V. — PORCELAINES
La véritable porcelaine, dite porcelaine dure, diffère de toutes les autres poteries parsapàte très blanche et translucide. Comme
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les grès, elle est imperméable, car la température de eu supérieure h celle de fusion de la fonte, a produit un commencement de vitrification. Sa fabrication, très difficile, lui donne un prix élevé.
La porcelaine dure, connue des Cbinois depuis le ti* siècle avant Jésus-Christ, s'introduisit au Japon vers le i cr siècle de l'ère chrétienne. Les Chinois l'ont beaucoup perfectionnée vers le x e siècle de notre ère.
Les Romains connaissaient la porcelaine, qu'on importait de la Chine. Sous le nom de vases murrhins, elle ('tait employée uniquement par les gens très riches. Les Portugais et les Hollandais introduisirent la porcelaine chinoise en Europe au xvi c siècle. Le roi de France Charles VII avait cependant déjà reçu, au milieu du xv* siècle, du sultan île Babylone, un vase de porcelaine en don. On voulut dès lors fabriquer en Europe cette porcelaine chinoise, mais le secret était bien gardé et l'on ne put d'abord y réussir.
En 1695, Morin (de Saint-Cloud) découvrit une composition qu'on appelajoorce/amo tendre française, mais elle ne ressemblait en rien à la porcelaine dure chinoise. Cette porcelaine, blanche et translucide comme la véritable porcelaine, (Hait très fusible et manquait de dureté. Ce fut Bœttger, en Allemagne, qui, en 170'J, découvrit enfin le secret de la fabrication de la porcelaine chinoise.
Un maître de forges, nommé Schaw, ayant passé dans un chemin boueux, remarqua une terre blanche qu'il eut l'idée de vendre comme poudre à poudrer à la place de farine. Bœttger, s'étant fait un jour poudrer sa perruque avec cette terre, eut la fantaisie de fabriquer de la poterie en se servant de cette substance^ sa grande joie, cette poterie se trouva être de la porcelaine. Bœttger fonda immédiatement une fabrique de porcelaine dure à Meissen (Saxe), en cette même année 1709.
La terre blanche était simplement du kaolin, dont on ne connaissait aucun gisement en France. Les premières recherches dans notre pays furent infructueuses, quand, en 17G8,lafemme d'un pharmacien de Saint- Yrieix, près de Limoges, madame
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Darnet, en découvrit fortuitement un dépôt considérable dans la localité qu'elle habitait. Son mari en envoya immédiatement un échantillon à la manufacture de Sèvres qui put dès lors fabriquer de la porcelaine dure. La découverte du kaolin fut également faite à la même époque par Guettard, à Alençon.
La première fabrique de porcelaine dure fut fondée en France à Strasbourg, en 1724, mais on y employait le kaolin allemand. En 1768, après la découverte de madame Darnet et celle de Guettard, on put enfin en fabriquer avec du kaolin français à Sèvres, à Limoges et dans d'autres villes.
Porcelaine tendre française. — Nous avons vu dans quelles circonstances fut découverte la porcelaine tendre française, en voulant imiter la porcelaine dure chinoise. Cette découverte, qui date des dernières années du xvn e siècle, est attribuée à plusieurs auteurs : Pierre Chicanneau, Morin, Poterat, Révérend, etc. La porcelaine tendre, fabriquée à Sèvres, sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI, porte le nom de vieux Sèvres. Tous les collectionneurs la recherchent aujourd'hui.
A proprement parler, la porcelaine tendre française constitue plutôt un verre qu'une poterie. On l'appelle tendre à cause de la grande fusibilité de sa couverte qui l'empêche de subir l'action du feu et la rend impropre aux usages domestiques. Sa pâte est de couleur laiteuse et d'une grande douceur ; son émail se laisse facilement pénétrer par la couleur et permet d'obtenir des décorations harmonieuses et pleines de charme. Très difficile à travailler, elle se fendille souvent, se déforme pendant la cuisson, et ne permet pas d'obtenir de grandes pièces.
La pâte se fabrique avec du sable quartzeux, du carbonate de soude pur, du salpêtre, du sel marin, de l'alun et du gypse. Ce mélange, fondu et pulvérisé après refroidissement, constitue la fritte, qu'on mélange avec de la craie et de la marne calcaire. On obtient une pâte, dont on façonne les objets qu'on cuit ensuite au four. On ajoute à la pâte de la gélatine, de la gomme ou du savon noir pour augmenter sa plasticité. Quant à la glaçure ou émail, on l'obtient en fondant un mélange de sable, de silex, de carbonate de potasse, de carbonate de soude et de
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litharge, d'où un verre qu'on pulvérise et dont on recouvre la pâte cuite une première fois. On chauffe de nouveau au four pour fondre et fixer l'émail.
La fabrication de cette porcelaine fut suspendue à Sèvres en 1804, à l'arrivée de Brongniart qui voulut porter tous ses efforts sur la porcelaine dure. Elle ne fut reprise qu'en 1860, avec le même succès qu'autrefois. Très peu de manufactures fabriquent actuellement la porcelaine tendre française ; en dehors de Sèvres, on ne trouve guère à citer que les manufactures de Saint- Amand-les-Eaux, près de Valencicnnes. et de Tournai, en Belgique.
Porcelaine tendre anglaise. — Cette porcelaine, postérieure à la découverte de la porcelaine dure chinoise par Bœttger, fut fabriquée à Chelsea à la fin du xviu c siècle. C'est une sorte de faïence à demi vitrifiée, qui se déforme moins facilement au feu que la porcelaine tendre française, maisdont l'aspectséduit moins. La pâte se compose de sable siliceux, d'os calcinés et de carbonate de potasse, ou encore de kaolin, d'argile plastique, de silex et d'os calcinés. Le phosphate de chaux des os lui donne ses qualités spéciales. La glaçurc est faite de kaolin, de craie, de silex, de borax et d'oxyde de plomb, ou encore de feldspath, de silex, de borax et de flint-glass .
La faïence fine anglaise, excellente pour fabriquer des objets de décoration, s'emploie surtout pour services à thé et à café. Les principales manufactures anglaises se trouvent dans le Staffordshire, où il convient de citer en première ligne l'établissement de MM. Minton et Copeland. A signaler aussi la fabrique Etruria, en Ecosse. On fabrique cette porcelaine à Sarreguemines (Lorraine) et en France, à Bordeaux et à Creil. Porcelaine dure. — La porcelaine dure doit ses qualités à l'emploi du kaolin et du feldspath. Seule parmi les poteries à posséder de la translucidité (exception faite des porcelaines tendres qui sont des verres), elle est imperméable aux liquides, comme les grès cérames.
La composition de la pâte varie avec la nature des objets à fabriquer :
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Porcelaine de table et de service : kaolin, sable et craie ;
Porcelaine chinoise : kaolin, argile plastique, feldspath, sable et craie ;
Porcelaine pour statuettes : kaolin, feldspath, sable, craie.
Chacune de ces substances se réduit séparément en poudre impalpable, au moyen de meules d'acier, puis on fait un mélange intime en ajoutant beaucoup d'eau. Il se dépose une pâte, nommée barbotine, qu'on pétrit et qu'on abandonne à elle-même dans une cave fraîche. On ajoute parfois du jus de fumier pour hâter la fermentation. La pâte subit en effet une sorte de fermentation; il se dégage de l'acide sulfhydrique qui mélange plus intimement les éléments. De plus, le feldspath se décompose et se transforme en kaolin. Ce pourrissage, au dire des Chinois, doit durer cent ans, mais on ne va pas aussi loin ; on se contente de sept à huit mois. Un traitement électrique, de découverte récente, débarrasse aussi la pâte des traces de fer qu'elle peut contenir.
Ceci fait, on tourne, on moule ou on coule la pâte pour lui donner la forme convenable. Le tournage s'effectue sur un plateau horizontal, dit tour à potier, que l'ouvrier met en rotation avec le pied. On ébauche d'abord à la main, puis avec un calibre.
Les pièces accessoires se moulent à part et se collent sur la pièce principale. Le moulage s'obtient en pressant avec une éponge mouillée de la pâte contre le fond d'un moule. On soude les pièces avec de la barbotine. Le coulage se fait en coulant de la barbotine très liquide dans un moule en plâtre. Le plâtre absorbe de l'eau et il se dépose à sa surface une couche de barbotine résistante. On laisse alors écouler l'excès de barbotine encore liquide. Le coulage sert à fabriquer les pièces très fines, depuis les plus menues jusqu'aux vases les plus gigantesques. Ce procédé si simple et si rapide date seulement de 1850. On hâte parfois le dépôt de barbotine contre le moule en plâtre en fermant hermétiquement celui-ci, de manière à emprisonner de l'air dans son intérieur, puis le mettant dans une cloche où l'on fait le vide. L'air presse fortement la barbotine contre les parois
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