CHANDELLES, BOUGIES ET SAVONS
en se combinant avec eux. Les hommes ont dû connaître depuis une haute antiquité le pouvoir dont sont doue'es certaines argiles, dites sniectiqîies, d'absorber les graisses et les huiles ; plus tard, on a dû découvrir que les cendres des végétaux dissolvaient les corps gras, et les peuples primitifs, comme cela se pratique encore dans les campagnes, durent laver leur linge avec des cendres de bois. On isola ensuite le carbonate de potasse des cendres, principe qui dissout les graisses. Et maintenant, c'est là un point encore obscur dans l'histoire du savon, quel est celui qui combina le carbonate de potasse avec de l'huile pour obtenir le savon ?
La découverte du savon a joué un grand rôle dans la civilisation.
« La quantité de savon, dit Liebig, que consomme une nation pourrait presque servir de mesure pour apprécier le degré de richesse et de civilisation auquel elle s'est élevée. Les économistes ne se rangeraient peut-être pas à cet avis; mais, qu'on le prenne ou non au sérieux, il n'en est pas moins certain qu'entre deux nations également peuplées, la plus riche et la plus civilisée sera celle qui consommera le plus de savon. Il ne s'agit pas ici de fantaisie, mais de propreté, et ce sentiment se rattache à celui de la civilisation elle-même. Au moyen âge, les seigneurs, qui conciliaient l'absence de toute propreté dans leurs personnes et dans leurs vêtements avec la profusion de riches parfums et d'odorantes essences, étaient plus luxueux que nous ne le sommes pour le manger et pour le boire, poulies ajustements et pour les chevaux ; mais combien est grande la différence entre leur époque et la nôtre, si nous regardons l'absence de la propreté comme un signe de misère et de dégradation. »
1° Savon de Marseille. — La' savonnerie de Marseille est la première du monde et ses anciens procédés de fabrication produisent le savon le plus universellement estimé. Nous devons donc tout d'abord les décrire.
On commence par préparer des dissolutions de soude caustique en soumettant, dans des cuves en bois, des dissolutions de
SAVONS. j.,2!
carbonate de soude à l'action de la chaux vive. Il y a plusieurs sortes de dissolutions de soude caustique : les unes peu concentrées; les autres concentrées, d'autres enfin tenant en dissolution du sel marin.
Les opérations, dans le détail desquelles nous allons maintenant entrer, vont se passer dans une grande chaudière en forme de tronc de cône, évasée dans le haut, en tôle ou en cuivre, chauffée à feu nu ou mieux par un courant de vapeur Sa capacité est d'environ 300 hectolitres et on peut y fabriquer d'un seul coup jusqu'à 12 000 kilos de savon.
Le véritable savon de Marseille est fabriqué avec de l'huile d'olive de qualité inférieure, impropre à l'alimentation. On commence par émulsionner dans la cuve un mélange d'huile et de dissolution faible de soude caustique. La dissolution de soude est d'abord introduite seule et chauffée jusqu'à l'ébullition; on ajoute alors l'huile peu à peu, en agitant sans cesse et eu continuant à faire bouillir. L'huile se disperse au milieu du liquide, en gouttelettes microscopiques, donnant au mélange une apparence laiteuse, d'ailleurs propre à toutes les émulsions On continue à faire bouillir pendant plusieurs heures, puis on ajoute une lessive de soude plus concentrée et on agite pendant quelques minutes. La première opération, dite empdtage, est terminée.
Que s'est-il passé pendant l'empàtage?- Les globules d'huile ont été attaqués par la soude caustique.; la glycérine a été mise en liberté et les acides gras, formés principalement d'acide oléique, se sont combinés avec la soude pour former le savon. En ce moment donc, la cuve contient une dissolution de savon, de glycérine, avec un excès d'huile non encore décomposée et de soude caustique presque épuisée.
Par le relargage, opération qui va maintenant succéder à l'empàtage, on conserve seulement dans la cuve le savon et l'excès d'huile, et on élimine la glycérine avec la soude épuisée. On y arrive en ajoutant au mélange une dissolution de soude contenant du sel marin : le savon devient insoluble, forme des grumeaux qui montent à la surface en entraînant avec
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eux les globules d'huile non décomposée. On soutire le liquide inférieur au moyen d'un robinet placé au fond de la cuve.
L'opération n'est pas terminée, car il faut transformer en savon l'huile qui reste. On y parvient par la mite, c'est-à-diru on faisant bouillir le mélange de savon et d'huile, avec une dissolution concentrée de soude salée, puis laissant écouler par le bas la solution de soude épuisée, et recommençant plusieurs fois ces mêmes traitements jusqu'à ce que la totalité de l'huile ait été convertie en savon. Finalement, on coule le savon dans des moules où on l'abandonne à un refroidissement lent, de manière qu'il ne se solidifie qu'au bout d'une dizaine de jours. On sèche les pains, soit à l'air libre, soit dans une étuve à air chaud.
Pour ne pas compliquer une suite d'opérations déjà si longues, nous avons omis à dessein une manipulation qui précède immédiatement la mise en moules, et qui a pour but de donner à volonté du savon blanc ou du savon marbré.
La soude caustique contient toujours du fer qui colore le savon en bleu noirâtre. Or, par un brassage convenablement exécuté du savon avec une dernière lessive de soude, on arrive à faire déposer le savon ferreux au fond de la cuve, en sorte que le savon blanc surnage. C'est ce savon blanc, obtenu par le madrage, que 1 on coule dans les moules. Mais, si l'on brasse le savon noir du fond avec le savon blanc de la surface, on détermine dans le savon blanc des veines bleues qui caractérisent le savon de Marseille.
Ces veines bleues ont été pendant longtemps une marque de fabrique pour le bon savon de Marseille, car le madrage n'est possible qu'avec un savon contenant peu d'eau, 30 p. 100 au maximum. Mais, par l'adjonction de sulfure et de sulfate de fer aux savons très hydratés, on est parvenu à imiter ces veines, de sorte que leur présence dans le savon n'est plus aujourd'hui une marque réelle de garantie.
2° Savons durs divers. — Le savon à l'huile d'olive de Marseille ne laissait rien à désirer et était excellent, mais la décadence ne tarda pas arriver. L'huile d'olive étant chère, Marseille et les autres villes lui substituèrent des matières grasses
SAVONS
plus communes : huile de palme, d'illipé ou bassia, de coco, d'arachide, de coton, de chenevis, de lin, de sésame, de ricin, de colza, de poisson, etc. ; suifs d'os, de résidus de filatures, de charcuterie, de cuisine ; l'acide oléique, etc., etc.
Les procédés de fabrication étant trop longs et trop compliqués, on les simplifia. Bref, les savons fabriqués à l'heure actuelle sont loin de valoir ceux de jadis.
En mettant moins de sel marin dans la cuite, on ne précipite plus que partiellement le savon qui contient alors beaucoup d'eau. Avec l'huile de coco, on peut même arriver à obtenir un savon contenant jusqu'à 70 p. 100 d'eau et 10 p. 100 de matières insolubles, car on y ajoute du talc Le savon de coco eut un immense succès à ses débuts, étant données sa fabrication facile et son apparence favorable ; il se créa une foule de petites fabriques qui ne purent durer, car le public s'aperçut bientôt de la mauvaise qualité de la marchandise.
Par l'emploi de l'acide oléique, on obtient un produit supérieur à celui de coco, car cet acide, tel que le livrent les fabriques de bougies, est relativement pur et fournit de bons savons. On ajoute généralement à l'acide oléique de l'huile de palme et du suif; seulement, pour masquer la mauvaise odeur du suif, on le parfume avec de l'essence de mirbane ou uitrobenzine. Cette première application de l'acide oléique fut faite par de Milly, qui annexa une fabrique de savon à sa fabrique de bougies.
On a longtemps cherché inutilement à se servir du suint des laines de jnouton pour fabriquer le savon. En 1886, MM. Michaud frères (d'Aubervilliers) parvinrent à saponifier le suint en le traitant d'abord par un courant d'acide sulf'bydrique, puis en faisant agir le carbonate de soude à la température ordinaire. 11 y a peut-être là un nouveau procédé général de fabrication qui révolutionnerait l'industrie des savons, surtout si, comme l'assurent les inventeurs, la durée de l'opération n'était plus que d'une heure au lieu des six à huit jours qu'exige l'ancienne méthode marseillaise.
Signalons enfin un savon tout particulier, préparé avec de la