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I. — CHAPEAUX DE FEUTRE

Rien de plus variable que la chapellerie à travers les siècles. Les premières coiffures semblent faites de tissus de laine, puis de coton, comme les capuchons, les chaperons, les chapels, les bonnets du moyen âge. Les chapeaux de feutre ne furent connus en Europe qu'au xi° et même peut-être au xm e siècle, mais leur forme demeura celle de la toque jusqu'au xvi e siècle. A cette époque seulement, ils devinrent hauts avec de larges bords.

Couperies de poils. — Les matières premières, employées dans la fabrication des chapeaux de feutre, sont : la laine, les poils de castor, de rat musqué, de rat gondin, de vigogne, d'opossum, de loutre, de chèvre, de chameau, de lièvre et de lapin.

Les poils de laine, de chameau et de castor, sont les seuls capables de se feutrer, c'est-à-dire de former par leur mélange une sorte d'étoffe résistante. Tous les autres poils, pour être feutrés, doivent subir une préparation préalable, nommée le secrétage. Cette opération, dangereuse pour la santé des ouvriers, consiste à crisper le poil en l'imbibant d'une dissolution de nitrate de mercure, obtenue par l'action de l'acide nitrique ou eau-forte sur le mercure. La soie et le coton ne peuvent être feutrés avec les autres poils.

Il faut faire subir aux poils une série de manipulations délicates qui exigent diverses machines. Nous décrirons seulement

CHAPELLERIE

les manipulations subies par les poils de lapins et de lièvres, poils de beaucoup les plus employés actuellement.

Après le secrétage, qui s'exécute sur les poils encore fixés sur la peau, les peaux sont mouillées, étirées et l'on procède au coupage des poils. Pour le lièvre, on commence par ébarber les poils avec des ciseaux, car la base du poil présente seule de la finesse. Quant au lapin, il possède deux sortes de poils : des gros et des fins. On arrache d'abord les gros poils qui servent à fabriquer de la literie pour les campagnes. Le lapin domestique donne une peau plus grande et plus fournie de poils que le lapin sauvage ou de garenne.

La machine à couper donne comme résidu un poil fin, nommé poussière, qu'on mélange à d'autres poils plus longs pour la fabrication des chapeaux à bon marché.

Le poil coupé est soumis dans un ventilateur à l'action d'un courant d'air qui le débarrasse de ses impuretés : la masse prend alors un volume énorme.

Quant à la peau, elle n'est pas perdue. On la découpe en fines lanières, dites vermicelle, et on en fabrique de la colle utilisée dans l'industrie des papiers peints.

Les peaux de lapin domestique proviennent surtout de la France (80 millions de peaux par an), de Belgique (15 millions), d'Angleterre, d'Allemagne, de Pologne et de Hongrie. Celles de lapin de garenne sont fournies presque exclusivement par l'Angleterre et la Hollande, pays où le lapin pullule dans les dunes avoisinant la mer. En France, le lapin de garenne devient de plus en plus rare : on l'extermine pour se soustraire aux ravages qu'il cause aux récoltes. L'Angleterre fournit annuellement de 23 à 30 millions de peaux. L'Allemagne, l'Espagne et le Portugal produisent aussi des quantités appréciables de lapin de garenne.

En dehors de l'Europe, il n'y a guère à signaler que l'Australie et la Nouvelle-Zélande, où le lapin sauvage pullule au point d'en faire un danger pour l'avenir de l'agriculture. Malgré d'effroyables tueries, ces pays exportent en Europe de grandes quantités de peaux de lapin.

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