrus bergamia ; l'essence d'amandes amères, obtenue en concassant les amandes amères, ajoutant de l'eau, laissant fermenter et distillant; l'essence de sauge; l'essence de lavande, que les Anglais préparent aussi en grande quantité dans les comtés deSurrey et d'IIertford, avec les fleurs du Lavandula vera. La grande lavande ou Lavandula spica sert à préparer Y huile d'aspic, employée pour la peinture sur porcelaine et la fabrication des vernis. Citons encore le parfum du rhizome d'iris de Florence, qui imite la violette ; l'essence de citron, retirée par compression du zeste des fruits du citronnier ; l'essence de géranium, qui venait jadis exclusivement de l'Inde,' mais qu'on obtient maintenant beaucoup plus pure en France et en Espagne; l'essence d'héliotrope, dont 4 grammes suffisent pour parfumer 1 kilogramme de pommade ; l'essence d'ambrette dont les graines ont une odeur qui rappelle l'ambre ; l'essence 7 de carvi, plante de la famille des ombellifères ; l'essence de coriandre, de la même famille, etc., etc.

L'Algérie, grâce à son climat, produit aussi abondamment des

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fleurs très parfumées. On y cultive maintenant, pour en extraire des parfums, les orangers, les citronniers, les jasmins, les tubéreuses, les mimosas, les roses, les- géraniums, les bigaradiers, les verveines, etc. Les Maures fabriquent beaucoup d'eau de fleurs d'oranger. L'essence de géranium se prépare en grand à Boufarick. V Acacia farnesiana, arbre forestier, est cultivé en grand pour la préparation de l'essence de cassie.

Le thym, la lavande, le romarin, le fenouil, le myrte croissent partout spontanément.

L'essence de rose occupe, à cause de son importance, une place spéciale dans l'industrie de la parfumerie. On prétend qu'elle aurait été découverte au x e siècle par un médecin arabe, nommé Avicenne. Quand elle est très pure, elle se solidifie en lamelles, mais on la falsifie souvent avec l'essence de géranium ou encore l'essence de palma rosa, retirée d'une graminée cultivée près de Delbi, dans l'Inde. L'essence de rose se fabrique surtout à Andrinople, dans la Turquie d'Europe ; à Brousse et à Uslak, dans la Turquie d'Asie; dans la Bulgarie, au pied de la chaîne des Balkans, à Kizanlik ; à Ghazepore dans l'Inde ; et, en France, dans la Provence. Comme méthode d'extraction, on distille avec de l'eau les espèces de roses les plus odorantes, ou encore on procède à l'enfleurage au moyen de semences de sésame. On fait des couches alternatives de graines et de pétales de roses qu'on soumet à la compression, en ayant soin de renouveler les roses tous les dix jours.

A Cannes et à Nice, chaque paysan cultive un champ de roses sur les versants des collines exposés au soleil. C'est l'espèce Rasa centifolia qui donne l'essence la plus parfumée. Leipzig et Dresde, en Allemagne, commencent aussi la même fabrication. Provins, au moyen âge, avait une grande réputation pour sa culture des roses, sa fabrication d'eau de rose, de sachets parfumés et de confitures au miel et à la rose. Actuellement, il n'y a plus de roses à Provins.

En Bulgarie, on cultive en grand les rosiers sur les deux versants des vallées de la Toundja et de la Streiua. Les espècespréférées sont la Rosa damascœim, la rose blanche et la rose de

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Constantinople, qui, bien que peu parfumées, dégagent une odeur suave. Les roses sont cueillies par des femmes. Pendant cette opération, leurs doigts se recouvrent d'une résine qu'elles roulent en petites boules. Ces boules servent à parfumer les cigarettes.

En Bulgarie, on distille 75 litres d'eau avec 13 kilos de pétales de roses, et l'on recueille 10 litres. On distille ces 10 litres de façon à n'avoir que S litres. L'essence surnage sur l'eau. Il faut 3000 kilos de pétales pour obtenir 1 kilo d'essence. Ces 3000 kilos de pétales représentent la récolte d'un hectare planté en rosiers. Dansles bonnes années, la Bulgarie produit 3000 kilos d'essence. Le prix de l'essence est très variable ; il oscille entre 900 et 1500 francs le kilogramme. L'essence de rose de Provence est plus fine que celle de Bulgarie. L'Inde produit peut-être l'essence la plus parfumée du monde entier.

La Perse fabriquait jadis, au xvu c siècle, une grande quantité d'essence de rose. Elle se contente aujourd'hui de fabriquer la fausse essence de palma rosa. La Perse est cependant la véritable patrie des roses : il existe à Téhéran des rosiers qui ont jusqu'à 10 mètres de hauteur.

Les pays étrangers nous fournissent quelques végétaux odorants remarquables. L'essence du cananga ou à'ikng-ilang, eut jadis une très grande vogue. Cette essence, qui coûta au début jusqu'à 1500 francs le kilogramme, est retirée des fleurs du Cananga odorata, arbre de 20 mètres de hauteur, qui croît dans les forêts des îles Philippines, à Java et dans tout le sud oriental de l'Asie. Il tend à disparaître, car les indigènes imprévoyants l'abattent pour en cueillir les fleurs.

Citons encore l'essence de linaloès, extraite du bois de citron du Mexique; l'essence de cannelle, obtenue avec l'écorce d'arbustes dont les plus estimés croissent à Ceylan, mais qu'on trouve aussi dans la Chine et l'Indo-Chine ; l'essence de bois de rose, fabriquée avec le bois du Licari kanali, originaire de la Guyane,' dont l'odeur rappelle en même temps la rose, le réséda et la fleur d'oranger; l'essence de Wongsky, obtenue avec le fruit duGardenia /lorida, cultivé en Chine, dont les lleurs servent à parfu-

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mer les thés les plus estimés et qui fournit aussi des teintures en vert et en jaune pour coton; l'essence du Latines sassafras qui croît dans l'Amérique septentrionale ; la coumarine de la fève de Tonka, fournie actuellement à bas prix par les feuilles du Liatris odoratissima, plante abondante au sud des Etats- Unis ; le musc végétal, extrait des semences de Y Hibiscus abelmoschus; végétal de l'Inde, de la Martinique; de l'Egypte, dont les feuilles sont mâchées par les Égyptiens pour donner à l'haleine une odeur agréable ; le niaouly, de la Nouvelle-Calédonie, qui fournit l'essence de cajeputi, acclimaté à la Réunion, et dont les feuilles assainissent les contrées marécageuses aussi bien, sinon mieux, que celles de l'eucalyptus ; le patchouli/, fourni par une plante des Indes, de la famille des labiées; nous en passons beaucoup d'autres, mais nous devons faire une mention spéciale pour l'essence de vanille, à cause de sa grande importance.

La vanille est le fruit du vanillier, la plus célèbre des orchidées. Ce végétal ne fut importé qu'à la fin du xvm" siècle en Angleterre, quoique depuis deux siècles l'Europe connût déjà sa gousse desséchée et odoriférante. A cette époque le vanillier ne croissait spontanément que sur le littoral du golfe du Mexique, depuis la Guyane jusqu'au Mexique. Actuellement, il est acclimaté dans les îles des Antilles aussi bien que dans celles de la Réunion et Maurice. C'est de ces deux dernières îles que la France et l'Angleterre retirent presque toute leur vanille.

Le vanillier est une sorte de liane qui atteint le sommet des plus grands arbres. Sa fleur n'a rien de remarquable. On le reproduit par bouturage. Son existence n'est que de sept ans. La récolte des fruits se fait à la Réunion depuis mai jusqu'en août, et au Mexique vers le mois de décembre. Ces fruits doiventsubir une préparation spéciale. Au Mexique et dans la Guyane, on les expose d'abord au soleil, puisa l'ombre, jusqu'à complète dessiccation ; à la Réunion, on les expose au feu, ou bien encore on les traite par l'eau bouillante et on les dessèche ensuite au soleil puis à l'ombre, ou dans une étuve. La fécondation natu-

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relie des fleurs se faisant mal, on ne récoltait jadis que fort peu de fruits. Vers 1830, Neumann, jardinier en chef du Jardin des Plantes de Paris, et simultanément Edmond Albius, jeune esclave de la Réunion, trouvèrent un procédé propre à féconder les fleurs artificiellement. 11 suffit pour cela de toucher avec une épine de palmier deux petites masses jaunâtres, contenues dans l'intérieur de la Heur. Ces masses se courbent et la fructification s'opère. Dès lors, la vanille baissa considérablement de prix. Le kilogramme, qui valait 500 francs, tomba à 40 francs. La Réunion, qui exportait 3 kilogrammes de vanille en 1849, voyait son exportation monter à 29 000 kilos en 1863.

Outre la vanille vraie, on trouve encore dans le commerce la vanille bâtarde, fruit du simarauna, et le vamllon, ou vanille pompona, toutes les deux venant de l'Amérique du Sud, dont les gousses sont plus courtes, plus épaisses, mais d'un parfum moins suave.

Le parfum de la vanille est dû à la vanilline, matière solide qui cristallise en aiguilles blanches à la surface des gousses.

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