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bismuth. A cette môme époque, Carez (de Toul) plongeait les caractères dans une masse de plomb fondue, mais à une température très voisine du point de solidification, en sorte que le plomb se figeait et se moulait au même instant. Mais cette opération était très délicate : si le plomb était trop chaud, les caractères fondaient ; s'il était trop froid, ils se brisaient. De plus, la contre-épreuve était difficile. En 1798, Firmin Didot tourna cette difficulté en se servant de caractères composés d'un alliage plus dur et plus infusible que l'ancien. Il enfonçait la forme dans une lame de plomb, puis coulait dans la matrice ainsi obtenue un alliage semblable à celui des caractères. A. cet effet, la lame de plomb était déposée sur la surface de l'alliage fondu, au moment où il allait se solidifier. Herhan, son associé, rendit l'opération encore plus simple en se servant de caractères gravés en creux, ce qui donnait du premier coup un clichage en relief dans le plomb. Le premier livre imprimé par ce procédé par Didot fut un Virgile, qui se vendit 75 centimes l'exemplaire. Ce bon marché extraordinaire produisit une révolution chez les libraires qui, à cette époque, aimaient à vendre peu, mais cher. C'est donc de cette année 1798 que datent les premiers livres classiques à bon marché.
Malgré tant d'efforts, le problème du clichage était encore mal résolu, car ces procédés élaient difficiles dans leur application. C'est lord Stanhope qui, en 1804, le résolut d'une façon pratique. On enduit les caractères avec de l'huile, puis on applique au pinceau du plâtre finement pulvérisé. On obtient ainsi une matrice qu'on remplit de métal en fusion. Le procédé Stanhope fut employé en France à partir de 1818. Vers 1846, on imagina enfin le procédé actuel, qui a l'avantage d'être très rapide et bon marché. On étend sur les caractères un carton spécial, préparé à l'avance et fait de plusieurs feuilles de papier, entre lesquelles on étale au pinceau un mélange de colle et de blanc d'Espagne. On frappe avec une brosse plate, de façon à faire pénétrer le carton humide dans les moindres creux des lettres. On fait sécher cette empreinte, puis on l'introduit dans une boîte en fer où l'on coule du métal. Ce procédé, dû auxtra-
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vaux de MM. Petin et Alexandre Curmer, a rendu surtout service à la typographie pour les machines rotatives, qui exigent l'emploi de clichés cylindriques. Les formes sont oh tenues d'abord avec les caractères ordinaires, puis on cliché avec le papier. Ce sont ces clichés en métal fondu dans la matrice rendue cylindrique, qu'on fixe sur le cylindre de la machine rotative. La galvanoplastie permet aussi d'obtenir d'excellents clichages, mais ce procédé est peu employé, car il exige beaucoup de temps et de soin. Il est vrai qu'en compensation on obtient des clichés bien supérieurs par leur netteté et très durs, permettant d'imprimer beaucoup mieux et cent fois plus qu'avec les autres clichés. La reproduction des caractères est parfaite. On commence par mouler la forme avec de la gutta-percha, ou mieux avec de la cire, puis on métallisé avec la plombagine et on plonge dans le bain de cuivre comme dans la galvanoplastie ordinaire. Enfin, pour terminer, signalons des essais de stéréotypic qui ont été faits à la fonderie ducale de Rubeland, en Thuringe, au moyen de fonte phosphoreuse.
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France. — En 1462, dès l'origine de l'imprimerie, Louis XI envoya le graveur Nicolas Jenson à Mayence pour y surprendre les secrets de ce nouvel art. À son retour, la France était plongée dans la guerre civile, et Jenson, désireux d'utiliser ses recherches, s'expatria à Venise, où il fonda une imprimerie. Nous allons l'y retrouver un peu plus loin.
C'est en 1470 que fut installée la première imprimerie en France, par les soins de Jean de la Pierre, prieur de la Sorbonne. qui fit venir trois ouvriers allemands, les nommés Ulrich Gering, Michel Friburger et Martin Crantz, et monta avec eux une imprimerie dans l'établissement qu'il dirigeait. Les premiers livres imprimés furent un Salluste et les Épîtrcs de Cas par in de Bergame. Bientôt les imprimeries se multiplièrent, à Paris et dans les provinces. Robert et Henri Estienne, ces imprimeurs dont le nom demeurera immortel, furent encouragés et sou-
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tenus au début par les Fugger, riches banquiers d'Augsbourg. Lyon, Angers, Chablis, Poitiers, Caen, Metz, Besançon, Grenoble eurent aussi des imprimeries vers la même époque.
Cependant, jusqu'en 1538, la France demandait encore à l'Allemagne, et surtout à l'Italie, la plus grande partie de ses livres. Mais, à cette époque, François I er fonda une imprimerie pourvue de caractères grecs et celle-ci lit une concurrence sérieuse aux imprimeries étrangères. Sous Louis XIII, cette imprimerie fut transportée dans le palais du Louvre et, à partir de 1640, elle devint nationale. Sous Louis XVI, grâce à l'habile direction de Pierre et de Firmin Didot, elle produisit des œuvres vraiment remarquables. En 1795, elle devint une véritable usine et dut être transférée dans son logis actuel, l'hôtel de Rohan- Soubise, au quartier du Marais. Elle reçut de grands développements sous le règne de Louis-Philippe : on y grave depuis lors des caractères orientaux. L'Imprimerie nationale, malgré sa grande richesse en types étrangers, n'est plus qu'une imprimerie ordinaire. Elle devrait, pour remplir utilement son but, devenir un laboratoire d'essais, de découvertes et faire des élèves typographes.
La France possède à Paris et dans les départements des imprimeries d'une importance considérable où sont réunies les multiples branches de la typographie : la reliure, la gravure, la lithographie, la fonderie des caractères, la fabrication des encres, la galvanoplastie, la photogravure, etc. Les éditeurs parisiens s'adressent d'ailleurs beaucoup aux typographies de la province pour la publication de leurs ouvrages, car la maind'œuvre y est moins chère qu'à Paris.
Angleterre. — C'est Caxton qui, en 1474, imprima le premier livre en Angleterre. Les premiers ouvrages publiés avaient trait à la chevalerie. En 1757, Baskerville donna à l'imprimerie anglaise un grand élan : elle avait fait peu de progrès jusqu'alors. A la fin du xvm° siècle, William Bulmer et Thomas Bcnsley contribuèrent à perfectionner la typographie dans leur pays.
L'imprimerie anglaise excelle dans les bonnes éditions ordi-
t est remarquable quant aux
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journaux. Elle n'est égalée que par la librairie allemande, qui a de plus sur elle l'avantage de produire à meilleur marché. Le papier, l'encre, les machines, tout l'outillage, en un mot, est de qualité supérieure en Angleterre. De plus, l'Angleterre a sur la France une incontestable supériorité : on y oblige les ouvriers à faire un apprentissage sérieux. Un ouvrier typographe ne peut travailler qu'après sept années d'apprentissage. Tandis que, dans les autres pays de l'Europe, la protection du gouvernement semble indispensable pour créer et développer un grand nombre d'industries plus ou moins intimement liées aux beauxarts et à la science, l'Angleterre est le seul pays de l'Europe où elles naissent et se développent sans cet appui. La force de ses institutions, son esprit d'association, l'immensité de ses capitaux, fécondés par une persévérance à toute épreuve, permettent à la typographie de s'y développer par la seule force des choses. Les ouvriers, étroitement associés pour l'œuvre commune, sont solidaires les uns des autres. Tous rivalisent de zèle et de soin pour tirer le plus grand profit possible de leur association. L'Angleterre, comme l'Amérique, possède des typographies où des femmes travaillent à l'exclusion des hommes. La première fut fondée en 1860, à Londres, par miss Emily Faithfall .
L'Angleterre se fait également remarquer par ses belles impressions musicales.
Les typographies les plus remarquables se trouvent à Londres, Oxford, Cambridge, Glasgow, Manchester et Edimbourg.
Belgique. — Martin d'Alost, à Anvers, et les Frères de la Vie commune, à Bruxelles, y introduisirent les premiers la typographie, en 1474. Les éditions des Plantins, à Anvers, qui datent de 1SS4, sont citées parmi les plus remarquables.
La Belgique imprime surtout des livres de liturgie et de piété, en rouge et en noir, d'une extrême modicité de prix. Malines possède les établissements les plus importants en ce genre.
Hollande. — La Hollande a beaucoup imprimé' jadis, mais, sauf de rares exceptions, c'était de la pacotille pour exportation.
La vieille maison Enschedi, de Harlem, et surtout les Elze-
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virs, imprimeurs à Lcydc en 1616, ont acquis une renommée universelle. Les Elzevirs, qui transportèrent leur imprimerie de Leyde à Amsterdam, amenèrent l'art typographique à un si haut degré de perfection que leurs éditions sont encore recherchées dans toute l'Europe. Elles étaient imprimées avec les caractères gravés par le Français Garamond et sur du papier d'Angoulôme.
Amsterdam et Leyde impriment beaucoup d'ouvrages en caractères orientaux.
Allemagne et Autriche. — Il ne faut pas oublier que l'Allemagne est la patrie de la typographie. C'est elle qui, grâce au grand amour des habitants pour les livres, tient encore aujourd'hui la première place dans cette industrie. L'Allemand a la passion des livres sérieux et utiles. Un livre de commerce, s'il a quelque valeur, se vendra à 40 000 exemplaires ; en France, on en vendra à peine le dixième. Un seul livre utile et en vogue fait la réputation d'un auteur.
Les imprimeries allemandes sont bien conduites et bien outillées, les ouvriers consciencieux et respectueux des traditions. Les cartes géographiques et les éditions musicales allemandes jouissent d'une réputation universelle. On y imprime aussi de bons journaux illustrés, surtout en Autriche.
L'Imprimerie impériale de Vienne est admirablement installée et a produit nombre de travaux très importants. Il faut citer aussi l'Imprimerie royale de Berlin et surtout les typographies de Leipzig, dont quelques-unes, comme celle de MM. Giesecke et Devrient, n'ont de rivales ni en France, ni même en Angleterre.
Les autres centres de librairie allemande, après Leipzig, sont : Augsbourg, Berlin, Francfort-sur-le-Mein, Munich, Nuremberg, Stuttgart, Zurich, Prague et Vienne. Zurich, quoique située en Suisse, doit être considérée comme allemande au point de vue du langage et des livres.
Italie. — La typographie italienne acquit une immense renommée dès l'origine de cet art. Dès 1465, aussitôt après le sac de Mayence, deux ouvriers de Faust et de Scbœffer, nommés Conrad Sweynheim et Arnold Pannartz, vinrent fonder une im-
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primerie à Subiaco, dans les Etais du pape; ils la transférèrent bientôt à Rome sur la demande du souverain pontife. Ils publièrent en 1467 leur premier ouvrage, les Èpitres de Cicéron. C'est surtout à Venise que l'imprimerie fit des progrès considérables, si bien que cette ville resta pendant deux siècles la grande métropole de la typographie. Son commerce de livres, grâce à la liberté complète dont y jouissait la presse, devint immense. (Cu. Yriarte.)
La typographie fut introduite à Venise, en 1469, par Jean de Spire et le Français Nicolas Jenson, dont nous avons déjà raconté la singulière histoire. On leur doit les caractères dits romains, dont l'imprimerie se sert encore aujourd'hui et qui remplacèrent l'écriture gothique. Par la perfection à laquelle il atteignit, Nicolas Jenson fut certainement le premier typographe duxv e siècle. A cette époque, comme de nos jours, on avait l'habitude de tirer plusieurs exemplaires de luxe d'un ouvrage, de façon à satisfaire la manie des riches collectionneurs, qui ne peuvent se résoudre à acquérir le livre que tout le monde achète. Nicolas Jenson imprima sur vélin de très remarquables exemplaires de luxe, avec des ornementations de lettres initiales et de frontispices en or et en couleur.
Venise devint bientôt la grande école d'imprimerie du monde civilisé. On vint de partout y fonder des imprimeries qui rayonnèrent sur les villes voisines, Padoue, Vérone, Vicence, etc. De 1472 à 1500, il ne se fonda pas moins de cent cinquante-cinq nouvelles imprimeries. Un nom illustre émerge surtout : celui des Aide, qui créèrent les caractères penchés ou italiques.
Enfin, ne quittons pas l'Italie sans mentionner l'imprimeur Bodoni, de Parme, qui publia des éditions remarquables" à la fin du xvm siècle et au commencement du dix-neuvième.
Espagne et Portugal. — Il n'y a guère à signaler en Espagne que l'imprimeur Ibarra, qui jouit d'une grande renommée au xvm e siècle. Ce pays imprime surtout de la musique.
Signalons, en Portugal, l'Imprimerie royale de Lisbonne.
Etats-Unis. — La première imprimerie d'Amérique est celle
fondée par les Espagnols à Mexico, en 1540. Aux Etats-Unis,
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la première imprimerie fut établie eu 1639 à Cambridge, dans le Massachusetts. Rio de Janeiro, dans le Brésil, n'eut la sienne qu'en 1747.
Si l'Amérique demeura longtemps en retard sur l'Europe, elle a vite regagné le temps perdu depuis le commencement de ce siècle. Ce sont les États-Unis qui impriment maintenant le plus de livres et surtout de journaux. On y achète à profusion les livres sérieux. Citons un exemple, d'après M. Paul Boiteau : il a été vendu 65 000 exemplaires du Voyage aux régions arctiques de Kane. Or, chaque exemplaire rapportait un dollar à l'auteur. En France, un tel livre aurait été imprimé par grâce, car personne ne l'aurait acheté.
On imprime aussi, et fort bien, de la musique aux États-Unis.
Voici une statistique qui établit les progrès extraordinaires de la librairie aux États-Unis. En 1820, les ouvrages imprimés avaient une valeur de 12 millions de francs; en 1836, elle était de 80 millions. En 1811, il y avait 500 imprimeries; en 1867, il y en avait 4000, juste le double de ce que possédait alors la France.