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III. — LIGNITE

Le lignite est un charbon compact, servant au chauffage comme la houille ; sa flamme est longue, fumeuse et dégage une odeur désagréable. Il conserve souvent une texture qui rappelle son origine : il résulte, en effet, d'une fermentation subie dans le sol par des arbres de différentes essences. Il est parfois d'un noir éclatant, susceptible d'un beau poli et sert à fabriquer des objets de parure pour deuil : il se nomme dans ce cas particulier jais oujayet. Certaines variétés pulvérulentes, comme la terre de Cassel, sont utilisées pour la peinture.

Les gisements de lignite, en France, sont groupés dans cinq régions : les Vosges Méridionales, le Haut-Rhône, le Comtat, la Provence et le Sud-Ouest.

La Provence fournit à elle seule les quatre cinquièmes de la production totale de la France, c'est-à-dire environ 400 000 tonnes par an. L'extraction des lignites se ralentit d'ailleurs chaque année. Dans les Bouches-du-Rhône, les couches, très puissantes, appartiennent au terrain tertiaire. Ce combustible est principalement consommé par l'industrie de Marseille. Compact, noir, très flambant, ne donnant pas de coke, il passe très rapidement à la grille, ce qui est un grave défaut.

Les autres gisements importants d'Europe se trouvent en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Russie, en Suède et en Italie.

L'Allemagne en retire chaque année 13 millions de tonnes d'un grand nombre de gisements facilement accessibles, en Saxe, dans les districts de Marsebourg et de Magdebourg, dans le Brandebourg, la Hesse-Electorale et dans les pays montagneux du Yogelsberg, du Habichtswald. L'Autriche exploite des lignites d'excellente qualité en Bohême, en Moravie, en Styrie, en Hongrie, en Gallicie, en Transylvanie, dans la Haute et la Basse-Autriche. Citons les gisements russes des régions centrales, des steppes des Kirghiz, d'Orenbourg, etc. ; les gisements italiens de la Toscane, du Piémont, de la Ligurie, de la Lom-

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bardie, de la Venétie, dont quelques-uns, par exemple celui du Monte Bamboli, fournissent un produit rivalisant avec la bouille; ceux de la province de Malmohus, en Suède ; ceux du Spitzberg, d'un âge récent, démontrant que cette contrée, glacée à cette heure, possédait des forêts luxuriantes à une époque relativement peu éloignée.

En dehors de l'Europe, nous n'avons à signaler que les liguiles du Chili, qui s'étendent le long de la côte du Pacifique, depuis Topocatma jusqu'au détroit de Magellan; les lignites de Sumatra et de Bornéo et ceux de la Nouvelle-Calédonie et de la Nouvelle-Zélande.

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La tourbe, d'origine récente, continue même à se produire actuellement. Elle est due à la putréfaction aqueuse des végétaux croissant au fond des marécages, spécialement de l'espèce sphagnum.

Dans les couches profondes et plus anciennes, la tourbe est massive, d'une couleur brun noirâtre ; dans les couches superficielles, elle se présente avec une texture spongieuse et une coloration claire.

Elle brûle en produisant peu de chaleur, une fumée épaisse, une odeur désagréable. Il faut, avant de la brûler, la dessécher à l'air, ou mieux dans une étuve, entre 100" et 200°. On la convertit en mottes ou en boules, au moyen d'une machine spéciale, construite par Eichhorn. Cette machine broie la tourbe et la transforme en une pulpe qu'on moule en cylindres continus et qu'on découpe sous forme de briques. Pour transformer ces briques en boules, il suffit de les agiter dans un tambour mû mécaniquement. La tourbe brûle mieux sous la forme sphérique que sous toute autre.

Une autre méthode, excellente, consiste à carboniser la tourbe dans des meules, par un procédé semblable à celui de la fabrication du charbon de bois, de manière à expulser les matières volatiles. On se sert de ce charbon pour chauffer les fours, les chaudières, les fourneaux de cuisine.

j.20 COMBUSTIBLES.

La tourbe reçoit encore d'autres applications intéressantes. Les paysans, dans certains pays, utilisent la tourbe depuis un temps immémorial pour panser et guérir les plaies envenimées. On lui a reconnu, en effet, des propriétés antiseptiques dont les médecins tirent parti aujourd'hui. On la transforme en une sorte de ouate qui remplace la charpie pour le pansement des blessures. On tisse aussi avec cette ouate des étoffes, des couvertures et des tapis.

La tourbe jouit de propriétés absorbantes, analogues à celles du noir animal. En Allemagne, on la pulvérise et on l'utilise pour désinfecter les fosses d'aisances après leur vidange et pour détruire les odeurs du fumier dans les étables.

La tourbe est un combustible de plus en plus délaissé en France, ainsi qu'en fait foi le tableau suivant, où sont mentionnées les quantités extraites depuis 184?) :

Tonnes.

1889 ^ om

Les départements producteurs de tourbe sont : la Somme (61 000 tonnes), la Loire-Inférieure, l'Oise, l'Aisne, le Pas-de- Calais et le Doubs. Le travail d'extraction ne dure que quelques • semaines pendant l'année; dans quelques communes, la faculté -de tourber appartient à tous les habitants.

Les tourbières de la Somme sont situées entre Saint-Quentin •et Abbeville, surtout dans les environs d'Amiens. On calcine la tourbe très pyriteuse, et les cendres servent d'engrais ou à la fabrication de la couperose verte (sulfate de fer du commerce).

La tourbe constitue aussi l'une des grandes richesses minérales de la Loire-Inférieure, auprès de Saint-Nazaire.

« La Grande-Brière-Mottière, dit M. Audiganne, est un pays •étrange, d'un aspect tout particulier. En été, elle affecte l'apparence d'une immense plaine gazonnée d'une superficie de 8000 hectares ; en hiver, c'est un lac immense dont la profondeur ne dépasse pas un mètre. A perte de vue, l'œil n'aperçoit

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ni un arbre, ni une habitation ; toute la population est rassemblée sur les bords, où abondent les villages.

» La couche tourbeuse se rencontre sur une épaisseur moyenne de deux mètres. Pour tourber, on enlève d'abord la couche terreuse qui recouvre la tourbe, puis on taille à même dans la masse du combustible au moyen d'une bêche. Ce vaste marais offre un spectacle bien curieux au mois d'août, au moment où l'extraction de la tourbe est autorisée, pendant neuf jours seulement. Toutes les familles se transportent sur le marais et vivent sous des tentes pendant toute la durée des travaux. Hommes, femmes et enfants prennent leur part à l'extraction. Après le tourbage, il faut faire sécher les mottes en les exposant en tas au soleil. Puis, quand l'hiver est arrivé et que tout le pays est transformé en lac, on transporte la tourbe pour Nantes au moyen de bateaux plats, nommés blains.

» La Grande-Brière a été formée vers le vm c siècle à la suite d'un affaissement général du sol. Toute la contrée était jadis recouverte par une forêt immense, dont on retrouve encore les troncs desséchés et qui peuvent servir pour les constructions. La tourbière appartient à tout le monde, c'est-à-dire aux nombreux villages qui l'entourent. C'est une source inépuisable de richesse ; car, outre la tourbe qui se renouvelle sans cesse, on y fait encore paître des moutons et des vaches pendant l'été, et on y chasse le canard pendant l'hiver. La misère est inconnue dans ce coin retiré de la France. La famille est nombreuse ; les maisons simples, mais d'agréable apparence, respirent partout la douce gaieté et l'aisance. Des maisons d'école et des églises monumentales y ont été élevées par souscription publique. Aussi personne ne demande le partage de la propriété commune. »

La tourbe occupe de vastes espaces en Ecosse, en Irlande, en Hollande, où elle est une ressource précieuse pour ce pays. dépourvu de houille et de lignite ; en Suède, où son exploitation est presque nulle à cause de l'abondance du bois ; en Italie, dans le Piémont, la Lombardie et la Vénétie ; en Bavière, en Westphalie, dans le Hanovre et la Silésie, où elle occupe

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des surfaces immenses ; dans la Hongrie, etc. Elle est très activement exploitée au Canada, où certaines rivières en sont obstruées.

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