CORNE, ÉCAILLE, IVOIRE, OS, BALEINE, ETC
cette osséine est ensuite transformée en gélatine par l'action de l'eau. Quoi qu'il en soit, il ne reste plus que la matière minérale. En la traitant par l'acide sulfurique, on se débarrasse presque complètement de la chaux qui se précipite sous forme d'une poudre blanche, le sulfate de chaux, et il reste une liqueur ne contenant plus que de l'acide phosphorique avec deux centièmes de chaux seulement. La liqueur est mélangée avec du charbon de bois pulvérisé, puis le tout est porté à une très haute température, dans une cornue. Le phosphore se dégage sous forme de vapeurs qui viennent se condenser dans l'eau froide.
Ce phosphore n'est pas pur : il contient surtout du charbon de bois entraîné mécaniquement. Pour le purifier, on le filtre dans l'eau chaude à travers du noir animal, puis on l'oblige par compression à filtrer à travers une pierre poreuse qui retient toutes les impuretés.
Ce phosphore est jaunâtre, transparent, très dangereux, car il est vénéneux et très facilement inflammable. Il convient de le conserver dans un flacon bien bouché et rempli d'eau, car il s'altère très vite à l'air. Il sert uniquement à la fabrication des allumettes chimiques et à empoisonner les souris et les rats. La mort-aux-rats se compose d'un mélange de blé cuit, de graisse et d'un peu de phosphore. Rats et souris sont très friands de ce mets qui les empoisonne.
En 1844, Kopp découvrit une modification du phosphore, qui enlève à ce corps toutes ses propriétés dangereuses. .11 suffit de le chauffer en vase clos à la température de 280°, pendant une douzaine de jours, pour le transformer en une matière rouge, dite phosphore amorphe. Ce phosphore amorphe n'est pas vénéneux, ne s'enflamme plus dans les conditions ordinaires et peut être manié sans aucun danger.
La production française du phosphore est annuellement d'environ 180 000 kilos.
Allumettes chimiques. — Il y a peu d'histoire aussi intéressante que celle des efforts faits par l'homme pour se procurer du feu: du feu, si utile et si nécessaire, que certains peuples l'ont divinisé. Nous pouvons emprunter le feu aux rayons du soleil,
en concentrant ses rayons au moyen d'une lentille ou d'un miroir; nous pouvons encore l'emprunter à l'électricité ou aux réactions chimiques, mais tous ces procédés exigent une civilisation avancée et les peuples anciens les ignoraient complètement. Le procédé le plus simple, à la portée des peuples les plus primitifs et les plus sauvages, est le frottement et le choc. Le briquet, qui consiste dans le choc du silex contre un morceau de fer, produisant une étincelle servant à enflammer l'amadou, si primitif en apparence et dont on a fait usage jusqu'en 1840, relève d'une civilisation déjà savante. Le frottement de deux morceaux de bois, durs et secs, l'un contre l'autre, semble avoir été le procédé le plus anciennement connu. La conservation du feu, si difficile à se procurer, a donc été dans les temps préhistoriques l'une des préoccupations les plus constantes de l'humanité. On la confia à des jeunes filles, punies de mort ou du moins de peines très graves, s'il leur arrivait de laisser refroidir les cendres du foyer. D'où l'institution des vestales et l'habitude de conserver le feu dans les édifices religieux.
Les allumettes sont une application des progrès de la chimie, et il était impossible de leur donner un meilleur nom que celui d' 'allumettes chimiques.
Le phosphore, si facilement inflammable, était tout désigné pour servir à produire le feu. Malheureusement, ses qualités mêmes, sa trop grande inflammabilité et son altération à l'air, rendirent son usage impossible pendant longtemps. Les tentatives les plus sérieuses semblent avoir été faites en France et en Allemagne au commencement de ce siècle, vers 180o. Un enfermait dans un flacon bien bouché un mélange de soufre et de phosphore. Quand on voulait du feu, on plongeait dans ce mélange un mince morceau de bois qu'on retirait imprégné d'un peu de la substance. Celle-ci s'enflammait au bout de quelques minutes d'exposition à l'air et enflammait à son tour le morceau de bois. C'était dangereux et peu commode. En 1812, on fabriqua à Vienne, en Autriche, des allumettes sans phosphore qui eurent un grand succès et dont on fit usage jusque vers 1845. Il suffisait de plonger dans un flacon contenant un peu d'acide