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PÉTROLE

par MM. Ferrand et Marsais, à l'usine de la Chaléassière. La houille était primitivement mélangée avec du goudron ; en 1842 M. Marsais substitua le brai gras au goudron, c'est-à-dire le résidu obtenu en distillant le goudron de manière à lui enlever le quart de ses matières volatiles. On se sert aussi du brai sec, obtenu au lieu du brai gras, quand on pousse plus loin la distillation du goudron. La valeur du brai augmente malheureusement chaque année, et ce produit deviendra rare quand l'éclairage électrique se sera complètement substitué au gaz.

Les menus de bouille sont d'abord lavés, ce qui permet d'exploiter des couches de houille très mélangées de schistes et autrefois délaissées. On les chauffe ensuite avec du brai et on les moule au moyen de la presse hydraulique. On peut aussi remplacer la houille par les poussiers de coke, qui sont de nulle valeur dans les usines à gaz.

On a proposé de remplacer le brai par du silicate de soude, ayant l'avantage de ne pas donner de fumée et de rendre les agglomérés moins friables. Mais on se prive ainsi de l'action du brai, matière très combustible, augmentant le pouvoir calorifique des agglomérés.

Toutes les mines de houille fabriquent aujourd'hui des agglomérés.

PETROLE.

Le 'pétrole ou naphte est connu de toute antiquité; liquide plus ou moins coloré, le plus souvent d'un noir verdàtre, à reflets légèrement irisés, il s'écoule par des sources ou imprègne le sol dans un grand nombre de localités. Il fut employé comme combustible depuis les temps les plus reculés par les habitants des contrées où il en existe des sources : en Italie, en Perse, dans l'Inde, sur les bords de la mer Caspienne, à Java, dans l'Amérique du Nord. Fait singulier, ce précieux combustible fut dédaigné pendant une longue série de siècles parce qu'on ne savait pas le purifier. Vers 1830, on fabriqua un pétrole artificiel en distillant des schistes bitumineux ; l'attention se porta dès lors sur le pétrole naturel et l'on creusa

COMBUSTIBLES

partout des puits pour l'extraire du sol. Les pétroles des États- Unis abondèrent bientôt et prirent en quelques années une importance considérable. Il y a peu d'exemples semblables à citer d'un produit naturel dont la fortune a été aussi rapide.

Voici quelques chiffres qui prouvent l'étonnante progression de la consommation du-pétrole. En 1880, la France a importé 59 00(1 tonnes de pétrole; en 1890, ce chiffre s'est élevé à 184 000 tonnes et il serait certainement le double ou le triple sans les droits exorbitants qui frappent un produit si utile. Le pétrole fournit en effet la lumière et la chaleur à bon marché.

L'extraction du pétrole ne présente pas de grandes difficultés. Il suffit de creuser dans le terrain pétrolifère des trous de sonde de 8 à 10 centimètres de diamètre et d'une profondeur très variable. Cette profondeur, en moyenne de 20 à 70 mètres, atteint et dépasse même 200 mètres aux États-Unis. Parfois, quand le trou de sonde atteint un réservoir où l'huile est sous pression, le liquide jaillit avec une violence inouïe ; le plus généralement il faut extraire le pétrole au moyen de pompes. Le difficile, ce qui exige un flair spécial, c'est de tomber sur un réservoir souterrain ; il arrive souvent de ne rien trouver avec des puits creusés à quelques mètres de distance d'un puits où le précieux liquide abonde. La découverte du pétrole est donc le plus souvent affaire de pur hasard.

Le pétrole ne peut être transporté dans des tonneaux en bois, car il filtre et les dangers d'incendie deviennent trop grands. De plus, quand le tonneau est trop plein, il éclate sous l'action d'une trop forte dilatation du liquide due à l'influence d'une faible élévation de température. Il faut le transporter dans des tonneaux en tôle de fer, hermétiquement clos.

Quelle est l'origine du pétrole ? — On a émis trois hypothèses. Ce serait le résultat d'une distillation, sous l'influence de la chaleur centrale du globe, de couches de houille situées à de grandes profondeurs ; ce serait le résultat de la fermentation de matières végétales ou animales, jadis enfouies dans le sol. La troisième hypothèse admet que le pétrole est dû à l'action de l'eau sur la fonte en fusion dans l'intérieur de la terre ; dans ce

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cas, le pétrole devrait continuer à se reproduire pendant un temps indéfini.

Statistique. — La production totale du pétrole a été de 6 405000 tonnes en 1889, fourni presque exclusivement par les États-Unis (3500 000 tonnes) et par la Russie (2732000 tonnes).

États-Unis. — Les premiers forages pour la recherche du pétrole datent aux Etats-Unis de l'année lS.'i.'f, époque où le colonel Drake fit la découverte du précieux liquide. Les résultats, fort médiocres, ne devinrent satisfaisants qu'en 185'.), année où furent creusés des puits ayant jusqu'à 200 mètres de profondeur et qui donnèrent des résultats inespérés. On est même allé heaucoup plus loin, jusqu'à 000 et !)00 mètres. Certains de ces puits jaillissants ont fourni au début jusqu'à 600 000 Titres de pétrole brut par jour, mais ce débit extraordinaire a bientôt diminué ; il arrive cependant parfois que le débit se maintienne considérable pendant longtemps, par exemple le Tarr-Farm, qui donna 45 000 litres par jour durant deux années.

Les principaux gisements, parallèles aux monts Alleghanys, sont situés dans la Pensylvanic Occidentale, où se trouvent les grands centres pétrolifères d'Oil-Creek et de Titusville, dans la Virginie Occidentale et dans le Canada Occidental. On trouve aussi du pétrole dans l'Ohio,le Kentucky et la Californie. Les gisements nouvellement découverts à Mac-Donald, près de Pittsburg, ont fourni jusqu'à 47 000 barils par jour, résultat auquel on n'avait jamais atteint jusqu'alors.

On compte 20 000 puits de pétrole aux États-Unis. Des travaux immenses ont été entrepris pour amener le pétrole jusqu'aux raffineries ou jusqu'à la baie de New- York : on a établi d'immenses réseaux de tubes souterrains sur une longueur de 500 kilomètres.

La production du pétrole suit une marche rapidement croissante: en 1861, on extrait27 000 barils, d'une valeur de Smillions de francs; en 1877, 14 500 000 barils, d'une valeur de 300 millions de francs. De 1861 à 1877, les États-Unis exportèrent pour 2 milliards 200 millions de francs de pétrole. Ces chiffres.

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sont aujourd'hui considérablement dépassés, puisque l'année 1 889 a donné 26 millions de barils ou 3570 000 tonnes de pétrole. Le pétrole est expédié clans des bidons enfer-blanc, de 22 litres 1/2 de capacité. L'Inde reçoit chaque année 8 millions de ces bidons, utilisés dans toute l'Asie pour les usages les plus variés et qui remplacent les poteries. .

Russie. — 11 existe une vaste nappe pétrolifère s'étendant sous toute la chaîne du Caucase, sous la Caspienne et allant jusqu'au Turkestan. L'extraction se fait actuellement à Bakou, dans la presqu'île d'Apschéron, sur le rivage oriental de la Caspienne. On y trouve 772 puits, répartis sur un très petit espace, le long d'une chaîne de mamelons. Les distilleries sont situées à 6 kilomètres de distance, à Sourahanèh, localité où se voit encore lancien temple du Feu, jadis si vénéré des parsis de l'Inde et de la Perse. Ce temple fait aujourd'hui partie d'une usine à pétrole ; l'on fait servir au chauffage des alambics les gaz qui brûlaient jadis sur l'autel et qu'on venait adorer de si loin.

L'exploitation du pétrole à Bakou a fait des progrès aussi rapides qu'aux États-Unis, grâce aux efforts de MM. Nobel frères. Afin de diminuer les frais de transport, plus considérables depuis Bakou jusqu'en France que des États-Unis en Europe, on se propose d'établir un tube qui permettrait de transvaser le pétrole depuis les rives de la Caspienne jusqu'à celles de la mer Noire. Le prix du pétrole rectifié, pris à Bakou, est actuellement de un franc soixante-dix centimes les 100 kilos (1).

En dehors des États-Unis et de la Russie, il existe quelques gisements de pétrole destinés peut-être un jour à acquérir de l'importance.

Europe. — On exploite du pétrole dans les provinces danubiennes de l'Autriche-Hongrie, en Allemagne et en Italie.

Il existe une vaste région pétrolifère autour des Carpathes, sur le territoire de la Galicie, de la Bukovine, de la Transylvanie, de la Valachie et de la Moldavie. Les paysans de ces contrées

(1) Nous écrivons en août 1894.

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