‹ Histoire générale de l'industrie. 2, Industries du règne animalChapitre 41 sur 202 · CRINS, BROSSERIE, ETC · texte numérisé non relu

CRINS, BROSSERIE, ETC

de succès, des essais d'élevage à l'île Maurice, en Californie, dans la Floride, dans la République Argentine, en Australie, dans la Nouvelle-Zélande.

Les principaux lieux d'élevage sont actuellement ceux du Cap, de l'Egypte et de l'Algérie. L'Egypte en élève environ six millions dans le haut Nil et aux environs du Caire. En Algérie, les premiers essais d'élevage ont eu lieu en 1837, au Jardin d'acclimation d'Alger, mais les parcs n'ont guère pris d'importance qu'à partir de 1878. L'élevage de l'autruche a été aussi tenté dans l'Amérique du Sud. On compte, dans les estancias de la République Argentine, plus de cinquante mille autruches. Le Cap est la contrée où l'on élève le plus d'autruches. Encouragés par les essais heureux d'Algérie, les fermiers anglais du Cap voulurent tenter les mêmes expériences. En 1865, il n'y avait encore dans ce pays que quatre-vingts autruches domestiquées: en 1880, on en comptait cinquante mille, d'une valeur de 23 millions de francs. Puis survint un moment d'arrêt, causé par la maladie de ces volatiles. La mortalité cessa bientôt, heureusement, et cette industrie n'a cessé depuis de prospérer. On estime à plus d'un milliard de francs la valeur des plumes exportées du Cap depuis qu'on y pratique l'élevage de l'autruche. Le nombre de ces oiseaux y dépasse aujourd'hui deux cent mille. On arrache les plumes tous les huit mois, et chaque autruche fournit en moyenne 40 livres anglaises de plumes par an. Les œufs sont incubés artificiellement. Quant à la nourriture, elle consiste en herbe, en luzerne, en sable et cailloux. On sait, en effet, que les corps durs sont indispensables à la digestion de l'autruche.

Quant à la valeur relative des plumes domestiques et des plumes sauvages, nous sommes très embarrassé pour l'établir. Certains auteurs estiment les plumes sauvages inférieures à celles des oiseaux domestiqués ; d'autres affirment le contraire. Ces jugements divers proviennent de la grande variété de plumes offerte par les espèces sauvages aussi bien que par celles domestiquées.

Les plumes de vautour sont d'un très grand emploi et cons-

PLUMES

tituent l'un des articles les plus importants du commerce des plumes. Le grand et le petit vautour, importés principalement de Buenos-Ayres et autres parties de l'Amérique du Sud, servent pour les coiffures. Les plumes médiocres du grand vautour sont employées à la confection des plumeaux.

La plume de coq, utilisée pour parures, équipements militaires et plumeaux, vient surtout de Russie et de Pologne. La plume d'oie, très abondante en France et en Bohême, sert à fabriquer les parures, les plumes à écrire, les plumeaux, les volants, des pinceaux, etc. Le duvet de l'oie est employé pour la literie.

La plume de cygne, beaucoup plus belle que celle de l'oie et servant aux mêmes usages, est excessivement rare. Nous en dirons autant de la plume de paon. Celle-ci et la plume de dinde ne servent que pour parures.

En dehors des plumes citées plus haut, constituant les articles les plus employés, on fait aussi usage des plumes de canards, de grèbes, de plongeons, produites par le Levant et la Russie, de marabouts et autres oiseaux rares du Cap et du Sénégal, des oiseaux de paradis de l'Océanie, des plumages brillants d'oiseaux de l'Amérique du Sud et particulièrement du Brésil, de hérons blancs ou aigrettes de Sibérie et de la Guyane qui ornent les shakos des colonels, d'ibis, de pélicans, de faisans dorés, etc., etc. En un mot, on met à contribution les plumes de tous les oiseaux offrant quelques ressources pour la parure.

La préparation des plumes pour parure est une industrie essentiellement parisienne ; elle occupe dans la capitale environ cinq mille ouvriers et le chiffre d'affaires de cette branche d'industrie s'élève annuellement à 15 millions de francs. Le monde entier expédie ses plumes à Paris qui les réexpédie alors qu'elles y ont été préparées. La confection des plumes est d'ailleurs analogue à celle des fleurs. Les ouvriers parisiens excellent dans l'art de les bien apprêter, blanchir et teindre des couleurs les plus vives et les plus solides, ainsi que par leur bon goût. Paris fabrique aussi une grande quantité de plumeaux faits de plumes de coq, de vautour et d'autruche bâtarde de l'Amérique du Sud.

Page 1