‹ Histoire générale de l'industrie. 1, Industries du règne végétalChapitre 34 sur 214 · AH · texte numérisé non relu

AH

JOURNAUX

pour métier de publier des livres. Il semble d'abord qu'éditeur, imprimeur et libraire soient trois mots synonymes, et il est de fait qu'un même industriel est souvent les trois ensemble. L'auteur se présente chez l'éditeur, qui accepte le manuscrit, l'imprime et le vend. Théoriquement, c'est ainsi que cela devrait être toujours. Pratiquement, il en est tout autrement. L'éditeur, qui est presque toujours libraire, vend ses ouvrages lui-même ou aux autres libraires, qui ne sont que de simples intermédiaires entre l'éditeur et le public. Quant à l'imprimeur, il imprime sur commande. Il est juste d'ajouter qu'un grand nombre d'éditeurs sont eux-mêmes imprimeurs, ce qui est beaucoup préférable, à tous les points de vue.

Il faut donc considérer les éditeurs comme de vrais producteurs, et, à ce titre, ils sont admis à participer aux diverses expositions. Ils ressemblent au peintre qui ne fabrique luimême ni couleurs ni pinceaux, mais qui obtient des chefsd'œuvre avec ces outils.

Le métier d'éditeur exige des capitaux considérables. C'est ainsi que l'édition des Saints Évangiles a coûté à la maison Hachette plus de 600000 francs. Certains éditeurs sevouent à la propagation d'une idée, car chacun a le pins souvent sa spécialité. C'est ainsi que M. Cuillanmin a fait faire, grâce à ses publications, de grands progrès à la science économique. L'Angleterre, l'Allemagne et les États-Unis impriment avec plus de soin que nous les ouvrages ordinaires, mais rien n'égale nos éditeurs français pour les ouvrages de goût et de luxe. Les gravures et les lithographies françaises sont les pins belles.

JOURNAUX

Les journaux, comme les livres, ne pouvaient prendre de l'importance qu'avec la typographie. Le journal manuscrit ne pouvait être qu'une rareté. Sous les Romains, on publiait déjà les actes publics, sous le nom à'Acta diurna.

Le journal, tel que nous le comprenons aujourd'hui, date du xvi e siècle. Vers tSSO, la ville de Venise, où l'imprimerie

TYPOGRAPHIE

avait pris un immense développement, et qui était la grande métropole du commerce d'alors, possédait une feuille publique qu'on vendait une gazeta, petite monnaie en usage. De là vient le nom de gazette donnée au journal.

Les autres journaux, publiés dans les différents Etats de l'Europe, sont, par ordre de date : les Nouvelles commerciales et autres, fondées en 1S68 par les frères Fugger, négociants à Augsbourg, en Allemagne; le Mercure anglais, fondé en 1588; le Mercure français, fondé en 160o et la Gazette des événements de la guerre, publiée à Anvers la même année.

Le vrai type original du journal français fut la Gazette, fondée par Renaudot le 30 mai 1631.

Le journal possédant le plus fort tirage dans le monde entier est le Petit Journal; il tire à plus d'un million d'exemplaires ; ce fut le premier quotidien à bon marché. Les journaux les plus répandus de l'univers et les mieux informés se trouvent en Angleterre et en Amérique : ce sont le New York Herald, qui se publie à New- York, et le Times, de Londres.

Les renseignements statistiques qui vont suivre sont extraits d'un document exposé en 1889 dans le palais des Arts libéraux, lors de l'Exposition, et d'un rapport rédigé en 1891, par M. Emmanuel Arène, sur la presse française et étrangère.

Les journaux publiés à Paris sont au nombre de 2000, dont 160 sont politiques. En dehors de Paris, il paraît en France et dans les colonies 3180 journaux, dont 1479 politiques. Les deux départements qui comptent le plus de journaux sont la Gironde et le Nord, qui en possèdent chacun 139. Viennent ensuite: le Rhône avec 132; les Rouches-du-Rhône avec 123, puis la Seine-Inférieure, la Haute-Garonne, les Alpes-Maritimes, la Somme, Seine-et-Oise, la Loire-Inférieure, etc., etc. Il y a 2o journaux en Corse, 123 en Algérie, 48 dans les autres colonies.

L'Allemagne publie plus de journaux que la France, mais les tirages y sont beaucoup moindres. C'est ainsi que le plus répandu des journaux allemands, le Bcrliner Tageblatt, ne tire qu'à 55 000. Le plus ancien des journaux politiques est la Gazette

JOURNAUX

des postes de Francfort, fondée en 1610. Berlin ne publie que 66 journaux, dont 18 politiques.

Londres publie 563 journaux, dont 105 politiques ; Vienne 67, dont 7 politiques ; Saint-Pétersbourg 22, dont S politiques ; Madrid, 28 dont 11 politiques; Constantinople 39, dont 21 politiques; Rome 21, dont 17 politiques; New-York 231, dont 37 politiques.

On voit par Jà combien Paris l'emporte sur les autres villes par le nombre de ses journaux. On a donc raison de l'appeler la Ville-Lumière. Mais, d'un autre côté, la France entière n'ayant pas plus de journaux que l'Angleterre, les États-Unis et l'Allemagne, on voit combien la province est en retard sur la capitale qui a tout absorbé.

Les premiers journaux espagnols, appelés relaciones, étaient vendus et chantés dans les rues par des aveugles. Fn Grèce, le nombre des journaux est considérable et chaque bourgade possède le sien.

En Asie, les journaux sont surtout répandus dans les Indes anglaises et au Japon. Il y en a très peu en Chine. Pékin ne possède qu'un seul journal, le King-Pau, organe officiel paraissant trois fois par jour, chaque édition tirée sur papier variant de couleur. Il existe en outre un journal à Shanghaï et un autre en Corée. II y a 6 journaux en Perse; 6 journaux français en Cochinchine, 6 aux Indes et 3 au Tonkin. Les journaux des Indes ont des titres fort singuliers : les Montagnes lumineuses, le Lever de la pleine lune, la Mer des sciences médicales, etc.

En Afrique, il y a peu de journaux. L'Egypte en possède une trentaine ; le surplus est publié dans les colonies européennes.

En Amérique les journaux abondent, surtout dans les Etals- Unis où l'on en compte plus de 12000. Il y a d'ailleurs chaque année d'énormes changements dans le nombre des journaux aux États-Unis. En 1888, il en a été créé 208.') nouveaux et il en a disparu près de 2000. Le premier journal a été fondé en 1704 à Boston. Plus de cent journaux sont édités par des nègres. Le premier journal nègre a paru à San Francisco en

TYPOGRAPHIE

1871. Les États d'Amérique qui publient le plus de journaux après les Etats-Unis sont : le Canada, où un grand nombre sont imprimés en langue française, le Mexique, le Brésil et la République Argentine.

En Océanie, la presque totalité des journaux paraissent en Australie, où l'on en compte 700. Il y en a 8 aux îles Sandwich, dont S sont imprimés en anglais et 3 en hawaïen.

Les Etats-Unis et le Canada seuls publient presque autant de journaux que l'Europe entière, où l'on compte en tout 20 000 périodiques.

Page 1