TYPOGRAPHIE
Une seconde machine, achevée en 1813, fut achetée par le journal le Times. C'est le 28 décembre 1814 que ce journal fut imprimé pour la première fois sur une presse marchant à la vapeur. La presse de Kœnig ne fit sa première apparition en France qu'en 1823, après avoir reçu de nouveaux perfectionnements de la part des mécaniciens Edward Cowper et Applegath qui rendirent plus facile l'encrage mécanique.
La presse actuelle diffère notablement de celle de lord Stanhope. La forme glisse toujours avec le marbre sur des coulisses horizontales et reçoit un mouvement de va-et-vient. D'un côté, elle est encrée au moyen de rouleaux ; de l'autre, elle reçoit la feuille de papier et l'impression. L'impression n'est plus obtenue au moyen d'un plateau, mais au moyen d'un cylindre qui tourne suivant un axe horizontal et qui porte, enroulée autour de lui, la feuille à imprimer. Le tympan n'existe plus et se trouve remplacé par un châssis, placé au-dessus du cylindre, sur lequel un ouvrier place la feuille de papier qui est saisie par des pinces placées sur le cylindre.
L'encrage de la forme est l'un des organes essentiels de la machine actuelle. On se servait auparavant de rouleaux revêtus ■de cuir doux, sans couture apparente. En 1810, Ilarrild remplaça le cuir par un mélange de colle-forte et de mélasse de sucre de canne. Actuellement, on emploie des rouleaux bien supérieurs, dus aux recherches de chimistes. Les nouveaux rouleaux sont élastiques et reçoivent admirablement l'encre d'imprimerie. L'encre est contenue dans un encrier cylindrique spécial, actionné par un excentrique. Un rouleau prend l'encre nécessaire et la dépose sur une table, où elle est étendue au moyen de rouleaux en gélatine. D'autres rouleaux semblables viennent s'enduire d'encre sur la table et encrent à leur tour la forme.
On emploie actuellement en typographie quatre genres de presses, qui sont des modifications plus ou moins compliquées •de la presse de Kœnig que nous venons de décrire.
1° La machine en blanc est la plus simple de toutes. Elle ne peut imprimer qu'un seul côté de la feuille et laisse l'autre côté
en blanc, d'où le nom qu'elle porte. Elle n'a qu'un seul cylindre et c'est la machine précédemment décrite.
2° La machine double ou à retiration imprime successivement sur les deux côtés de la feuille. En somme, c'est une double machine en blanc, ayant deux cylindres qui impriment les deux côtés de la feuille chacun à leur tour.
3° La machine à réaction imprime quatre journaux à la fois. Elle porte deux cylindres compresseurs que le marbre, dans son mouvement de va-et-vient, fait tourner alternativement dans deux sens opposés, ce qui lui permet d'imprimer sur le même cylindre, pendant son développement sur les formes, le recto à l'aller, le verso au retour, d'où le nom de réaction. La feuille de papier doit nécessairement se retourner entre chacun des passages successifs ; deux autres rouleaux sont disposés à cet effet. On peut ainsi tirer 4000 exemplaires à l'heure, ce qui est suffisant pour la plupart des journaux.
4° La machine rotative à papier continu est déjà ancienne. En 1849, la maison Hoë, de New- York, installait au journal la Patrie la première rotative qui ait fonctionné en France, mais cet essai ne put réussir. C'est alors que s'engagea une lutte intéressante entre plusieurs ouvriers qui sont devenus depuis lors les premiers constructeurs de presses en France, MM. Jules Derriey, Pierre Alauzet et Marinoni. Grâce à leurs efforts communs, la presse rotative atteignit bientôt une perfection telle que la plupart des journaux s'impriment aujourd'hui avec cette machine. C'est en 1866 que le Petit Journal commençait à être imprimé avec la machine rotative Marinoni.
La machine rotative diffère assez essentiellement des machines précédentes. Les caractères, qui doivent être stéréotypés, comme nous l'indiquerons plus loin, sont fixés à la surface d'un cylindre qui imprime d'une manière continue. Le papier, sous forme d'une bande de plusieurs milliers de mètres de longueur, vient passer entre ce cylindre et un autre cylindre parallèle au premier qui joue le rôle de compresseur.
En dehors des presses précédentes, destinées surtout au tirage des journaux, il existe encore d'autres machines à imprimer qui
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TYPOGRAPHIE
doivent être signalées. C'est ainsi que les Américains ont construit de petites presses à pédale, d'un usage très commode et d'un prix peu élevé. On trouve maintenant ces presses partout répandues. A peine remarquées à l'Exposition de 1867, où l'inventeur n'obtint qu'une médaille de bronze, elles firent une révolution dans l'imprimerie, aidées, en France, parlaloi du4 septembre 1870 sur la liberté de la presse. L'encre est placée sur une platine circulaire fixe, où elle est prise par des rouleaux qui sont animés d'un mouvement de haut en bas et transportée par ces rouleaux sur la forme. Quanta la feuille de papier, elle est déposée sur un plateau mobile qui vient la presser contre la forme. Ce mécanisme est d'une grande simplicité. La machine tient très peu de place et se manœuvre facilement. On peut tirer jusqu'à loOO exemplaires à l'heure.
M. Dutartre, en France, MM. Kœnig et Bauer, en Bavière, ont inventé des presses permettant d'imprimer typographiquement en plusieurs couleurs différentes. Ces presses ont depuis reçu de nombreux perfectionnements. Nous avons déjà cité le Petit Journal, qui tire sur rotative un supplément colorié.
Machines à écrire. — Vers 1876, aux Etats-Unis, on a imaginé des machines très ingénieuses pour écrire. Il suffit de poser alternativement le doigt sur des touches ou des boutons qui correspondent aux différentes lettres pour imprimer ces lettres sur une feuille de papier. Ces machines sont maintenant d'un grand usage en Amérique et commencent à se répandre en Europe. La machine Remington permet d'imprimer 300 lettres à la minute, ce qui est le double de ce qu'on peut obtenir avec l'écriture ordinaire. Le type Wri ter est également très employé. La machine Alissof, d'origine russe, imprime avec l'encre typographique. En saupoudrant l'encre avec de la poudre de bronze, puis en se servant de la presse à copier, on peut reproduire 20 à 2o épreuves nouvelles. On a construit de petites machines, telles que la Miniature, le Vêlographe Eggis, les machines Merittet Hansen, qui coûtent bon marché et permettent d'imprimer des adresses, des étiquettes, des cartes de visite, etc.
On a pu voir, à l'Exposition universelle de 1889, dans la section
CLICHAGE OU STÉRÉOTYPIE.
des Étals-Unis, une collection bien curieuse de ces jolies petites machines, qui tendent de plus en plus à se vulgariser.