BRANCHE ALLEMANDE
DirUU Ll TtARlB D*I7THBCBT BV 17l3 , JUSQU'AV TlllTi SB CAMPO»
FOAMIO WM I797«
Let Hollandais remettent les Payi-Bat à remperear.— Négociations onyertes à La Haye poar reze'cution du traité de la barrière. Correspondance du marquis de Prié sar cet objet.— Troubles et pillages k Bruxelles. Les coupables sont arrêtés, condamnés et esécatés. Lettre du marquis de Prié à ce sujet. — NouTelles contestations. — Extrait de la gazette de Rotterdam : plaintes dn marquis contre ce gaietier.
APRÈS rechange des ratifications , les Hollandais remirent le 4 février 1716a l'empereur , en éxecution de Tarticle i«' du traité ^ les provinces et districts des Pays-Bas qui avaient été possédés par le roi Charles II , sur le pied du traité de Riswyk ; mais ils retinrent , sous le prétexte de quelques prétentions , les villes et districts que la France avait rétrocédés en faveur de la maison d'Autriche , par les traités d'Utrecht , de Rastadt et de Bade.
Le prince Eugène , qui «Tait contribué si glêttîemtii ment à la conquête des Pays-Bas, fut nommé gouveraeilp-' génëral de cespvovÎACtft , dojpt le eoBÎte de Koqigseggéut Fadministratipn en qualkë de mimstpe plënîpelentiaiM de l'empereur , en attendant farrhëe du prinee , ^ui atàlt été nommé pai^ lettres patentes du- aS juin 1716 ; mais U ne se rendit jamaia dans son gouv^'fieme&t.'Gè fiit le marquis de Prie («), nommé par lettre^ pat^mtes àù. ^'én même mois, ministre plénip<»tentiaire pour les Parys-Bfe', qui le rempkfa. Ce ministre arriva à BrvxeNeale 18 id» irembre suivait. lî repréranta Tempereim^ Charles VI Sla cérémonie de son inauguratibB solênneMe à Amsellèk , le 1 1 septembre 1717.
Les provinces, q^e)e traité de la^t^amëre assujeHias sait , en quelque sorte , aux Hollandlih, en eeviçurentles plus vives al^^rmee. Un murmuxe général éclata dans toute la B^gîque. Les 4tats de Flantlre et àe^ Brabant envoyèrent une députatioii partienHère à Vienne , pour représenter à Tempereur tout le préjudice que causerait i la dignité de sa couronne et aux intérêts de ses peuples ^exécution de ce traité, qui anéantissait leurs prtvil^s, puisque leurs subsides , qui dépendaient du libre consentement des états , étaient engagés aux Hollandais comme un domaine fixe», que le souverain pouvait aK^er.
Ces motî^ , qui étaient réellement fonda sur le» prîn[cipes constituttonnels , déterminèrent FemperenrA entamer une nouvelle n^ociation à La Haye , pour pro-
(a) Hercale-Joseph-Louis Turîneit» ««r^ni* da PfW» gsmii^ 4'£^*
pagne.
iFo HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
poser, quelques modifications à la durëedesconditioDstla tsait^.
Le marquis de Prié chargea le conseiller fiscal des fi* nances de Neny, de îse rendre à La Haye pour prépai^er cette négociation (a)« Les écrits étaient très-agités^ et le marquis de Prié éprouvait toutes sortes, d embarras et de désagrémens. u Je puis bien dire avec yérité^écriv ait-il au » conseiller delMeny (&),que je n*ai guèreeude repos ni de i> satis&ction dl^puis que )e suis arrivé dans ce pays*ci,tant » par rapport aux afl^çtires de la barrièie, qu a lex travail gancedeces peuples et aux manœuvres qui se font pour B xaufier tous ces troui>les« Louvain commence à remuer ; » et Ton travaille à Gand et à Bruges pour exciter la popu- » lace. On se sert présentement des prétextes que fournis- » sent les affaires de la barrière. . • S'il arrive quelque mou- » vementâGand à Bruges, je ne répondrais pas que œla 9» passe à une révolte formée et générale du pays.** .. J'at- » tends au premier jour les réponses de la cour sur un pro- » jet que j'ai fait pour éteindre ce feu dans sa naissance^ et « ne pas laisser durer plus long-temps ce désordre ; je ne n doute pas que là cour envoiera un corps de troupes, dès n que la trêve sei-a conclue ave^c les Turcs. Mais le cbemin » est un peu long de Belgrade jusqu'ici. Cest ce qui m'a >» fait souhaiter un remède un peu plus prompt. Je n'en M connais pas de meilleur que de prendre deux ou trois i> mille hommes des troupes palatines et trois autres mille
(a) J'ai eu roccasion de consulter les lettres originales du marquis de Prié au conseiller de Neny, e.t c'est dans cette correspondance que f ai puisé les détails de cette affaire.
(6) Lettre du a5 iuillct 17 18.
KlcmÈHË ÉPOQUE. m
n âei5bK)upesangloîses,qui sont dans les états durai d'Ân- » gleterre en Allemagne. Avec un pareil renfort, nous » rangerons bientôt ces mutins à la raison, et nous réta- « Mirons le calme dans tout le pays, jusqu'à ce qu'après > l'arrivée des troupes impériales, on puisse rechercher » la source de tous ces désordres, et y remëdiet utte fois » pour toujours. »
Ce marquis de Prié, comme on voit,n'aimait pas les Belges, qui, à la vérité, lui rendaient bien la pareille. On peut dire que c'était une haine réciproque. Il le savait bien. « Jecqnnois bien, dit-il ( ce sont les derniers mots de cette lettre ), qne je ne manque pas d'ennemis ». H ne plaignait de tout le monde. « C'est une nouvelle surcharge » pour moi, dit il (a), d être obligé de faire de continuel- » les apologies, et de faire voir le peu de justice et de rai- » son qu'il y a à tous les mauvais offices que Tourne rend, n
Quand les principaux points qui devaient servir de base ila nouvelle convention que l'on voulait conclure, eurent été agités, discutés et à peu près cbnvenus, le marquis se rendit lui-même à La Haye avec le caractère d'ambassadeur. n partit le 12 octobre 1718, ety conclut leaa dé. cembre avec les ministres de Hollande et d'Angleterre «ne convention qui apporta quelques changemens au traité de la barrière. L'extension de limites accordée dans la Flan« dre aux états-généraux par larticle 17, fut réduite à un cinquième environ du territoire compris dans cet article, et cette nouvelle démarcation fut fixée par une carte cborographique adoptée par les ministres respectifs. Le
(a) Lettre du 3o août 171 S.
tn HISTOIRE GÉNÉRALE OB LA BELGIQUE.
maintien et la liberté delà ^^eligion cathqliqi]^^ adoptes par.rarUcIe i8s furent plu9 |K)sitivement fisauret&auai liabitans de^Ueux, céd^ç- Le subside annuel, stipule parTar* ticle ig^futafleotépour la somme de deu3( cent quatrevingt mille écus suit les revenus des payç réti^Océd^ par la IVance» et- pour deuiçcent vipgt mille sur W droits d*en« trëeet de sortie, avec cette condition, que le^i eqdésiastiques des places rétrocédées ne pourront être exécutés dans leurs per^nnes pour le paieu\ei]|t du subside en tout ou en partie^ Cette restriction . ai]^^ulla 1 assignation d'une partie duaub«iide su;^ cew de Flandre et deBrabant>réglée par Tarticle séparé du traité, et dissipa par ce tempérament les alarmes et les murmures que cet article avait d'à* bord excités.
Les état&'généraus s'engagèrent à remettre, cooformé* ment à l'article i^' du traité, à Tempereur , incessamment après récbangedes ratifications,^ possession et jouissance des villes, cbâtellenies, etc«, des pays rétrocédés, et à ce que oet échange se Ht dans le terme de siiL semaines au plus tard à compter du jour de la signature*
Cette dernière disposition était bien claire et bien prê* eise. Elle SQuflrtt cependant de longues et minutieuses difficultés dans l'eséeution , d*id)ord pour larticle qui concerne le rétablissement de Texercice publio de la religion catholique) dans les villes des pays rétrooédés. Les entraves que les gouverneurs hollandais y avaient mises dans la ville de Venlo, avaient porté une violente atteinte à cette libertés Le nonce du pape et Tévéque de Rnremonde en avaient adressé des plaintes très-pressantes à l'empereur, qui, de son côté , adressa des lettres très-
HUITIËMB ÉPOQUE. ii3
fortes au marquis de Prié, ainsi que le prince Eugène, en sa qualité de gouverneur-général des Pays-Bas. Le marquis en conféra avec le résident de Hollande à Bruxelles, et lui montra la dépêche originale de rempei*eur et la lettre du prince Eugène. L'affaire s*arrangea. Les ctats-généraux envoyèrent un ordre au gouverneur de Vcnlo,qui termina la difficulté à la satisfaction de la cour impériale, et la convention du a2 décembre fut ratifiée par l'empereur.
Elle était signée depuis près de six mois, et ratifiée dcpuisplus d'un mois,et Ton imaginait toujours de nouveaux prétextes pour traîner en longueur ce qu*on avait peu d'cAvie de faire, dit le marquis de Prié (a}.
D'après les ordres que les états-généraux donnèrent aux gouverneurs des places des pays rétrocédés pour en remettre la possession à l'empereur » ils avaient glisse les mots de souveraineté et de régie. Le marquis de Prié fit des réclamations contre ces expressions (ij, soutenant qu'il ne s était jamais agi de souveraineté; et quel était en effet le fondement sur lequel les états auraient voulu établir leur souveraineté sur ces pays? Le traité de la barrière assurait bien formellement le maintien de cette souveraineté & l'empereur^ puisque les gouverneurs des places qui seraient nommés par les états-généraux étaient obligés de lui 'êtêicT serment. Le ministre considérait donc, comme il le dit, la rétention de ces places comme un simple dépôt , avec la jouissance des revenus pour Teutreticn des
{a) Lettre du i5 juin 17ÏO.
(h) Lrllrc ilu lo juHlp! 17 ly.
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garnisons, et il chargea le conseiller de Neny d'engager le pensionnaire et le greflier des états à dépêcher de nouveaux ordres qui s accordassent avec le traité de la barrière et la nouvelle convention, et de leur déclarer que jamais iln'admettrait ces ordres conçus dans ces termes, parce qne cela serait contraii^e à la vérité et à la disposition de ces deux actes.
Cependant comme les états ne s*cmpressaient pas de satisfaire au désir du ministre, celui-ci protesta ( a ) que le retard de paiement du subside annuel que Tempe reur devait payer aux états •généraux, conformément à Tarticle 19 du traité, ne devait être imputé qu à celui que les états apportaient à la prise de possession de4 villes, qui ne pouvait s'effectuer qu'après que les ordres .nécessaires auraient été adressés aux gouverneurs et commandans de ces places, et il chargea le conseiller de Neny de presser les états sur ce point, en protestant eu sou nom contre tout relard ultérieur.
Le ministre^ dans sa coiTespondance confidentielle, ne cesse de se plaindre et de s'étonner des lentevrset des difficultés qu'apportaient les étals à la conclusion d'une affaire aussi facile que juste, comme il le dit. Les états voulaient accrocher la remise des pays rétrocédés à des conditions impraticables , impossibles ; il croyait voir du mystère dans ces délais affectés. En voyant que l'on suscitait tous les jours de nouvelles chicanes et de nouveaux embarras , qui ne tendaient qu'à entraver la marche des négociations, il leur supposait toujours une arrière-pen-
H Lettres dei 10, ao juillet, 3, 7, i3, 17, 3i août,4*7> «i septem* bre 1719.
HUITIÈME ÉPOQCE. ii5
see , et il fut convaincu par la suite qu'il ne s'était pas trompé. Ces sortes de détours et d*arti(ices (ce sont ses expressions) ne servent qu'à aigrir et à choquer les esprits. Il se défiait en général des états ^ mais il rendait justice au greffier Fagel, auquel , dit-il , il a une entière con» fiance, comme à un ministre plein de probité et de droiture, comme à un liomme ouvert , sincère.
Enfin les étatsse décidèrent à dépécher ces ordres. Cependant 1* affaire ne fut pas entièrement terminée. Si les difficultés étaient aplanies entre les gouvernemens , on ne peut pas dire que Texécntion de ces dispositions n eus-> sent laissé dans les peuples des villes de la ban*ière un fond de mécontentement. Ils n'aimaient pas d*avoir une garnison composée de troupes d'une puissance étrangère et d'une religion différente. Les villes des pays rétrocédés étaient entièrement séparées de leurs frontières ; les garnisons y étaient faibles , et Tem perçu r était assez disposé à y envoyer les renforts nécessaires pour contenir les peuples. Mais le marquis de Prié était d'avis qu'on n'envoyât ce secours qu'en cas de nécessité, c'est-à-dire , lorsqu'il y aurait quelque mouvement dans le peuple ou une disposition à l'insurrection assez prochaine pour qu'il fut nécessaire de la prévenir et d'y remédier. C'est dans ce sens qu'il s'exprime dans sa lettre du lo juillet. « Ce n'est au- » cunement ma pensée , dit-il , à moins que cela ne de- » vienne positivement nécessaire. Je suis même très-per- » suadé que le cas n'arrivera pas ; car après la manière » dont on a rangé ce peuple de Bruxelles , qui a été de i> tout temps le plus turbulent , les autres villes ne songe- » ront plus à remuer. L'exemple que l'on donnera répa-
ii6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
» rera entièrement le scandale qu'il a causé dans ce pays. )» Cette convention (du 22 décembre) établira encore da- » vantage la crainte et le repos tant dans les villes de Tln- » térîeur que dans celles des frontières. Ainsi j'espère » qu on ne sera plus dans la nécessité d'employer la force; n et s'il arrivoit par hasard quelque mouvement , il y sera » d'abord remédié; ce qui fera que les troupes auxiliaires » de part et d'autre ne seront obligées de séjourner dans « une ville qu'autant qu'il sera nécessaire pour réprimer » l'émotion populaire et punir les plus coupables. Il im- » porte de régler au plus tôt cette convention , qui sera » fort salutaire au repos du pays, à l'intérêt des deux états, » auxquels il convient essentiellement que la tranquillité » soit rétablie au dedans , afin de mieux pourvoir à la sû- » reté de la frontière. »
Les sommes énormes que la ville de Bruxelles avait dii payer pour son contingent dans le subside accordé aux états-généraux , avaient singulièrement épuisé les finances. En 17 17 , le marquis de Prié demanda auxreprésentans du tiers-état , qu'on appelait les doyens des nations , le quadruple impôt du vingtième. On employa, on épuisa tous les moyens pour les engager à y consentir, raisonnemens , promesses , menaces. Les doyens se réunirent quatre-vingt-dix fois à l'hôtel -de- ville, et ils persistèrent constamment dans leur refus.
Peu de temps après, les magistrats et les doyens furent renouvelés. François Anneessens, faiseur de grosses chaises en cuir , fut du nombre des doyens. En 1718, on renouvela la demande du quadruple impôt. Les doyens ne • se contentèrent pas de le refuser; ils exigèrent en outre
HUITIÈME ÉPOQUE. ti;
qn'on lenr rendît compte de lemploi da subside antérieur. On ne lenr répondit pas. Tonte la populace se souleva , s ameuta et pilla la maison du boorgmestre Decker , ainsi que l'hôtel du chancelier Gryspere, et les meubles furent brûlés devant leurs portes. Tous les papiers de la chancellerie furent brûlés ou déchira. Cette multitude déchaînée se porta sur le refuge de Tabbaye de Dilighem et les maisons du pensionnaire des états VandenBroeck, de Téchevin Cans et de cinq doyens des métiers , qui furent également livrées an pillage. Ces excès eurent lieu le i j et le 23 juillet. Le gouvernement , n'ayant pas de moyens répressifs , dut se taire. Mais il fit v^nir des troupes , et le i4 mars 17 tQ, on manda les doyens des neuf corps de métiers chez le colonel d'un régiment allemandy appelé Queveler , par ordre du marquis de Prié. On y convoqua pour dix heures du matin cinq bourgeois (a) , qui , étant entrés dans une chambre de la maison , y trouvèrent un capitaine et huit à dix soldats. Cet officier leur dit qu'il les arrêtait de la part de son excellence. Au bout d'une heure et demie ou deux heures, ils furent saisis par un détachement de cent honlmeSy qui les transférèrent au corps^e«garde sur la place du Sablon,etles conduisirent tous ensemble à la prison crimi- Belle , dite Steenporte (b). Les mes par où ils passèrent étaient bordées des troupes de tonte la garnison , qui
(a) Jean-Françoif Lejeune, maître sellier et earrofiier; Jean-Françoîi Vander Borght, marchand de draps ; François Anneenens, maître faiseur de chaises; Gabriel de Ilaeze, maître chaadronDier; Adrien Goppens, maître maçon.
(b) Elle éuit située à Vangle forme par les mes d'Or et de ]*£scalier^ en allant vers la Chapelle. Elle fut démolie en 1 759.
ii8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
avaient ordre de faire feu au premier bruit ou au premier mouvement. C'est cet événement dont parle le marquis de Prié dfrns sa lettre du lo juillet , que je viens de rapporter , et c'est ce qu'il appelle la manière dont on a rangé ce peuple de Bruxelles. Cette expression est déjà assez choquante ; mais celle qui suit lest bien autrement. Cexemple que Von 'donnera, dît-il , réparera le scandale. La perte de ces hommes était donc jurée. Ce n'est que pour la forme qu'on leur faisait leur procès. La sentence était portée d'avance. Il étaient condamnés avant d'être jugés. Il me parait que la dernière phrase du marquis dit tout cela.
Cependant on observa les formes. Trois semaines après leur emprisonnement, le procureur-général leur fît communiquer leurs charges, et conclut à leur donner la question en cas de besoin. Ils demandèrent d'être assistés d'un avocat et d*un procureur : on le leur refusa. Ils demandèrent du moins la faculté de pouvoir s'expliquer eux-mêmes par écrit ; on leur refusa papier , plumes et encre. Il leur fut interdit de parler à qui que ce fiit pendant tout le temps de leur emprisonnement , qui dura six mois et cinq jours.
Le ig septembre avant -midi , on leur prononça leur sentence. Celle d'Anueessens contenait vingt chefs d'accusation, dont la plupart consistait en propos tenus. Ânneessens fut condamné à avoir la tête tranchée ; Le-* jeune , De Haeze, Vander Borght et Coppens au bannissement perpétuel , et le soir vers six heures , ces quatre derniers furent conduits hors de la porte de la ville (a).
[a) Ils se retirèrent h Liège, et ne revinrent à Bruxelles qu'en 1725 ,
HUITIÉltfE ÉPOQUE. 119
Anneessens fut conduit à la chancellerie pour y entendre prononcer sa sentence dans la chambre du conseil , qui y était assemble. Il y fut mené sur unecharette , le dos tourné vers le cheval , ayant son confesseur devant lui. Il était suivi de sept autres , condamnés à être pendus pour avoir eu la principale part aux pillages. Ils furent tous (M>nduits de la même manière sur la grande place , où ils subirent leur supplice. Leurs biens furent confis^ gués.
Anneessens était, je pense, un citoyen zélé, un homme ferme; mais c'était, à ce qu'il parait, ce que Ton appelle une tête exaltée, et les hommes de ce caractère se tiennent difficilement dans les bornes de la raison. Ainsi, dans Anneessens le zèle était une impétposité aveugle , la fermeté une opiniâtreté tenace. C'est du moins l'idée que je m'en forme. Quoi qu'il en soit , cet événement a laissé une im l pression profonde dans l'esprit des habttans de Bruxelles, et le nom d' Anneessens est encore prononcé avec une sorte de vénération comme celui d'un martyr de la liberté.
11 n'est pas indifférent d'entendre comment le marquis de Prié raconte cet événement. «Vous apprendrez, dit il dans sa le tt re du a i septembre 17 4 9 au conseiller de Neny , « vous apprendrez par cet ordinaire l'exécution qu'on a » faite du doyen Aniessens et d'autres bourgeois. Le » premier a été reconnu pour le véritable chef des mu-* » tins , qui a conduit toute cette intrigue , qu'on pourroit » bien appeler une formelle conspiration contre le gou-
quand l'iirchidachesse Maric-Élisabeth, sœur de Tempereur, arriva aux Payt-Bat, en qualité de gourer nante-générale , et leur accorda leur pardon.
120 UISTOiriE GÉiNÉHALE DE LA BELGIQUE.
» veniemeïiL(.'t Tctat. Ceticexecutlon s est passée sans qu*il » soit arrivé le moindre désordre par la bonne dispasition p qu'on a faite des troupes , et la crainte où est réduit pré- » sentement ce peuple , qui n'a osé remuer , ayant été » spectateur tranquille du supplice de leurs concitoyens. » Je vous envoie ci- joint le rapport qui en a été fait par un » de la secrétairerie. Il auroit pu être plus circonstancié ; M mais il ne laisse pas de marquer ce qu*il y a déplus essen- » tiel. Je ne doute pas que tous les ministres tant de cette » république que les étrangers n'approuvent qu'on a fait » cette démonstration de rigoureuse justice ; car quoi- 3> qu'elle soit plus forte que ce que l'on a fait du temps 31 passé , elle étoit devenue nécessaire pour détromper ces » doyens de la fausse supposition où ils avoie^t été juss» qu'ici que le gouvernement n auroit jamais osé les chantier jusqu'à ce point ».
Les contestations avec les. états-généraux étaient à peu près finies, « Je tiens, ajoute le ministre dans la même » lettre, que nos affaires sont autant que terminées avec » les états*généraux. J'espère qu'ils auront autant de su- I» jet d'être contens du zèle que j'y ai mis , que je le suis M des facilités qu'ils m'ont données. Sans quoi on nous an- » roit fait entrer insensiblement dans des engagemens » qui auroient été fort désagréables de part et d*autré. >• Je suis ravi, que nous ayons été assez sages les uns et i> les autres pour les avoir évités ; car je suis toujours fort » pi*évenu qu'il convient également ( autant ) à cette repuw blique qu'à l'empereur de détourner tout ce qui pourroît }t altérer cette confiance et cette intime liaison , qu'il faut M cimenter toujours plus à l'avenir. »
Cependant, et le ministre en témoigne toute sa sur-
HUITIÈME ÉPOQUE. lai
prise (a) , les états laissaîeut toujours une porte ouverte aux contesUtions , et ils arrêtaient la remise des pays ré« trooedés à des cpiestlons étrangères au traité de la bar* rière. Le ministre.se vit donc obligé de renouveler au résident de Hollan4e ses protestations de tous les dommages et intérêts quf revenaient à Tempereur à raison de ce délai , qui était tout-à-fait contraire à la nouvelle convention , et il donna au conseiller de Neny Tordre de partir , s'il voyait qu*on voulût toujours traîner et forcer ainsi le gouvernement des Pays-Bas à plier à tout ce que les états voulaient, «c Je ne doute pas, dit- il dans » la lettre suivante ( & ) , que la cour impëriple ne soit >» fort sensible à la manière dont on nous traite ici , >» en accrochant à de si frivoles prétextes la remise en » possession des pays rétrocédés , et en voulant exiger » d'un aussi grand monarque que l'empereur , par con« » trainte , ce qui est aussi contraire à la raison qu'au » traité ; » et il réitère au conseiller de Neny Tordre de partir , s'il ne voit pas qu'il y ait apparence qu'on se mette à la raison. « Votre plus long séjour à La Haye, )» dit-il (c), devient entièrement inutile. Je trouve même » qu'il est peu honorable k sa majesté impériale , que » vous sollicitiez denuis si long-temps sans aucun » effet Texécutionde la nouvelle convention sur le point » le plus essentiel , qui est la remise de possession. »
Les, différentes lettres du marquis de Prié contiennent des plaintes sur les articles que le gazetier de Rotterdam
(a) Lettre de a5 septembre.
(b) Lettre dn a octobre.
(c) Lettre do 5 octobre. ]
laa HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
se permettait d*insérer dans ses feuilles sur toutes ces aJSTaires , et qui , dit-il ( a ) , peuvent lui élre sugge'rées par les mal-intentionnés de Bruxelles, et continuer à donj^v de mauvaises im|)ressions. Il exigea que ce gazetier fit une rétractation formelle et une déclaration positivn de ceux qui lui avaient fourni des informations si fausses et si séditieuses ( b ).
(a) Lettre du 3x août.
. Si , comme je l'ai dit, il n*est pas indifférent d'entendre comment le marquis de Prié a raconté cet événement , il n'est pas moins curieux d^apprendre comment les gazetiers étrangers en ont parlé. Yoici l'article e&trait du supplément de la Gazette de Rotterdam^ du ai septembre 17 19* Cette feuille était alors rédigée en français.
it L'exécution du doyen décapité s'est faite sans aucun désordre. Cependant ce doyen est extrêmement regretté du peuple. Il ne fut pas plus tôt décapité , qu*il s'éleva un hurlement q.ui se répandit dans un instant par toute la ville. Lorsqu'il fut conduit devant les juges, et qu'il entendit lire sa sentence, il ne put s'empécber de se récrier sur chaque article et de protester de son innocence. Sur ce qu'il répondit avec beaucoup de feu à tous les articles de la sentence, on lui dit : x Songez u que vous êtes devant vos juges. » A quoi il répliqua, en arrachant un crucifix des mains de son confesseur : «c Voilà l'image de mon juge ; )) c^est lui qui méjugera, et tous les juges de la terre. i> Lorsqu'il fut sur Féchafaud, il y parut d'un visage serein, ets'adressant au peuple, u Je » meurs pour vous, dit il, mes chers compatriotes; je meurs pour avoir » voulu soutenir vos droits et vos privilég^, jurés et renouvelés solen- Mnellement par tous nos souverains; je meurs pour avoir observé reliai gieusement le serment que j'ai prêté en entrant dans la fonction pour » laquelle vous m*aviez choisi, n
» Cependant on assure qu'il auroit obtenu sa grâce, s*il eût voulu si< gner la sentence et faire les autres soumissions convenables à la justice. Dés que l'exécution fut finie, son corps fut enlevé de l'échafaud par de jeunes bourgeois , qui le portèrent dans Téglise de sa paroisse ( la Chapelle ).
(h) Lettre du 7 septembre.
HUITIÈME ÉPOQUE. laS
U ne parait pas que les états» généraux aient eu égard aux réclamations du ministre impérial ; et si le gazetier a été cbàtié, ce n*est, ditil, qu'en apparence (a); car il continua à répéter tout ce qui lui était écrit par les malintentionnés de Bruxelles , et il avait récemment publié des nouvelles fort extravagantes sar l'exécution des coupablfes. Ce sont toujours les expressions du marquis de Prie'.
T» Le lendemain de son exécution , le peaple se rendit en foule sous Techafaud pour ramasser du sable ensanglanté, cp*ou a yenda comme quelque ehoae de précieux. C'cloit à qui en auroitle premier. Un prêtre étranger a donné jusqu'à une pistole pour en avoir un peu.
» Quoiqu'il ne fût qu'un artisan, il avoit une éloquence naturelle beaucoup de lecture et une parfaite connoissance des lois et des 'privilèges de son pajs,qu'il avoit toujours soutenuSymàis arec trop'd*ardeur.
» Ijorsque les quatre autres doyens furent conduits hors de la ville, tout le monde accourut au devant d'eux; et à peine pouvoient- ils traverser les rues, à cause des embrassemens et des bénédictions qu'ils recevoient d'un chacun.»
(f) Lettre du 5 octobre.
ij4 HISTOIHE GÉNÉr.ALE DE LA BELGIQUE.
Congrès de Cambrai.
Une nouvelle difficulté s'éleva entre l'Autriche et la Hollande » et s*étendit aux principales puissances de l'Europe , qui y prirent part ; les unes , par intérêt , les autres , par jalousie. Les détails qu en donnent les mémoires de Neny ^ sont très-préclis^ Une société de quelques habitans des Pays-Bas, dit-il, avait commence à établir un commerce direct du port d'Ostende sur les Inde» orientales. Les premiers essais de leur industrie obtinrent un succès encourageant , qui les engagea à tenter de nouveaux efforts. Les Hollandais virent ces suc«^ ces d*un œil jaloux , et formèrent une opposition formelle à cette entreprise, en s*appuyant des articles 5 6 du traité de Munster , qui , disaient-ils , interdisaient la navigation des Pays-Bas autricbiéns aux Indes. L'arcbiduc , de son côté , soutenait que ces articles ne concernaient que la navigation des Castillans , sans avoir le moindre rapport avec les Pays-Bas.
Cette affaire fut traitée par la voie des négociations ,. qui nVmpécbèrent pas celles de faits. Les Hollandais , dont les esprits étaient très -exaspérés , reprochaient sans ménagement , et même sans décence , les services qu'ils avaient rendus à la maison d'Autriche dans la guerre de la succession : ils passèrent des reproches et des murmures aux violences et aux hostilités ; ils enlevèrent sur
HUrriÈME ÉPOQUE. 125
la côte de Guinée un navire ostcndals , que les sujets de Tempereur reprirent.
Les négociations , qui ne sVn prolongèrent pas moius , furent troublées par des attaques et des Insultes réciproques. Mais Fempereur , pour montrer aux Hollandais , qu'il n'avait pas plus d égards à leurs prétentions que de crainte de leurs forces , érigea par lettres patentes, datées de Vienne le ig décembre 1722 , la compagnie des Indes, sous le nom de compagnie tTOstendcj dont les fonds furent fixés à six millions de florins de cbange , « pournaviguer et négocier auxindesorîentales et occiden** » tale^et sur les cAtes de l'Afrique, tant en-deçà qu au-delà " du cap de Bonne-Espérance , dans tous les ports , bâ- » vres , lieux et rivières où les autres nations trafiquent » librement. »
Cet acte réveilla Tattention et les ombrages de toute TEurope, et les Hollandais profitèrent de cette disposition pour la soulever contre l'empereur. Ils défendirent par un édit à tous les commerçans de leur nation de prendre directement ou indirectement , la moindre part ou le moindre intérêt au commerce d'Ostende; mais ils sentirent qu'il leur serait peut-être plus facile et plus sûr d*emplojer les moyens de conciliation , pour engager lempereur à renoncer à ses prétentions , et ils lui firent proposer , s*il voulait s'en désister , deux cboses très-avantageuses : i<> de décbarger la maison d*Âutricbe des sommes cotisidérables qu'elle devait à la république; :i^ de fournir tout Tentretien des garnisons hollandaises , auquel les Pays-Bas étaient teiius de contribuer , conformément au traité des barrières»
L'empereur, ne irouyant point dans cette proposition une compensation qui balançât les avantages que lui promettait le succès de son entreprise , ne pensa' qu*à cliercher les moyens de donner à cette compagnie de nouveaux encouragemens et de lui assurer de nouveaux succès.
Les intéressés dans la compagnie , voulant , de leur côté , correspondre par tous leurs moyens à la protection que Tempereur leur accordait, convoquèrent à Anvers une assemblée générale , composée des seigneurs', des magistrats et des commerçans les plus distingués de la Belgique. C'étaient les princes de Ligne et de Rubempré , le duc d'Areiiberg , les comtes de Gulembourg , de Lalaing et de Maldeghem , qui étaient à la tête de cette respectable i*éunion. L'assemblée, après avoir examiné les fonds de la compagnie , qui montaient à dix millions de florins, argent de change, nomma deux députés pour se rendre à Vienne, afin de présenter à l'empereur les hommages de la reconnaissance de la compagnie. Maïs les états- généraux, qui voulaient prévenir l'elTet de ces démarches , chargèrent leur ambassadeur a la cour de Vienne , d'adresser à l'empereur des mémoires par lesquels il demandait , au nom de ses mattres , la suppression d'une compagnie , qui , disait- il , devait être proscrite par le principe naturel du droit des gens.
Le conseil de l'empereur examina tous ces mémoires avec le plus grand soin , et en fit une analyse exacte , suivant laquelle les prétentions des Hollandais se réduisaient à cinq chefs.
Le premier était fondé sur l'article 5 du traité de Muns-
. HUITIÈME ÉPOQUE. la;
ter , qui limite le di*oit des Hollandais et des Espagnols relatif à la navigation aux Indes. Les états prétendaient que la navigation et le trafic aux Indes orientales,dont cet article assurait le maintien » devaient opérer un privilège spécial pour la république ; mais à Vienne on réfuta cette proposition par un raisonnement, qui , en posant pour principe , que le dispositif de cet article était général et indéfini, en tirait pour conséquence, qu'on ne pouvait^ en faire une application particulière pour en exclure le souverain des pr^ovinces belgiques ^ qui étaient soumises à la domination espagnole ; et il ajoutait, pour foi'tifier ce raisonnement , que , si Tintention des- parties contractantes avait été de prononcer l'exclusion des uns au détriment des antres , on n eiU pas manqué dç spécifier les objets pour pji*odiiire cette exception.
Le second chef était appuyé sur l'article a6 du traité, par lequel les parties étaient convenues qu'àTégard des intérêts du commerce , les aflaires resteraient sur le pied où elles étaient, sans aucune innovation, josquaceque l'empereur , l'Angleterre et la Hollande en fussent autrement convenus ; mais on répondit à Vienne, que l'objet du commerce , dont il était question dans cet article , ne pouvait regarder que la commnnication réciproque et les droits respectifs des états situés en Europe , et non Tétabll^ement d'une compagnie maritime, à laquelle ce même droit des gens , que les états réclamaient si bautement, et qu ils expliquaient si imparfaitement, donnait la liberté d'aller à ses risques et à ses frais cbercher dans les Indes les ressQurces que la nature y offre i l'industrie.
ta8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
Le troisième clief était basé sur Tarticle prohibitif de la donation des Pays-Bas, faite en 1698 , par Philippe II a larchiduc Albert et à Tinfatite Isabelle. On soutint à Vienne , qu'il n'y avait dans cette prétention aucune apparence de fondement , et que , par cette seule raison, elle ne méritait point de réfutation.
'Les motifs dictés par la raison ne détruisent pas les prétentions suggérées par l'intérêt. Les ministres de Hollande et d'Angleterre soutenaient leur système avec d'autant plus d'obstination et d'humeur , que le conseil de Vienne le réfutait avec plus de bon sens et de modération, et l'affaire resta en suspens.
Le duc d'Orléans, régent de France, réunit ses efforts
à ceux de la Hollande et de l'Angleterre , pour faire
tomber la compagnie des Indes. Il fit publier un édit
par lequel il était défendu à tous les Français de s'iu-
• téresser ou de s'engager dans cette société , sous quelque
' prétexte ou sous quelque apparence que ce fût.
'Cependant la décision de cette importante diSIcullti fut renvoyée à la discussion du congrès , qui s'ouvrît à Cambrai, le a5 janvier 1724, pour y régler les intérêts des principaux princes de l'Europe. L'empereur y ' députa à cet effet le comte de Windisgratz et le baron de Bentenrieder. Le principal objet de ces conférences était de négocier la paix entre l'empereur et le roi d'Espagne, et le peu de ménagement avec lequel le duc de ' Bourbon, qui avait succédé au duc d'Orléans, renvoya riûfante d'Espagne à Madrid, en rompant l'union de l'Espagne avec la France , resserra les liens de l'empereur avecl'Espagne. Cette princesse avait été amenée en France
IfUITlillE ÉP0QT3E. ii^
m witir dn berceau , pour y être éléf^ée , «n utteiidtnt t]ii'elle eût atteint Tâge de pouvoir oonsonuher son mariage avec le roi Louis XV , m^el elle était destinée* Le docde Bourbon, qui pensak^'iltmporlatt'i la France que le soi fût bientôt marié , reiivoya la jenhe princesse en Espagne, trt appela en France, Marie, fille du roi de Pologne , <pii épousa Louis
EAr^gLdonarqaîsdePrié. Accuittiott dirige coatreluLBa jattiticalioti; . tâlettf»ireBp6reur9cdledêiOBflli.Faiti|iaitîe«1i«toi<tppoHiésp«r
le centeiller deNenj. Quelle idéeondoU lelbraierdeeetta
tîon, et de rAdmiabtratioii du nurquU de IVî^«
Le marquis de Prié fc^ npfélé iViwMiJ^.çonnmeûcement de Tan i^aS , et remplacé par le.ÇQmte de Daun, en attendant Farrivée de rarcfaidiicli^speMatie- Elisabeth ^ sœur de l'empereur, Daun arcivt le iS An ▼rier i Bruxelles , et Prié en partît le ^4 'nai* Les ennemis quil sVtait faits aux Pa}»>Bas , le poursuiTÎrent à Vienne. Us ayalent dirigé contre lui une accnsatioD en forme, portanll|a date de Vienne du ag envier i^^^f»* Elle contenait onze griefs , savoir : .
i^ Par six ordres du i$ septembre 1717 jusqu'au 29 mai 1714» l*empereur ordonna au marquis de Prié de remettre les états des finances , et quoique tard il a remis ceux des années 1717» 1719 et 1711 , si informes qu'on
Tll.
i3o HISTOIRE GÉNÉRALE |>S LA HELGIQTJE.
ne peut p^4éduii:se. h v^rjt^ble éti^t d^sfioancesirogcales ni damle reyeAU ni dt^is UÀfffin9e. »
20 Par six autres ordres d,ép4cbé9 ^ menue tempepar le c^seM d'E^ag^ , le marquis àA Prié lut charge de remettre, tovsle&ciiu; im^çonq^tiiB^eMClbelif spéciflcpa de loqs les fçmds q9i soQt en^trëset, «G|k*ti« 4(9^ ^w^s rçyales de quelconque nature et prërç^iytiTie^àf. (|ii«|$ il;i^U,|MiS8atî^ fait jusqu'à présent , 29 janvier i^aS.
3^ Parcîaqiuitaes.aEdsB&9 onpreicrmtai;i.Mtagqnisd9 Prié de chercher et d'envoyer les véritablels copies des instructions ^i^Iqst^ d'Esp^gnç do^qç^.à^llltrs gouverneurs-généraux des Pays-Bas ; et quoique quelquefois il ait cité desarticles.de ce^ iBfftruçtipfflii s^pf^ k r^ xm ^f Um leS;a,pas^^nûaes>i.sui^auD(tqtt'il.ne.les. attpaé^ txouvées , exœptéii^lMi que le roiPhilippe II avait données à Tin. faute Isabelle , qu'il a dernièrement envoyées , et ainsi il est nécessaire de savoir si ces anciennes intructions sont dians léé'ai^èi^es d'Anvers où dans les i^gislres du conseil d'étirt. î
4^ On deiliande remploi dé diverses sommes éeton Fétat des fiilaÂtei^e 'Faùnée lyii, Savoir t;^o,ooo florins, levés du receVeuir klere etc. , etc. '
5«Ori sujjSîJtolfe 'fa province dé Handtfelchàrgée et engagée de 4; ô38', ^89 florins , d'où Pon infère que l'on y im^osëde^Jflbé.grands subsides que ceux que les^ provinces peuvent su|>porter...,.Ilt;on viendrait de chercher pour quçHeic^u$ô ou raison est 'arrivé' cet emprunt, et à quoi l^ôn a employé lesdits capitaux.
•6<>' Vérifier fétat danslequel se trouvent lés piaces et fortificatiows des Pays-Bas ; cè^cpi'oa.y a employé ; le nom
• TfXSmÈUE ÉPOQUE* t3i
iàet troupes i et oe qat^ lenra pbyë ;e0name«!ifl8ice.<itti lâor est dû , et pour qaellee raiseni elle» sont aorri^rées.
7« Todcliftlit les amodiation» , cAepëeialeiMeiit oelle du 'BÉnJumt , FoB y tupposeansii qaékjoe mal^eMilion , ei; 4NiiiiiDe le marqnis de Prie 6tà de l'admodiatiéii du Bradant les 4iS$oeiat$ d'un LEëgeai» qnel'aé wmÊÈgfb&i étrp de «ft confinooe , il est néCMatiie de ^roaveif lont€e qtii 8*eSt passé à cet ëgard » conâine a«st de saroir ceox.quiant ivnfplacë la part «{U^avaientles aasoeië» àm Liégeois^
^ On a supposéquelé liiarqniS'dePrîrf a vOulii protrf- ^et la eompagoie qtK' l'on £mnai tpour £uure la pèclie aux cfttes de Blanckeoberg, Ofalende et Nièuport, et aiéne
il n'apasTOoluaccqpIteiiimeeoÉkj^girie^paiAKlilièrevil^ il Ta dégoûtée y en laiaideévdBBtroBtroi^^uleBpent*poèr
tHÂè ans... Les Holknidâîs' tii«bt du p»f» apo,ooo p(sfoies par an pour le poissèn srië et £nus'.qti^ils« y amènent ; - i
^ On dëBIte que le marcpiis dn Prié asvalf pernkis que If on labri^fli pi^bliquement de la nionHaie aà coin de Fmnceà Atfve^poor la somme' de quavaiifte nsAKons , €t que lofsqne' eeux de la chambre ÙKntamiafkeà àment obtenn d^y aller J^rebdte'des informations aor fce désordre , lemarquisde Prié donna ordre>aai fiicàlét auseerétain» dn tribunal de retourner i Bruxelles. On annonOe qu'il y avait qoatorze<86tis^de Brabant de gàiii àchaqne pîstole , et que l'on' fabriquait encore die la monnaie A impers et à Malines»
10^ Sur le principe que Toba rendu là (aux Pays-Bas) pas seulement les emplois que le gouTerkiement oonfârait , mais ceux doht sa majesté s*eiè réservée la provision par
1 3a HISTOIRE GÉNÉR AtK DE LA "BELGIQtTt*
la conêulteqai ëtait à la disposition du marquis dePriJk On ajoute eiftore qu'une personne , nommëe Sckockaert ^ que sa majeslë a nommëe k la majoritë 'des bourgeois de Bruxelle», 'refusa de payer sept ^œnts pistoles , et que •pourceia^ il né fut pas expédie , ni sa nominattontîflectuëe , -et que le'facteur du marquîsde Prié , qui est ttnPiëmontais et son médecin , lui dit quSl pouvait en •écrire , s'il foulait, au prince gouverneur, -«te. ;
I i^EtcommerpIusieursavis'font mention que latn^ne i:hose s'est pratiquée i l'égard de la provision des bénéfices 'ecclésiastiques , et spécialement que Ton a vu dans une maison des billets d'un >abbé pour plus de 'huit cents pistoles , et que ledit abbé aurait obtenu sa nominsition ^e sa majesté par recommandation du marquis de Prié , et tjue les parens de l'abbé cherchent la somme pour en faire le paiement, il est nécessaire^e déterrer avec adresse la vérité de ce cas.
Tels sont le griefs imputés au marquis de Prié , extraits à peu près textuellement du mémoire justificatif qu'il rédigea'pour être présenté à l'empereur. Ces griefs y sont insérés i mi«marge , et le marquis yxépondit dans la même forme. Ce mémoire poHe la date du 8 janvier ij%6* Sa mort arrivée le ra du même mois l%mpêcha de le présenter lui-même i l'empereur , comme il se le proposait, et comme il l'annon^ça dans la lettre destinée i «ccompagner le mémoire. C'est le fils de ce ministre qui l'adressa à l'empereur par une lettre sans date , et qui ne doit être postérieure que de peu de temps à la mort du marquis.
J'ignore s'il est intervenu une décision souveraine sur cette grave accusation ; du moins, dans toutes mes re-
«Heiches , fe n'ai pu en découvrir aucufle« Si TaMto* rite n'a pas prononcé , je ne pense pas qu'il appartienne* k Fhlstoirede porter un Sagement smr' une matière anssf délicate. Je me borne donc à insérer ici la lettre i l'empereur f c[ue le marquis dePriéayait rédigée quatre jours avant sa mort.
» Sire ,)eranetstrèhrespectueusemenlentre les mains V de Yotre majesté le mémoire que j'ai- formé en réponse » de celui-que le comte de Sinzendorff ^a communiqué , » consistant en onze chapitres >, que me»ennemis ( ou pour 3» mieux dire , ceui- de TOtre majesté ) onfrformés contre « moi, s'eflbrpant par li- d'attaquer l'iiennenr de maeon- » duite. ..... Il n'y a point de crimes , sire , qu'on ne -m'in*
» pute. Si j'avols eu les mêmes règles dans ma conduite » que ceux de cette cabale qui s'est formée contre le gou- » Temement de mon temps , ont eues i me calomnier , H* » fiindroit que je fusse le plus scélérat des hommes. Mais^ »• grâces i Dieu , qui m'a toujours assisté de telle sorte » que je ne suis jamais tombé dans des crimes si abomina^ » bks. Sire , je parle i votre majesté avec les pieds dans a le tombeau , et par conséquent avec l'idée d'un homme » qui ne sauroit plus espéser pour sa personne les récom- « penses qu'il lui est naturel d'attendre , après que votre* » majesté auroit été entièrement détrompée. Les effets. » de la persécution que je souffre •m\>nt réduit dans ce- •- misérable état où- je me trouve ; et i peine pouvois»je »>tant soit peu respirer , que j'ai fiiit mettre au net le»
»- mémoire» que j'avois minutés pour me justifier Vo«
» tre majesté y verra qu'on* me fait des griefs daqs de» » choses qui ne dépendoient pas de mon emploi ; elle
f 34 HISTOIRE GéffÉRALB DE LA WLGIQUS.
» vorra qu'on me traite de voleur dan» des parties de mil* :> lions , et elle y teonvera riai|K>ssibilité qu'il y atoit d» » le mettre en jwaUque , quand même î*eusse em df& » inclinations confoi^mey à P^Uesqile la calomale suppo$is.' )v Votre majesté y terru qu'op me fait passer pour un » traître dans un cas où la puissance avec laquelle on pvé^ » teu4 qi^e j'ai çcmtar^të aux dépens 4^ 9es iutéréU , n'a- » voit rien i achf^tei^, ni moi à. vendre* Votre majesté veripa » qu'on me traite de faux monnoyeur dams Le temps que » j'^ fait mon possible fonxc déraciner (^ crime» Votre » majesté verra qiie potir augmenter mes crimea f on » m'en fait un d'avoir persuadé les états des provinces ^t d'accorder des su})9[de9 plus con3idéral)}es qu'on n'avoit » jamais fait , sans faire réflexion à la di^Téxieiice qu'il y a n entre accorder et imposer. Votre majesté verra qn'on » mattribuela vente de tofuslçs emplois de sancnninationt i» sans faire réfle^ioa sur les deux trii>unaul^ qui ont donné » leur ee/7ie5 (avis) avan t moi sur le gouvernement général » etsnr le conseil suprême qui ont fait en après les lenra» i>. ppixr qu'elle dispg^s^oiten faveur dp qui elle voudroit» » et sans réflécliir que j'ai pris de telles me^nres en. h-^ » veur. de ses finances « en cbangeant si fort les emplois ^ r* qu'il étoit imppssi)>le d'y faire le n^oindre profit, a
Dans la lettre qu/e le fi|s du marquis 4e Prié adresse à l'empereur , il s'er^prime ainsi :
>! ^e 9 le dérangement de la s%nté de mpn père , Cfin9é » parles fsitigues.qn'il a souffertes pour le service de vatre > majçsté , l'avoit i^nit dans un çtat si misérable , qu'il « n a pu résister davantage aux effets de la persécution la » plus outrée , à laquelle il a succombé par une mort an-
HTOTtillE ÉTOQUE. iSS
tîripée , qui l'a empécfaë de pvéMnIer laî^méfliie à totre majesté k cî-joîiit mémoire , ^qoi eiptiqne la eoadnite pendUnt son adaunitCralmi aux Pajs»Baf.é.«*«« La &• mille da maitjais , dit*il , en finiaisnt , doit donc «ttea* dre des effets eorrespoodansà vnmoaarqiie si juste et si grand et à la réparation de rhonneor de son père.»
Un manuscrit que fat en ma possession » et dont Fantenv est le conseiller de Neny , afec lequel le marqnis de Prié avait entretenu cette longue coivespondanoe-an sojet de rafiaire de la barrière , contient quelques traits qui ont rapport i Tadmitiislration de ee ministre » et A quelques-uns des chefs dVioousation que j'ai rapporta plus haut.
Quand le marquisde Prié arriva aux Pa jtBak , la eour était indémesur le systAine de gouvemenient qu'elle y établirait. Le marquis créa d'abord deux juntes, la première pour remplir les fonctions du conseil privé , la seconde , celles do conseil d'élat. L'une était constamment en activité , l'autre n'était en exercice que quand die était convoquée*
La formation de cette seconde junte doma lieu a des dém^s et à des brontUerîes entre le marquis de Prié et le duc d'Drsel , l'un des seigneurs les plm distingués de son temps ,' qui , sentant toute sa dignité , aurait cm dégradersonnomet son* caractère, s'il s'était^ commequdqnes antres, servilemeoi plié à la volonté et i rhumeur despotique du marquis* Le duc fut nommé le premier avec un autre seigneur, et le marquis^ en nomma successivement de nouveaux , toujours deux i deux. Peu
i3^ EI8T0IRB GÉMÉKALK DB LA BELGIÇOT;
de temps. après, le marquis fit ôonvoquer une assemblée > à laquelle le duc ne fut.pas appeLé. Celui-ci fit demander à riiuissier pourquoi il ne l'avait pas contoquë. L'huissioF rëpondil qu'il n'en avait pas eu Térdre. Le duo se fiàcba » se vendit A l'hôtel du marquis^ ae présenta à la porte de la junte pour assister à l'assemblée». L'buissier lui dit que les membres étant en séance , il ne pouvait introduire qui que ce fût* Ledue éclata , et força Ibuissier à l'annoncer • Le marquis, fit dire au duc que la séance allait être termip xhi^f et qu'il le- forait convoquer dans d'autre» occasiona» Le duc se sentit de plus en plus offensé , et depuis ce mo* ment U fut ouvertement brouillé avec le marquis. Quand ou en est venaà ce point , lea moindres chose&indLsposent» Il survint de petits incidens qui ackevteent de les brouik 1er pour toujours. Le maorquis availnldes instructionsaeerites t qui l'obligeaient à tenir cette conduite , comme l'avance Neny ? cela est possible ; si: le marquis: avait pu les lui faire connaître, le duc se serait apaisé , ajoute-t*îl : cela est encore possrble» Mais il se mit dan» l'esprit que le marquis l'avait écarté de dessein prémédité pour l'humilier. La conduite du marquis fut cependant approuvée par l'empereur. Mais il était alors dans Tintime faveur. 11 ne pouvait donc avoir tort. C'est ainsi qu'il se fit du due d'Urselun ennemi kxéconciliable , qui, s'il était dana le moment réduit au silence , pouvait dana la suite lui susciter de grand» embarras. C'est ce que k marquis » aveuglé par sa bonne fortune, ne considérait pas alors^ Mais il aurait dû penser du moin» que si le ducd'Ursel ^ qui Jouissait si justement d'une grande influence dans la noblesse et dans le peuple , était trop grand pour se ven»
HUITIÈME ÉPOQUE» t37
ger de soa ennemi par de lâches accaaations , les antres seigneurs , se croyai^t offensés dans sa personne , pourraient saisir roccasion de punir celui dont les hauteurs avaient plus d'une fois blesse leur amour-propre. Celte querelle personnelle, peu importante en apparence, devint la cause commupe de la noblesse ; elle devint celle de la nation , dont le duc^ sans chercher la faveur populaire, avait cependant su gagner l'affection par scm afliBJ>ilitë et sa bienfaisance.
Tout , dans la conduite politique et privée du marcpiis de Prie, tendait au despotisme. Le conseil suprême (a) , dans lequel il voyait un contrôleur et un censeur de ses actions , le gênait singulièrement. Si le marquis de Prié ,* dit le conseiller deNeny , avait pu étouffer le conseil su* préme , il Taurait fait de tout son cœur. Ce conseil àub* sista pendant quarante ans , et il a toujours été un leviin de discorde pour les ministres, qui souffraient de le trouver dans leur chemin : ils auraient voulu avoir eux seuls le haut du pavé. Ce sont les expressions du même conseiller.
L'empereur avait donné des ordres réitérés au marquis de Prié d'envoyer les anciennes instructions des gouverneurs -généraux. Mais il a toujours pris pour prétexte qu'on ne pouvait les trouver. S'il l'avait voulu, la chose était fiaicile , dit Neny . Mais le marquis craignait qu'on n'en tirât des dispositions qui eussent mis des bornes i l'autorité du gouvernement-général.
Le subside en Flandre était réglé par un nombre de ra*
(a) Les lettres patentes de rérection deeeconieiJ sontdat*' avril i?!?*
tia HiS^rOiRE GÉNÉRALE DE LA BELGFQUE.
lions «haque jottr, de>cifiq sous chaque. Le marquis- Gl tant €01717, qu'il engageâtes états de cette ptovince k accorder vingt mille rations par jour ; ee qui faisait un^ million huit cent TÎngt-cinq mille âm*ins , et c'eat en efiet. la somme qui fut portée dans son état de i jrâi u Le conseiller de Neny raf^rte qu^il le félicita de ce succès ; mais qu'il fallait réfléchir que si cette province continuait surce pied , elle se «ruiiierait iiifaittiUefmeiit. La ménie somme fut encore accordée pour deux années^ Mais l'événeipent justifia ce* que Neny atait prédit. La protince se^ troûTa épuisée ; les lettres dé chan^ i sa charge furent protestées , les négocians et les porteurs Fattaquèrent et l'accablèrent de toutes parts. Ses dettes montaient à plus d*un million trois cent mille florins. Sd faillite était cCrtaiiie«.MUîs Prié ^ qtfi s'était fait un grand mérite d*étre parvenu à obtenir ces trois grands subsides , fut obligé dev traiter avec les intérei^és , en arrangeant les paiemens par: années. Ces sommes n'étaient pas encore liquidées en lySo.
Yoili , dit Neny , le fruit de semblables opérations , qui détruisent l'arbre dans sa racine , au lieu d'en recueillir les fruits annuels.
Le marquis avait eu envie d'en faire autant en Brabant , en proposant aux états Pexemple* des Flamands. Mais Tévéque d'Anvers , Sierstorfi*, lui répondit que s'il fallait faire vivre le gouvernement , il fallait aussi laisser vivre le peuple , et ne pas manger en une année ce qui doit fournir ]a subsistance pendaist les suivantes.
Ces différens traits , épars dans le manuscrit que fai cité , peuvent jeter un certain jour sur lés chefs d*accnsa-
msmtuE ÉVOQUE. il»
tîon auxquels Us ont pins ou moins de rapport » et fls m'ont paru mériter d'autant plus d'attention , que Tautenr , qui avait une parfaite connaissance de toutes les af* iaires traltéies sous ce minittire mémoraUe , en parie avec modération et impartialité , sans aoception de personnes , sans esprit de parti. On voit qu'en somme, il trouve plus & blâmer qu a louer dans TadminUtrationdu marquis de Prié.
Ce ministre et son fils veulent insinuer i Fempereur que cette accusation on persécution , comme ik disent , n'est cpe l'œuvre de ses ennemis ; que tous les torts , tous les crimes même qu'oti lui impute, ne sont iqne des calomnie^ invitées par une cabale qui avait yuié sa perte. Il est vrai en eflfet que le marquis de Prié s'était fait un grand nombre d*ennenils dans la classe delà noblesse par sa bantetpr et son ton absolu , et que tous ces seigneurs , dont l'orgueil avait été blessé , crurent , après le nppei du ministre, que le moment de la vengeance était venu ; mais ils se livrèrent trop peut-ét;re aux emportemens de leur haine , qui imputa au ministre disgracié tous les cri* mes qu'il pouvait avoir commis ; et ne voit*on pas souvent c[ue les opérations d'un ministre en faveur , qui sont exal« tées comme des actes dignes d'éloges et de récompenses , sontblâméçs comité des crimes dignes de supplices dans le même ministre en disgrâce? Les ennemis àa marquis de Prié l'ont trop chargé ; c'est le cas de dire que qui prouve trop ne prouve rien. Un fait présenté comme vrai, mais reconnu faux , parce qu'il est dénué de preuves suf- Usantes , porte à soupçonner ou à craindra que câux qui en paraissent appuyés , ne soient également Ssait on au
i4». HISTOIRE GÉKÉââtE DE LA BELGIQUE.
iiioin» exagérés. C'est, ce me semble, la mauvaise marcÏK^ qu^ontsuivielesaccttsateilTS dUmavquisde Prié.
S*il étai4 permis de scruter les intentions de-ce ministre, je dirais>que son zèle pour le service de son souverain était le grand mobile de toutesses démarches et de toutesses entreprises ; mais je croirais devoir ajouter que cezèle, louable quand il est contenu dans de justes bornes, l'a égaré, étant poussé à l'excès, au point que dans tout il nevoyait que le souverain^ sans considérer que Ie*devoir d*un véritable ministre est de concilier les intérêts du peuplé^ avec ceux du prince; et que celui-là méconnaît singulier rement ses devoirs , qui , pour servir et flatterie prince, foi^leet accable le peuple. Cest , je pense , et cet excès dezèle y mal entendu , mal dirigé , qu'il faut attribuer engrandepartie les fautes de celui*ci.
Si l'on considère d'ailleurs les circonstances ftcbeuses et difficiles-eù il s'est trouvé , on concevra aisément qu'il' lui était impossible de ne pas faire un grand nomlwe demécontens. Les finances étaient épuisées, le gouvernement décrédité : il fallkit cependant subvenir aux paiemens con* sidérables qu'on devait feire aux Hollandais , qui ne donnaient pas de rel&cbe. Les moyens violens que le minis* treprit pour se tirer d'embarras , durent nécessairement aigrir tous les esprits , et l'exécution d'Anneessens mit le comble à l'indignation publique. Cest ainsi que 1& dernière goutte fait déborder le vase. Le sang du malheureux Ânneessens criera toujours contrôle marquis de* Prié* Anneessens était coupable sans, doute ; m^is il faut convenir que la vengeance fut cruelle ; et quel autre nom pourrait-on donner & cette condamnation , qui est vrai-
HUITIÈME APOQIIE. 14 1
«dent le fait du marquis de Prié ? Gir elle est bien plutôt l'ouvrage de la vengeance*c[ue de la justice ; et ne peut-on pas dire aussi quesi l'on doit Mftmer un excès de sèle dans le ministre , on peut excuser dans Tautre un excès de patriotisme ?