‹ Histoire générale de l'industrie. 2, Industries du règne animalChapitre 33 sur 202 · CHAPEAUX DE FEUTRE · texte numérisé non relu

CHAPEAUX DE FEUTRE

Le lièvre abonde surtout on Russie, en Allemagne, en Suède, en Norvège, en Valachie, en Bosnie, en Turquie, en Syrie. La France, l'Angleterre, l'Espagne, le Portugal, la Belgique, la Hollande, en possèdent fort peu.

Les peaux de castor, de rat musqué, de moins en moins employées dans la chapellerie, viennent du Canada et de l'Amérique du Nord. Le rat gondin est fourni par l'Amérique du Sud, principalement par la République Argentine, la Plata et l'Uruguay ; l'opossum par la Nouvelle-Hollande. L'Egypte, la Syrie, la Turquie livrent des poils de chameau et de chèvre, mais ils ne sont guère employés que dans les pays arriérés au point de vue de l'industrie.

C'est à Paris que l'on manufacture en grand les poils des peaux de lapin et de lièvre. L'étranger y expédie ses peaux; Paris réexpédie les poils préparés. En France on manufacture ainsi annuellement une valeur de 27 millions de francs de poils, représentant 60 millions de peaux venues de France et 30 millions de l'étranger. La Belgique, l'Angleterre, l'Allemagne et surtout les États-Unis commencent à concurrencer la France pour la couperie des poils. Francfort, en Allemagne, a la prépondérance pour la coupe des lièvres de Russie et d'Allemagne.

Fabrication mécanique des chapeaux. — L'art de la chapellerie a fait d'immenses progrès depuis l'introduction des machines dans les ateliers. Jadis un habile ouvrier ne pouvait fouler et bâtir plus de trois chapeaux à la journée ; aujour- . d'hui, avec les machines, deux ouvriers, une femme et un enfant peuvent fabriquer de 150 à 200 chapeaux par jour. Grâce à ce progrès, l'ouvrier qui ne portait autrefois que la casquette ou le chapeau de paille, peut maintenant se payer un chapeau de feutre.

C'est en 1852 que la bastisseuse fut inventée aux États-Unis. Cette machine révolutionna complètement la chapellerie, qui devint dès lors une industrie exclusivement mécanique. En France, M. Laville, alors simple ouvrier, introduisit la nouvelle fabrication à Paris, perfectionnant la machine américaine et inventant la fouleuse, son complément nécessaire. La bastis-

CHAPELLERIE

seuse souffle les poils préparés dans les couperies sur un cône aspirateur. Les poils s'enchevêtrent les uns dans les autres, recouvrent le côrie, se feutrent et forment la cloche du chapeau. Il s'agit maintenant de donner de la consistance à ce feutrage. Pour cela, on recouvre la cloche d'une toile mouillée et on la plonge dans un bain d'eau chaude acidulée ; enfin, on comprime avec des rouleaux, au moyen d'une nouvelle machine, la fouleuse.

Le feutre, encore humide, est placé sur un moule et mis à dessécher dans une étuve. Il ne reste plus qu'à enlever les aspérités au moyen de la ponceuse, à donner au chapeau sa forme définitive avec la dresseuse qui comprime le feutre à chaud et lui donne du brillant, finalement piquer la coiffe et border le chapeau au moyen de machines à coudre. Comme on le voit, tout a été fabriqué mécaniquement.

Statistique. — En France, les premiers chapeaux de feutre datent du règne de Charles VI, mais les habitants des campagnes seuls les portaient ; les citadins continuaient à faire usage du chaperon. Sous Charles VII, les chapeaux de feutre firent leur apparition dans les villes, mais uniquement en temps de pluie; enfin, sous Louis XI, ils étaient devenus d'un usage universel. Dans notre siècle, ils eurent de nouveau à lutter contre le chapeau de soie qui, à un moment donné, fit fureur. Pendant plusieurs années le chapeau de feutre ne fut plus porté que par les prêtres, les militaires et les paysans, mais il est aujourd'hui redevenu à la mode et le chapeau de soie a beaucoup perdu de sa vogue d'autrefois.

Avant la Révolution, la laine, les poils de chameau et de castor entraient seuls dans la fabrication des chapeaux de feutre ; depuis, on fit successivement usage des poils de lièvre et de lapin, de rat musqué, de rat gondin et de loutre.

Les principales fabriques de chapeaux se trouvent à Paris, Lyon et Rouen. On estime que la fabrication française se monte annuellement à 80 millions de francs, dont les neuf dixièmes pour les chapeaux de feutre. Les chapeaux de soie n'entrent dans ce total que pour un dixième seulement.

Page 1