TANNAGE DES PEAUX
Cette spécialité, créée en France, s'est répandue dans tous les autres pays. Ce sont des cuirs, doux et souples, tannés dans le Midi avec l'écorce du chêne vert.
Les cuirs anglais sont remarquables. Le climat humide de ce pays exige l'emploi de cuirs d'une très grande solidité. On tanne des peaux de phoque pour chaussures à bon marché, solides mais grossières et dont le vernis ne conserve pas le même brillant que sur le veau. L'Angleterre excelle pour la préparation des cuirs destinés à la sellerie et au harnachement, fabriqués avec des peaux de porc, et des cuirs pour courroies et cardes. Pour le polissage de l'acier, on y tanne des peaux d'hippopotame et aussi celles d'un poisson, le valrm.
La Belgique tanne de bons cuirs; on rencontre de nombreuses tanneries à Bruxelles, ville remarquable par ses cuirs vernis; à Liège, à Namur, à Stavelot, à Dour, à Gand, à Verviers, etc.
Les cuirs allemands sont de bonne qualité mais manquent souvent de fermeté à cause du peu de résistance des peaux indigènes. Les cuirs vernis sont fabriqués en grand, surtout dans la Hesse ; cet État fournit des cuirs souples et brillants estimés. Mayence livre au commerce d'excellentes peaux de veau. Le bon marché de la main-d'œuvre en Allemagne lui permet de lutter avec avantage sur les marchés étrangers pour la vente des cuirs.
La Suisse, grâce à la qualité de son tan et à la pureté de ses eaux, prépare des cuirs fort remarquables. Les veaux cirés de Lausanne sont excellents. L'Italie prépare aussi des veaux cirés de bonne qualité. L'Espagne fabrique des cuirs suivant la façon de Cordoue, à l'antique renommée. Nous devons une mention spéciale aux cuirs de Russie, dont la célébrité est universelle. Ce cuir est très solide, imperméable, inaltérable et souple ; il exhale une odeur parfumée produite par l'écorce de bouleau servant au tannage ; cette odeur possède en outre la propriété de chasser les insectes. Le seul défaut du cuir de Russie est de manquer de fermeté.
Le plus renommé se nomme zonfler; on le fabrique principa-
TANNERIE
lement à Pétersbourg, à Moscou et à Mourom, dans le gouvernement de Vladimir, avec des peaux de bœuf, de cheval, de veau et de chèvre. Comme matière tannante, on se sert de l'écorce d'aune, de saule, de bouleau, de pin maritime. Son odeur si agréable est obtenue par l'imprégnation, du côté chair, d'huile empyreumatique provenant de la distillation de l'écorce de bouleau noir. Le côté fleur est imprégné d'une dissolution d'alun. On lui communique un grain artificiel en le comprimant avec un rouleau cannelé. On le teint généralement en rouge, sur le côté fleur, et ce, au moyen d'une brosse. La teinture rouge est formée de santal et de bois du Brésil en décoction dans de l'eau de chaux avec un peu de carbonate de potasse.
Une spécialité de cuir russe est le veau tanné avec ses poils, utilisé pour doublures chaudes à l'intérieur des chaussures. La rigueur du climat exige que ces précautions soient prises.
Nous devons encore signaler quelques cuirs remarquables en dehors de l'Europe. L'Australie tanne des peaux de kangourous, remarquables par leur grande résistance, et qui donnent d'excellents cuirs vernis. L'Inde ne fabriquait pas jadis elle-même ses cuirs ; elle se contentait d'envoyer en Europe des peaux brûlées par le soleil, mais elle tanne assez bien aujourd'hui. Ses cuirs de marsouin sont d'une ténacité remarquable. Signalons encore ses veaux et ses kangourous pour vernis et ses peaux de baleine. Le chagrin est une spécialité de l'Asie Occidentale et des principautés Danubiennes. C'est une peau de dos de cheval ou d'âne sauvage, tannée légèrement avec du tan et de l'alun. On obtient les grains qui caractérisent ce cuir au moyen des semences de Yarroche sauvage. Ces graines sont étendues sur la peau encore humide et foulées avec les pieds pour les faire pénétrer. On fait aussi quelquefois usage d'une presse, moyen moins primitif que le foulage avec les pieds. Il ne reste plus ensuite qu'à faire sécher le cuir au soleil, à enlever les graines et à teindre. En Europe, on imite le chagrin oriental au moyen de cylindres gravés.
Un ouvrier parisien, du nom de Galuchat, eut l'idée de tanner la peau de la raie sephen vivant dans la mer Rouge et
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la mer des Indes, nommée tenku, sur la côte de Coromandel. Ce cuir, qui emprunte son nom de galuchat à son inventeur, est naturellement chagriné et recouvert d'aspérités en grains ronds. Très rude et fort solide, il est employé par les gainiers. On prépare aussi du faux galuchat avec des peaux de divers squales, et principalement de roussette ou chien de mer, très abondants dans les mers équatoriales. Galuchat, eu définitive, a fait simplement revivre un genre d'industrie déjà connu au moyen âge. Dès cette époque, en effet, on utilisait la peau de requin pour fabriquer des gaines de poignards, de sabres, de couteaux, et pour le polissage des substances dures. Avant l'invention du papier de verre, on se servait de la peau du chien de mer pour frotter les allumettes.