‹ Histoire générale de l'industrie. 2, Industries du règne animalChapitre 105 sur 202 · I- — POISSONS · texte numérisé non relu

I- — POISSONS

1° Instruments de pêche. — Filets dépêche. — Los filets de pêche se fabriquaient jadis à la main, comme encore aujourd'hui en Suède, en Norvège, au Danemark, où hommes, femmes et enfants, pendant les longues veillées d'hiver, tissent des filets d'excellente qualité. Ces filets sont à fils fins ; ainsi préparés ils sont plus péchants que ceux à fils gros et retiennent mieux le poisson entre leurs mailles. Ils sont en fils de lin, de chanvre ou de coton, préalablement tannés pour les préserver de la putréfaction. Le coton, jadis repoussé, est maintenant recherché à cause de sa grande finesse.

C'est en 183S que l'Anglais James Patterson inventa le premier métier mécanique pour le tissage des filets. A partir de 1857 l'Angleterre, la France, l'Espagne, puis d'autres États, fabriquèrent mécaniquement, non seulement leurs filets de pêche mais encore ceux employés pour la chasse, la sériciculture, la mégisserie, etc.

Hameçons. — Redditch, dans le Worcestershire, en Angleterre, avait jadis le monopole de la fabrication des hameçons comme des aiguilles. Il a conservé à peu près ce monopole pour les hameçons d'eau douce, mais non de ceux de mer, car la France se suffit maintenant à elle-même pour ces derniers Redditch expédie cependant encore chaque année à l'étranger 200 millions de ces engins.

La fabrication des hameçons exige une grande habileté de la

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part des ouvriers. Ils sont exclusivement faits à la main, depuis le plus minuscule jusqu'au gros hameçon de 15 centimètres de longueur.

Les fils d'acier sont d'abord coupés à la longueur voulue, puis détrempés au feu et redressés. On aplatit l'une des extrémités sur l'enclume et l'on entame l'autre pour constituer la barbe. L'opération de la pointe, qui vient ensuite, est longue et difficile. Il ne reste plus qu'à contourner le fil pour lui donner sa forme, tremper, polir, bleuir, bronzer et enfin étamer. Un seul ouvrier n'exécute pas ces opérations successives ; le travail est au contraire très divisé.

Cannes, lignes, appâts, etc. — Les cannes ordinaires sont en roseau ou en bambou; certaines ont jusqu'à 10 mètres de longueur. Le roseau de Fréjus est très recherché. Les cannes pour saumon et truite, qui exigent le plus de légèreté et de souplesse, sont en bois d'hicory; elles ont une longueur de 4 à 5 mètres et leur poids ne dépasse pas 400 grammes. Jadis exclusivement fabriquées en Angleterre, elles le sont maintenant en France, à Paris, dans le département de la Manche et ailleurs. Mentionnons les cannes du Japon, si originales, dans l'intérieur desquelles il suffit de souffler pour chasser les pièces et les faire se déployer.

Nous avons peu de choses à dire sur la fabrication des crins, tressés ou tordus, des bouchons et autres flotteurs, des moulinets, des gaffes, des épuisettes, des paniers, des nécessaires, des articles de vannerie pour pêcheurs, des appâts artificiels. Le crin, dit de Florence, est fabriqué en Italie, à Florence, avec un ver à soie spécial au moment où il va filer. Quant aux appâts artificiels, poissons, grenouilles, vers, insectes, on emploie comme matières premières le liège, le caoutchouc, les métaux, la soie, les plumes d'oiseaux les plus rares. La France fabrique très bien maintenant ces appâts dont Redditch avait jadis aussi le monopole.

2° Pêcheries françaises. — Pendant que l'Angleterre, la Suisse, la Suède et la Norvège, l'Allemagne, les Etats-Unis et le Canada fort de grands efforts pour préserver le poisson d'une destruction

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complète, principalement celui des eaux douces, la France s'endort et voit ses rivières se dépeupler presque complètement. Il est grand temps de réglementer, par des lois sévères, les effets désastreux de la pèche abusive au filet, et principalement au chalut, qui détruit les œufs et les embryons. La pêche à l'hameçon ne nuit en aucune façon au repeuplement des rivières.

Tandis que les autres peuples font une étude méthodique et scientifique, mais surtout pratique des poissons comestibles, en France nous abandonnons ces recherches à des savants qu'absorbent surtout les questions théoriques. Nos ports sont mal aménagés pour la pèche; un ne trouve ni direction, ni matériel, ni subsides. Pour être juste, mentionnons cependant quelques timides tentatives dues à des efforts particuliers : celles de la Société des pêcheries de F Océan à Arcachon, des pêcheries de Cancale et de l'Arguénon où l'on a établi des elayonnages suffisants pour retenir le poisson. Notre littoral est cependant admirablement disposé pour la pèche; on trouverait aisément dans les étangs salés d' Arcachon et de nos autres salines abandonnées, dans les lagunes du Roussillon et du Languedoc, les ressources désirables pour l'élevage du poisson et imiter ce qui a été fait dans les célèbres pêcheries de Comacchio à l'embouchure du Pô. en Italie.

Il faudrait imiter également les États-Unis, l'Angleterre, la Hollande, où l'on a construit des bateaux spéciaux pourvus de viviers amenant le poisson vivant jusque dans l'intérieur des terres ; il faudrait multiplier les appareils frigorifiques pour la conservation du poisson. C'est grâce à ces appareils que Paris est maintenant approvisionné de poisson frais péché sur les côtes de la Manche.

La pêche est plus active sur l'Océan et sur la Manche qu'en Méditerranée, non parce que cette dernière est moins riche en poisson, mais uniquement parce que les pêcheurs de la Méditerranée, moins courageux que ceux de la Manche et de l'Océan, craignent davantage le courroux des Ilots et s'éloignent moins des côtes.

La pêche a cependant fait des progrès en France : en 1820, on

comptait seulement 35 000 pêcheurs avec un gain de 14 millions de francs; en 1840, il y avait 60 000 pêcheurs gagnant 22 millions de francs.

En 1889, on comptait 85 000 marins vivant de la pêche, possédant 24 000 bateaux jaugeant 160 000 tonnes, d'une valeur de 45 millions de francs, le matériel de pêche étant estimé 23 millions de francs.

On pêche beaucoup plus de poissons de mer que de poissons d'eau douce : 126 millions de kilos des premiers contre 20 millions de kilos des seconds.

Sardine*. — La pêche de la sardine est intéressante. Vers le mois de mai, les bancs abordent les côtes de France, venant du Sud ; puis, à la fin de la saison, qui dure six à sept mois, ces mêmes bancs reviennent une seconde fois, repassant par le même chemin et regagnant le Sud après avoir voyagé dans le nord de l'Europe. Partout sur leur passage on les traque, on les capture par milliards, et cependant les sardines reviennent chaque année eu bataillons aussi épais, tant est grande la puissance de leur reproduction. Chaque barque porte quatre ou cinq hommes, plus un mousse. Quand on a atteint le banc de sardines, signalé par la présence des marsouins et des oiseaux de mer qui en font leur proie, on jette à la mer un long filet, large de 3 à 4 mètres, portant des plombs sur le côté du fond et des cubes de liège sur celui de la surface, de manière qu'il plonge verticalement. On jette alors l'appât d'un côté du filet. Les sardines, placées de l'autre côté, se jettent sur l'appât et se prennent par les ouïes dans les mailles.

L'appât employé est variable. Le meilleur est la vogue, fabriquée en Norvège avec des œufs de morue salés, mais le prix en est fort élevé. Il faut, pour chaque coup de filet, un quart de baril, le baril pesant 133 kilos et coûtant 60 à 80 francs. La rogue artificielle, du prix de 15 à 20 francs le baril, c'est-à-dire le quart de la rogue de Norvège, est une sorte de farine blanchâtre, résidu de la fabrication des huiles d'arachides. On se sert aussi de gueldre, obtenue en écrasant et pilant des crevettes grises, excessivement abondantes sur tout le littoral français.

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Des femmes sont spécialement occupées à la pèche des crevettes pour cet usage. ,

Pour des causes encore inconnues, les bancs de sardines changent parfois de direction pendant plusieurs années, causant la ruine de milliers de pêcheurs ; puis à la disette succède brusquement l'abondance. On attribue ces migrations au déplacement du courant d'eau chaude, le Gulf-Stream, qui traverse l'Atlantique depuis les bancs de Terre-Neuve jusqu'aux côtes de France. On prétend d'ailleurs, ce qui n'est pas prouvé, que les sardines abordent nos côtes à cause de la présence, dans les eaux du Galf-Stream, de la rogue jetée à Terre-Neuve pour la pèche de la morue. Les sardines, d'après certains auteurs, n'auraient apparu qu'à partir de 1658, époque où commença l'emploi de la rogue à Terre-Neuve. Ce déplacement des bancs des poissons migrateurs n'est pas d'ailleurs particulier aux sardines : les harengs disparurent un jour des côtes de la Hollande, et les morues de celles de la Norvège.

La pèche de la sardine est très active sur les côtes de l'Océan, mais principalement à Douarnenez, Concarneau, Aiulierne, Quiberon, Belle-Isle, les Sables d'Olonne : 1:5 000 pêcheurs, montant 2000 bateaux de pèche s'y emploient chaque année. Douarnenez à lui seul possède 700 bateaux. Quant au produit de la pèche, il est fort variable. En 1878-79, campagne favorable, on captura 2 milliards de sardines; en 1884, mauvaise année, il n'en fut poché que 400 000. La moyenne est d'environ 1500 millions. Les bénéfices ne sontpas énormes. Pour une saison de six mois, chaque barque gagne de 7000 à 8000 francs, soit un gain de 200 francs, par homme et par mois. Ces 200 francs sont gagnés au prix de grandes fatigues et de nombreux périls.

On pêche aussi la sardine dans la Méditerranée, mais celle-ci estplus petite que celle de l'Océan. En mars et en avril, on trouve la poutino, alevin non encore revêtu de ses écailles blanches et qui n'existe pas dans l'Océan. La sardine abonde surtout sur les côtes du Roussillon, du cap Biar au cap Leucate. On la pêche la nuit, au moyen de filets jetés en zigzag dans la mer, sans se servir de rogue.

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MM

Harengs et maquereaux. — Le hareng fréquente les eaux des Orcades et des Shetlands pendant les mois de juin et de juillet. En août, il descend en Ecosse et remonte dans la Baltique ; il aborde les côtes de la Manche pendant les mois d'octobre de novembre et de décembre. En France les principaux armements pour cette pêche ont lieu dans les ports de Boulogne, qui occupe le premier rang, de Dieppe, de Fécamp et de Saint-Valéry.

Le maquereau vit en hiver sur les côtes d'Ecosse et ne vient en France qu'au printemps. On le trouve sur les côtes de la Manche et sur celles de l'Océan, depuis Brestjusqu'àBochefort; il ne descend pas davantage au Sud.

La pêche est très active sur toute la côte crayeuse de la Manche, du Havre à Dunkerque. Le poisson, conservé dans la glace, est amené chaque jour à Paris par train spécial. Les principaux poissons sédentaires des côtes françaises sont : le bar, le rouget, la dorade, le merlan, la plie, la limande, le turbot, la barbue,' la sole, la raie, la lamproie, etc., mais la pêche la plus importante est celle des poissons migrateurs, le hareng et le maquereau.

En 1866, on comptait en France 346 bateaux spécialement affectés à la pêche du hareng, montés par 6700 hommes, ayant capturé pour 7 millions de francs de poisson; — pour la pêche du maquereau, 34 bateaux montés par 1176 hommes, ayant vendu pour 846 000 francs de cette seule espèce.

La pêche du hareng et celle du maquereau donnent parfois des résultats vraiment extraordinaires : à Boulogne-sur-Mer, en!873, il fut pris en un seul jour 7 millions de harengs.

Anchois. — Les eaux de la Méditerranée sont très poissonneuses, quoique manquant de ces bandes innombrables de poissons migrateurs qui font la richesse des côtes de la Manche et de l'Océan. On y trouve cependant un poisson migrateur, le thon. Des essais ont été déjà entrepris avec succès pour élever ce poisson dans les étangs salés des rivages méditerranéens. Les habitants du littoral ont donc sous la main tous les éléments nécessaires pour accroître considérablement leur richesse au moyen des productions de la mer; mais il leur faudrait plus de courage

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