GRAVURE EN RELIEF
économiquement les images, dans les journaux illustrés et dans les. publications à bon marché, telles que les romans populaires, les almanachs, etc. L'Angleterre a construit des machines spéciales pour la gravure sur bois de ces sortes de publications. Deux procédés de gravure sont usités :
« Le premier consiste à imiter le dessin exactement en enlevant, à l'aide de burins, les parties blanches. Ce travail, ait fac-similé, produit surtout des teintes et des lignes souvent confuses. Le second, dit classique, dans lequel le graveur a souvent à interpréter des parties lavées ou estompées, se fait avec des outils à faces presque parallèles et en déterminant des lignes de courbures continues, de largeurs variables pour les surfaces convexes ; des teintes formées par des lignes parallèles, pour les surfaces plates, les ciels, etc. » [Dictionnaire des arts et manufactures, de Laboùlaye.)
La gravure sur bois imprime surtout bien le noir, avec des effets particuliers de coloris; elle peut cependant donner également des images de couleur, mais avec moins de succès que le noir, car le bois se détaille mal. La gravure sur bois en couleur, dite gravure en camaïeu, date du commencement du xvi" siècle. Les premiers essais sont dus à Albert Durer, au moyen de l'impression successive de plusieurs planches gravées, de dimensions égales, et retombant parfaitement en repère. M. Silbermann, de Strasbourg, a réussi, vers le milieu de ce siècle, à rendre ce procédé pratique et à imprimer sur planches de bois ces petits soldats coloriés qui font la joie des enfants. Les images d'Epinal, qui ont réjoui tant de générations, sont obtenues par ce même moyen.
Nous verrons plus tard comment la galvanoplastie a donné à la gravure sur bois une extension plus considérable.
Gravure sur métaux et sur pierre. — Le bois, étant inattaquable par la plupart des réactifs, ne peut être gravé que par incisions, au moyen d'outils en acier. Il n'eu est plus de même des métaux et des pierres calcaires, qui sont facilement rongés par les acides. Rien de plus simple, en théorie, que la gravure au moyen des acides. On écrit avec une encre grasse '■ 5
GRAVURE
spéciale sur la pierre ou sur le métal, puis on verse un acide ou une autre substance rongeante qui creuse seulement les blancs, les parties couvertes d'encre étant, préservées par les corps gras et formant relief dans la gravure. En pratique, ce procédé offre de grandes difficultés, car l'acide creuse inégalement et produit des contours irréguliers.
Chaque métal possède ses qualités propres pour la gravure. Le meilleur est l'acier, dont l'attaque par les acides est très lente, mais qui permet d'obtenir des traits d'une très grande finesse. Le cuivre donne également des gravures fines. Le zinc et la pierre sont très employés, mais ne peuvent donner des traits aussi déliés que le bois.
On raconte que la gravure en relief sur pierre a été découverte en 1796 par Senefelder, musicienne à Prague et établi à Munich. Senefelder, qui n'était pas riche, voulut graver luimême sur cuivre samusique. Pour apprendre à écrire au rebours, il se servait de la pierre calcaire de Solenhofen, dont on pavait les maisons de Munich. Il écrivait avec une encre composée de cire, de savon et de noir. Un jour, il s'amusa à verser de l'acide sur sa pierre écrite et il vit alors les lettres se graver en relief. Nous verrons plus tard que cette expérience fut le point de départ de la lithographie.
Les inventeurs se sont ingéniés à trouver des procédés commodes pour obtenir des reliefs. Nous ne pouvons les décrire tous, d'autant plus que peu ont été consacrés par la pratique. Le procédé de Firmin Didot, qui date de 18oi, connu sous le nom de chrysoglyphie, est très ingénieux. La planche de cuivre est recouverte de Vernis, puis gravée à l'aide d'une pointe qui met le métal à nu. On recouvre d'acide nitrique qui attaque le métal où la cire a été enlevée. On a donc obtenu une gravure en creux. Ceci fait, on enlève le vernis, puis on recouvre le cuivre dune mince couche d'or, soit au feu, soit par la galvanoplatie. On recouvre ensuite d'un mastic inattaquable aux acides et l'on chauffe par dessous. Le mastic fond et pénètre dans les creux. On frotte avec de la pierre ponce, de manière à enlever de la surface du cuivre tout le mastic et tout l'or qui n'a pas
GRAVURE EN CREUX
pénétré dans les creux. Enfin, on attaque le métal par l'acide nitrique. Le mastic, protégé par une enveloppe d'or, forme saillie, le métal étant dissous autour de lui, et permet d'imprimer en relief.
La chrysoglyphie permet d'obtenir des effets de gravure aussi délicats que par la taille-douce. Ce procédé peut être simplifié. On grave en creux sur le zinc avec un acide, puis on recouvre la plaque d'un alliage fusible râpé qu'on fait fondre pour le faire pénétrer dans les creux. On rabote et on attaque le zinc par un acide. Le métal fusible, non attaqué par l'acide, reste en relief.
Le gillotar/p ou panéiconugrap/de, inventé à Paris par M. Gillot, en 1880, donne aussi d'excellents résultats. Le dessin est d'abord gravé sur pierre, puis reporté au moyen d'un papier spécial sur une lame de zinc. Pour obtenir ce résultat, on encre le dessin exécuté en creux sur la pierre, ou imprime sur le papier spécial, puis on transporte le papier sur le zinc et on comprime. L'encre se détache du papier et reste fixée sur le métal.
Ceci fait, on saupoudre l'encre avec de la fleur de résine, en se servant d'un blaireau. La résine se fixe sur l'encre et laisse le reste du métal à nu. On ronge avec de l'acide nitrique étendu d'eau, mais très faiblement. On retire la planche de l'acide, on fait sécber et on chauffe légèrement. La résine fond et recouvre les bords de la morsure, protégeant ainsi les demi-teintes. On étend d'encre, de manière à accroître un peu la largeur des traits primitifs, mais à un niveau un peu inférieur au premier. On remet de la résine et on pratique une nouvelle morsure à l'acide, et ainsi de suite; on va jusqu'à huit morsures successives. Le gillotage se pratique aussi sur la pierre lithographique.
GRAVURE EN CREUX
La gravure en creux, maigri- ses inconvénients, n'en reste pas moins le procédé par excellence pour reproduire les œuvres des grands artistes. Elle s'exécute par deux procédés différents : au
GRAVURE
burin, c'est-à-dire au moyen d'outils en acier qui creusent le métal, ou bien à l'aide des acides.
Gravure au burin ou taille-douce. — La gravure en tailledouce, c'est-à-dire au burin, a longtemps été la méthode préférée par les artistes pour la reproduction de leurs œuvres. Son prix élevé lui a fait malheureusement préférer depuis quelques années la lithographie et la photographie. C'est ainsi que la maison Goupil, qui gravait jadis beaucoup en taille-douce, a dû se faire lithographe et photographe.
La gravure au burin aune origine demeurée mystérieuse. Elle semble avoir été inventée simultanément en Allemagne et en Italie, au xv c siècle. La Bibliothèque nationale de Paris possède une épreuve unique du Couronnement de la Vierge, exécutée en 1452 à Florence par l'orfèvre Finiguerra. L'Allemagne possède, d'un autre côté, plusieurs estampes qui semblent remonter à une époque encore plus reculée.
Les premières estampes furent gravées sur l'étain, métal beaucoup trop mou et s'écrasant très vite sous la presse. On lui préféra bientôt le cuivre rouge, qui permet de tirer 3 000 à 4000 exemplaires, mais ce dernier est encore trop peu résistant.
En 1816, des artistes graveurs de Philadelphie, aux Etats-Unis, remplacèrent le cuivre par de l'acier non trempé, ne procédant à la trempe qu'après gravure. L'acier donne de 15 à 20 000 épreuves, c'est-à-dire cinq fois plus que le cuivre.
On est parvenu à imprimer mécaniquement en taille-douce au moyen de cylindres gravés en creux. On obtient aussi maintenant des taille-douces imprimées en plusieurs couleurs superposées ou juxtaposées, de manière à imiter parfaitement les aquarelles. Les Anglais sont passés maîtres dans ces charmantes productions.
Il existe un procédé de gravure en taille-douce qui diffère notablement du procédé ordinaire. On lui donne le nom de mezzo-tinto ou d'estampe à la manière noire. Il a été inventé en 1643 à Hesse-Cassel, par Sieghen. Les Anglais s'en servent beaucoup pour les portraits.
Dans le procédé ordinaire, les traits gravés dans le métal cor-
GRAVURE EN CREUX
respondent aux noirs du dessin. L'artiste, dans le procédé à la manière noire, exécute au contraire les blancs. La planche de cuivre est d'abord grenée au moyen d'un outil spécial ou d'une machine due à M. Saulnier. Les pointes fines des grains donneront donc seules des blancs, le reste se trouvant creusé et donnant des noirs. L'artiste, au moyen du brunissoir, du racloir et de 1 ebarboir, aplatit alors les pointes de manière à accroître la surface des noirs.
Gravure à l'acide. — La gravure à l'acide nitrique ouTowforte est d'origine plus récente que la gravure en taille-douce, quoique datant aussi du xv< siècle. Les Allemands attribuent son invention à Albert Durer, les Italiens à François Mazzuoli, dit le Parmesan, de Parme. Une estampe, datant de 1496, semble lever les doutes et attribuer l'honneur de cette invention à Wenceslas d'Olmiïtz.
Le procédé est d'une grande simplicité. On recouvre la plaque de cuivre d'une mince couche de vernis, puis on y décalque le dessin à reproduire. En passant ensuite une pointe fine sur les traits, on enlève le vernis et l'on met le cuivre à nu. Il ne reste plus qu'à recouvrir la plaque d'une couche d'acide nitrique; l'acide attaque le cuivre partout où le vernis a été enlevé et grave ainsi les traits du dessin en creux. Quand l'attaque de 1 acide est suffisante, on lave à l'eau pure, puis on enlève le vernis en le dissolvant dans l'essence de térébenthine.
On voit que la théorie est fort simple. La pratique exige quelques tours de main qu'il faut connaître pour bien réussir. Par exemple, les larges surfaces sont mal gravées, l'acide ayant pénétré inégalement dans le métal. Il est nécessaire alors de les retomber en les lavant à l'acide nitrique au moyen d'un pinceau.
On complète ainsi le creusage. Au lieu d'acide nitrique, dans ces retouches, on se sert souvent d'une dissolution d'azotate d'argent et de gomme arabique, ou d'une dissolution de perchlorure de fer, ou encore d'un mélange de sel marin, de chlorhydrate d'ammoniaque et de vert-de-gris, le tout broyé avec le sirop de miel recueilli dans les tonneaux où l'on conserve le miel. ( In peut rem-
GRAVURE
placer le sirop de miel par de l'acide azotique saturé de gomme arabique.
Une autre difficulté à vaincre, et non la moins grave, consiste à retenir l'encre au fond des creux. Si la surface des creux Bst polie, l'encre ne s'y maintient pas; il faut donc rendre cette surface rugueuse. Quand il s'agit de larges surfaces, on y parvient au moyen de la poudre de résine. Les surfaces ayant été recouvertes de résine, on chauffe légèrement pour faire adhérer celle-ci contre le métal et l'on recouvre d'acide. L'acide, gêné par les grains de résine, produit une granulation sur le métal. Le cuivre n'est pas le seul métal sur lequel on grave en creux. On se sert aussi fréquemment de l'acier. Les procédés restent les mêmes, le mordant seul diffère. Les principaux mordants pour l'acier sont : l'acide nitrique, l'azotate d'argent, le sulfate de cuivre, un mélange de 2 parties d'iode et de a parties d'iodure de potassium dans 40 parties d'eau, ou encore un mélange de vinaigre, de chlorhydrate d'ammoniaque et de sulfate de cuivre. Il existe des instruments qui permettent de graver mécaniquement, ce qui facilite énormément le travail du graveur et lui donne plus de régularité. La machine Conté, inventée en 1803, trace des lignes parallèles; les machines Collas, qui datent de 1834, permettent de reproduire les médailles, les monnaies, les bas-reliefs, de graver en même temps qu'on calque un dessin, de produire à la fois cinq copies gravées du même dessin, de graver dans le sens de l'original et non au rebours comme dans la méthode ordinaire. On conçoit que de tels appareils puissent rendre de grands services à l'art du graveur.
Pour terminer, nous voulons dire un mot sur un genre de gravure spécial qui est surtout usité en Angleterre et en Allemagne : c'est Yaqua-tinta.
\Jaqua-tinta a pour but d'imiter les dessins au lavis à l'encre de Chine ou à la sépia. La plaque de cuivre étant recouverte d'un léger vernis, on enlève le vernis par larges bandes en le lavant au pinceau avec une encre composée d'huile d'olive, d'essence de térébenthine et de noir de fumée. Les parties de
APPLICATIONS DE LA GALVANOPLASTIE A L'IMPRIMERIE
la planche ainsi mises à nu sont saupoudrées de colophane qu'on fait adhérer en chauffant un peu. 11 ne reste plus qua attaquer le métal par l'acide. On répète cette opération un grand nombre de fois, de manière à obtenir le relief nécessaire.
On ignore à qui est vraiment due l'invention de Yaqua-tinta ; on l'attribue à Hercule Zegliers, ou à Charpentier, de Paris, ou encore à Jean-Baptiste Le Prince. Dans tous les cas, ce procédé date de la fin du xvn° siècle ou du commencement du xvui c . Il a surtout donné d'admirables résultats avec le graveur Jean- Baptiste Le Prince. \? aqua-tinta exige d'excellents artistes.