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I. - MATIÈRES EXPLOSIVES

Poudres exothermiques. — On appelle poudres exothermiques des mélanges de différentes substances, capables de dégager par leur combustion une énorme quantité de chaleur et de gaz. Ces gaz possèdent une force élastique considérable et brisent ou déplacent les parois qui les renferment.

Les peuples orientaux faisaient usage depuis une très haute antiquité des matières incendiaires etde la poudre ordinaire, composée de salpêtre, de soufre et de charbon. Vers le vu siècle, l'Europe connut ces matières incendiaires, qu'on désigna sous le nom àe feu grégeois; c'était un mélange de suif, d'essence de térébenthine, de colophane, de soufre, de salpêtre, d'antimoine. La poudre ne fut connue que beaucoup plus tard en Europe, vers le xiv e siècle et l'on eut immédiatement l'idée de l'utiliser pour lancer des projectiles.

La poudre ordinaire se prépara au début avec un mélange grossier de salpêtre, de soufre etde charbon; son inflammation était lente et ses effets balistiques presque nuls. Au xvi e siècle, en Italie, on la perfectionna par une pulvérisation très fine des éléments, par leur mélange intime et une granulation facilitant la combustion. Ce mode de fabrication fut introduit en France, vers 1754, à la poudrerie d'Essonnes, sur les conseils

ARMES

d'un moine, le Père Ferry. Les matières premières, finement pulvérisées séparément dans des tonnes à billes, sont mélangées sur une table horizontale en bronze, sur laquelle roulent des meules verticales, également en bronze. Un système de grattoirs détache de la meule les plaques pouvant se former. L'atelier s'inonde instantanément en cas d'explosion.

Le mode de granulation de la poudre varie selon les usages auxquels on la destine. Les poudres de chasse et de mine se granulentplus ou moins finement. La poudre de mine est fortement comprimée pour augmenter son pouvoir explosif. MM. Mallard et Le Chatelier conseillent d'y a jouter de l'azotate d'ammoniaque pour les mines de houille ; on diminue de la sorte les chances d'inflammation du feu grisou, en abaissant la température des gaz au-dessous de 2220°, point de température nécessaire pour enflammer les gaz. Pour les canons, on comprime aussi la poudre et on la moule en gros fragments (poudre dite prismatique), ce qui rend la combustion plus longue et fatigue moins l'arme. La poudre, dite c/iocu/at, fabriquée d'abord àDûnebourg, en Allemagne, doit sa teinte à l'emploi de charbon de bois imparfaitement calciné.

La poudre ordinaire de guerre pour les fusils est abandonnée depuis quelques années; on la remplace par la poudre sans fumée, que nous étudierons plus loin.

Les matières premières employées dans la fabrication de la poudre ordinaire nécessitent un choix et une préparation appropriés. Le salpêtre doit être très pur et surtout privé de chlorure de polassium, sel très hygrométrique ; le soufre est pris à l'état de soufre en canon. Quant au charbon, on le prépare par la méthode Violette, en calcinant le bois par de la vapeur d'eau surchauffée. Le charbon devient en effet d'autant plus combustible qu'il a été préparé à une température plus basse. On se sert de divers bois, du bourdaine, du peuplier, du tilleul, de l'aune, du saule, du marronnier d'Inde, du chanvre, du lin, de la vigne, de l'if, du laurier-rose, du noisetier, du cornouiller, selon les différents pays.

Les proportions de salpêtre, de soufre et de charbon varient

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chez les différents peuples et suivant la destination de la poudre. Voici celles usitées en France :

Poudre à canon.... Salpêtre 75 Soufre 12,5 Charbon 12,5

— démine.... — 62.... — 18 .... — 20

— de chasse.. T8.... — 10 .... 12

L'azotate de soude donnant une meilleure poudre que l'azotate de potasse ou salpêtre, on a essayé de substituer le premier corps au second. Il a fallu y renonce;, car l'azotate de soude absorbe trop facilement l'humidité. Il en est de môme de l'azotate d'ammoniaque.

Le chlorate de potasse produit une poudre très brisante, excellente surtout comme poudre de mine. Berlhollet, qui venait de découvrir cette substance, conseilla au gouvernement de la substituer au salpêtre dans la poudre ordinaire, mais une terrible explosion se produisit, le célèbre chimiste faillit être tué et l'on abandonna un produit si dangereux à manier. Le chlorate de potasse entre cependant dans la composition de quelques poudres très brisantes : la poudre blanche d'Augendre, pour ne citer qu'un exemple, se compose de 49 parties de chlorate de potasse, 23 parties de sucre et 28 parties de prussiate jaune de potasse. On pulvérise séparément chacun des éléments et l'on mélange avec précaution, en évitant les chocs.

Fusées pour signaux; feux d'artifice. — Les fusées pour signaux, employées à la guerre, dans la marine, etc., sont des cartouches contenant une poudre l'usante, dégageant une abondante quantité de gaz qui produisent, par réaction, le mouvement ascendant de la fusée. Une baguette sert généralement à diriger cette fusée. La poudre fusante se compose de : salpêtre 45 parties, soufre 10 parties, charbon 20 parties, pulvérin 25 parties. Le pulvérin est de la poudre ordinaire pulvérisée.

La fusée met le feu, quand elle parvient au sommet de sa course, à une poudre capable de donner des couleurs éclatantes. Nous donnerons la composition des principaux feux colorés:

Rouge :

Chlorate de potasse 1 partie.

Colle de poisson ■■•• 1

Azotate de strontiane 3 parties.

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