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PARFUMS ARTIFICIELS

Une révolution semblable à celle opérée par la chimie au milieu de ce siècle pour la fabrication des couleurs, est en train de se renouveler actuellement pour celle des parfums. De même que les couleurs végétales sont de plus en plus abandonnées et remplacées par les couleurs dérivées du goudron de houille, de même les parfums artificiels tendent à se substituer chaque jour davantage aux parfums naturels.

Les premiers parfums artificiels ont été obtenus au moyen des éthers. Les éthers sont en effet des liquides remarquables par leurs odeurs très caractérisées. Par leur mélange, on est parvenu à imiter les parfums des fruits et des principaux liquides alcooliques consommés sous forme de boissons.

Voici quelques formules intéressantes :

Ananas : — Chloroforme, aldéhyde, butyrate d'éthyle, butyrate d'amyle, glycérine et alcool ;

Pomme : — Chloroforme, éther nitrique, aldéhyde, acétate d'éthyle, valérianate d'amyle, acide oxalique, glycérine et alcool ;

Poire:— Acétate d'éthyle, acétate d'amyle, glycérine et alcool.

PARFUMS

Voilàpour les parfums des fruits. Quant à ceux qui imitent les bouquets des boissons alcooliques, on est également parvenu à les reproduire au moyen des mélanges suivants :

Cognac : — Acide laurique, acide palmitique, acide myristique et acide caproïque.

On peut aussi distiller de l'acide sulfurique avec du beurre de coco saponifié parla potasse et dissous dans l'alcool.

Rhum : — Formiate d'éthyle et alcool. On peut aussi opérer comme pour l'essence de cognac, mais en remplaçant le beurre de coco par le beurre ordinaire.

Ces parfums artificiels sont aujourd'hui très employés par les confiseurs pour la préparation des confitures où il n'entre ni fruits ni sucre, mais seulement des algues, de la glucose et des parfums artificiels, ou pour la fabrication des bonbons, des fondants, des liqueurs, etc. Les essences de cognac et de rhum servent aussi à la préparation de ces boissons au moyen des alcools de grain, de betterave ou de pomme de terre.

Les parfums des fleurs sont plus difficiles à imiter artificiellement. On a d'abord eu recours à des mélanges d'autres parfums naturels, d'un prix moins élevé ou plus faciles à obtenir.

On est allé plus loin, et la chimie est parvenue à imiter les parfums des fleurs par des réactions complexes sur des substances dérivées des végétaux.

Les parfums de la jacinthe et du iilas sont obtenus au moyen du terpinol, dérivé de l'essence de térébenthine ; l'essence delà reine des prés est le résultat de l'oxydation de la salicine, principe extrait de l'écorce du saule ou du peuplier. L'essence d'héliotrope artificielle est un mélange de pipéronal et de vanilline. Le pipéronal est extrait du poivre noir ; quant à la vanilline, on l'obtient artificiellement par plusieurs procédés.

Tiemann traite la coniférine par un mélange d'acide sulfurique et de bichromate de potasse. La coniférine est retirée ellemême du tronc de plusieurs espèces de conifères abondants dans les Vosges et les forêts d'Allemagne. Zaire attaque l'eugénol, produit extrait du clou de girofle, par l'acide acétique, puis par le permanganate de potasse.

FLEURS ET PARFUMS

Ces réactions mettent en jeu des substances qui appartiennent principalement au groupe des substances résineuses ou des huiles volatiles, c'est-à-dire des parfums naturels. Mais la chimie a trouvé un puissant auxiliaire dans le groupe des hydrocarbures retirés par distillation du goudron de houille, et c'est là que semblent devoir se recueillir les plus belles moissons.

Le premier parfum retiré des combinaisons opérées avec les dérivés du goudron de houille est la nitrobenzine, obtenue par Mitscherlich en 1834, mais fabriquée seulement en grand par Collas, pharmacien à Paris, en 1848, sous le nom d'essence de mirbane. Cette essence rappelle par son odeur celle des amandes amères ; elle est très employée pour parfumer les savons. C'est de la benzine traitée par l'acide nitrique.

Les parfums d'origine semblable se sont multipliés dans ces dernières années. C'est ainsi que le phénol a permis de préparer le parfum d'aubépine et l'essence de Gaultheria procumbens artificielle ou wintergreen. Le parfum d'aubépine s'obtient en combinant le phénol avec le chloroforme ; quant au wintergreen, on le prépare en distillant un mélange d'acide salicylique, d'alcool méthylique et d'acide sulfurique. Or, l'acide salicylique est lui-même fabriqué en grand par l'action de l'acide carbonique sur le phénol.

Le musc artificiel de A. Bauer s'obtient en traitant l'isobutyltoluène par un mélange d'acide nitrique et d'acide sulfurique. C'est un produit cristallisé, insoluble dans l'eau. Le musc artificiel de F. Valentimer, également cristallisé, mais soluble dans l'eau, s'obtient par l'action de l'acide sulfurique sur un mélange d alcool isobutylique et d'acétoxylol. Citons encore la coumarine artificielle, obtenue par l'action de l'aldéhyde salicylique sodé sur l'anhydride acétique. M. de Laire s'est fait une spécialité de la fabrication de tous ces parfums artificiels. Un avenir prochain nous montrera très probablement que les dérivés du goudron sont capables de fournir à l'industrie des parfums artificiels aussi remarquables que les couleurs artificielles découvertes dans le milieu de ce siècle.

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