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SCHISTES ET ARDOISES

M. Sébille a eu l'idée d'utiliser les débris si abondants de l'exploitation des ardoisières pour fabriquer des pierres artificielles d'une grande résistance et d'une très longue durée. Les débris d'ardoise, chauffés avec d'autres pierres et du brai des usines à gaz, sont fortement comprimés dans un moule. On obtient par ce procédé des dalles et des bordures de trottoirs, des pavés pour étables et écuries, des tuyaux, des réservoirs à acides, etc.

Certains schistes ardoisiers ont la curieuse propriété de se débiter en pieux, utilisés comme échalas pour les vignes, comme poutrelles, etc. Les échalas en ardoise commencent à se répandre.

Les schistes ordinaires servent le plus souvent de pierre à bâtir, leur disposition stratiforme les rendant propres à cet usage. Certains schistes siliceux sont recherchés comme pierres à repasser les outils.

Statistique. — Les ardoises et les schistes se trouvent seulement dans les terrains soumis à de fortes compressions, c'està-dire dans les terrains de transition (cambrien, silurien ou dévonien) et dans les régions montagneuses.

La France possède de très, riches ardoisières, notamment dans les Ardennes et en Bretagne. Les carrières des Ardennes, si luées dans le terrain cambrien des bords de la Meuse, à Fumay, à Haybes, à Deville, à Rimognes et à Monthermé, occupent environ deux mille ouvriers et débitent 45 millions d'ardoises par an.

Le groupe des ardoisières de la Bretagne est beaucoup plus important ; il comprend les exploitations de Maine-et-Loire (Trélazé), du Finistère (Pont-Coblant, près Chàtcaulin), des Côtes-du-Nord, de l'Illc-et-Vilaine, du Morbihan, de la Loire- Inférieure et de la Vendée.

Les carrières de Trélazé, situées entre Angers elle village de ce nom, les plus importantes de la France, occupent le second rang dans le monde, après celles de l'Angleterre. On y débite 200 millions d'ardoises par an. L'usine de Saint-Léonard, près de Trélazé, travaille l'ardoise sous toutes les formes et fabrique des câbles en acier pour les mines. Le nombre des carrières

s'élève à 22, tant à ciel ouvert que souterraines. Les premiers Lavaux furent commencés au xn e siècle, sur les terrains de Saint- Serge, dans l'intérieur même de la ville d'Angers.

Peu de carrières offrent un aspect aussi séduisant. Nous avons emprunté la description suivante à un travail -'e MM. Gasté et Hervé Bazin sur les Grandes Industries de l'Anjou.

« Le filon ardoisier suit une ligne presque droite que dénonce aux yeux du voyageur une série de collines noirâtres, dues à l'entassement des déchets accumulés depuis des siècles. Quelques sentiers, à peine tracés, les traversent et conduisent d'une carrière à l'autre. Gravissons l'un d'eux : parvenus au sommet, nos regards embrassent un horizon assez étendu, tout hérissé de monstrueux engins, de massives charpentes et de hautes cheminées. Des nuages de fumée blanche ou noire s'élèvent vers le ciel, et les sifilets des machines à vapeur, le bruit sourd des mines, les cris des ouvriers trahissent aussitôt l'activité industrielle.

» Autour de nous travaillent les ouvriers d'en haut. Ils sont abrités contre le vent, le soleil ou la pluie, par des cabanes de chaume, qu'ils appellent tue-vents, et qu'ils peuvent tourner en tous sens, comme un meunier vire son moulin. Ces tue-vents sont groupés d'une façon pittoresque sur les bords des anciennes carrières, que les ouvriers comblent peu à peu par la chute des détritus. Les ouvriers, assis sous ces abris grossiers, taillent, fendent et équarissent la pierre avec adresse et rapidité, tout en fumant et en causant les uns avec les autres. De lourds chariots passent auprès d'eux, conduits par des enfants, et versent, à tour de rôle, à chaque tendeur, les blocs de schiste destinés à la fabrication.

» Descendons les talus ; nous arrivons ainsi aux carrières, larges abîmes au fond desquels le regard plonge avec effroi. Les unes sont abandonnées ; ce sont de vieux fonds, creusés il y a plusieurs siècles, remplis d'une eau verte et froide, et entourés par des ronces chétives qui font à ces lacs une maigre couronne. Les autres sont pleins de bruits sonores. Ce sont les ardoisières en activité, sans cesse creusées par les ouvriers,

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