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TANNAGE DES PEAUX

moyens peu dispendieux que les peuples sauvages du centre de l'Amérique préparent encore les peaux de buffles et d'élans et savent leur donner une extrême souplesse.

Userait difficile de fixer l'époque à laquelle les peuples anciens commencèrent à travailler et à tanner les peaux, et de connaître à quel degré de perfection ils amenèrent cette fabrication. Les anciens cuirs de Venise et les vieilles reliures en maroquin ou autres peaux indiquent cependant une certaine habileté. La peau préparée pour parchemins servait à écrire bien avant la découverte du papier : les Hébreux et les Grecs en faisaient usage plusieurs siècles avant Jésus-Christ.

La préparation des peaux, conclut M. Fauler, est, sans aucun doute, la plus ancienne industrie à laquelle les peuples se soient

livrés.

La tannerie occupe chez tous les peuples l'un des premiers rangs comme importance industrielle. En France, elle arrive à la troisième place ; il y a, en effet, des tanneries dans presque toutes les localités. La lenteur des opérations exige un grand nombre d'ouvriers et surtout des capitaux énormes, aussi a-t-on fait les plus grands efforts pour accélérer le plus possible les opérations du tannage. Pour donner une idée de l'importance de cette industrie, il nous suffira de dire qu'en France le mouvement des affaires, rien que pour le cuir destiné aux chaussures, est au moins de 300 millions de francs par an.

Les applications du cuir sont extrêmement nombreuses : c'est la matière première indispensable à la cordonnerie, l'équipement militaire, la sellerie, la carrosserie, la ganterie, la gainerie, la reliure, la chapellerie, la machinerie.

Le but du tannage est la transformation en cuir de la peau des animaux, c'est-à-dire en une substance imputrescible, souple et élastique. La peau se divise en derme, partie intérieure, et en épidémie, partie extérieure. Le derme seul est transformé en cuir.

Il existe de nombreuses variétés de cuirs, auxquelles répondent plusieurs procédés de fabrication, d'où aussi les différentes branches de cette industrie : la tannerie, la mégisserie, la cha-

TANNERIE

moiserie, la parcheminerie, etc. La tannerie, que nous étudions plus spécialement dans ce chapitre, transforme en cuir les peaux épaisses. Les cuirs tannés se divisent en cuirs forts pour semelles, et en cuirs à œuvre pour chaussure, sellerie, bourrellerie, carrosserie, gainerie, coffrerie, reliure, équipements militaires, cardes, transmissions de mouvements, etc., etc.

1° Matières tannantes. — Toute matière végétale renfermant du tannin est susceptible d'être utilisée pour le tannage des cuirs. Nombre de matières végétales sont tannifères, mais la meilleure et la plus employée en France, eu Angleterre, en Belgique, en Suisse, est l'écorce de chêne ou tan. Si d'autres pays ne l'emploient pas ou s'en servent peu, c'est uniquement à cause de la rareté ou du manque de chênes dans ces contrées.

Le tan préparé en France est le meilleur de tous ; aussi donne-t-il à nos cuirs une grande supériorité sur la plupart de ceux de l'étranger. La production annuelle moyenne de nos forêts est évaluée à 327 millions de kilos, quantité encore insuffisante pour les besoins de la tannerie française. Aussi le prix de l'écorce de chêne va-t-il sans cesse en augmentant.

On pratique l'écorçage du chêne sur les arbres devant être abattus au moment de la coupe annuelle. Les jeunes arbres sont plus riches en tannin que les vieux. L'écorce ne se détache facilement qu'au printemps, moment de la montée de la sève. On fait au pied de l'arbre une entaille circulaire, puis des incisions transversales, découpant ainsi l'écorce en longues lanières desséchées ensuite sous l'action du soleil.

Mais ce mode de procéder présente des inconvénients. La montée de la sève dure peu de temps et les ouvriers exigent un salaire élevé. M. Maître a imaginé un autre procédé permettant l'écorçage en toutes saisons. Le bois est débité et introduit dans des cylindres clos où arrive de la vapeur d'eau surchauffée à 170°. L'écorce se détache alors facilement.

Ensuite l'écorce doit être réduite en poudre. La pulvérisation s'opérait jadis au moyen de pilons, mus par des moulins à eau. On leur a substitué des moulins à vapeur, où la pulvérisation

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