I. — CORPS GRAS D'ORIGINE ANIMALE
1° Graisse de porc ou axonge. — L'axonge se prépare très facilement dans toutes les charcuteries en faisant chauffer, au bain-marie, le tissu adipeux du porc. La graisse fond, s'échappe des cellules, et il ne reste plus qu'à la tamiser à travers un linge fin qui retient les parois cellulaires. Pendant le refroidissement, il faut avoir soin d'agiter la graisse fondue, sinon il y aurait séparation de la stéarine et de l'oléine, matières constituantes de l'axonge, l'oléine étant fluide et la stéarine solide.
L'axonge est principalement employée pour l'alimentation. On sait que dans le Midi, où le beurre est cher à cause de la rareté des herbages, la cuisine se fait surtout à la graisse. L'axonge sert aussi en pharmacie à préparer des onguents, des pommades, des emplâtres.
Les États-Unis, où l'élève du porc est l'objet d'une industrie des plus considérables, expédient en Europe de grandes quantités d'axonge. On y ajoute parfois du lait de chaux à l'effet de blanchir la graisse, mais ce procédé favorise la fraude, car le lait de chaux laisse dans la graisse le quart de son poids d'eau.
2° Suif . — On donne le nom de suif à la graisse des herbivores : bœuf, vache, veau, mouton, chèvre et bouc.
Le procédé le plus simple pour extraire le suif du tissu adipeux de ces animaux, consiste à le hacher alors qu'il est encore frais, avant tout commencement de la putréfaction survenant rapide-
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ment, et à le chauffer à feu nu dans une chaudière. Le suif, en fondant, se sépare des cellules. On tamise à travers un linge fin et on ajoute un peu d'alun, en ayant soin d'empêcher le refroidissement pendant quelques heures afin que la graisse reste liquide. L'alun favorise la précipitation des débris de cellules qui ont passé à travers le linge et l'on obtient ainsi un produit plus pur, plus ferme et plus blanc. Quant au résidu, on le comprime pour en extraire du suif impur et l'on obtient un pain de crelon servant de nourriture aux animaux, constituant encore un excellent engrais. Le grave inconvénient de ce procédé est de dégager une odeur nauséabonde aux abords de l'usine.
Darcet, en 1811, a imaginé un autre mode dextraction du suif, lequel ne présente pas cet inconvénient. Il consiste à chauffer le tissu adipeux en vase clos et au moyen de la vapeur, avec de l'acide sulfurique étendu d'eau. Le tissu cellulaire est détruit par l'acide et le suif, inaltéré, vient surnager à la surface du liquide. On clarifie également ensuite avec l'alun. En 1880, Evrard a remplacé l'acide sulfurique par la soude caustique,' procédé préférable. La fonte à l'acide ou à la soude, si elle a l'avantage de donner un suif très blanc, inodore, rancissant peu, excellent pour la fabrication des bougies, avec un rendement supérieur à l'ancienne méthode, a aussi le grave inconvénient de perdre les pains de creton et de fournir un suif trop mou, trop fusible, impropre à la fabrication des chandelles.
On ne laisse perdre aucune des parcelles adipeuses des diverses parties du corps des herbivores. Les abats donnent le suif d'abatis, les boyaux et les membranes enveloppant les intestins le suif de boyauderie ; on utilise jusqu'aux résidus de charcuterie iflambart) et de cuisine {graisse verte).
Les suifs de qualité supérieure, du bœuf, de la vache, du veau, servent à l'alimentation et à la fabrication du beurre artificiel'; le suif de mouton est utilisé pour la fabrication des bouo-ies,' des chandelles et du savon.
La République Argentine, où l'on pratique l'élevage des troupeaux dans de très vastes proportions, expédie en Europe des
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suifs remarquables par leur qualité. L'Australie et la Russie en exportent aussi de grandes quantités.
3° Huile de pied de bœuf. — En cuisant dans l'eau les pieds des herbivores, on en extrait une huile douée de qualités spéciales. Comme elle ne rancit que très difficilement, elle est employée pour la friture des poissons et des pommes de terre et pour le graissage des instruments délicats. L'huile de pieds de mouton est surtout excellente pour ce dernier usage.
Les abattoirs de Buenos- A yres et de Montevideo, exportent des quantités considérables d'huile de pied de bœuf qui nous arrivent en Europe dans des fûts métalliques hermétiquement clos. Des fûts de bois y seraient impropres, car l'air y pénétrerait trop facilement.
4° Suif d'os. — Tous les os, aussi bien ceux de rebut que ceux utilisés pour la fabrication du noir animal et des différents objets de tabletterie, sont bouillis avec de l'eau. Il s'en détache une sorte de suif qui surnage. Ce suif, brun, d'une odeur désagréable, peu consistant, est utilisé pour la fabrication des savons et des bougies.
5° Suint. — La laine des moutons contient une matière grasse, soluble dans l'eau, appelée suinl. Pour l'obtenir, il suffit de laver la toison des moutons dans un baquet contenant de l'eau pure, ou mieux de l'eau additionnée d'urine putréfiée, c'est-àdire ammoniacale, de carbonate de soude ou de savon. La laine, suivant sa qualité ou la durée du lavage, peut perdre de vingt à soixante-dix centièmes de son poids primitif.
L'utilisation rationnelle du suint est encore actuellement un problème industriel à résoudre, car on n'a pu jusqu'ici isoler la matière grasse des sels potassiques qu'elle contient. Pour extraire ces sels potassiques, on perd la matière grasse : on évapore à siccitéles eaux de lavage des laines et on la calcine. Le résidu est du carbonate dépotasse presque pur. Le rendement est considérable, puisque 1000 kilos de laine donnent jusqu'à 73 kilos de carbonate de potasse. On a calculé que le lavage de toute la laine produite en France fournirait par an 12 millions de kilos de
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carbonate de potasse, quantité suffisante à pourvoir d'engrais potassiques toutes les terres françaises.
On a également essayé d'utiliser le suint pour la fabrication du gaz d'éclairage et d'utiliser son azote pour en faire du prussiate jaune de potasse.
6° Cochenille à graisse. - On trouve au Mexique une cochenille, nommée axin, dont les tissus sont très riches en graisse Cette graisse, éminemment siccative, se dessèche très rapidement quand on l'étend sur une feuille de papier, auquel elle donne un aspect lisse et lustré. Elle se dissout dans l'essence de térébenthine et forme ainsi un vernis très siccatif, plus beau que celui de la gomme laque.
1" Huiles de poisson. - Les huiles retirées des poissons ou des cétacés ont une très grande importance industrielle : on les utilise pour la préparation des cuirs et des savons. Elles servent aussi exceptionnellement comme huile comestible ou pharmaceutique. La France consomme annuellement 6 millions de kilogrammes d'huiles de poisson.
Huilé de baleine. — On désigne sous le nom d'huile de baleine toutes les graisses provenant du tissu adipeux des mammifères marins : baleine, cachalot, phoque, etc. La couche adipeuse qui enveloppe la baleine a de 25 à 50 centimètres d'épaisseur; un seul animal peut fournir jusqu'à 100 000 kilos d'huile. On en extrait aussi de grandes quantités de la langue et de la lèvre inférieure.
Les baleines les plus recherchées sont celles des régions polaires ; celles des climats tempérés sont moins riches en huile Les anciens ne savaient pas pêcher la baleine, l'homme se jugeait alors trop faible pour affronter de pareils monstres ■ on se contentait de capturer les baleines qui venaient échouer sur le rivage. Au xn° siècle, les Basques eurent l'idée de les harponner en ayant soin de fixer des outres flottantes à l'extrémité de la corde. La baleine, même faiblement blessée, ne tardait pas à expirer et les outres indiquaient la place où se trouvait le cadavre. Ce ne fut que beaucoup plus tard, aux xvi" et xvn° siècles, que l'on eut la hardiesse d'attacher la corde du harpon à
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la barque et de se laisser entraîner par le monstre expirant. Dans ces derniers temps, la chasse à la baleine se fit avec les armes à feu ; les Anglais imaginèrent de lancer le harpon au moyen d'un mousquet. Svend Foyn, un Norvégien, alla même plus loin et se servit du canon. Le projectile est un obus, armé d'un fer de lance et d'un harpon à quatre branches. L'obus est lancé contre l'animal : le fer de lance et les branches du harpon pénètrent dans le corps de la baleine, s'y fixent et bientôt l'obus éclate, tuant le monstre.
La pêche de la baleine est pratiquée surtout par les Norvégiens dans toutes les mers arctiques. On trouve plus particulièrement la baleine bleue sur les côtes de la Norvège et la baleine franche dans les parages du Groenland. Les baleines arrivent sur les côtes de Norvège vers le mois de juin, à la suite de bancs de petits poissons, nommés loddes, car, chose étrange, cet énorme cétacé ne peut se nourrir que de proies de très petite taille. La pêche n'est autorisée que jusqu'à la fin de septembre. De vastes établissements, dont les plus importants sont situés à Vadsô, retirent l'huile du lard et de la viande; les détritus sont convertis en engrais.
L'huile de cachalot, plus chère que celle de baleine, est utilisée pour le graissage des machines. Les huiles de phoque et de morse sont les moins estimées. Comme l'huile de baleine, elles servent à la fabrication des savons.
En faisant bouillir certains poissons dans l'eau, on en extrait des huiles propres aux mêmes usages que celle de baleine : tels sont le hareng et la morue, la roussette, le tussoc du Cambodge dont l'huile est très riche en stéarine, le pouggée de la côte orientale de l'Amérique du Nord, tellement gras qu'on ne peut même pas le manger.
Huile de foie de morue. — On désigne sous ce nom toutes les huiles retirées des foies de poissons, principalement des morues, des raies et des squales. L'huile de foie de morue était déjà connue des Grecs; ils s'en servaient pour la fabrication des cuirs; c'est là, en effet, son principal usage. On la prépare depuis un temps immémorial en Norvège; sa fabrication à Terre-Neuve ne date
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que du milieu du xvm c siècle, de l'année 1764. Le procédé de fabrication était fort simple : on abandonnait les foies à euxmêmes dans un tonneau. La matière entrait en putréfaction et il s'en écoulait une huile, l'huile de foie de morue. Ce procédé barbare était une cause d'infection et un sujet de dégoût.
Des médecins anglais recommandèrent l'huile de foie de morue comme médicament, dès la fin du xvm° siècle, mais cette application pharmaceutique ne prit de l'importance que vers 1840. En 1849, M. Hogg, fabricant à Terre-Neuve, et en 1855,, M. Moller, pharmacien à Christiania, eurent l'idée d'extraire l'huile des foies par un procédé moins répugnant, au moyen de la vapeur d'eau. Les foies frais, soumis à l'action de la vapeur d'eau, abandonnent une huile blanche, pure et inodore, d'un goût beaucoup moins désagréable que celle obtenue par l'ancien procédé. Pour éviter toute amertume, il faut avoir grand soin d'empêcher le mélange de la bile avec les foies. Malheureusement, les médecins prétendent aujourd'hui que l'huile brune, de fermentation, agit beaucoup plus efficacement que l'huile blanche.
La véritable huile médicinale estcelle de morue. Or, nous avons vu qu'on en fabrique aussi avec des foies de raie et de squale. Il est facile de les distinguer l'une de l'autre. L'huile de foie de morue véritable prend une coloration rouge foncé quand on y ajoute de l'acide sulfurique concentré ; la couleur est d'un violet brunâtre, avec tache rouge au centre et stries brunes, pour l'huile de raie, et successivement brun violet, grenat et brun pour l'huile de squale.
Les centres principaux de fabrication de l'huile de foie de morue sont Terre-Neuve et la Norvège : ce sont aussi les pays qui pèchent le plus de morues. En 1884, il a été fabriqué 3700 tonnes d'huile, d'une valeur de 12 millions de francs, dans les pêcheries anglaises de Terre-Neuve, pour la préparation des cuirs, et 235 tonnes d'huile médicinale, d'une valeur de 1189000 francs. Pendant la même année, on ne fabriquait dans les pêcheries françaises de Saint-Pierre et Miquelon que 513 tonnes, valant 200000 francs. Ces huiles, pour éviter
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toute altération pendant le voyage, sont expédiées dans des tonneaux hermétiquement clos et contenant une atmosphère d'acide carbonique.
En 1889, il a été exporté de la seule ville de Bergen, en Norvège, 37 000 barils d'huile brune pour corroierie, 10 000 barils d'huile blanche brune, 12 000 barils d'huile jaune, 18 000 barils d'huile ambrée et 6 000 barils d'huile blanche, en tout 83 000 barils. L'huile, préparée en Norvège et en Islande, sert aussi à l'éclairage dans ces pays où les nuits d'hiver sont si longues.
Dans la Guyane anglaise, l'huile des foies des Pristis peclinatus est employée par les indigènes qui s'en enduisent le corps.
8° Blanc de baleine. — Le blanc de baleine, ou spermaceti, est une substance grasse, en paillettes nacrées, onctueuses au toucher, extraites du crâne du cachalot.
Le cachalot, qui devient de plus en plus rare, est un cétacé pèche dans les mers du Sud et jusque sur les côtes du Brésil et de la Nouvolle-Galles-du-Sud. Environ 240 navires sont armés chaque année pour ce genre de pêche : 150 américains et 90 anglais. Ce cétacé peut atteindre de gigantesques proportions, jusqu'à 25 mètres de longueur. On en extrait jusqu'à 5000 kilos d'huile et 3000 kilos de spermaceti. L'huile jaune, dont on retire le spermaceti, est contenue dans l'énorme tête de l'animal, et aussi dans des tubes disséminés dans sa chair et dans son lard.
Pour extraire le spermaceti de l'huile, on abandonne cette huile à elle-même : le spermaceti s'en sépare et cristallise sous la forme de lamelles. Pour le purifier, on le traite par la soude caustique bouillante et on lave à l'eau chaude. On obtient ainsi un produit très blanc. La France raffine beaucoup de spermaceti brut.
Le spermaceti sert à la fabrication des bougies de luxe, surtout en Angleterre; il est employé aussi pour apprêter les toiles et préparer le cold-cream des parfumeurs. Le cold-cream est un mélange de 16 parties d'huile d'amandes douces, 2 parties de spermaceti, 2 parties de cire blanche et 10 parties d'eau de roses il. 7
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