CALCAIRES
àÉpernay, etc., pour la fabrication des vins de Champagne, sont encore pins remarquables que les catacombes de Paris, car la masse crayeuse, bien homogène, a permis de tailler des galeries plus spacieuses.
Les pierres de taille jurassiques deMnssy, de Bar-sur- Aube, de Bar-sur-Seine, dans l'Aube, sont remarquables. Les pierres de Tonnerre, dans l'Yonne, s'exportent dans le monde entier: on en fait d'excellentes pierres de taille, des filtres, des tables pour imprimerie, pour corroyer les cuirs, pour étamer les glaces ; on les recherche aussi pour la sculpture. A citer encore, dans l'Est, les calcaires de la Meuse et de Meurthe-et-Moselle,
entre Toul et Nancy.
Si nous passons dans l'Ouest, nous trouvons quelques centres remarquables d'exploitation des calcaires. La pierre de Caen s'exporte au loin. Jadis, quand la ville appartenait aux Anglais, il était défendu aux habitants de bâtir autrement qu'avec du bois, la pierre étant exclusivement réservée aux besoins de l'Angleterre. La pierre de Caen servit à construire les belles églises gothiques de l'Angleterre, l'abbaye de Westminster à Londres, la plupart des églises de la Normandie et même l'église de Saint-Georges, à New-York, anx Etats-Unis. Paris en fait une grande consommation.
Les carrières de tutTeau abondent le long de la Loire, entre
Saiimur et Tours. Certaines localités, la ville de Langeais, par
exemple, doivent à ces carrières un aspect tout particulier et
très pittoresque. Ces carrières, ouvertes sur les lianes des
coteaux, donnent asile à un grand nombre d'habitations à
moitié souterraines. Les tuyaux de cheminée traversent la
couche de calcaire et viennent aboutir au milieu des champs,
au sommet des coteaux. Le tutTeau, pierre blanche ou grise,
fort tendre à la sortie de la carrière, se taille très facilement,
mais durcit ensuite à l'air et fournit de très bons matériaux. Le
tutTeau blanc possède plus de résistance que le grès. La durée
de cette pierre est pour ainsi dire indéfinie : des monuments,
datant de plusieurs siècles, ont conservé la fraîcheur de leurs
premières années de construction. Elle prend souvent à l'air
une teinte rougeàtre, donnant aux maisons un air de gaieté qu'on retrouve rarement ailleurs.
Loudun, Poitiers, Vivonne, Civray, Lussac, Montmorillon, dans la Vienne, possèdent des calcaires fort remarquables.
Citons encore les belles carrières du Cher, de la Nièvre, de la Côte-d'Or, de Choin. près de Lyon, permettant de construire dans cette ville des maisons si élevées, celles des flancs des coteaux entre Blaye et Bourg, dans la Gironde, donnant asile à de nombreux troglodytes, comme en Touraine et en Anjou, celles de la Charente qui fournissent des monolithes de dix mètres de hauteur, celles du Doubs, du Jura et de .l'Ain. Dôle, dans le Jura, exploite un calcaire veiné de rose et de rouge, fort recherché. A signaler aussi la pierre de Saint-Ylie, dans le même département, utilisée à Paris pour balustrades et parapets de ponts.
La Belgique expédie en France de belles pierres bleues, très résistantes, appartenant au calcaire carbonifère, dites petit granit. Elles viennent surtout de Soignies et d'Écaussines, dans le Hainaut.
L'Angleterre, pauvre en calcaire, tire cette pierre du continent. Elle préfère d'ailleurs employer dans ses constructions la brique et le granit, le climat humide de ce pays étant peu propice à la conservation du calcaire.
La Saxe fait une immense fabrication de billes à jouer avec ses pierres dures. La pierre, cassée en petits cubes grossiers, est arrondie en quelques instants entre deux meules. La meule inférieure consiste en une pierre plate et fixe, creusée de sillons; la meule supérieure est en chôue. On fait aussi des billes en terre cuite vernissée, en marbre, en porcelaine, en verre (dites agates). Toutes ces billes viennent principalement d'Allemagne.
MORTIERS AÉRIENS
La chaux s'obtient par simple calcination des calcaires, que la chaleur décompose en acide carbonique et en chaux. La calcination s'effectue dans des fours où l'on introduit un mélange
MORTIERS AÉRIENS
de calcaire et de charbon. Ce charbon est presque partout delà houille, très rarement du charbon de bois et seulement dans quelques localités. Les fours, jadis intermittents (il fallait les recharger après chaque opération, ce qui était long et coûteux), ont été transformés en fours continus. Dès qu'il se produit un tassement, on charge par le gueulard avec un mélange de calcaire et de houille ; on retire la chaux par la partie inférieure, à mesure de sa formation, d'où grande économie de temps et d'argent.
Avec un calcaire non argileux, on obtient de la chaux ordinaire, dite aérienne, appelée grasse on maigre suivant la pureté du calcaire employé. La chaux est grasse quand elle foisonne rapidement dans l'eau, dégage beaucoup de chaleur et forme une pâte liante ; elle est maigre dans le cas contraire. La magnésie, souvent mélangée avec les calcaires, rend la chaux maigre.
La chaux sert principalement pour la fabrication des mortiers ; elle est également très employée par les industries chimiques comme alcali, le plus économique et le plus facile à se procurer, et par les cultivateurs pour amender les terres granitiques et argileuses. La Bretagne et le Plateau Central en font une énorme consommation pour ce dernier usage.
On fabrique en France de la chauxdans tous les départements. Les fours se construisent le plus généralement à proximité de la carrière d'où s'extraient les calcaires, le transport de ces calcaires étant plus onéreux que celui de la houille. Parmi les départements les plus riches en fours à chaux, citons ceux de Seine-et-Marne, fabriquant beaucoup à cause du voisinage; de Paris, Saône-et-Loire, Pas-de-Calais, Deux-Sèvres, Vienne, Charente-Inférieure, Allier, Dordogne, Nord, Gironde, Gard, Indre, Mayenne (qui fournit de la chaux à toute la Bretagne), Nièvre, Cher, Calvados et Eure.
La chaux la plus pure s'obtient par la calcination de certaines coquilles, principalement des bénitiers, très abondants dans les mers de l'Inde. En calcinant cette chaux avec du soufre et un peu de sous-nitrate de bismuth, on prépare une poudre blanche possédant la propriété d'absorber la lumière solaire pendant
le jour et de la restituer lentement pendant la nuit. On utilise ce sulfure pour illuminer certains objets pendant la nuit : les cadrans des horloges et des pendules, les serrures, etc. On en peint des tableaux lumineux : la poudre est délayée, avec un peu de glycérine, dans de la gélatine bien blanche en solution dans l'eau tiède. Il faut employer cette peinture pendant qu'elle est chaude. Il convient de recouvrir les tableaux d'un vernis à la gomme laque, afin d'empêcher l'altération du sulfure à l'air.
On connaît plusieurs sulfures phosphorescents : les sulfures de zinc, de baryum et de calcium. Le sulfure de baryum a été découvert en 1602 par Vincenzo Casciorolo, cordonnier à Bologne. Le sulfure de zinc reste lumineux pendant deux heures seulement. Le sulfure de calcium offre des colorations diverses : jaune quand le calcaire qui sert à le préparer est pur, vert avec l'aragonite, et violet quand on ajoute un peu de sous-nitrate de bismuth.
Mortiers. — La théorie des mortiers aériens est simple : abandonnée à l'air, la chaux absorbe peu à peu l'acide carbonique contenu dans l'air et forme du carbonate de chaux plus ou moins dur.
On ne saurait employer la chaux vive, c'est-à-dire sortant du four; il faut l'hydrater, en la mettant en contact avec trois fois environ son poids d'eau. La chaux augmente beaucoup de volume, dégage une grande quantité de chaleur, et se transforme en une masse pâteuse, blanche, dite chaux éteinte.
La chaux se contracte beaucoup en se desséchant et en absorbant l'acide carbonique de l'air, d'où l'impossibilité de se servir uniquement de la chaux éteinte comme mortier pour souder les pierres entre elles; ce mortier se fissurerait et ne formerait pas un bloc solide avec les autres matériaux. On évite cet inconvénient en mélangeant la chaux avec du sable, celui de rivière de préférence. Il convient, avec les bonnes chaux (dites grasses), d'employer trois à quatre fois plus de sable que de chaux ; avec les chaux médiocres (dites maigres), il faut diminuer la proportion de sable. Le brassage du sable et de la chaux se fait à la pelle, ou mieux mécaniquement dans un cylindre vertical, ren-
MORTIERS AÉRIENS
fermant des palettes qui agitent le mélange et sont mues par une force motrice quelconque.
La gelée désagrège le mortier ; on ne peut bâtir quand il fait trop froid. On peut cependant rendre le mortier non gélif en y ajoutant du sel marin, du chlorure de calcium ou du carbonate de soude. En Norvège, on bâtit même par des froids de 10 à 12 degrés au-dessous de zéro, en faisant le mortier avec de la chaux vive pulvérisée, du sable et de l'eau. L'hydratation le la chaux dégage assez de chaleur pour empêcher le mortier de gelé r.
Le mortier ordinaire n'est pas utilisable pour les constructions baignées par la mer; il faut, dans ce cas, remplacer la chaux par delà magnésie, obtenue, comme la chaux, par la calcination du carbonate de magnésie. Ce procédé n'a pas reçu d'application jusqu'ici, le carbonate de magnésie étant rare et ses gisements encore peu étudiés. On en trouve cependant de grandes quantités à Kraubath en Styrie, près de Brùck, eu Autriche; dans la valb'e de Fragoess, à Grochau en Silésie, au Canada et en Californir.
Le 6e7o«, mélange de chaux, de sable et de gros graviers, est employé pour les fondations des murs ou pour recouvrir le sol d'une nappe solide et destinée à supporter d'autres matériaux, dalles ou bitume.
On peut augmenter la dureté des mortiers aériens par l'adjonction de diverses substances en poudre, nommées pouzzolanes. Les mortiers des anciens Romains doivent leur dureté et leur résistance exceptionnelles à l'emploi des pouzzolanes.
Les principales substances employées sont: lapouzzo/ane naturelle, sorte de cendre volcanique, très abondante à Pouzzoles, près de Naples et aux environs de Rome, en France dans l'Auvergne et les Ardennes; le trass, tuf trachytique des cônes volcaniques des bords du Rhin; la p once, d'origine également volcanique. On utilise aussi, mais avec moins de succès, les argiles cuites, certains sables de la Champagne et du Périgord, certains schistes décomposés du Finistère, des grès, le laitier des hauts-fourneaux, le mâchefer des forges, les cendres de houille et de tourbe, m. 9
La chimie n'a pas encore dit son dernier mot sur le durcissement des mortiers, question si intéressante au point de vue pratique. Tout le monde a pu remarquer combien les mortiers aériens devenaient durs dans les constructions voisines du bord de la mer. Il est donc probable que l'air marin, chargé de matières salines, apporte avec lui des éléments de durcissement encore peu connus.