IX. — SILICES ET PIERRES DURES
La silice se présente sous des formes très variées. A l'état anhydre, elle se nomme quartz ou jaspe, selon qu'elle est transparente ou opaque; à l'état hydraté, elle s'appelle silex. Elle porte des noms différents selon ses divers aspects.
Le quartz est principalement utilisé dans la joaillerie et nous aurons l'occasion d'en reparler plus tard. Quant au jaspe, il est employé comme pierre d'ornementation. Le jaspe sanguin de Saint-Gervais, dans la Haute-Savoie, a servi à faire les douze grandes colonnes du Nouvel Opéra de Paris. Cette pierre remarquable, très abondante, se trouve en blocs de toutes dimensions. On l'utilise aussi pour fabriquer des objets d'ornement, des socles de pendule, des objets d'art et de fantaisie. Il prend un éclat superbe par le polissage. On trouve dans l'Oural et l'Altaï, en Sibérie, des blocs de jaspe atteignant jusqu'à cent mètres de hauteur. On en fabrique, dans les manufactures impériales de Kolivan et d'Ékaterinembourg, des œuvres d'art offertes en présent à des princes et à des personnages distingués.
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On trouve dans les Montagnes-Rocheuses, aux États-Unis, et principalement dans la région de l'Arizona désignée sous le nom de parc de Calcédoine, des bois silicifiés auxquels le polissage communique un aspect superbe et qu'on utilise comme pierres d'ornementation. Il existe dans le parc de Calcédoine un arbre silicifié formant un pont de trente mètres de longueur. Ces bois silicifiés se rencontrent également dans plusieurs autres pays, notamment en France.
L'agate, la calcédoine, l'onyx sont des variétés de quart/ qu'on utilise comme pierres d'ornementation.
La silice hydratée se nomme silex ou pierre à fusil, meulière, geysérite, tripoli, selon ses différents aspects. L'opale, autre forme de silice hydratée, est une pierre précieuse employée eu joaillerie.
La silice forme avec les oxydes métalliques des roches utilisées dans la joaillerie, la bijouterie, et comme pierres d'ornementation. Parmi ces pierres d'ornementation, signalons particulièrement le jade ou néphrite et la rhodonite. La première de ces roches passait jadis pour souveraine contre l'affection de la pierre, d'où son nom de néphrite.
Le jade, silicate d'alumine et de chaux, est vert pâle, olivâtre ou blanc laiteux. Celui de Chine, trouvé principalement en cailloux roulés à Varkende, dans une rivière de la province de Yu-Thian, est blanc. On le pèche au l'und des eaux, pour le compte du gouvernement.
On recherche beaucoup le jade laiteux, veiné de vert, de la Sibérie Orientale. A signaler aussi le jade vert émeraude de Sumatra, le jade vert foncé d'Allemagne, de Suisse, d'Egypte, de l'Himalaya et de la Nouvelle-Zélande.
La rhodonile (silicate de manganèse) se rencontre principalement dans l'Oural.
Sable et grès. — Le sable est formé par de petits cristaux de quartz qui faisaient partie des roches cristallines, granits, gneiss, micaschistes, porphyres, isolés à la suite de la désagrégation de ces roches par les éléments de l'atmosphère. Outre le sable quartzeux, on trouve aussi du sable calcaire, résultant de la
démolition des roches calcaires ; on le distingue facilement du sable quartzeux par son effervescence avec les acides. Souvent aussi ces deux espèces de sable se rencontrent mélangées ensemble. Le sablon est du sable excessivement fin.
Les sables, principalement ceux des rivières, servent à la fabrication des mortiers. Pour mouler les pièces des fonderies, on utilise des sables siliceux, mélangés avec de l'argile non calcaire et non pyriteuse. Les verreries et les fabriques de poterie font usage de sable quartzeux. Signalons aussi l'emploi du sable pour le pavage des rues et l'entretien des allées de jardin.
Certaines rivières, la Loire par exemple, constituent des mines inépuisables de sable ; de même des plages de la mer. Les gisements de sable abondent dans les terrains géologiques récents : les sables de Fontainebleau, de Nemours, de la Champagne, d'Excideuil en Dordogne, sont très renommés pour leur pureté.
Les grès résultent de l'agglomération des grains de sable par un ciment siliceux, calcaire ou parfois ferrugineux, d'où les dénominations de grès siliceux, grès calcaire, etc. Les grès abondent aussi dans les terrains géologiques récents. Les grès siliceux de la forêt de Fontainebleau sont particulièrement renommés.
Le grès est employé dans maints travaux de construction, pour le pavage des rues et pour fabriquer des meules à repasser les outils. Pour ce dernier usage, il doit être à grains très fins.
On désigne, sous le nom de molasse, des grès calcaires abondants dans les bassins de la Gironde, de l'Aude, le delta du Rhône, et particulièrement le long des Alpes. Les molasses servent de matériaux de construction.
Certains grès peuvent être utilisés pour l'ornementation, par exemple les grès bruns du Connecticut, aux Etats-Unis.
Silex ou pierre à fusil. — Le silex avait jadis un important débouché comme pierre à fusil. Saint-Aignan, au sud du Loiret-Cher, fournissait des pierres à fusil à toutes les armées de l'Europe, mais la découverte des fulminates a ruiné cette petite industrie. Le silex sert actuellement à faire des briquets, devenus
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bien rares depuis l'invention des allumettes chimiques, à empierrer les routes et à fabriquer certaines poteries. Les Anglais viennent prendre sur les côtes de la Normandie, particulièrement à Dieppe, les galets de silex nécessaires pour la fabrication de leur faïence fuie.
Les silex abondent partout où se trouve la craie blanche et dans les terrains qui résultent du remaniement de la craie par les eaux. Le Midi de la France est beaucoup moins riche en silex que le Nord.
Meulière. — La pierre meulière est un silex caverneux, à cavités remplies d'argile ferrugineuse. On la trouve exclusivement dans les terrains superficiels, d'où l'on déduit qu'elle résulte de l'altération des calcaires siliceux sous l'influence des agents atmosphériques.
La pierre meulière sert pour les constructions; elle offre une grande résistance à l'écrasement et prend facilement le mortier à cause de sa porosité. Quant elle présente des qualités spéciales, on l'utilise pour fabriquer des meules de moulin, d'où son nom de pierre meulière. Pour extraire les meules, on fait une rainure circulaire dans le massif de pierre meulière, de façon à isoler la masse à extraire; puis on enfonce des coins de bois dans cette rainure, et l'on mouille. Le bois, augmentant de volume par l'humidité, détache la meule par sa base.
La pierre meulière, abondante dans les environs de Paris, fournit d'excellents matériaux de construction. On en trouve dans les vallées de la Bièvre, de l'Yvette, de l'Orge, sur les plateaux deMeudon, de Montmorency, de Villeneuve-Saint-Georges. On exploite à Provins et à La Ferté-sous-Jouarre, en Seine-et- Marne, les meilleures meules de moulin existant au monde; ces gisements sont presque épuisés.
On exploite aussi dans la Vienne, à Youneuil-sur-Yienne et à Coussay-les-Bois, des meulières très renommées, dites de Lusigny. La pierre de Lusigny, l'une des meilleures de France, très dure, excelle pour broyer les os. Un vrai meunier emploie une meule de La Ferté, tournant avec une meule de Lusigny. Citons aussi, d'une façon particulière, les meules de la Marne,
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de l'Aisne, de l'Eure (Sainte-Colombe, près de Vernon), de l'Eure-et-Loir, de l'Indre-et-Loire (Cinq-Mars, près de Tours), de la Gironde.
Geysérite. — Ce sont des dépôts siliceux formés par des sources riches en silice. On en trouve un bel exemple à Champigny, près de Paris. Ces pierres dures servent surtout à empierrer les routes, et parfois à construire des motifs de décoration pour jardins, quand leur forme est capricieuse et leur coloration vive.
Le nom de geysérite vient de leur analogie avec les dépôts des fameuses sources jaillissantes ou geysers de l'Islande et des Etats-Unis.
Tripoli. — Le tripoli, poudre siliceuse, très dure, servant à polir, possède une origine variable.
On trouve en Allemagne, à Celle dans le Hanovre et à Klicken (duché d'Anhalt), une silice hydratée, terreuse, composée de squelettes d'infusoires. Cette silice occupe, sous des masses de sable, la cavité de cuvettes ayant jusqu'à 20 mètres d'épaisseur. Les couches supérieures sont blanches ou grises ; les couches inférieures ont une coloration verte, due à la présence de débris de fleurs de sapin, de boutons et de feuilles de divers autres végétaux. On utilise ce sable fin pour la fabrication de la dynamite, car il possède des propriétés très absorbantes. Etant mauvais conducteur de la chaleur, on s'en sert également pour faire des calorifuges, protéger les coffres-forts contre le feu et conserver la glace. On en fabrique des produits réfractaires. Cette même substance s'exploite aussi à Ceyssat, dans le Puyde-Dôme, sous le nom de randanite, à Marsanne dans la Drôme, à Bilin en Bohême, etc.
Les autres variétés de tripoli ont une autre origine. Celui de Corfou, en Grèce, dit de Venise, est seul employé dans les arts. Signalons aussi le tripoli de Saint-Marin, en Italie, et les exploitations françaises de l'Ardèche, de la Drôme, du Puy-de-Dôme et de rille-et- Vilaine. Le tripoli de Poligné, près de Rennes, d'une teinte rouge, se trouve au milieu d'arbres silicifiés. Celui de Menât, dans le Puy-de-Dôme, résulte de la calcination de schistes
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bitumineux, modifiés par le feu. On en fabrique artificiellement dans la préparation du bitume.
Pierres dures pour le polissage. — Le tripoli n'est pas la seule substance employée pour le polissage. La poudre de diamant ou êgrisé, la plus dure, coûte aussi le plus cher; le carborandum, tout récemment découvert, est une sorte de diamant artificiel dont nous reparlerons plus loin. On utilise aussi l'alumine, c'est-à-dire le saphir, le rubis, le corindon, l'émeri; la pierre ponce qu'on exploite surtout pour cet usage en Italie et à Ténériffe ; le sesquioxyde de fer artificiel ou cokothar, obtenu par la calcination du sulfate de fer.
L'émeri, mélange d'alumine et d'oxyde de fer, se trouve dans plusieurs localités. Le plus renommé vient de l'île de Naxos, <lans l'Arcbipel Grec ; il fut longtemps le seul employé et était connu des anciens. On en exploite aussi, dans ce même Archipel, à Paros, à Héraclia et Sikmos, à Nicoria. A citer encore les émeris de Smyrne, de l'Asie Mineure, de Sclnvarzenbourg en Saxe, de Randa près Grenoble en France, d'Ekaterinembourg dans l'Oural, ceux de l'Inde, de la Chine, le gisement considérable de Cliester, aux États-Unis, dans le Massa chussets.
On exploite sur le littoral français de l'Océan, entre le Croisic et l'embouchure de la Vilaine, surtout à Piriac, des sables noirs que l'on transforme en émeri dans l'usine de Saint-Nicolas-de- Rcdon (Loire-Inférieure). On en fabrique des meules artificielles par agglomération avec de la gomme laque. Ces meules artificielles sont aujourd'hui très recherchées.
Quant aux pierres dures à aiguiser, elles proviennent principalement de France, de Belgique, de Prusse, d'Angleterre, d'Italie, de Norvège. La Lombardie, qui possédait jadis le monopole exclusif de ces pierres, a ses carrières aujourd'hui épuisées; on se sert actuellement des pierres de Saint-Girons, dans les Pyrénées. Le calcaire siliceux de la province de Thelemarken, en Suède, est activement recherché pour la fabrication des meules artificielles.
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