‹ Histoire générale de l'industrie. 1, Industries du règne végétalChapitre 8 sur 214 · V. — STATISTIQUE · texte numérisé non relu

V. — STATISTIQUE

France. — Les origines de la fabrication du papier en France sont assez peu connues. Ce serait le Midi, plus voisin de l'Espagne et de l'Italie, qui aurait eu les premières papeteries. On croit que Lodève possédait déjà des fabriques à papier en 1189. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il y avait de nombreuses papeteries au xin" siècle dans les environs de Troyes, et que la fabrique d'Essonnes, près Paris, était déjà renommée au xiv° siècle.

La France fut jadis le pays où se fabriquait le meilleur papier; du xv° au xvm" siècle, c'est elle qui fournissait toute l'Europe. Actuellement nous avons fort à lutter avec l'Allemagne et surtout avec l'Angleterre.

Le nombre des papeteries est considérable en France. On en compte plus de cinq cents, disséminées un peu partout, occupant environ 34 000 ouvriers et produisant chaque année près de deux millions de quintaux métriques de papier, d'une valeur de 120 millions de francs.

Les papeteries ne sont pas disséminées au hasard : elles se sont principalement groupées dans les pays montagneux, où elles trouvent de la force motrice à bon marché, ou bien dans les régions où la houille a facile accès. Dans tous les cas, il faut de l'eau abondante et pure. Les principaux groupes d'usines

IM

PAPIER

sont : groupe de l'Ardèche, de l'Isère et de Vaucluse, qui tient la tête comme quantité produite; — groupe de la Seine, Seine-et- Marne, Seinc-et-Oise, qui compte des usines d'une importance exceptionnelle, telles que celles du Marais, à Jouy-sur-Morin, et

d'Essonnes; groupe des départements riverains de la Manche

(Nord, Pas-de-Calais, Somme, Seine-Inférieure, Eure, Eureet-Loir, Calvados, Côtes-du-Nord, Finistère) ; — groupe de la Charente et de la Haute- Vienne, remarquable par l'excellence de ses produits ; — groupe des Vosges, où la pureté des eaux donne des papiers très blancs.

Afin de donner une idée de l'importance de plusieurs de ces usines, nous dirons quelques mots du groupe des papeteries d'Essonnes. Elles ont été fondées au xiv e siècle, en l'an 1340. Le nombre des ouvriers s'élève à 2 000, recevant chaque année 3 millions de salaires. La force motrice, donnée par dix moteurs hydrauliques et cinquante-six macbines à vapeur, est de 2800 chevaux. Elles peuvent fabriquer chaque jour 90000 kilogrammes de papier au moyeu de dix-huit macbines à production continue.

La production annuelle s'élève à 40 millions de kilogrammes de papier. Les matières premières sont représentées par les chiffres suivants :

5 raillions do kilogrammes de chiffons, ■ 7 — — de paille,

25 — — de bois eu poudre,

G0 — de bois en pâte,

5 — — d'alfa,

en tout 100 millions de kilogrammes de matières premières.

Le Petit Journal, à lui seul, consomme 40 000 stères de bois par an, soit 120 000 sapins de 20 mètres de hauteur.

Grâce à des perfectionnements constants, les papeteries d'Essonnes ont pu se maintenir sans cesse à la tète de la fabrication française. C'est à Essonnes que Louis Robert inventa la première machine à papier continue, en 1799. Il faut encore citer, dans les temps modernes, les perfectionnements apportés dans la fabrication de la pâte de paille, de la cellulose de bois (ce qui a abaissé le prix du papier de 2o p. 100), dans la construction des

STATISTIQUE

raffineuses. Signalons enfin un nouveau mode de blanchiment à lelectricité. On y fabrique toutes sortes de papier, depuis le papier de luxe pour billets de banque et gravure en taille-douce, jusqu'aux papiers les plus grossiers. C'est là qu'on a fabriqué pour la première fois, en mars 1883, la pâte de bois au moyen du bisullile de chaux.

Algérie. — L'Algérie fournit la majeure partie de l'alfa servant à la fabrication du papier. On commence à fabriquer un peu de ce papier en France, mais ce sont principalement les Anglais qui exploitent l'alfa pour les besoins de leurs usines.

L'alfa croît spontanément sur les hauts plateaux du littoral africain, depuis Tripoli jusqu'à Tanger. Au .Maroc, on ne l'exploite que près de Mogador et la production ne s'élève guère à plus de TiOUO tonnes par an. L'Algérie en produit plus de 200 000 tonnes, mais ce chiffre pourrait facilement doubler si l'on construisait des chemins pour donner accès sur les hauts plateaux et les contreforts de l'Aurès. Les exploitations, dans la province d'Oran, ont lieu dans le voisinage des côtes ; dans celle d'Alger, elles sont situées sur les hauts plateaux, près de Boussaada et de Laghouat ; dans celle de Constantine, elles sont dans le voisinage de Sétif, sur les contreforts des montagnes de l'Aurès. Tripoli commence à en exporter aussi beaucoup, 40 000 tonnes en 1890, le tout embarqué pour l'Angleterre.

Angleterre. — L'industrie du papier s'est introduite très tard en Angleterre, et pendant longtemps ce pays tirait tous ses papiers de France. On signale une papeterie qui aurait tenté de s'installer en 1490 dans le comté de Hertford, à Stevenatre, mais sans y réussir. Il faut remonter jusqu'à l'année 1588 pour voir se fonder une véritable usine à Dartford par les soins de John Spilman, joaillier de la reine Elisabeth.

Fait curieux, ce pays, qui devait plus tard tant contribuer à perfectionner la fabrication du papier, ne fabriqua jusqu'au milieu du xvni siècle que du papier très commun. C'est seulement en 1770 'que Whatman, après avoir travaillé comme ouvrier dans les papeteries du continent, fonda une usine à Maidstone qui put fabriquer un excellent papier.

PAPIER

L'industrie du papier est considérable en Angleterre; elle occupe plus de cent mille personnes. Les fabriques sont répandues un peu partout, mais elles sont surtout groupées le long des eaux vives et pures du Kent, du Buckshire, du Hertshire, et, en Ecosse, sur les bords de l'Esk.

Le papier anglais se fait remarquer par sa force et sa consistance, reflétant pour ainsi dire les qualités maîtresses du caractère anglais. Un moraliste anglais du xvn c siècle, Thomas Fuller, a d'ailleurs cru pouvoir trouver un rapport entre le caractère d'une nation et les qualités du papier qu'elle fabrique. Le papier vénitien était subtil et élégant; le français, léger et délicat; le hpllandais, corpulent et grossier.

L'Angleterre, qui eut la gloire de développer dans l'industrie moderne les principes de la mécanique, contribua ainsi plus (pue toute autre nation au perfectionnement de la fabrication du papier. Si l'idée première de la machine continue doit être attribuée à un Français, n'oublions pas que cette admirable machine a été construite et a fonctionné pour la première fois en Angleterre.

L'excellence des papiers anglais doit être attribuée à plusieurs causes. Il y a d'abord la qualité exceptionnelle des matières premières : toiles d'emballage que le commerce anglais fait abonder partout, voiles et cordages de marine, déchets de cotons dans les immenses filatures de Manchester, enfin grand emploi de l'alfa. Les Anglais ont monopolisé tout l'alfa en Algérie et en Tunisie, et l'on peut dire que l'Algérie est devenue une colonie anglaise au point de vue du papier. Les journaux illustrés sont imprimés en France sur du papier anglais fabriqué avec l'alfa de l'Algérie.

En outre, le papier anglais doit sa supériorité à la perfection des machines, au bas prix du charbon et des produits chimiques, au collage à la gélatine. Les papiers vergés anglais pour écriture sont partout très recherchés.

Allemagne et Autriche. — Le papier fut fabriqué dans ces deux pays à la même époque qu'en France. Il y avait déjà des papeteries très florissantes à Nuremberg, en 1390. Le bois étant

STATISTIQUE. 1-23

très abondant, on ajoute beaucoup de poudre de bois à la pâte de chiffons. Il y a quelques groupes d'établissements très importants, par- exemple à Diiren, dans la Prusse Rhénane, et à Fiume, sur l'Adriatique. On trouve de nombreuses papeteries dans la Basse-Autriche, le Tyrol et la Bohême.

Belgique et Hollande. — La Belgique fabrique beaucoup de papier, surtout du papier pour journaux, destiné à l'exportation.

Le papier hollandais a joui pendant longtemps d'une grande réputation. Privée de cours d'eau, n'ayant que des moulins à vent comme force motrice, la Hollande inventa les cylindres armés de lames tranchantes pour déchirer les chiffons, à la place des anciens pilons jusque-là usités. Les papiers de Hollande ont perdu leur ancienne renommée, cependant on en fabrique encore d'excellents.

Italie. — L'Italie fut, avec l'Espagne, une des premières nations à posséder des papeteries. Au commencement du xiv e siècle, il y avait de bonnes fabriques à Colle, en Toscane, et à Fabriano, dans les Etats de l'Eglise. Après une décadence complète, la papeterie italienne a pris une grande extension dans ces dernières années, principalement dans la Vénétie et la Lombardie. Le papier de Gênes a joui jadis d'une grande renommée, surtout pour la fabrication des cartes à jouer.

Espagne. — C'est en Espagne que les Arabes construisirent les premières papeteries en Europe, au ix e siècle. En 1130, les fabriques de Xativa, près Valence, avaient une grande renommée.

L'Espagne excelle surtout dans la fabrication du papier à cigarettes, dont elle fait une énorme consommation. Les papeteries sont situées principalement dans la Catalogne.

Malheureusement pour lui, ce pays voit diminuer chaque année sa production en alfa, nommé sparte en Espagne. L'alfa espagnol est de qualité supérieure à celui de l'Afrique, et il est surtout employé pour la fabrication des articles de sparterie. Il est malheureux que l'on ne cultive pas l'alfa comme on fait des autres graminées et qu'on l'abandonne peu à peu à la destruction complète. Les principaux centres de production sont Almeria, Alicante, Grenade, Jaen, etc. On en ex-

wm

Page 1