‹ Histoire générale de l'industrie. 1, Industries du règne végétalChapitre 36 sur 214 · I-OI · texte numérisé non relu

I-OI

livraient à des prodiges de patience et d'habileté, copiant les manuscrits et les enrichissant d'enluminures. Aux xi° et xn c siècles, les couvertures en cuivre émaillé jouirent d'une grande vogue.

Mais c'était de la reliure de luxe. La reliure vulgaire se composait de deux planches de bois, recouvertes de cuir ou de parchemin, ou même simplement d'étoffe. On fermait le livre au moyen de courroies ou d'agrafes de métal, comme aujourd'hui encore les paroissiens. Des clous en cuivre doré, plantés dans les couvertures, empochaient l'usure.

La reliure moderne est contemporaine de la typographie. Elle fut bien simpliliée. On remplaça le bois par du carton qu'on recouvrit de cuir, de parchemin, d'étoffe ou simplement d'une feuille de papier colorié. Cela n'empêcha pas de produire des œuvres exquises du milieu du xv au milieu du xvn" siècle. A l'époque de la Renaissance, des artistes pleins de goût exécutèrent d'admirables reliures pour les rois, les princes et les riches amateurs. L'Europe avait été devancée par les Arabes, qui reliaient leurs Korans avec du maroquin gaufré et don''. Des Vénitiens ayant rapporté ces livres saints de l'Orient, l'Italie s'attacha à les imiter et relia ses livres avec des maroquins de toutes couleurs, soit pleins, soit découpés, avec entrelacs, nielles et dorures. Mais la France devint bientôt la rivale de l'Italie et dépassa celle-ci. Charles VIII et Louis XII ramenèrent avec eux des relieurs italiens à la suite de leurs guerres dans la Péninsule. C'est de cette époque que datent, dans notre pays. ces belles reliures, d'une incroyable variété de dessins dans les gaufrures ornées de mosaïques en couleur, d'émaux peints, de dorures qui sont de petites merveilles d'art. Le xvi° siècle français a produit des chefs-d'œuvre de reliure qui n'ont jamais été dépassés depuis.

Ce qui doit nous intéresser le plus, ce n'est pas cette reliure de luxe qui ne peut être qu'une exception, mais bien la reliure commune. Or, là, également, nous devons constater de grands changements à travers les âges.

Les Hollandais excellèrent pendant longtemps dans la re-

TYPOGRAPHIE

liure en peau, avec dos en vélin. On employait comme vélin la peau de veau ou de mouton. On l'a remplacée depuis par des papiers imitant le parchemin ou le vélin. Au xvm siècle, on inventa la reliure à la grecque. Le dos, qui présentait des saillies destinées à contenir les cordes qui reliaient les feuilles, devint uni par suite des entailles qu'on pratiqua dans les feuilles . La fabrication du dos devint plus facile, mais la reliure perdit de sa solidité. Plus tard, on inventa en Allemagne la demireliure ; on établit les plats en carton battu, le dos seul resta en peau. Vinrent enfin les Anglais qui firent le dos avec de la toile et recouvrirent le carton lui-même d'un revêtement en toile. C'était arriver au plus bas prix possible, mais au détriment de la solidité. •

Grâce à l'emploi des machines et à la grande division du travail, on est parvenu actuellement à obtenir de très belles reliures et à un prix étonnant de bon marché. En Angleterre, il existe de véritables manufactures de reliure.

En France, nous possédons aussi quelques maisons d'une importance exceptionnelle. La couverture des livres de prix et des livres d'étrennes se fait surtout avec une habileté et une rapidité étonnantes. Les gaufrages s'obtiennent au moyen de grandes plaques gravées, et les dorures se font avec des petits fers, formant vignettes, comme pour la typographie.

La France, l'Angleterre et l'Allemagne tiennent la suprématie pour tout ce qui concerne la reliure. S'il règne plus de goût en France, on trouve par contre plus de solidité en Angleterre et en Allemagne. Les États-Unis se servent surtout de toile.

Un Français, M. Marx, a inventé un genre de reliure tout nouveau pour album photographique. La reliure des registres pour le commerce, et celle des cahiers pour les écoliers, constitue aussi une industrie considérable.

Page 1