I. — GÉNÉRALITÉS SUR LES PLANTES FÉCULENTES
L'agriculture constitue la première de toutes les industries et elle les domine toutes. La nourriture est, en effet, le principal souci de l'homme aussi bien que celui des animaux, et c'est à l'agriculture qu'on est contraint de s'adresser pour obtenir cette nourriture. Quand on réfléchit un peu, on s'aperçoit bientôt que la base de toutes les transactions est l'agriculture, et que les autres industries en dérivent.
L'agriculture est régie par des lois découlant tant de l'ordre naturel que de l'ordre social. Le pays le plus industriel est en môme temps celui où l'agriculture est la plus avancée, et plus un pays devient industriel, plus les campagnes se dépeuplent. Cette dépopulation des campagnes a pris le plus grand développement aux Etats-Unis, en Angleterre, dans quelques parties de l'Allemagne, en Belgique et en France. Voici les proportions de la population rurale à la population totale dans ces différents pays : États-Unis, 10 p. 100; Angleterre, 20 p. 100; Saxe, 28 p. 100; Belgique, 40 p. 100; France, 50 p. 100. Le mouvement d'émigration des campagnards vers les villes ne peut que s'accentuer en France ; et il est difficile de réagir contre cette déplorable tendance.
GÉNÉRALITÉS SUR LES PLANTES FÉCULENTES. n-81
Comme conséquence de cette émigration et du manque de bras, il faut que l'agriculture devienne résolument industrielle, c'est-à-dire que de puissantes compagnies exploitent de vastes terrains avec des machines perfectionnées, et en faisant exclusivement usage des meilleures méthodes scientifiques, des engrais les mieux appropriés et en pratiquant soigneusement la sélection des plantes.
Nous aurons plus loin l'occasion de parler des engrais et de la sélection ; disons tout de suite un mot des machines agricoles. Les premières machines agricoles ont été imaginées en Ecosse ; la machine à battre fut inventée à la fin du xvin c siècle par l'Écossais André Meikle. Le perfectionnement de l'antique charrue saxonne est encore dû à un Écossais, Small. Dès le commencement du x>x e siècle, l'Angleterre possédait des fabriques de machines agricoles. Puis les États-Unis prirent la tête du mouvement; Mac Cormick, en 1831, rend la moissonneuse pratique, Wood construit la faucheuse mécanique. Les meilleures machines nous viennent encore aujourd'hui d'Angleterre et des Etats-Unis. La race anglo-saxonne a révolutionné les diverses branches de l'industrie par ses aptitudes exceptionnelles pour la mécanique, et la révolution de l'industrie a entraîné celle des esprits.
Les céréales contiennent des substances alimentaires fort variées : albumine, fibrine, caséine, glutine, matières azotées ; amidon, dextrine, glucose, cellulose, huiles, sels de potasse et de soude. Voici la teneur, en centièmes, en matières azotées et en amidon.
Matières azotées.
Amidon
Ble.
Seigle. Orge 9 13
67 ai
Avoine. iMai's.
Riz. Millet. Sarrasin.
Le blé est donc la céréale la plus nourrissante.
Les céréales sont cultivées depuis un temps excessivement ancien ; chose singulière, on ne les rencontre nulle part, le riz excepté, à l'état sauvage ; si toutes les céréales cultivées et perfectionnées disparaissaient, on ne saurait où aller en chercher d'autres croissant spontanément
PLANTES ALIMENTAIRES FÉCULENTES
Blé ou froment. — C'est la céréale la plus importante, la plus nourrissante de toutes, sa farine se purifie facilement. On distingue trois grandes classes de blé : le blé dur, le blé demi-dur ou mitadin, le blé tendre ou blanc.
Le blé dur, spécial aux pays chauds, très riche en substances azotées, produit une farine moins blanche que celle des autres blés. Il est à grains lourds, cassants, d'une apparence cornée. Le blé demi-dur est à grains blancs, d'un aspect farineux dans la partie centrale ; le blé tendre, léger, blanc, facile à moudre, le moins riche de tous en matières azotées, se cultive dans les pays du Nord. Les blés durs donnent le meilleur rendement à la mouture ; viennent ensuite les blés demi-durs, enfin les blés tendres dont le rendement est le plus faible.
La culture du blé n'exige pas de labours profonds ; les semailles en ligne sont préférables à celles à la volée. On fume le sol avec du fumier de ferme et des engrais minéraux ammoniaco-phosphatés. Il convient d'employer les variétés qui supportent de fortes fumures sans verser. M. Dehérain a démontré que le blé à épi carré était le meilleur.
Plusieurs méthodes sont en usage pour la conservation des grains. La plus ancienne consiste à les enterrer dans un sol aussi sec que possible. Du blé, enfermé dans des. tombeaux égyptiens depuis des milliers d'années, et remis au jour, a parfaitement germé. Il est préférable d'enfermer le blé dans des cylindres en tôle de fer, remplis d'azote au lieu d'air (procédé Haussmann) ou le placer dans des greniers aérés artificiellement.
Seigle. — Le seigle se cultive dans les pays pauvres, à terres sablonneuses, crayeuses ou granitiques. Mélangé au blé, il constitue le méteil. En amendant les terres avec de la chaux, il est possible de faire succéder la culture du blé à celle du seigle. Cette céréale est sujette aune maladie grave, l'ergot, déterminée par un champignon parasite. La farine de seigle ergotée est vénéneuse. Pour reconnaître la présence de l'ergot dans la farine, on malaxe un peu de farine avec son volume d'éther acétique, puis on ajoute de l'acide oxalique. On chauffe le tout
Hn