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II. — BOUGIES

Nous venons de dire que la bougie n'est que le perfectionnement de la chandelle. Ce perfectionnement a atteint toutes les parties constitutives de la chandelle, aussi bien la matière grasse combustible que la mèche.

Etudions d'abord comment on a obtenu une matière combustible meilleure que le suif.

CHANDELLES, BOUGIES ET SAVONS

1° Fabrication des acides gras. — De 1813 à 1823, Chevreul fit une étude magistrale des corps gras, étude fort difficile à cette époque, car la chimie organique en était encore à ses débuts. Il démontra que les corps gras sont une combinaison de la glycérine avec des acides multiples qu'on désigne sous le nom général à'qcides gras. Les acides gras étant très combustibles, on devait obtenir des chandelles supérieures à celles de suif en se servant exclusivement d'acides gras solides, ayant un point de fusion supérieur à celui du suif. L'idée était excellente et Chevreul résolut de la mettre en pratique. En 1825, il s'associa avec Gay- Lussac, et tous deux prirent un brevet. On voit ainsi que l'invention des bougies est essentiellement française et due à des chimistes français.

Chevreul et Gay-Lussac étaient de vrais savants, mais ils ne surent point amener la fabrication des bougies à un point de vue purement pratique. Chez eux la question théorique et scientifique primait tout.

L'honneur de la fabrication industrielle des bougies était réservée à deux industriels de génie.

Adolphe de Milly fonda la première usine en 1831 à Paris, près de l'Arc de Triomphe de l'Etoile, d'où le nom de bougies de l'Étoile donné à ce nouveau produit. Motard (de Berlin) contribua beaucoup, par ses travaux, au succès de l'entreprise.

De 1831 à 1846, les bougies furent fabriquées uniquement par le procédé de Milly, procédé dit par saponification calcaire.

Le suif de bœuf ou de mouton est chauffé par un courant de vapeur d'eau dans une chaudière avec une fois et demie son poids d'eau; quand le suif est fondu, on ajoute de la chaux bien délayée et on agite en continuant à chauffer. Au bout de cinq à six heures, on soutire le liquide, formé d'eau et de glycérine. Il reste dans la chaudière un savon calcaire dur, formé par la combinaison de la chaux avec les acides gras.

Ce savon est concassé et traité dans une cuve doublée de plomb par de l'eau et de l'acide sulfurique; on chauffe le mélange à la vapeur. Il se forme du sulfate de chaux insoluble

BOUGIES. j. 1|3

et les acides gras, mis en liberté et fondus, surnagent à la surface du liquide. On les soutire.

Il s'agit de purifier ces acides gras. A cet effet, on les traite de nouveau par l'acide sulfurique, on les lave à l'eau et on les coule dans des moules où ils se solidifient sous la forme de plaques. Il ne reste plus qu'à enlever les acides gras liquides pour ne conserver que les solides. On arrive à ce résultat par une première compression à froid dans un sac, au moyen d'une presse hydraulique, puis par une seconde compression à chaud, dans une presse hydraulique spéciale. Les acides gras sont comprimés entre des boîtes plates et creuses, chauffées intérieurement par un courant de vapeur d'eau. Le liquide qui s'écoule est formé par de l'acide oléique ; des acides gras restant dans le sac, la majeure partie est constituée par l'acide stéarique. Pour le purifier, on le fond avec de l'eau contenant de l'acide sulfurique, puis on le moule de nouveau. On l'expose finalement à l'air et à la lumière pour le blanchir.

Par ce moyen, de Milly était parvenu à produire de l'acide stéarique qui coûtait 2 francs le kilogramme, tandis qu'il atteignait 60 francs avant la mise en œuvre de son procédé. C'est là évidemment l'un des plus beaux exemples des révolutions qui peuvent se produire dans une industrie.

En 1846, une nouvelle métbode, dite par saponification sulfurique, sembla sur le point de détrôner la première. Le principe de cette méthode avait été déjà indiqué par M. Frémy : ce chimiste avait montré que les corps gras se décomposent en glycérine et acides gras sous l'action de l'acide sulfurique, puis de l'eau chaude. En 1840 et 1842, MM. Gwinne, Goley et Wilson firent breveter ce procédé en Angleterre. Il fut bientôt exploité par la Société Price, devenue depuis la plus importante fabrique de bougies du monde. Ce procédé eut une grande vogue et fut adopté en Angleterre, en Hollande, en Belgique, en Allemagne et en Russie. En France, la première usine fabriquant d'après la méthode anglaise fut fondée par MM. Masse et Tribouillet, dont les produits prirent le nom de bougies de la Villette.

Nous allons exposer en quelques mots les" opérations à

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