CHAUSSURES, GANTS, MAROQUINERIE
méritée. Grâce à une grande subdivision du travail, on est parvenu à produire dans des conditions de bon marché extraordinaire. C'est surtout à Paris que se trouve concentrée cette fabrication ; la maroquinerie est l'une des branches, et non la moins remarquable, de ce qu'on est convenu d'appeler l'article de Paris. Nous croyons devoir reproduire in extenso l'article suivant, écrit par M. Rondot à propos de l'une de nos Expositions universelles (1835).
( ( On était loin d'avoir, dans l'ancien temps, les habitudes de bien-être qui sont si générales aujourd'hui, et la consommation des menus objets de toilette, de service et de fantaisie, n'a reçu qu'à la fin duxvu e siècle un développement notable. Mais, chose singulière, les inventions, les efforts, les progrès accomplis dans ce vaste champ industriel, n'ont arrêté l'attention d'aucun observateur. L'existence même de tant d'industries intéressantes est restée à peu près ignorée jusque vers 1844. Leurs produits passent inaperçus ; on ne songe pas à étudier ces choses que l'on a à tout instant sous la main ou devant les yeux, et dont la nature, la forme et le prix sont toujours si bien en rapport avec les goûts, les habitudes et les ressources de la population. Ces industries sont exercées principalement à Paris et avec leurs caractères particuliers depuis plus de trois siècles. Leur concentration dans cette capitale, la supériorité qu'elles y ont acquise et la préférence qu'on accorde par tout le globe à leurs produits, ont fait généralement désigner ceux-ci sous le nom d'articles de Paris.
» Cette industrie des articles de Paris forme le tiers de tout le travail parisien. Dès le milieu du siècle, on estimait déjà la valeur des objets fabriqués à près de 500 millions par an. Ce chiffre a beaucoup augmenté depuis.
>» Cette industrie est essentiellement mobile : nulle part on ne s'assimile mieux et plus vite les inventions, les perfectionnements, les idées nouvelles ; nulle part on n'est plus habile à exciter les consommations par mille séductions, à pourvoir par avance à des caprices ou à des besoins auxquels on donne ainsi naissance. Les saisons, les modes, les circonstances, font modifier la façon
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et la matière de bien des objets usuels et le monde élégant de tous les pays attend, chaque année, de Paris, les nouveautés de tous genres.
» On trouve en Angleterre plus de force et de richesse, un outillage plus complet, une fabrication plus savante et plus méthodique, en Allemagne et en Autriche des ouvriers plus patients, plus laborieux, mais c'est Paris qui montre le plus de hardiesse, de légèreté et de goût. »
La maroquinerie parisienne sait parfaitement approprier ses productions aux nécessités de l'usage des objets. Elle sait joindre l'utilité pratique au confortable. C'est grâce à elle que la France excelle dans la garniture des nécessaires de tout genre.
Un volume serait insuffisant pour développer l'historique de chacun des articles constituant l'art du maroquinier. Nous n'en prendrons qu'un seul pour exemple, le porte-monnaie, d'un usage si général. Le porte-monnaie le plus simple passe entre les mains de vingt-deux ouvriers différents et sous une quinzaine de petites machines. Sa garniture en acier est soumise à quatorze manutentions diverses; la peau en subit une douzaine. Les maroquins anglais sont excellents. On teint dans ce pays beaucoup de peaux de chèvres d'Angora, venues de Smyrne, et conservant leur laine. La maroquinerie anglaise est remarquable en ce qui concerne les nécessaires de voyage, admirablement compris. C'est assez naturel chez le peuple qui compte le plus grand nombre de voyageurs. Les nécessaires et les trousses de voyage sont ordinairement recouverts de cuir de Russie. On en réduit le volume au minimum, sans pourtant rien sacrifier à la commodité la plus pratique.
La maroquinerie allemande vient aussi en bon rang. Les principaux centres de fabrication sont Berlin, Halle, Francfort et Mayence dans la Prusse, les duchés de Bade et de Hesse, Nuremberg et Furth dans la Bavière. Mayence fabrique beaucoup de cuirs de Russie, et teint des peaux de veau et de mouton en nuances claires inimitables. La maroquinerie occupe cinq ou six mille ouvriers dans la ville d'Offenbach. La Bavière fabrique