II. - PROCÉDÉS DE FABRICATION
Avant 1780, les procédés de fabrication laissaient beaucoup a désirer. Les feuilles de papier, faites à la main, étaient de petites dimensions; on imprimait les contours des dessins au moyen de planches en bois gravées en relief, puis des peintres coloriaient à la main l'intérieur de ces contours. On conçoit dès lors que le prix du papier peint devait être très élevé : un rouleau coûtait, en effet, la somme de six livres.
Les prix diminuèrent considérablement quand on remplaça ce procédé un peu trop primitif par l'impression à la planche, analogue d'ailleurs au procédé servant à imprimer les étoffes. Les dessins sont bien encore gravés en relief sur des planches de bois, mais les couleurs sont déposéescette fois sur le papier par les planches elles-mêmes. II faut d'ailleurs autant de planches qu'il y a de couleurs différentes,- et l'on imprime successivement avec chacune d'elles, en ayant soin de repérer exactement pour qu'il n'y ait pas d'empiétement d'une couleur sur l'autre. C'est par ce procédé qu'on imprime encore actuellement les papiers de grand luxe. On se sert parfois d'un nombre considérable de planches, jusqu'à cinq ou six cents. Les couleurs se fondent ainsi admirablement et le papier peint peut alors rivaliser avec les meilleures aquarelles.
Dès qu'on put fabriquer le papier en bande continue, on voulut également imprimer le papier avec une machine continue. On y parvint bien facilement, puisqu'il suffisait de substituer un cylindre gravé à la planche usitée jusque-là. Avant 1854. le cylindre était en bois de poirier, gravé à lamainet garni de petites lames de cuivre. En 1854, M. Isidore Leroy imagina d'entourer l'axe en bois du cylindre d'une couronne de plâtre et de clouer sur ce plâtre la gravure en relief. Cette gravure était coulée avec un alliage de plomb et de bismuth. Il est évident, d'ailleurs, qu'on peut varier à volonté la composition de ces rouleaux.
PAPIERS PEINTS
On a imaginé des machines continues, très compliquées, capables d'imprimer jusqu'à vingt-six couleurs différentes au moyen d'un nombre égal de cylindres différents. Ces machines ont été d'abord construites à Manchester ; elles sont très chères, mais on a cependant du bénéfice à en faire usage à cause de l'abondance du produit. Elles ne peuvent d'ailleurs servir que pour la fabrication des papiers peints de qualité inférieure, car les couleurs doivent ttre superposées étant encore fraîches, grave inconvénient. Les rouleaux, gravés en relief, sont en cuivre jaune. Les couleurs sont distribuées sur les rouleaux au moyen de bandes de drap sans fin qui trempent en partie dans les couleurs. Enfin, le papier est lui-même pressé successivement sur chaque rouleau au moyen d'autres rouleaux garnis de molleton. L'ensemble de ce système très compliqué constitue une très belle machine, capable d'imprimer à l'heure jusqu'à 300 rouleaux de 8 mètres chacun de longueur. Certaines fabriques produisent ainsi jusqu'à 3o 000 rouleaux par jour.
Avant de recevoir l'impression des couleurs, soit avec les planches, soit au moyen des cylindres, le papier doit subir une préparation spéciale, nommée fonçaye. Le fonçage consiste à étendre sur le papier, avec une brosse ou avec une machine construite dans ce but, une couche de couleur mélangée avec de la colle et épaissie avec de la craie. Cette couleur sert de teinte plate de fond.
Enfin, après l'impression, le papier est séché dans une étuve, puis lissé par compression au moyen de cylindres lamineurs.
Les principales couleurs employées sont, d'après le Dictionnaire de M. Laboulaye:
La céruse, l'oxyde de zinc, la craie pour le blanc ;
La gaude, la graine d'Avignon, la graine de Perse, l'ocre, le chromate de plomb pour le jaune ;
Le bois du Brésil pour le rouge ;
Le bleu de Prusse, les cendres bleues, le sulfate de cuivre pour le bleu ;
Le noir d'os et le charbon pour le noir ;
Le bois de Campôche pour le violet ;