IU
première balle de laine fut expédiée en Angleterre. Depuis cette époque, l'accroissement de l'élevage des moutons devint prodigieux, tant en Australie que dans la Nouvelle-Zélande, car le climat y est extrêmement favorable. Dès 1887, ces pays produisaient 247 000 tonnes de laine, d'une valeur de 400 millions de francs.
Les pâturages abondent principalement dans la Nouvelle-Galles du Sud et dans la province de Victoria. La Nouvelle-Galles du Sud, qui possédait 11 millions de moutons en 1867, en avait 3o millions en 1884; ces chiffres montrent avec quelle rapidité' s'y accroît cette industrie.
L'élevage est fait en Australie par les squatters, hommes
intelligents qui ont réussi à obtenir une race très perfectionnée;
aussi le prix des béliers australiens atteint-il un cbiffre très
élevé. Un beau bélier coûte de 8000 à 12 000 francs. Il yen a qui
atteignent jusqu'au prix fabuleux de 80000 francs.
3° Filature de la laine. — Les opérations préliminaires sont le lavage en suint, le cordage et le peignage : on passe ensuite à la filature.
Lavage. — La laine du mouton est souilléed'une grande quantité de matière grasse, mélangée avec du carbonate de potasse. 11 en résulte qu'un simple lavage à l'eau suffit pour débarrasser la laine de sa graisse, le carbonate de potasse se combinant avec la graisse pour former un savon soluble dans l'eau. Ce lavage s'effectue, soit sur le dos de l'animal, dans une mare ou dans un cours d'eau, soit le plus souvent après la tonte au moyen de lessiveuses mécaniques. Le désuintage est terminé en fabrique au moyen d'un nouveau lavage avec de l'eau légèrement alcalinisée avec du carbonate de soude, du savon blanc ou même avec de l'urine putréfiée qui dégage de l'ammoniaque. On rejetait jadis les eaux de lavage, et l'on perdait ainsi d'immenses quantités de graisse et de carbonate de potasse, que l'industrie utilise aujourd'hui. Mille kilos de laine fournissent en effet 73 kilos de potasse, matière rare et très recherchée. On s'est servi du suint pour fabriquer du gaz d'éclairage et du savon. En 188G, MM. Michaud frères, d'Aubervilliers, réussirent à
FILATURE
saponifier la graisse extraite du suint en lui faisant absorber préalablement de l'hydrogène sulfuré.
Cordage. — Le cardage de la lai ue s'effectue au moyen de la carde, grand cylindre en fonte portant des dents en acier, autour duquel tournent six paires de petits cylindres armés de fines aiguilles. La laine est cardée en passant à travers ces aiguilles.
Peignage. — On se sert de machines peigneuses, inventées par Godard, d'Amiens, et par Josué Heilmann, de Mulhouse, puis perfectionnées par Schlumberger et Noble, en France, et par Holden et Lister en Angleterre. Grâce à ces machines, le prix de la laine peignée a pu s'abaisser considérablement : le kilo, qui valait deux francs en 1852, est tombé à un franc en 1867.
Filature. — Avant d'être livrée aux filateurs, la laine peignée passe par des établissements spéciaux, dits de la condition publique, où elle est complètement desséchée dans des étuves inventées en 1831 par Léon Talabot. Les filateurs connaissent ainsi exactement le poids de la laine qu'ils achètent. Une seule maison de Roubaix a séché, en 1889, 26 millions de kilos de laine peignée.
La filature mécanique de la laine courte est beaucoup plus facile que celle de la laine longue, aussi la première a-t-elle été pratiquée longtemps avant la seconde. De 1806 à 1835, on appliqua à la filature de la laine courte les procédés de la filature du coton, au moyen de la mull Jenny et du métier continu. A partir de 1835 on perfectionna beaucoup les machines à carder et à filer, ce qui diminua considérablement le prix de la laine filée. Le métier self-acting supprime presque complètement le travail de l'ouvrier.
La filature de la laine longue a offert de grandes difficultés, qui ont été vaincues surtout à partir de 1841, grâce aux peigneuses de Godard et de Josué Heilmann.
4° Laine dite renaissance. — Un paysan du département de Maine-et-Loire eut, dit-on, en 1838, l'idée d'effilocher les vieux bas tricotés, puis de les peigner et de les tisser à nouveau. Il s'entendit avec un lilateur de laine et acheta tous les bas bleus
LAINE
des environs. Les bas bleus étaient en effet les meilleurs pour la teinture.
La même idée vint en même temps à quelques filateurs de laine anglais; car, dès 1840, nous voyons cette nouvelle industrie déjà prospère à Dewsbury, dans le Yorkshire, où depuis longtemps déjà les tapissiers et les selliers avaient coutume de déchiqueter les vieilles couvertures pour en faire des matelas et des harnachements. La laine ainsi renouvelée portait le nom de shoddy. Dès 1858, les fabriques anglaises effilochaient 2?J millions de tonnes de chiffons de laine.
La première machine à effilocher fut inventée par M. Pair. Elle ne put effilocher d'abord que les tricots; mais, à la suite de perfectionnements successifs, elle put également transformer les déchets de chiffons et tous les autres tissus de laine.
Avant de passera la machine, les chiffons qui ne sont pas en laine pure doivent être soumis à un traitement, dans le but d'enlever toutes les libres étrangères. Nous ne pouvons entrer dans le détail des opérations chimiques, qui doivent varier avec chaque cas particulier. Par exemple, si le chiffon est un tissu de laine et de coton mélangés, on le soumet à l'action d'un courant d'acide chlobydrique gazeux qui dissout seulement le coton. Cette opération se nomme carbonisation. Quand les chiffons ont été bien battus, triés, traités chimiquement comme il vient d'être dit, on les ensime avec de l'acide oléique, puis on les effiloche dans la machine. Celle-ci se compose d'un tambour ou cylindre, armé de douze mille pointes d'acier, et qui tourne avec une vitesse de mille tours à la minute. La laine est ainsi transformée en un fin duvet. Il ne reste plus qu'à la carder et à la filer.
Pour donner plus de solidité au fil, on ajoute maintenant à la laine effilochée une certaine quantité de laine neuve.
L'effilochage de la laine a rendu de grands services à l'industrie des tissus de laine. Grâce au bas prix de la laine, dite renaissance, la confection des vêtements de laine; a pu supporter la concurrence avec les vêtements de coton.
5° Statistique de la filature de la laine. — La filature de la
FILATURE
laine est surtout prospère en France, en Angleterre, en Belgique et en Allemagne. Londres, Tourcoing et Roubaix, Anvers sont les principaux marchés du monde, puisqu'ils reçoivent à eux seuls les trois quarts des laines du monde entier. En 1886, le port de Londres en a reç,u pour une valeur de 745 millions de francs.
L'industrie des laines est de beaucoup la première des industries nationales de la France. Elle met en œuvre chaque année 240 millions de kilos de laine et produit pour 1300 millions de marchandises, ce qui représente 300 à 3o0 millions de salaires distribués aux ouvriers. Les exportations s'élèvent chaque année à environ 400 millions de francs en fds et tissus de laine.
La France occupe un bon rang pour la filature de la laine peignée et cardée. On y compte environ 3 millions de broches. Les principales filatures se trouvent dans la région du Nord et en Champagne : à Roubaix, à Tourcoing; à Reims et dans ses environs. La filature de la laine cardée a pris un immense développement à Reims ; le chiffre d'affaires annuel de ce centre monte à environ 450 millions de francs.
En Allemagne, les principales filatures se trouvent en Alsace, où l'on construit aussi des machines remarquables pour le peignage et la filature de la laine; en Prusse, en Saxe, en Bavière, en Hanovre, à Bade, dans le Wurtemberg, la Hesse, etc. L'Angleterre, et surtout Bradford, excelle pour la filature des laines longues. La netteté et le brillant des fils y sont incomparables.
L'Autriche, la Belgique, Milan en Italie, Barcelone en Espagne, Moscou en Russie, l'État de Massachusetts aux États-Unis, sont encore des centres important pour la filature de la laine.
6° Succédanés de la laine. — Les régions montagneuses de l'Amérique du Sud, et principalement le Cbili et le Pérou, l'Uruguay et la République Argentine, la, Nouvelle-Grenade et l'Equateur, nourrissent plusieurs animaux qui fournissent une laine longue et fine. Ce sont le lama, Yalpaca, la vigogne et le gaanaco. La laine d'alpaca est très recherchée en Angleterre. Ce sont d'ailleurs les filateurs de Bradford, d'Halifax, de Leeds et
SOIE
de Nordwige qui ont réussi les premiers à filer l'alpaca, au moyen (Jfe mélanges savamment combinés.
En Asie, on tisse aussi de merveilleuses étoffes avec le duvet de la chèvre de Cachemire, qui habite le versant septentrional de l'Himalaya, dans le pays des Kirghiz; avec le pascham ou duvet des chèvres du Thibet, qui sert à fabriquer les cachemires de l'Inde; avec la touz, ou duvet des chèvres des Kirghiz, qui sert à fabriquer des cachemires en Europe; enfin avec le duvet de la chèvre angora, qui vit dans l'Asie Mineure, et avec lequel les Turcs tissent une étoffe spéciale, dite mohair, dont la trame est faite de soie et qui s'exporte surtout en Amérique et en Angleterre.
On tisse aussi des étoffes grossières avec les poils du chameau en Algérie, en Turquie, en Egypte et en Perse.
SOIE
1° Historique. — La soie est connue en Cbine et dans tout l'Orient depuis les temps les plus reculés, au moins depuis 2500 ans avant Jésus-Christ. Elle était également connue en Europe du temps d'Aristote, puisque ce naturaliste cite les chenilles indigènes élevées dans plusieurs îles de l'Archipel grec, mais il est probable que la soie de ces chenilles n'était pas utilisée pour le tissage des étoffes. Les Romains ne connurent les étoffes de soie que longtemps après ; elles leur arrivaient par caravanes des pays de l'Extrême-Orient, pays légendaires qu'ils ne connaissaient pas. Ces soieries valaient leur poids d'or. Ils ignoraient d'ailleurs la véritable nature de la soie, la considérant comme une fibre végétale ou comme le produit d'une araignée. Ce n'est qu'au iv e ou au v° siècle de l'ère chrétienne que l'on tissa à Constantinople la soie qui arrivait de l'Orient. Les doutes sur l'origine de la soie cessèrent au milieu du vi e siècle, quand un moine, dit-on, rapporta au péril de sa vie quelques œufs dissimulés dans le creux de son bâton de voyage. Ce moine revenait de la Boukharie. On put dès lors élever lever à soie en Europe et l'usage des soieries se répandit très vite.
ni-42
FILATURE
De Constantinople, la soie passa successivement en Grèce, puis dans toutes les parties méridionales de l'Italie. Au xn e siècle, les soieries de Venise et du sud de l'Espagne étaient très renommées. Les papes, à la fin du xm* siècle, transportèrent l'industrie de la soie à Avignon. Quant à Lyon, ce furent aussi des Italiens, qui, dans les premières années du xv e siècle, vinrent y fonder des tissages de soie.
2" Élevage des vers à soie. — La soie est le produit de la larve de plusieurs insectes du genre bombyx, qui s'abritent à l'intérieur d'un cocon quand ils se transforment en nymphes. La larve ou ver sécrète un liquide qui se solidifie instantanément en arrivant au contact de l'air, en formant un fil n'ayant guère plus d'un centième de millimètre de diamètre. Ce fil n'est pas homogène. La partie centrale, qui seule sera plus tard utilisée pour le tissage des étoffes et constitue la fibre proprement dite, est entourée d'une couche de vernis. Fibre et vernis sont à peu près en poids égaux.
La fibre de la soie est très douce au toucher, très fine et en même temps très résistanfe. De plus, elle se teint très facilement et dans les nuances les plus vives. Toutes ces qualités font de la soie le textile par excellence. Nous avons déjà vu, en parlant du papier, qu'on avait essayé d'imiter artificiellement la soie au moyen de la cellulose. Il ne faut pas confondre la soie naturelle avec cette soie artificielle, car leurs propriétés ne sont pas du tout les mêmes.
Le bombyx du mûrier, originaire des contrées septentrionales de la Chine, est celui qui fournit la presque totalité de la soie employée dans l'industrie. Il ne peut être élevé que dans des pays chauds, là où croît le mûrier, dont les feuilles constituent sa nourriture. Chose remarquable, la fibre des feuilles du mûrier est elle-même un peu analogue à la soie. Il a été fait des tentatives pour élever ce bombyx dans des contrées plus septentrionales, en le nourrissant avec de la laitue, du pissenlit ou de la scorsonère. D'après un Bavarois, M. Harz, la scorsonère donnerait les meilleurs résultats. Toutes ces tentatives ont peu réussi jusqu'ici.
wm
AI
Outre le bombyx du mûrier, on utilise encore la soie du bombyx du ricin, au Japon et au Bengale, du bombyx du chêne, en Chine et en Mongolie, du bombyx d'un autre chêne du Bengale et d'autres espèces que nous aurons l'occasion de mentionner plus tard.
On donne le nom de magnaneries aux établissements où se fait l'élevage des vers à soie. Le nom de magnanerie vient du mot magnat qui sert à désigner le ver à soie dans le langage languedocien. 8
Grâce à une longue sélection, pratiquée depuis des siècles en Europe, la soie produite dans cette partie du monde a atteint un très haut degré de perfec tion . On choisit, pour reproduire l'espèce les individus qui ont iilé la soie la plus fin,, et qui ont donné les cocons les plus gros et les plus lourds. Pour trouver le poids du cocon, voici comment il convient d'opérer, selon M. Contagne
Le cocon est d'abord pesé plein ; puis on pratique unr fente on extrait la chrysalide et on le pèse vide. La différence de poids donne le poids de la soie formant cocon. On réintègre alors la chrysalide dans le cocon et on recoud la fente sinon 1 animal périrait.
Une trop longue sélection et une reproduction exagérée sans croisement de races, ont fini par amener une diminution considérable dans la vitalité des vers à soie. Comme conséquence il s est produit une série de maladies infectieuses qui ont menacé les vers à soie du mûrier d'une disparition complète dans la majeure partie du monde.
Les premiers symptômes morbides se sont déclarés eu France et en Italie, dès l'année 1841. La maladie qui atteignait les vers a soie était contagieuse et héréditaire. En quelques années ce lut une ruine épouvantable dans les villages des Cévennes, qui . s enrichissaient jusqu'alors par l'élève des vers à soi,.. En 1853 la France avait produit 26 millions de kilos de cocons, d'une valeur de 130 millions de francs, constituant le rendement le plus élevé, atteint pendant ce siècle. En quelques années, ce chiffre tomba successivement à 21 millions de kilos en [854 à 7 millions en 1856 et à 4 millions seulement en 1865
FILATURE
Les éleveurs français, disséminés principalement dans les villages des Cévennes, firent d'abord tous leurs efforts pour enrayer la maladie. Les œufs restant stériles, ils se procurèrent à grand prix des œufs sains dans les autres pays du monde, en Italie d'abord, puis en Grèce, dans les provinces Danubiennes, en Anatolie, en Circassie. La maladie envahissant progressivement toutes ces contrées, il fallut aller les chercher jusqu'en Perse et finalement en Chine et au Japon. Volés par des marchands indignes qui les trompaient sur la qualité de la marchandise, à bout de ressources, ils iinirent par désespérer, arrachèrent jusqu'à leurs mûriers et quittèrent le pays à la recherche d'une industrie plus lucrative.
Le gouvernement s'était cependant décidé à envoyer sur les lieux des savants pour étudier la maladie et tâcher d'y trouver un remède. MM. Decaisne, Péligot, de Quatrefages revinrent sans avoir rien trouvé. En 1865, M. Pasteur fut plus heureux que ses prédécesseurs. Il s'installa à Alais, et, au bout de cinq ans de recherches et d'un labeur sans relâche, il parvint à établir les causes microbiennes de la maladie et à empêcher, sinon la maladie elle-même, du moins sa propagation. Il établit nettement que les vers à soie périssaient sous l'action de deux maladies bien distinctes, la pébrine et l&flacherie. En ayant soin de rechercher les microbes producteurs des maladies dans les papillons, M. Pasteur montra qu'on pouvait éliminer les individus infectés de la maladie et protéger de la contagion les indi* vidus sains. Grâce à cette méthode, on est parvenu à réparer un peu le mal, mais la France et les autres contrées envahies par le fléau sont encore loin d'avoir retrouvé leur prospérité d'autrefois. C'est la flacherie qui fait aujourd'hui le plus de victimes parmi les vers.
3° Filature de la soie. — On comprend sous le nom de filature de la soie, une longue suite d'opérations qui ont pour but de mettre les fils de soie en état de servir pour le tissage, la fabrication des dentelles, des passementeries, etc., etc. A proprement parler on ne file pas la soie, cette substance étant filée par le bombyx lui-même. La filature de la soie comprend trois
SOIE
opérations successives : 1° le dévidage ou étirage; 2° le moulinage ; 3° le déereusage.
Dêvidage. — Le cocon est tonné par un fil qui atteint suivant , les cas une longueur variant de 250 à 900 mètres. On ne pourrait pas le dévider tel quel, à cause de la présence à la surface du fil d'une matière agglutinante. On est obligé de le tremper dans de l'eau chauffée à 70° au moyen d'un courant de vapeur d'eau, ce qui a pour effet de ramollir la substance ao-°-lutinante.
Il faut commencer par battre la surface du cocon immergé, de manière à enlever la première couche de soie qui est trop irrégulière. Ceci fait, on prend les extrémités des fils d'un/ plus ou moins grand nombre de cocons, dix à vingt généralement, et on les fixe à la circonférence d'une roue qui, par sa rotation, dévide tous les cocons à la fois et produit un fil unique et résistant, composé d'autant de brins qu'il y a de cocons. Les brins qui composent ce lil adhèrent les uns aux autres au moyen de la substance agglutinante qui les recouvre. L'adhérence est d'ailleurs facilitée par deux procédés différents : dans le'système dit à la chambon, les fils frottent les uns sur les autres à la sortie de la bassine d'eau chaude ; dans le procédé dit à la tavelle, les fils s'agglutinent au moyen d'un long cheminement. Cent kilogrammes de cocons fournissent en moyenne 8 kilogrammes de soie filée. Il faut en effet déduire le poids des animaux morts et les déchets. On donne au lil ainsi obtenu le nom de soie grège. On attribue à Borghesano Lucchesi, qui vivait à Bologne à la fin du xiv° siècle, l'invention de ce procédé pour filer la soie, procédé perfectionné ensuite par Vaucanson au milieu du xvm c siècle.
Les mauvais cocons et la bourre, c'est-à-dire la partie du cocon non susceptible d'être défilée, sont traités par des appareils analogues à ceux servant à filer la laine ou le coton. On donne le nom de filoselle au produit ainsi obtenu. On doit à M. Hollenwerger, de Colmar, vers 1813, l'invention des machines permettant de travailler la bourre de soie. La -filature de la bourre de soie et des déchets s'est considérable-
FILATURE
meut développée dans ces dernières années en France, en Angleterre, en Italie et en Suisse, à cause de la maladie' des vers à soie, qui a rendu la matière première si rare et si chère. Moidinage. — Une fois la soie filée, il faut la mouliner, c'est-à-dire tordre les fils et les mettre en écheveaux. Chaque fil commence par passer dans une pince garnie de drap, où il frotte et s'égalise; c'est le tavetage. Puis on enroule deux ou plusieurs fils les uns autour des autres, de manière à obtenir un nouveau fil plus ou moins gros. Enfin, on tord ce fil afin d'augmenter sa résistance : c'est le retordage. On obtient ainsi des fils fins, destinés plus particulièrement au tissage, et des fils gros pour la couture, la broderie, la passementerie, etc. On donne le nom d'organsin au fil destiné à former la chaîne dans les étoffes de soie. II est constitué par la torsion de deux fils.
Décreusage et blanchiment. — Le décreusage et le blanchiment de la soie s'exécutent de façons différentes, suivant que cette soie est de bonne qualité ou de qualité commune. On use aussi d'un procédé spécial pour la soie très légère et destinée à la fabrication des gazes ou des dentelles.
Les soies destinées aux tissus de prix sont d'abord dégommées pendant quelques heures dans un bain d'eau de savon, chauffée à 90 degrés. La soie commence par se gonfler, puis elle perd son grès, c'est-à-dire la matière gommeuse qui l'enveloppe et qui constitue le quart de son poids. On passe ensuite à la caisson ou décreusage, en enfermant les fils dans un sac et faisant bouillir pendant quelques heures dans une nouvelle dissolution Se savon, plus faible que la précédente, ce qui a pour effet de compléter le dégommage. On lave ensuite dans une dissolution faible d'acide sulfurique, puis dans l'eau chaude, enfin dans l'eau froide.
La soie ainsi traitée prend très bien la teinture, ce qu'elle n'aurait pu faire avant d'avoir perdu sa couche de gomme. Sa couleur est un peu foncée, ce qui est sans inconvénient quand on veut la teindre en couleur foncée. Mais quand on désire de' la soie claire, il faut encore la blanchir soit par le soufrage, soit par les acides, soit par l'eau oxygénée, soit enfin par la méthode