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I. — OR

L'or est jaune, mais sa couleur se modifie beaucoup quand il contient de très faibles quantités de métaux étrangers; une adjonction de cuivre lui donne une teinte rougeâtre. Il est mou comme le plomb et peu tenace, aussi faut-il l'allier avec le cuivre pour lui donner de la dureté quand on veut en fabriquer des monnaies, des bijoux et diverses pièces d'orfèvrerie. L'or est précieux à cause de sa rareté, et surtout de son inaltérabilité. 11 conserve son éclat dans l'air, même humide, et se retrouve intact dans le sol, quelle que soit la durée de son enfouissement.

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METAUX PRECIEUX

Il est attaqué seulement par le mercure, qui le dissout très rapidement, et parle chlore ou l'eau régale, mélange d'acide azotique et d'acide chlorhydrique. Le chlore forme avec l'or du chlorure d'or, substance employée en photographie. Le pourpre de Cassius, utilisé dans la peinture sur verre et sur porcelaine, s'obtient en mélangeant .une dissolution d'or dans l'eau régale avec une dissolution d'étain dans le même liquide.

L'or, comme le fer, possède la propriété de se ramollir quand on le chauffe et de pouvoir alors se souder à lui-même. Il fond à une température relativement élevée, à 1250 degrés.

L'or peut être étiré en fils très ténus et transformé en feuilles n'ayant qu'une minime fraction de millimètre d'épaisseur. En feuille mince, il se laisse traverser par la lumière avec une teinte d'un vert bleuâtre. Pour le réduire en feuilles, on le bat avec un large marteau, sur une table, entre deux feuilles de papier parchemin ou entre deux peaux de chamois. Sous cet état, il sert à faire un plaqué d'or mince sur des objets en cuivre, ou, sous une minceur extrême, à dorer à l'huile ou à la colle sur bois, sur papier, sur carton, sur cuir, sur fer, etc. On l'utilise encore pour dorer le cadre des glaces et des tableaux, les grilles, même les dômes, comme celui de l'hôtel des Invalides à Paris. La dorure galvanique consomme également beaucoup d'or. Les peintres dorent avec des feuilles d'or broyées avec du miel. Cet or est dit en coquilles, parce qu'on le trouve dans le commerce tapissant l'intérieur de certaines coquilles.

L'or employé par les dentistes, pour aurifier les dents, doit être d'une grande pureté. On le réduit en feuilles minces et on le conserve dans des boîtes en bois. Chose singulière, les boîtes en fer-blanc l'altèrent et le rendent cassant.

Métallurgie de l'or. — L'or pur est très rare dans la nature : on le trouve presque toujours allié à d'autres métaux. Parfois à l'état de pépites plus ou moins volumineuses, il est le plus généralement disséminé sous la forme de paillettes ou de poudre impalpable au milieu de matières étrangères. Il en existe presque partout, jusque dans les pavés de Paris. La difficulté est de découvrir un gisement où l'or soit assez abondant et capable

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de donner une exploitation rémunératrice. Si l'on voulait extraire l'or des pavés de Paris, on dépenserait une somme d'or monnayé bien supérieure à la valeur de l'or retiré des pavés ; on ne peut donc songer à une exploitation faite dans des conditions aussi désavantageuses.

L'or se rencontre en paillettes ou pépites dans certains filons de quartz, au milieu des roches cristallines. Ces filons, désagrégés par l'air, l'eau, les variations de température, ont donné naissance à un sable aurifère qu'on exploite dans le lit des ruisseaux ou des rivières. Les paillettes de ces sables d'alluvion sont le plus souvent très petites, à peine visibles à l'œil ; on trouve cependant parfois des pépites de la grosseur d'une noix ou d'une noisette. On cite une pépite d'Australie qui pesait 67 kilogrammes, mais c'est là un fait exceptionnel. Après avoir épuisé les sables aurifères, on exploite à leur tour les filons quartzeux, quand on parvient à les découvrir, chose souvent difficile.

Il existe encore de l'or, disséminé en poudre impalpable, dans certains minerais d'argent, de cuivre, dans certaines pyrites de fer. On l'en retire quand il y a avantage à le faire.

Lorsqu'on veut exploiter un sable aurifère, on opère par la méthode du lavage. En lavant le sable avec de l'eau dans une sébile en bois, l'or tombe au fond de la sébile à cause de sa grande densité. Ce procédé, très grossier, laisse perdre une notable partie de l'or. Il est préférable de laver le sable sur une toile inclinée, dite berceau, à laquelle on imprime un mouvement d'oscillation. Le sable roule le long de la toile, tandis que l'or y reste adhérent.

Quand il s'agit d'un filon de quartz aurifère, il faut d'abord pulvériser le quartz, puis laver le sable ainsi obtenu.

Le lavage ne donne pas de l'or pur, mais de l'or mélangé encore d'un peu de sable et d'autres matières étrangères. Pour l'isoler complètement, on a recours à l'amalgamation. On ajoute du mercure à la masse lavée. On a construit des machines spéciales, permettant de broyer en même temps le quartz, de le laver et de l'amalgamer. L'amalgame d'or est recueilli, puis

MÉTAUX PRÉCIEUX

distille; l'or reste au fond de la cornue. Afin d'éviter la distillation d'un grand excès de mercure, on comprime l'amalgame dans un sac en peau de chamois ; le mercure en excès filtre à travers le sac, qui ne contient plus que l'amalgame solide d'or qu'on distille.

Quand l'or est disséminé dans d'autres minerais métalliques, on effectue un grillage désagrégeant l'or et le séparant de sa gangue ; on pulvérise le minerai grillé, puis on le lave pour séparer l'or par un procédé semblable à celui usité pour le traitement des sables aurifères. Au Mexique, où le minerai est très riche, on le grille, puis on le fond : l'or se rassemble à la partie inférieure du creuset de fusion. On traite cette portion par du plomb qui s'allie à l'or. Pour retirer l'or du plomb, on se sert d'un procédé que nous aurons l'occasion de décrire à propos de ce dernier métal.

Quand le minerai est très pauvre en or, on le traite par un courant de chlore qui transforme l'or en chlorure d'or, soluble dans l'eau. On épuise par l'eau et on précipite l'or de la dissolution par un courant d'acide sulfhydrique. Il se forme un précipité de sulfure d'or qu'on chauffe : le soufre se dégage à l'état d'acide sulfureux et il reste de l'or comme résidu.

Purification de l'or. — L'or obtenu par les méthodes précédentes n'est pas pur; il. est allié à du cuivre, du fer, de l'étain, du plomb, de l'arsenic, de l'antimoine, de l'argent. Il est cassant et impropre à la fabrication des monnaies et ne peut se réduire en feuilles. Pour le purifier, on le fond avec de l'azotate de potasse qui oxyde le cuivre, le fer et l'étain. On le fond de nouveau avec du borax et on fait passer un courant de chlore : il se produit des chlorures de plomb, d'arsenic et d'antimoine qui se volatilisent, et du chlorure d'argent qui se dissout dans le borax. Affinage des monnaies d'argent. — Certaines monnaies d'argent anciennes, les piastres mexicaines par exemple, contiennent assez d'or pour qu'il y ait profit à en retirer ce dernier métal. On fond ces monnaies et on coule le métal dans l'eau froide où il se grenaille. On attaque cette grenaille par de l'acide sulfurique concentré et bouillant : l'argent et le cuivre se dissolvent à

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l'état de sulfates et l'or reste sous la forme d'une poudre noire. On fond cette poudre pour avoir l'or en lingot.

En traitant la dissolution de cuivre et d'argent par du cuivre en rognure, on précipite l'argent en poudre, qu'on fond ensuite pour obtenir l'argent en lingot.

Statistique. — Les anciens retiraient l'or de l'Inde, de l'Arabie, du Caucase, de l'Afrique Occidentale, de la Thrace, de la Macédoine, de l'Espagne. L'or en lingot fut employé comme monnaie pour les échanges depuis les temps les plus reculés, mais on ne fabriqua de la véritable monnaie que six siècles environ avant Jésus- Christ.

Avant 1851, la production de l'or était encore peu considérable dans le monde ; à cette époque, on découvrit coup sur coup les riches gisements de la Californie et de l'Australie ; la production de l'or quadrupla. En 1850, la production totale montait à 54 000 kilos; elle s'élevait à 197 000 kilos en 1855. La fièvre de l'or s'apaisa vite ; depuis 1860, on produit beaucoup moins que pendant la période de 1851 à 1860.

On évalue à 42 milliards de francs la valeur de l'or extrait du sol depuis quatre siècles ; celle de l'argent est de 51 milliards. En 1890, il a été extrait 182 000 kilos d'or.

Tableau des principaux pays producteurs.

Millions de francs.

États-Unis l?2

Australie '- '

Russie 1 '"

République Sud-Africaine <J9

Afrique et Asie 48

Possessions anglaises \ Chine 27

Nouvelle-Zélande l'J

Viennent ensuite : la Guyane française, l'Allemagne, la Hongrie, le Chili, le Mexique, le Venezuela, la Guyane Anglaise, le Canada, avec une production variant entre 5 et 7 millions de francs pour chaque pays.

Europe. — Les Pyrénées, les Alpes, le Massif Central contiennent quelques rares filons de quartz aurifère ; on trouve des paillettes d'or dans le sable d'un grand nombre de rivières

MÉTAUX PRÉCIEUX

descendant de ces régions montagneuses, dans la Garonne, l'Ariège, le Rhin, le Rhône, l'Arve, le Gardon, la Cèze, l'Ardèche, l'Hérault. Dans le Limousin, au milieu des vallées descendant de la chaîne de Rlond, il existe des trous creusés de main d'homme, désignés sous le nom à'aurières. Les Romains ou les Gaulois ont probablement exploité de l'or dans cette contrée. Il a été découvert plusieurs pépites d'or dans l'Ardèche, à Montjoc, à Avols, dans la commune de Gravières, sur un contrefort de la montagne de Rarre, nommé le Serre de Montjoc. On connaît également des quartz aurifères sur le territoire de la commune de la Miouze, dans le Puyde-Dôme; le ruisseau de la Sioule y roule d'ailleurs des pépites d'or.

Mais, comparé à la production annuelle du monde entier, tout cela est insignifiant, puisque la production annuelle en or de la France se réduit à 200 kilos, d'une valeur de 640 000 francs.

En Europe on trouve encore de l'or dans un grand nombre de localités. En Angleterre, dans le nord du Pays de Galles, où il a été exploité par les Romains ; en Italie, au mont Rose dans les Alpes et dans les Apennins de la Ligurie ; en Espagne, en Andalousie, dans la Sierra de Penaflor, où il a été également exploité par les Romains, ainsi que dans la province de Léon ; dans les sables du Rhin, depuis Râle jusqu'à Philippsbourg, qui en fournissent annuellement pour une valeur de 40 000 'à 50000 francs ; dans la Thessalie, la Macédoine, la Serbie, la Rosnie, où plusieurs gisements ont été exploités autrefois par les Grecs, dans l'île de Thasos, l'île Dorée des poètes de la Grèce ; dans plusieurs minerais du Hartz en Allemagne, de la Hongrie et de la Transylvanie. La Russie possède les gisements aurifères de beaucoup les plus importants. L'exploitation de l'or y acquiert chaque année un plus grand développement ; en 1892, la Russie a produit 42 000 kilos d'or, d'une valeur de 123 millions de francs. Elle occupe le second rang, venant aussitôt après les États-Unis et dépassant même l'Australie.

L'or est exploité en Russie dans trois régions principales : sur le revers oriental de l'Oural, clans les gouvernements de Perm

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et d'Orenbourg ; dans les gouvernements de Tomsk et de lénisséisk; dans la Transbaïkalie.

Asie. — La Chine contient à la surface du sol de très nombreux gisements d'or, aujourd'hui épuisés. L'exploitation, n'a pu continuer, car il était jadis défendu de creuser des mines dans l'empire chinois. Cette défense a maintenant cessé et les mines d'or sont exploitées par la méthode américaine. Il en est de même pour les mines d'argent.

On trouve aussi de l'or au Tonkin, sur la frontière chinoise. Le Tonkin est d'ailleurs un pays où abondent les filons métallifères, argent, plomb, fer, étain. Les habitants apportent sur les marchés des lingots de ces métaux, dont on ignore encore la provenance.

Le Japon commence à exploiter de nouveau ses mines d'or, jadis abandonnées pour le même motif qu'en Chine. On en compte vingt-neuf, à Sado, Ikuno, Innaï, Kosaka et Vamagano.

Afrique. — On extrait de for dans la République du Transwaal et dans la colonie anglaise du Cap. On compte dans le ïranswaal onze districts très riches en or, exploités depuis 1885. Les mines de Witwatersrand sont les plus importantes.

L'Afrique est probablement destinée à devenir plus tard une puissante productrice d'or. On rencontre ce métal précieux un peu partout, dans les régions montagneuses et le long des côtes occidentales où les indigènes échangent leur poudre d'or contre les produits d'Europe. AuZambèze, il existe des traces d'exploitation d'or le long d'une zone bordant la mer sur une longueur de 80 kilomètres et une largeur de ."> kilomètres. D'après la tradition, ces mines auraient jadis fourni de l'or à la reine de Saba.

Amérique.

Les célèbres gisements de Californie ont été

découverts de 1850 à 18S6 ; des villes populeuses se sont fondées en peu d'années dans ces régions jadis désertes. Le lavage des sables aurifères, pratiqué au début par des aventuriers, se fait actuellement par des Chinois. Ces sables, étant presque épuisés, il faut s'attaquer aux liions quartzeux, cause d'une grande diminution dans la production.

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