‹ Histoire générale de l'industrie. 1, Industries du règne végétalChapitre 142 sur 214 · III-2I · texte numérisé non relu

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simple titre de curiosité botanique. En 1810, les Anglais se firent expédier d'Extrême-Orient quelques balles de ce textile sous la forme de rubans. Ces rubans n'étaient autre chose que l'écorce détachée de la plante. Ils lui donnèrent le nom de China ffrass, c'est-à-dire herbe de Chine. En 1855, ils réussirent à eu fabriquer des tissus.

Il se passa alors un l'ait singulier et qui peint bien notre époque de fièvre. On ne savait pas encore isoler la libre assez sûrement, de manière à la rendre véritablement industrielle, et cependant on se mit de tous les côtés à vouloir acclimater la ramie dans toutes les parties du globe. C'était aller trop vite, car le cultivateur, incapable de vendre sa récolte, devait infailliblement rejeter un produit non rémunérateur. Que faire de la ramie quand il n'y avait pas de filatures pour l'utiliser?

Les Français surtout s'emballèrent. Leurs tentatives eurent du moins cet heureux résultat, consolant pour l'avenir, de prouver que la ramie pouvait s'acclimater en Algérie, au Sénégal, à la Guyane, aux Antilles, en Indo-Chine, en Océanie, et même dans le sud de la France. En définitive, il faut simple- ' ment en conclure que la ramie est une plante capable de végéter sous presque toutes les latitudes. Parmi ceux qui se sont particulièrement dévoués à cette acclimation de la ramie, il faut citer Decaisne, qui, dès 1845, attira l'attention du gouvernement français sur l'avenir de ce textile. Malgré l'avis contraire de la commission nommée par le ministère, déclarant la ramie un textile inutile, il n'en continua pas moins ses essais d'acclimatation, qui furent couronnés de succès. Il faut encore citer les essais entrepris, en 1889, par M. Crozat, au ïonkin, où il eut à lutter contre l'indifférence de l'administration, et même l'hostilité des habitants. La culture de la ramie serait très facile dans ce pays, puisque la plante y croît spontanément dans les haies. En France, le littoral des Alpes-Maritimes, formé de terres légères, friables* caillouteuses et facilement irrigables, semble très propice à la culture de la ramie. Ailleurs, le climat est trop froid.

Ce qui a empêché si longtemps la ramie de prendre le premier i- (9

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rang parmi les textiles végétaux, c'est la difficulté de la décortication. Ici, on ne peut isoler les fibres par le rouissage, comme pour le lin et le chanvre, car l'état de maturité est trop variable selon les diverses parties d'une même tige, et, d'ailleurs, la fermentation est impuissante à détruire la matière agglutinante, à cause de la présence d'une résine spéciale.

Voici comment procèdent les Chinois pour isoler la fibre. Ils fendent la tige dans sa longueur et la développent sous forme de rubans. Ils laminent alors ces rubans et peuvent facilement en détacher le bois et enlever la pellicule brune qui reste encore collée à l'écorce. Ces opérations se font à la main. Enfin, par un traitement à la soude caustique, ils dissolvent la matière qui agglutine les fibres dans l'écorce. A la Guyane, les naturels remplacent la soude par un trempage dans de l'eau acidulée avec du citron. Dans tous les cas, ces procédés sont insuffisants, donnent une fibre grossière et ne sont pas applicables à la grande industrie. ,

En soumettant l'écorce de ramie à l'action de réactifs appropriés, M. Frémy, dans la séance du 28 juin 1880 de l'Académie des sciences, put montrer des écheveaux d'un soyeux incomparable, d'une grande finesse, d'une blancheur et d'un éclat semblables à la soie. On peut donc dire que le problème de la décortication chimique de la ramie est résolu ; voyons comment on a résolu celui de la décortication mécanique, remplaçant ce travail pénible effectué à la main par les Chinois.

Ce ne sont pas les tentatives qui ont manqué. En 1791, il était pris un premier brevet pour la décortication mécanique de la ramie. De 1833 à 1887, on compte o!7 brevets pris en France pour le même objet. Deux procédés se présentent pour résoudre la question : ou bien la décortication à l'état vert ou bien la décortication à l'état sec.

En 1870, le gouvernement de l'Inde institua un prix de 125 000 francs pour la découverte d'un procédé de décortication à l'état vert, mais le concours ne donna aucun résultat. Il en fut de même pour un second concours, en 1880. C'est qu'en effet la décortication à l'état vert exige une célérité extrême, car la tige

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SUCCEDANES.

de la ramie entre très rapidement en fermentation et la libre s'altère. Il faut donc multiplier les machines sur un grand nombre de points à la fois, ce qui est très dispendieux. La meilleure machine est celle de M. A. Favier, qui soumet d'abord les tiges à la chaleur dans un vase clos, au moyen de la vapeur ou de l'air chaud, puis qui lamine de manière à séparer facilement le bois de l'écorce. Sous l'action de la chaleur, le laminage brise en même temps le bois et l'écorce.

La décortication à l'état sec se fait plus facilement. Les tiges sont desséchées de manière à empêcher leur fermentation, puis elles sont soumises à l'action de machines triturantes. Les meilleures machines sont celles de M. Rolland et M. P. Favier, qui datent de 1880.

Le traitement à la soude et autres réactifs chimiques peut aussi être supprimé par l'emploi exclusif des machines triturantes, mais le rendement est toujours moins considérable, une partie des libres se trouvant brisée par la trituration.

Bref, on peut affirmer qu'à l'heure actuelle, le problème si intéressant de la décortication mécanique de la ramie n'est pas encore complètement résolu.

Enfin, pour terminer, disons que le premier essai de filature de la ramie a été fait en Europe en 1814 par MM. Sharp et C le , à Londres. 11 existe actuellement quelques filatures, tant en France qu'en Angleterre, qui utilisent la ramie.

2° Jute. — Le jute ou chanvre indien, appartient à deux variétés de Corchoms, plantes de la famille des liliacées. Il est surtout cultivé dans l'Inde, dans le golfe du Bengale, à l'embouchure du Brahmapoutre. Les peuplades de cette région de l'Inde s'en servent depuis un temps immémorial comme textile. Les villes de Dundee et de Glasgow, en Ecosse, ont été les premières à filer le jute vers 1830. Aujourd'hui son usage est devenu général. En 1836, le port de Calcutta n'en exportait encore que 520 tonnes ; en 1864, il en exportait 1 1 t millions de tonnes, d'une valeur de 20 millions de francs. Depuis cette époque sa consommation a augmenté dans des proportions considérables.

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Le jute est un textile grossier, donnant beaucoup de déchets et de poussières. On le travaille d'ailleurs comme le chanvre, mais il faut avoir soin de le lufribier d'abord avec de l'huile, ce que lui donne une odeur désagréable. Son lil est peu solide et résiste mal à l'humidité et au lavage. Il est surtout employé à la confection des cordes grossières, des toiles cirées, des moquettes communes, des sacs, des toiles d'emballage. Le jute arrive de l'Inde en Europe après rouissage.

3° Phormium. — Le Phormium tenax, nommé aussi lin de la Nouvelle-Zélande, de la famille des liliacées comme le jute, a été signalé dès 17G9 par le capitaine Cook. Les Anglais le cultivent sur une vaste échelle dans l'Inde et dans la Nouvelle- Galles du Sud. Les naturels de la Nouvelle-Zélande l'emploient depuis un temps immémorial pour la fabrication des cordes. Les corderies européennes en emploient aussi actuellement de très grandes quantités.

4° Agave. — Les agaves, nommées aussi improprement aloès, sont des plantes originaires de l'Amérique Centrale. Elles se sont admirablement acclimatées dans l'Europe méridionale et en Algérie, où elles servent surtout à faire des clôtures. En France, elles servent à orner les jardins, à cause de leurs longues feuilles charnues, terminées par de fortes épines.

La culture de l'agave est devenue une grande source de richesse pour le Mexique, où cette plante est connue sous le nom de sisal ou encore de maguey. Elle est surtout cultivée en grand à Mérida, au Yucatan. Ses feuilles fournissent des fibres très résistantes pour la corderie, la brosserie, le harnachement. On en expédie des quantités considérables aux États- Unis pour faire des liens destines aux moissonneuses-lieuses automatiques. La hampe Morale de l'agave fournil aussi au Mexique une boisson, dite pulque, qui est fort recherchée, dont on retire par distillation une eau-de-vie estimée, nommée mescal. L'agave pousse dans les plus mauvais terrains, dans le sol le plus stérile. 11 suffit de lui donner un peu d'engrais potassique, qu'on obtient d'ailleurs par la carbonisation des feuilles.

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