II. - ARMES PORTATIVES
Armes de guerre. — La guerre est une nécessité de la civilisation. L'histoire nous prouve, en effet, que les armes progressent comme la civilisation elle-même, d'où résultent des guerres de plus en plus formidables et meurtrières. Les peuples les plus civilisés ont le plus à redouter la force brutale des nations encore plus voisines de la barbarie ; ils perfectionnent leurs armes pour conserver leur supériorité.
Les hommes, dans les âges primitifs, ne connaissant pas encore les métaux, se servaient uniquement d'armes en pierres, en bois durs, en peaux d'animaux, en matières végétales : c'étaient des haches en pierres, des frondes, des javelots
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ARMES PORTATIVES
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(caillou aiguisé fixé à l'extrémité d'un bâton), des arcs, des boucliers, des casques, des brassards, des jambières, en peaux d'animaux. Certaines de ces armes avaient reçu dos perfectionnements remarquables : les Chinois possédaient des arbalètes, capables de lancer sans interruption vingt llèches les unes à la suite des autres.
Plus tard, quand on connut les métaux, on lit usage du bronze, puis du fer. Apparurent alors les épées, les lances, les poignards, les boucliers métalliques, les cottes de mailles, les cuirasses si compliquées du moyen âge, au temps de la chevalerie. Le bouclier disparut au xvi e siècle, devant les progrès des armes à feu. Mais il subsiste encore dans l'armement moderne une partie des armes d'autrefois. C'est ainsi qu'ont été conservés la lance, la cuirasse, fort réduites il est vrai; le sabre, l'épée, la baïonnette qui s'adapte au fusil. Quant au fleuret d'escrime, il fit son apparition en Espagne, à l'époque de Charles-Quint.
Les armes portatives à feu ont pris naissance à la lin du xiv e siècle, quand on connut la poudre, d'origine chinoise. Les progrèsdes armes offensives devinrentdès lors très rapides, tandis que ceux îles armes défensives restèrent presque nuls. On ne put résister au choc puissant des balles et des boulets. Quelques inventeurs ont cependant imaginé dans ces dernières années des plastrons défensifs. Henri Dowe, tailleur à Mannheim (Allemagne) a construit une cuirasse à ressorts qui aurait la propriété d'arrêter les balles à la distance de 400 mètres, mais les essais auxquels on s'est livré, en divers pays, sont loin de conclure à l'adoption de la cuirasse de ce tailleur. Un autre Allemand, Reindl, a inventé un plastron semblable. Les expériences auxquelles ont été soumis ces engins défensifs ne paraissent pas encore concluantes.
Les premières armes à feu furent des bombardes et des canons, lançant des boulets en pierre ou on fonte ; elles apparurent au commencement du xiv c siècle. A la fin de ce siècle, on créa les armes à feu portatives, armes très lourdes, devant être supportées par des piquets en bois pendant le tir on
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les appelait des mousquets. Le mousquet eut de la difficulté à se substituer à l'arc et à l'arbalète, car la poudre était mauvaise, souvent humide, ne brûlait pas toujours; les balles étaient mal fabriquées, trop petites pour le calibre du canon et l'on ne pouvait tirer qu'un coup de mousquet contre dix flèches ou trois projectiles d'arbalète pendant le même temps. Le meilleur mousquetaire ne tirait dans une bataille qu'un coup en moyenne par heure, le reste du temps se trouvant perdu par le transport si pénible de l'instrument. On mettait le feu à la poudre au moyen d'une mèche.
On fut donc obligé de diminuer le poids du mousquet et d'en faire une arme réellement portative. On perfectionna la poudre, les balles et surtout le mode d'enflammer la poudre. Au xvi" siècle, on imagina à Nuremberg le fusil à rouet, où la giration d'une roue dentée en fer provoquait une étincelle par frottement contre un alliage de fer et d'antimoine. On substitua ensuite au rouet le choc d'un chien contre une pyrite de fer ; en 1640, on remplaça la pyrite par du silex. Du xvi e siècle datent également les premières tentatives pour fabriquer les armes rayées, les revolvers et les armes à repétition, tentatives qui avortèrent à cause du peu de perfection atteint à cette époque par les arts mécaniques. Les idées étaient bonnes, mais les inventeurs ne possédaient pas encore les moyens d'exécution.
Bref, aux xvn e etxvm c siècles, on pouvait déjàtirer quatre àcinq coups de fusil par minute, à la condition de ranger les soldats sur plusieurs rangs ; ceux du premier rang tiraient et repassaient ensuite les armes aux soldats des rangs de derrière qui rechargeaient. La découverte du fulminate de mercure conduisit à la construction des armes à tir rapide. L'Écossais Forsyth, en 1807, inventa la capsule à fusil où le choc du chien déterminait l'inflammation du fulminate. Vers la même époque on raya le canon, ce qui rendit la trajectoire de la balle plus régulière et augmenta sa force de pénétration. Les premiers fusils rayés firent leur apparition en 1826. Rappelons qu'en Allemagne, dès 1640, on rayait déjà les pistolets. Dreyse, en Prusse, imagina en 1841 le fusil à aiguille, où le chien était rem-
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placé par une aiguille provoquant l'inflammation de la capsule, au milieu de la cartouche elle-même. L'emploi de la cartouche pourvu de son détonateur date de la guerre de Sécession, aux Étals-Unis; ce fut certainement le plus grand pas fait en vue d'atteindre la rapidité qu'ont actuellement acquis les armes à feu ; le soldat n'a plus besoin, comme jadis, d'introduire successivement dans le fusil la poudre, la balle et la capsule : il suffit d'introduire la cartouche, celle-ci renferme le tout. Le chargement par la culasse diminua encore le temps nécessaire pour armer le fusil. Le fusil Chassepot, adopté par la France en 18GG, après Sadowa, fut une imitation du fusil à aiguille.
On pouvait se croire en possession d'une arme parfaite, quand apparut le fusil à répétition qui obligea de renouveler l'armement chez tous les peuples. Le fusil à aiguille donnait déjà de 12 à 15 coups à la minute ; le fusil à répétition en tire beaucoup plus. En outre,' on a employé des poudres plus violentes, on a diminué le calibre du canon, on a enveloppé les balles d'une couche d'un métal dur, si bien que le projectile ricoche encore avec un bruit strident à la distance de 2 kilomètres et s'enfonce de 2 à 3 centimètres dans le bois de sapin. Les canons de fusil sont en acier afin de pouvoir supporter les pressions énormes nécessitées par l'emploi de la poudre actuelle. Au lieu de les fabriquer comme jadis, en forgeant un ruban d'acier enroulé sur une tige, onéreuse la cavité dans un cylindre plein d'acier fondu. Le premier fusil à répétition fut inventé dès 1800 par Wetterli, en Suisse. Tous les systèmes actuels peuvent se rapporter à deux types: le type Spencer, où les cartouches sont enfermées dans un magasin logé dans la crosse, et le type Winchester où les cartouches sont placées dans un tube parallèle au canon. Le système Winchester, le meilleur des deux, a été adopté le pins généralement.
Les revolvers ou pistolets à répétition, ont été surtout perfectionnés aux États-Unis. L'armée prussienne les utilisa la première dans la cavalerie, comme armes de guerre destinées à remplacer la lance.
Les progrès accomplis dans la fabrication mécanique des