VI. II
iCa HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
berland , s arrêta dans les environs d!Anvers , où il attendit pendant deux mois Fissue de la révolution dans laquelle l'Autriche et l'Angleterre avaient précipité les Hollandais , pour engager ces républicains à se donner un chef , qui , en réunissant dans ses mains les rênes du pouvoir , donnât plus d'harmonie et d'activité à leur gouvernement. Cette inaction des alliés favorisa les projets des Français, qui en profitèrent pour pénétrer dans la Flandre hollandaise , où tous leurs pas sont marqués par des conquêtes. La soumission de cette province est suivie de la prise de l'Ecluse et du Sas, d,e Hulst et d*Axel, qui furent soumises en moins d'un mois.
Les alliés faisaient de courageux efforts pour résister aux entreprises des Français , qui s'étaient portés dans les environs deTongres, comme s'ilis avaient eu Fintention d'assiéger Maestricht. Les Français attaquèrent les alliés le 2 juillet (1747) à Lawfeld, près deTongres, où, après un combat meurtrier, la victoire couronna leurs efforts. Cesétonnans succès enhardirent les vainqueurs â teûter une entreprise dont l'idée et plus encore le succès surprit toute TEurope : c'est le siège de Berg-op*Z>oom. Cette ville, devant laquelle les plus fameux capitaines avaient vu échouer leurs efforts, le prince de Parme, en i588 , le marquis de Spinôla, en 1692; cette ville , défendue par ^une nombreuse artillerie et par iine forte garnison , protégée par une armée formidable ; cette ville , fortifiée par Cohorn ; cette ville, que toutes les nations regardaient comme imprenable , est assiégée et emportée par le comte de Loewendahl. « Le bruit » de cette chute, dit le panégyriste du comte de Saxe,
» retentit dans tonte TEuyope. La Hollaaile i^onvantëe M tremble pour ses états. UAutricbe et TAngleterre con- N naissent alors qu'il n'y a point de barrière qui puisse > arrêter la fortune de la France. »
Maurice forme un nouveau projet, et par des mouTemeus combinés, par des marobes savantes, il inquiète les ^liés déconcertés , qui ignorent quel est le poste qn*ils doivent abandonner, (foA est celui qu'ils doivent défendre. Toutes les babilea manœuvres du comte de Sase , dont les alliés n'avaient pu deviner le seeret ni le but , aboutissent au siège de Maestricbt . Cette entreprise alarma si vivement les Hollandais et les Anglais*, qu'ils- réA>liirent dé faire la paix à quelques conditions que ce fit. Us adressèrent à cet effiet des iustnietions à leurs ministres, qui signèrent le 3o avril è AixJa'-Cbapelle , les articles préliminaires avec le ministre de- France , sans la participation de celui de l'impératriee. •
Le comte de Kaunitz , qui sentit qaun procédé aussi peu décent compromettait son caractèrelet'sa dignité, adressa une protestation contre cet acte -aux ministres de France , d'Espagne , d'Angleterre et de HoUan^e. Mais l'impératrice , maîtrisée par les circonstances , «rs^t avec raison qu'il n'était plus temps de- disputer 'snl^tétiqu^tte, et qu'il était plus prudent dè^ dissimuler -que d'éclater. Elle prit donc le parti d envoyer^ sansbmit et sans contestations , un pouvoir absolu au prince' ^e Kaunitz, qui signa le ^5 mai un acte.d'aqpessioti aux préliminaires , par lesquels d'ailleurs on rendait les Pays-Bas à F impératrice. Cet avantage avait 'd&<liifr rendre moins difficile sur un point qui ne blessait q^ic 1e*8 convenances. .1
t64 HISTOIRE GélfÉHALB DE LA BELGIQUE.
Un annistice fut sigpë le méSae ]ùnt : MaestricM en fiit excepte ; mais , comnie il eut été non-seuleoient inutile , mais cruel de rdpandrç le $.ang , i&ns le moment où l'on posait les bases de la paix , le duc de Gumbertand envoya un oi^cier dans la place , qui iut remise le lo mai aux troupes françaises par une capitulation honorable. ' ..Le traite définitif fut signe ^ Aix-la-Cbapelle le i8 octobre 174^. Les intérêts de toutes les puissances belligérantes y furent stipulés.
Le traité de Westpbalie de 1648 , et tous les ti^aîtéi importans „ conclus depuis cette époque y furent renouvelés (art. 3).
Les Pays-Bas (axt« 6) furenta*estitués k Timpératrice, tels qu'elle les avait possédés avant la guerrç , avec cette restriction, « que les places des mêmes pays dont la son- » veraineté appartient à S. M; , et dans lesquelles 1^ » étàta-généraux ont droit de garnison , sepaient éva- H cuées aux troupes de la république «. Les TÎUes 4e Maestricht et de Berg-op-Zioom furent restituées aux .états* générant, arec tout ce qu41s possédaient ayant la . guerre dans la Flandre hollandaise et dans le Brabant hollandais , étb.
Les' papiers» et dôcumens qui s étaient trouvés danfles pays restitués, devaient ( art. 11) èlre délivrés de bonne £01 , au plus tard deux mois après Técbange des ratification», en quelque lien que œs papiers pussei^t se trouver, . nommément ceux qui avaient été transportés dés ar- ^hîvtts du grand-conseil de Malines.
Les différends touchant labbaye de S^-Hubert, les enclaves du Hainaut et les bureaux nouvellement établis
HXJITlÂllIE ÉPOQUE. leS
iièxiê Itê Pays-Bas ^ furent ( art. i8 ) redToyrfs i des corn* mis6âires.
Toutes les puistances iutéraiséea au Imité qui avait {aratiti la pr^gmiiUqiieiNiootiiOn ^ renouvelàrenf {v%^ % i ) eette garantie. ' ' i
Ce lut doac à cette époque/ que « TEurôpe (ce sont
> les expressions du traité ) vit luire le îov ^e la Pré* «YÎdeaee avait marqué pour le rétablisaemieat de son
> repos, et Dieu, dans sa D)iséricorde, fit connaître à tou*
> tes les puissances la voie par laquelle il voulait qu'elles « rendissent la tranquillité aux peuples qu'il a souuua à » leur gouvernement. »
Gtfntrerfaeltatffit et adttihkf«trâlitiii de Marfe-Tliërèsé. -^ CHaiigMneiit <Uii0 leri^me de la Flandre,'^ héSortaeà dàha les regM^epi prorin» ciauxet nianidpauz<— AfTaires ecclésiastiques : office de Grégoire Vn interdit ; censure sur les livres. — Edit sur radmissioh à la profession reAgiéuâe. -^ f nstt^ction pabli({ue : anitersité de Lbuvain ; collège», fta|i{ft-es»ioii de la leçofa de diàleellqiiè. Acadéttûé nàllltalte ii Anvers. Acadétaiie des sciences et beUfes-lettret de Bruxelles. Pein. tare, sculpture, gravure, architecture. Etablissement des pensionnats et des collèges. Commission royale dek études. Plan d'études. — Statue engéeà firdtellês àù âdcèharles dé Lorraine, tfortdè ce piùieew — Mert de
Le temps qui a suivi la paix d'Aix-la-ChftpeUe , est peutêtre l'époque qui fournit le moins de matiève à L'histoire , parce qu'il est le moins fécond en guerres et eu révolutions. Mais cette époque n'est pas celle qjui #0j:elespec-
i66 HISTOIRE GÉNÉRALE OE^LA BELGIQUE.
moins agréable , s'il n'est pas le plus varié. Je croirai donc avoir d'un seul mot , tracé Thistoire de cette partie du règne de Marie*Thàrèse , en disant : les Belges furent heu* reaxi et Ton nis peut pas dire , comme madame de Staël le dit de la monarchie autrichienne en général , que c'est le bonheur dir sommeil. Les Bdges étaient heureux , et ils le sentaienti *
Je' me bornerai donc à présenter quelques détails sur les principaux* objets ^'administration qui ont occupé la grande pensée de cette auguste princesse , afin de donner ieulement une lidée de son gouvernement.
Le gouvernement des Pays-Bas était à cette époque une monarchie absolue, tempérée par des lois municipales Irès-populaîres et des privilèges politiques très -étendus. . .
Marie-Thérése'prodta des premiers momensoù la paix avait rendu \% repos à l'Europe pour rétablir l'ordre dans ses états , et Tadministration des Pajrs*Bas devint l'objet spécial desâ sollicitude. Les loisirs de la paix , dit avec. vérité un de ses panégyristes, ne furent pour elle ({u'un nouvel exercice de ses talens , de sa sagesse , et le triomphe de s» bonté. Toutes les parties de son administration portèrent l'empreinte de son génie et de ^^s vertus.
Depuis deux siècles ces provinces avaient été le théâtre delà guerre. Elle n'avaient eu qu'un' intervalle de vingt<;inq ans de repos, depuis le traité de la barrière jusqu'à la mort de Charles VI. Les provinces et les villes avaient été obli- •^'éeSpoùr faire^face aux charges publiques de faire des le- \ ées considérables d'argent,dont les intérêts n'étaient pas exactement pa^^és.Le gouvernenient fit des réformes et
mnTIÈME ÉPOQUE. 167
des réductions salotaire» dans les dépenses , afin d'alléger Je poids des impôts. Il prescrivit le remboursement successif des rentes au moyen de fonds d'amortissement annuels.
Après avoir ainsi réparé , autant qu'il était possible dans les circonstances , les maux qui affligeaient l'état , le gouvernement établit sur des principes fixes un système uniforme et régulier d'administration.
L'auguste princesse fut secondée dans ses travaux par un prince dont la mémoire sera éternellement cbère aux Belges {a) , et par des ministres et des conseillers babiies , dont, les noms ne sont jamais prononcés qu'avec respect (b).
Le gouvernement de Marie-Tbérèse a été doux, sage et ferme tout- à-la fois. EUe'a respecté les droits constitutionnels de ses peuples; elle a réformé ou plutôt corrigé lès abus locaux, sans violer les principes , sans contrarier les opinions, sans toucber au fond des institutions , sans nuire aux droits des intéressés. Je suivrai ici , non l'ordre des années , mais celui des matières.
La province de Flandre subit un cbangement dans sa régie intérieure ;mais c'est par une erreur commune a tous ceux qui sont étrangers à la Flandre ou à
(a) Leduc Charles- Alexandre de Lorraine.
(6) Le comte de Cobenxl et le prince de Stbaremberg, ministres plénipotentiaires ; le comte Patrice de Nenjr, successiTementtrësorier-géneral des ânances , conseiller d'état et chef- président du conseil privé; le baron de Cazier, conseiller d'état, trésorier- général des finances ; de WaTransi conseiller d*état, président de la chambre des comptes, etc.
i6a HISTOIRE GÉNÉRAL!; Dfi LA BELGIQUE.
rbîstoîre de sou adinînUlratîon , qu'on a sott^est àiï que la conttitttiion de la Flandre a^ait aubi des cbangemens notables en 1754* Ce changement n'a rapport qu'à la. contestation sur le droit de concov* rir â la direction et administration des affaires et intéréU de la proî^inee , entre les ecclésiastiques tt les villes de Gand , Bruges et le Franc , d'une part ; et les autres villes^ chftteaus » pays , offices on mëtieri, d'autre part. Le gouvernement ne faisait pas senlement convoquer à rassemblée générale des états appelés pour délibérer sur les demandes des subsides; il y appelait également ces villes , chfttellenies , districtë etc. ^ que 1 on désignait sous la dénomination d'administrations subalternes. Mais ces administrations n'avaient quir le droit de donner leur avis consultatif snr la demanda* C'étaient le clergé et les trois autres membres qui décidaient. Cet ordre de choses paraissait peu conforme aux règles de la justice distributive , et les adminbtrations subalternes en adressèrent dans diffisrens temps leurs plaintes au gouverneikient. Sous le règne des archiducs, elles avaient demandé d'avoir voix décisive avec les ecclésiastiques et les membres, on bien avec le membre particulier auquel elles ressortissaient. Ces princes, par un règlement du 19 septembre i6i4 « statuèrent provisoirement qu'elles devaient se contenter de donner par écrit leurs auis et opinions déUbératives^ et que les ecclésiastiques et les membres prendraient la résolution qu'ils trouveraient convenir.
Ces administrations interprétèrent cette expi*ession de voix délibéra tive dans un sens qui leur était £ftVorable,
HUITIËMB ÉPOQUE. 169
C€tl4-dtfe , comme devant lear donoer une iflneaot réeUe dans la dëoiaiéa des aflaires. Mai» cetU alerpré* tatîon ne fui point adoptée , et lent avis Nsta prônent co^tttltâtif.
ElleIretaiOuvelèreiit leurs représentations son le règne de Marie-Thérèse, et elles furent mieux aecnelies. Ellei offrirent une augmentation de subsides» et dSt ce ^i donna du ]^oids àleur demande. Depuis le traitdi'Utrechti le subside de la Flandre n'avait été portée Anée oomailne» t|tt'i 46tze mille rations par jour ; elles poposèrent de consentir un subside fixe de dix-huit mile rations , ce qtii faisait annuèUemenl une somme d'unnillion six cent qttarante-deux mille eîn<{ cents florins indépendamtnent des subsides accordés tous les ans por rentretien de la couï du gouverneur-général, qi était de deux cent quinae miUe florins.
Ce n'est pas toutefois cette seule considéraion qui détermina rimpératrice à leur accorder leur dinande. Le gonremement était mécontent de ladminifiration des états tels qu'ils étaient constitués. La provine était obérée de quatorze millions de florins^ dette prcrenant tant dn définit d'ordre dani la perception que à celui d*é* conomie dans la dépense. On sentait d'ailleu* qu'il était injuste d'exclure du droit de voter les imp6l ceux qui y contribuaient pour la pluà grande part.
Les réglemens provinciaux et municiiaux avaient partout besoin de réformes. Le gouTen^ment , qui , pendant tout le temps que dura la guerre coitre la Prusse» dépendait en quelque sorte des états et les villes pour en obtenir des subsides extraordinairesi avait dû mé-
170 iiSTOIRE GÉNÉRALE DB LA BELGIQUE.
nager oeaorps si jalonx de leur autorité. Mais quandt cette cofiidératiou eut cessé <]^exi8ter ayeo les drconstauce qui l'avait fait naître , le gouvernement exécuta on plan de réforme , qui ne tendait qu'à l'améliora^on du régime provincial et municipal. Les états et levilles jetèrent, comme on dit, les hauts cris, et adressèxnt des plaintes , des doléances et des réclamations au gouvernement ,comme s'il avait voulu porter atteinte à lurs droits et à leur liberté, prétendant même que le gouernement n'avait pas- le droit d'imposer des réglemens jleurs administrations. Cependant le gouver> nêment ne t>ulait qu'établir- dans le régime de ces admi » nistrationses réglemens d'économie que réclame le bien public ; mai ils ne touchaient en aucune manière à leur organisatioi intérieure. Les états prétendaient néanmoins « que les dtpositions faites par le gouvernement étaient » dans le drtit, contrairesà leurs constitutions, et qu'elles » leur ètaieit des pouvoirs inséparables de leur qualité » de corps (iétat. Leurs représentations étaient en partie N fondées su ce qu'on devrait regarder les corps des états » comme demnt , en vertu de leurs constitutions , avoir le » libre maniment des deniers publics ; que , dépositaires » nécessaires le toute autorité dans cette matière , c'est i » leur seule dscrétion et prudence que le gouvernement » doit s'en raporter pour ce qui concerne la maniance et » admînistrat^n desdits deniers; que limiter les sommes » qu'ils peuveit employer, déterminer les objets de dépen- » ses qu'ils peuvent faire , en rappeler l'emploi à la surveil- » lance du gouvernement , c'est renverser leur constitua » tion , et s'immscer dans des affaires que leurs privilèges
HUITIÈIfE ÉPOQUE. 171
» leur confient nécessairement en entier et sans limita- » tion. »
Le comte deCobenzl , croyant yoir dans ces reprësentations une fausse application des principes omstitution* nels , que les états interprétaient entièrement en leur &• veur, voulut une bonne fois y mettre fin. Ce ministre a été sansjdottteun des pi us éclairés qui ait administré les Pays- Bas. Mais, il faut en convenir, il se faisait assez pende •empale de méconnaître et même de braver les lois constiiwtionnelles f qu'il paraissait regarder comme de vains titres qui ne pouvaient gêner ni limiter Texercice de la puissance absolue du souverain. II fit donc une réponse as* sez sévère aux étata d*une province, réponse qui pouvait être appliquée i tous. Mais était-elle fondée en droit et en raison? On en jugera.
» J'ai de la peine à concevoir , messieurs , dit-il , que » vous ayez pu vous méprendre jusques i insinuer des pro- V positions et des principes aussi contraires à l'autorité de » sa majesté, et jusqu'à en faire en partie la base des lepré- » sentations que vous adressez au gouvernement. N'estKse n pas au souverain qu'appartient, dans toute sa plénitude, » et sans concours ni partage , toute autorité législative i> en matière d'administration ? et vos attributs ne sont-ils » pas , dans cette même partie , d'exécuter avec zèle et » ponctualité ce que le gouvernement juge convenable d'é- • dicter ( a ) ? »
n Ce que vous exposez comme si on renversait vos
(a) Mot'QsUë dans lei ehancellerieft des Pkjs-Bat pour dire ordonner^ d*«ttfvicikt lemotédityqui équiravi à ordomumoe.
171k HISTOIRE GÉCrÉfiAt£ 08 LJI BELGIQUE.
«» toustiiutîoiis 9 et la réclamation que toIis faites de xo& » privilèges , ne dolvesit par conséquent pas sealement w être regarctéa comme destitues de tout ibndeàient, mais » encore comme trè8>*déplacés et même répréhensiblea ^ » a je kie me persuadais pas que voils n'avez manqué que % par ufei défaut de réflexion , et que , plus attentifs doit rébaTant , voua éviterez de tomber dans de setabUMea » inconsidérationi. «»
Il résulte des principes exposés dans cette dépécbeqne l'autorité législativeen matière d'administration, quel'oii appellerait mieux peut-être ^ si Vexpression était usitée , autorité «élémentaire , appartenait au souverain* Cest Une attribution que les états ne contestaient pas. Mais quand , dans un règlement « ils croyaient voir la violation d un principe constitutionnel , ils se croyaient autorisés à rédànler contre l'infraction* C'est un droit qu'on ne pouvait aussi leur contester. Les torts , au reste , étaient ]^lit*étte partagés ; car les prétentions des états» eomme celleadd souverain , étaient peût^tre outrées. Mais « après iout I quel droit avait le ministrede traiter les états avec si peu de ménagémens et d'égards ? Le ton peu mesuré , peu déeebt même avèe lequel il leur parle ^ ne paratt-il paspkh <6t celui d'Un vidir que d'un ministre dans un état libre? C'est à moi d'o^onnet*, a vous d'obéir. Yoili, en somme, t6ut le sens de cette dépêche.
V Marie-Tbérèse était sincèrement attachée à la religion ^ et elle en remplissait exactement les devoirs. Mais elle était animée de son véritable esprit. Son zèle était dirigé par la sagesse , et sa piété éclairée par la raison. Autant elle était attentive à protéger et à aoutéiiir les droits de
MUlTliMfi ÉPOQUE. 17!
Yégliae daaa toot ce qui était fonde sur le bon droit , autant elle était ferme k véprimer les usurpations que Tauto* rite spirituelle aurait voulu former sur le pouvoir souverain. Le pape Benoît XIII , par décret du 25 septembre 1 yaS , avait ordonné au clergé séculier et régulier de Ton et 4e l'autre seie de réciter Foffice du pape Grégoire VU, mis au nombre des saints.Gomme cependant cet office con* tiept des énpnciations hasardées, injurieuses à tous les sou* verains et attentatoires k leur autorité (a) , l'empereur Charles VI , pardépécbe du a6 avril i^So , ordonna que cet office fdt absolument défendu dans les Pays-Bas, et qne les conseillers fiscaux exerçassent des poursuites cou* tpe l'imprimeur Moretus d'Anvers , qui Pavait publié. Ces ordres n'avaient pas été exécutés , et l'on continuait à faire usage de cet office. L'impératrice, convaincue que cet abns pouvait entraîner des conséquences extrêmement dangereuses , ordonna , par sa dépécbedu 17 juin i j5o, que les ordres de l'empereur relatifs k cet objet fussent ponctuellement exécutés ; qu'en conséquence Tofflce en question non>seulement ne fât pas récité, mais pas même imprimé, et qu'il n*en fôt plus fait mention dans les directoires pour lesbeures canoniales.
Elle porta également son attention sur la oensnre qu'exerçait l'autorité ecclésiastique sur les livres que, d'àprèa ses principes et son système , cette autorité eoBsidé> rait et signalait comme défendus. On avait dans une circoQstance particulière , porté à la suite d'un catalogue , dans la liste des livres prétenduemeot probibés , un grand
(a)Ce lont les expressions de la dépêche impe'riale.
nombre d'ouirrages d'une utilité notoire , et que Ton ayàit en quelque sorte flétris par cette injuste censut'e. Le procureur-général du grand-conseil de Malines avait dontië son approbation à ce catalogue. Le gouvernement, au nom de Timpératrice , en témoigna $oa étonnement et son mécontentement à ce magistrat par un décret du 28 octobre ij6i , en lui reprochant d avoir concouru à faire envisager ces livres comme prohibés , tandis qu'on ne peut ranger dans cette classe que ceux doût Tobjetdirect est d attaquer la religion, Tétat et les mœurs. Ce décret enjoignit, au procureur-général d*étre désormais plus circonspect, et ordonna que les livres qu'on avait rangés dans la catégorie deslivres dangereux, fussent vendus publiquement (a). Cette disposition particulière fut établie en principe général par un décret subséquent (&}. Ce décret, paiement adressé au procureur-général, porte que « le devoir » des conseillers fiscaux étant de veiller à l'ordre public , » à la conservation des prérogatives souveraines et au » maintien des maximes qui constituent le droit public n du pays, ces devoirs ne seraient certainement pas remit plis, si le procureur- général se contentait de viser les n catalogues d'après l'approbation du censeur ecclésiasti- » que , vu Içs principes que les gens d'église cherchent
(a) Os Hvrea, dopt les titres sont rapportes dans le catalogue sont : les ouvrages de Dupin sur l'histoire ecclésiastique et sur l'ancienne discipline de rëglise*, la défense de la déclaration du cierge de France, par Bossuet ; l'Histoire des chevaliers de Malte; les Fasti aeademici Lovanùenses ; les Institutions au droit ecclésiastique, dcFlcury ; le traite de Grotius, du Droit delà guerre et de la pai:c.
{h] Du 5 noyembre 1761.
« foaventi faire valoir au préjudice des droits desouTen Tains, des lois de Véiat , des libertés et des privilges des s peuples. » Il est en conséquence ordonna au prcnreur» général de se conformer aux règles prescrites par Idécret du 18 octobre , non -seulement dans le cas partictier qui Vm provoqué, mais dans toutes les occasions- quise pré* «enteront dans la suite , en feisant vendil» publi^ement et comme permis tous les livres qui te sont pasposcrils par les édits souverains.
Le procureur- général avait élevédes doutes str le véritable sens de ces deux décrets , qioiqu*ils fussent trèséclairs. Un nouveau décret (a) lui eifôigltfH itârativement de se conformer à ce qui est precrit par ces décrets, » quoique le cen seu r ecclésiastique le setrotive pas d'accoltl « avec lui , d'autant que la tran[uiHité publique et le » maintien des constitutions de l'éit sontprincipalemeftit M confiés aux schus et à^a vigilanc des fiscaux. »
Ces trois décrets furent envoyé au conseil de Brabant par dépécbc du 4 <^oât 1764. Ccte- dépêche statuait au surplus potir r^le générale, qu lorsque les^catalogvfs auraient été examinés par le censur ecclésiastique, ils le fussent par les conseillers fiscaux 401 devaient les signei* et les approuver. ..w.. ' »!
. Ces dispositions , si précisémcit expliquées , si iérîeiisement réitérées, n'étaient cepeidant pas respectées |iar l'autorité ecclésiastique. Le ceneur ecclésiastique avait en 1764 censuréun catalogue délivres destinés à étre^ vendus à Brulelles. Legouvernemeitiul adressa directement
(4) Du ^7 mai 1 762. i , .
i^ BI8T01R£ GÉNÉRAM PS hk BELGIQUE.
un d€ret (a) par lequel il lui éUtii enjoint de «'«bltenir d'exe:er désormais sa oeMure siw d autres libres qu« sur oeux oi sHxnpriment à Louvain , et que par rapport aux cataires de libres, il bornât sa ctnsure à ceux qui août destiiés à être Tendus dans cette Tille. Ce décret ordonnait an sudIus , en général , qu'il no fut publié ni débité aueua lire nouTeau imprimé i LouTain, ni aueunoatalopie de liTe^ destinés à y être Tendus, qu après qu-ik auraient été exoninés et censurés de la part de sa majesté par l'un des ooiseillers fiacaui ou par le substitut du proenreur-général ce Brabant^
L'ftge de la proCsison religieuse n'était pas fixé. L*im^ pératrice recQnnu.t la dangers de toute espèce qui pouwent résulter de la acuité d'admettre lea noTicea & la profession dan$ un agi trop tendre où la raiaeci n'i^ pas «noore acquis aiiea denaturité pour que Thommo puisse embrasser aTeeréSexiOi un état austère ^ contraire peutêitre au Tceu de. la nalm»et dont cependant dépend le aort de toute la TJe- Gi n'^ tu en oflet que trop d'exemples dos malheurs enu^^ par ces iTocations foi>oéea opi ces Tésolutiooa préoipitée«qui ont été suÎTiea do repentirs emers et quelquefois d terribles extrémités, auxquelles le désespoir aTait entrané ces Tictimes clpttrée^ L'impé* i^rioe, pénétrée, de c^ Térité» , porta le i8 avril 977X unédit par. lequel elle Rendit k tous le9 supérieurs d*04>d)m I de oouvens , moa^tères et mMioUj» religieuses de Vun et de i'«utre «ex« , l'admettre le» norioe^ avimt l'Age de TÎngt^cinq eus atcqnplis. Les éTêque» ^Umèrevt
(a) Du 14 «aât 1766.
BUITlfiME ÉroQU£. 177
confié cette sage disposition. Os signèrent une représentation oollectWe, qui fat transmise & Vienne. Elle (îit renvoyée par le même courrier, ayec in}onctionaa prince de Stharemfaergv ministre derimpératrice aux Pays-Bas , de la vendre à Farclievêqne de Malines , primat de Féglise belgiqne, en l'informant qa' « attendu qu'elle ne recon- » naissait pas de corps JCévêques dans les provinces bel* » giques, elle ne pourrait recevoir de représentation » rédigée coOectùfement en leur nom ; mais qu'elle ac- » cueillerait toujours les observations que cbacun lui adres- » serait mdiuidueUement. » Les prélats , pour s'excuser , alléguèrent que ce n'était que par basard, par occasion , ou pour affiiires personnelles qu'ils s'étaient trouvés réunis à Bruxelles. Le ministre leur fit connaître , de la part de l'impératrice , que l'intention de sa majesté était qu*un' pareil basard ne se xeproduisU plus. Le principe est donc établi et reconnu : il n'existe pas de corps d'évéques en Belgique , et depuis ce temps , aucune réunion d'évéques n'y eut lien.
Mais un des points qui fixa le plus vivement l'attention de Marie-Tbérèse , c'est l'instruction publique. Elle s'occupa en particulier de l'université de Louvain , et prit toutes les mesures que sa sagesse pouvait lui saggéréi pour y faire fleurir les études, en réglant la forme , la matière et la fréquentation des leçons, la durée des cours, les temps d'babitation , la collation des grades académiques, le montant des droits (a). Le droit de donner des cours publics de pbilosopbie dans toute l'étendue des
(a) Édit du i3 feVrier 1743.
Tii. m
1^8 HISTOIRS GÉNÉRALE DB LA BELGJQUE.
Pays*Bas appartenait exclusivement i la faculté des arts de Funiversitë ; mais il n^ëtait pas défendu aux élèves de faire des cours de philosophie en pays étrangers. Les anciennes lois contenaient à la vérité des dispositions à ce sujet ; mais ellesétaieut tombées en désuétude. L'expérien* ce avait prouvé que le séjour de la jeunesse dans les uni versitésétrangères faisait naître souvent dans leur esprit des impressions aussi contraires au service du souverain qu au bien du pays. C'est d'après ce motif surtout u qu il fut in- » terdit (a) sous de fortes peines, i tous les sujets de sa » majesté, de quelque état ou condition qu'ils fussent, d*al- 1 1er faire des cours de philosophie publics ou privés » ailleurs que dans l'université de Louvain,oudansd'au- » très universités soumises à son obéissance , sans une » permission spéciale du gouvernement. »
Elle étendit également ses vues sur les collèges d'humanité. Elle supprima {i) l'enseignement de la dialectique dans tous ces établissemens, et y substitua un cours de rhétorique d'une année entière. Aucun élève ne put à dater du i^'^ octobre 1768 , être admis à l'étude publique de la philosophie à Louvain, qu'a près avoir fait conster à la faculté des arts qu'il avait fait un cours complet de rhétorique dans un collège ou autre école publique où il y avait un professeur particulier pour cette partie. L'enseigne^ ment de la dialectique fit désormais partie de la philosophie que l'on enseignait à Louvain.
Les bonnes études prirent ainsi sous l'influence vivifiante
(a) Édit du aa décembre 1^55.
(L) Édit du a4 décembre 1766.
HUITIBlfE ÉPOQUE. 179
4e cette sage princesse, nn nouvel essor. Les lettres et les arts furent protëgës et encourages. Elle établît à Anvers une académie militaire sur le modèle de celles de Vienne et de Neustadt. Elle autorisa, sous la protection du comte de Cobensl , l'institution d'une société littéraire à Bruxelles. Cette société tint sa première séance le 5. mai 1769, et fut érigée en académie impériale et royale des sciences et belle8*lettres, par lettres patentes du 16 décembre 1772. L'académie, ainsi constituée, tint sa première séance le 1 1 avril 1773. La qualité de membre de l'académie conférait les distinctions et les prérogatives attachés à la noblesse personnelle.
La peinture, la sculpture, la gravure et larchitecture n'étaient considérés que comme des métiers. L'impératrice les rétablit dans le rang des arts libéraux, et déclara mém'e que ces professions ne dérogeraient pas à la noblesse (a).
Après la suppression des jésuites , qui étaient charge de l'éducation dans les collèges, presque dans toute la Belgique, l'impératrice, voulant remplir le vide que laissait nécessairement dans l'éducation la suppression de cet or> dre, ferma un nouveau plan d'enseignement. EUle regarda N comme un des points les plus essentiels , celui qui len- « dait à attirer les meilleurs sujets à la profession littéraire, « et i la dégager des gènes multipliées qui éloignaient » un grand nombre de bons sujets d'une profession pour » laquelle ils auraient d'ailleurs de la vocation et du ta- » lent. » Cette sage princesse jugea donc « qu'il serait » véritablement contraire au but qu'elle se proposait , de
(a) Édît du 70 mars 1773* ^
i8o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
» concentrer la profession littéraire dans une senle classe » ou nn seul ordre de personnes , i» et elle pensa airec raison « que tons ceux qui réuniraient les qualités néces^ai- » res à cette profession , y seraient regardés comme habi- » les , sans distinction d'état , et que par ce moyen elle » fraierait aux sujets de tous les états , prêtres , religieux , » célibataires ou mariés , étrangers ou régnicoles , une n carrière nouvelle et par conséquent une nouvelle res- » source avec les moyens d'acquérir des titres à la bien» » veillance du souverain et & l'estime de la nation (a). » Les hommes dominés par les petites préventions , ou maîtrisés par les vieux préjugés ( et malheureusement ce n'est pas le petit nombre ) , regardèrent ce système comme une innovation dangereuse , parce qu'habitués à yotr les ecclésiastiques préposés à l'éducation , ils les regardaient comme revêtus d'un caractère particulier et chargés en quelque sorte d une mission spéciale pour remplir exclu* sivement ces fonctions , et ils ne concevaient pas comment elles pouvaient être confiées à des laïques. Mais le gouvernement , sourd à ces vaines clameurs , n'en travailla pas avec moins d'ardeur et de fermeté à Texéeution de son plan. Il établit donc à Bruxelles un grand pensionnat formé sur le modèle du collège Thérésien à Ytenne ; à Anvers , Gand , Bruges , Ruremonde , Luxembourg et Namur , des collèges-pensionnats, et à Ypres, Âudenarde, Courtrai , Alost, Nivelles , Halle et Marche , de simples collèges , et il destina des secours considérables pour per-
(a) Note touchant les arrangement résolus par S, M, à tégard de Viducation de la jeunesse aux Pays-Bas*
HUITIÈME ÉPOQUE. i8i
fectîonner et agrandir les collèges et pensionnats dé]k existant i Mons et à Tournai. Le choix des maîtres dans les établissemens royaux fut réservé immédiatement et directement au gouvernement ; mais ces places ne devant être accordées qu'au mérite le mieux constaté, sans aucune autre considération , Je choix se fit par la voie d'un con* cours auxquels les personnes de tout état , sans distinction, forent admises. Une commission royale des études fut établie à Bruxelles sous les ordres du gouvernement général et la direction du ministre plénipotentiaire, pour l'accomplissement de ce plan et pour les détails de toutes les opérations qui devaient concourir à son exécution et i son maintien. Tous^ les collèges furent donc soumis à la surveillance directe et continue du gouvernement général , et sa ma)esté prescrivit un règlement de police et de discipline et un plan d études (a)« Ce plan ne se bornait pas , comme auparavant , à l'enseignement du latin , qui occupait les six années dliumanités dans les collèges : il embrassait le grec , qui devait être enseigné conjointement avec ie latin , et il comprenait , eomme matières accessoires , la géographie , l'histoire et les élémens des mathématiques. L es partisans des vieille» routines blâmaient et critiquaient hautement o^te aouvelleforme. Ces hommes , aTcuglément asservis à l'usage , sans examiner s*il est bon ou mauvais , ne concevaient pas la nécessité dlétudier toutes ces matières , qu'ils regardaient comme étrange* res i l'éducation ; ils ne voyaient pas , et c'est ce qu'ils ne cessaient de répéter , la nécessité de connaître le grec , la
(//} Règlement du a» wpteiikbre 1777.
ifti HISTOIUE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
géographie et Thistoire pour être prêtre, avocat ou mé" decln ; et dès qu*un jeune homme sait assez de latin pour comprendre les auteurs ou les cahiers de médecine , de jurisprudence ou de théologie, à quoi sert tout le reste? Cestainsiqueraisonnaientceshommes,quines*étaientja* mais élevés au dessus de la sphère étroite dans laquelle leur état était circonscrit; et comme ils nen avaient jamais appris davantage , ils croyaient que toute la science était renfermée dans les élémens du latin et les principes de la science qui faisait leur état. Mais les bons esprits ( et c'est toujours le petit nombre) savaient apprécier la bonté et les avantages du nouveau plan, qui fut mis en vigueur malgré la résistance qu'y opposaient Tignorance et la prévention. Le succès répondit aux efforts et aux intentions du gouvernement : les chaires furent confiées en général â des hommes réellement instruits, et les collèges de Bruxelles , â*Ânvers, de Gand, comptaient au nombre de leurs pro* fesseurs des littérateurs distingués, qui formèrent des élèves dignes de leurs maîtres. Les collèges moins importans obtinrent des succès également satisfaisans. Les révolu* tions, les guerres, les bouleversemens politiques ont ren* versé ce b^l ouvrage.
Le duc Charles de Lorraine, qui , pendant son gou' vemement , avait si efficacement secondé les intentions de l'impératrice, par la protection qu'il accorda an commerce et à l'agriculture, â l'industrie et aux manufactures , aux art» et aux sciences , reçut une marque bien touchante de l'attachement et de l'affection du pays. Les états de Brabant résolurent de lui ériger une statue qui fut un monument éternel de leur amour , de leur respect
HUITIÈMB ÉPOQUE. i83
et de leur reconnaissance , et Ton forma le projet de faire nne nouvelle place sur le terrain dépendant des bailles de Tanciennecour , pour y placer sa statue. C'est maintenant la place royale* L'impératrice applaudit à ce projet. Elle n'approuva pas seulement celui de la nouvelle place pour l'érection de la statue ; mais « elle souhaite encore , » dit -elle (a) , que son fils Tarchiduc Maximilien (b) en » voie la cérémonie , afin qu'il puisse un jour mériter le » même amour des peuples qu'il gouvemera,qui est la plus » belle et Tunique récompense des souverains. » Expressions sublimes , leçon touchante , dignes de retentir à l'oreille et au cœur des rois.
La cérémonie de l'inauguration de la statue eut lieu le 1 7 janvier 1 77 5 avec toute la pompe et la solennité dignes de son objet.
Ce prince , si justement chéri des Belges , leur fut en* levé cinq ans après. Il mourut le 4 juillet 1780, au chftteau de Tervueren, dans sa sotxante<huitiëme année. Il avait gouverne les Pays-Bas pendant trente-six ans. Il fut enterré au caveau des archiducs Albert et Isabelle y dans l'église d^S^* Gudule. Cette mort causa un deuil non équivoque et non afiecté, non-seulement dans toutes les provinces , dans toutes les classes , mais dans toutes les familles f et ce deuil se manifesta bien plus par la sincérité des re* greta que par l'appareil des ppiarques extérieures.
Les larmes que ce triste événement avait fait couler n'é-
{a) Lettre de l'impératrice dn mois (le septembre 1774*
{h] Ce prince visitait cette année les différentes provinces belgiqucs.
ia4 HISTOIRE GÉNIÎAALE D£ LA BELGIQUE.
taient pas encore taries, lorsqu'une nouvelle non moins désastreuse vint renouveler toutes les douleurs. Ce fat la même année que l'impératrice mourut ( ag novembre) ; princesse que ses qualités sublimes et ses héroïques vertus ont placée au mng dts plus grands rois.
asa
lostPR II; «ei rëibtnies. iBsorrectiondes P»j9*Bn.
Le calme dont les peuples avaient joui sous l'heureux règnede Mar(e-Thérëse,futtroublésous celui de Joseph II. Ce prince, en annonçant aux états la mortde son aUgoste mère , les assurait qu'i7 aurait un soin particulier de les maintenir dans lajouissanoe de leurs droits et pripH^es.
Les privilèges communs à toutes les provinces ëCsient qu« tousles impôts devaient être consentis par les éliats , et que tousle^ individus devaient être jugés par leurs juges conpétens. Mais chaque province avait ses privilèges, ses coutumeset ses usages particulîers,que le souverain jurait à son inauguration deconserver , d'observer et de marateni r.
<c La grande charte des privil^[es du Brabant , dit » l'Anglais Shaw , dans son Ess€Ù sur les Pays-Bas au- » trichiens , est nommée la joyeuse-entrée , pai^oe que » le souverain , eu prenant les rines du gouverne- » ment, fait serment de gouverner conformément à cette » charte, sur laquelle sont^fondés le bonheur et la sûreté » de ses sujets* Itdi joyeuse-entrée peut être regardée
HiaritME ÉPOQUE. i8S
» comme un traité entre le prince et le peuple. Les droits n et les privilèges rësemfs au peuple sont exprimes dans j* beaucoup d'artides, et on voit les conditions auxquelles
> le peuple consent i obëir, et le souverain à régner. Dans B oeite grande cbarte delà liberté, les droits des états de M li province sont assurés ; la constitution des cours et des » tribunaux est «fixée ; les magistrats et les grands officiers » de rétatsont décrits ; les lois et les privilèges de tous » les citoyens acmt rappelés et même détaillés : on n'a pas » omis leurs amusemens el leurs exercices. Cet acte est Il terminé par mie clause bien remarquable , qui porte : » que, si le souverain enfreint un seul des articles de la » joyeuse-entrée, en tout ou en partie, en quelque mauMre
> que ce soit, ses sujets ne seront tenus de lui faire aucun » service^ ni de lui prêter aucune obéissance dans les chon ses de son besoin, jusqu'à ce que le prince ait réparé et » redressé l'emprise. »
L'empereur leur donna comme une nouvelle sanction, par son diplôme du la janyier 178 1 , par lequel il confirmait à rarcbiducbesseMarie-Cbristine et auduc Albert de Saxe-Tescben, son époux,le gouvernement- général des Pays-Bas, que l'impératrice leurairaitconféré.par ses lettres du ao août 1 ^80. Ce diplôme de Josepb II porte entr'autr«s, que ces princes sont ehargés de surveiller tout ce qui regarde la justice et la police, en faisant administrer et maintenir l'une et l'autre par ses conseillers, justiciers et officiers, selon les formes établies.
Ce prince, qui avait fait de l'art de gouverner le grand objet de ses méditations, avait été frappé des énormes abus que la diversité des lois et des coutumes avait introduits
i86 HISTOIRE GÉNÉRALE DE. LA BELGIQUE.
dans Fadministration, et il avait conçu, pour remédier àr ce vice radical, le plan d'un système d'uniformité, qui, eir rapprochant tous les ressorts pour les diriger à un centre^ unique, donnait au pouvoir du prince plus de force, d'intensité et d*action. Il voulait étendre ce système aux provincesbelgiques, et il y fit un voyage pour examiner par lui-même l'état du pays, ses besoinset ses ressources-; ob* server le caractère des babitans, leur esprit et leurs mœurs; connaître la nature des institutions et des établlssemens, leurs avantages et leurs vices, et tirer de cet examen un^ résultatqui pût le diriger danslexécution de son système. . Dansson voyage de la Belgique, étant à Nam ur,oà il se fit constamment accompagner du chef de la ville (a) , il l'entretint de ses projets de changement^ et lui demanda ce qu'il en pensait. Le sage magistrat lui répondit: u Sire,- » quand votre montre va bien, pourquoi la démonteriez- » vous ? Croyez-vous qu'elle en aille mieux ?» Le monarque sourit, et ne répondit pas.
Affranchide l'importune tutelle danslaquelle il avaittrop long-temps vécu au gré de ses désirs, (k) il ne pensa qua
(a) Le vicomte Desandrouîn de VilIers-sur-Lesse, alors grand-maïeor de Namur, depuis tresorier-gëneral des finances* C'est de sa bouche même que je tiens la circonstance que je rapporte,etilmera répétée* dans une de ses lettres.
{h) ic Impatient de la longue tutelle dans laquelle sa mère l'avait 3» tenu, il se pressa trop de jouir d'un pouvoir attendu longrtemps. Plein 31 des idées conçues pendant sa minorité', il mit un empressement it irréfléchi et funeste à les réaliser, quand ses idées n'étaient pas eny* core bien débrouillées, n De la Belgique depuis ij^jusqu^ertijg^f par M, de Pradu
HUmÈlfB ÉPÙQWL 187
exëcoter ton plan. Elatrainé parsonimpatieDoe, il linuqna les choses, et ne pensa pas <pi*en politiqne, nn grand point est de saisir le moment opportun, et sa précipitation gâta tout (a).
Il se fit cependant inaugurer dans toutes les provinces, et jura, selon Tusage antique et solennel, le maintien des anciens privilèges. Une regardait sans doute cette cëremonie que comme une simple formalité, et il fit succès* sivement et rapidement publie/, tant en matière civile ^'en matière ecclésiastique, une foule d'édits et d'ordon* nances qui tendaient i l'acaNuplissement de son système* Il établit la tolérance religieuse, il supprima les convens, il abrogea lappel au pape ; les mandemens des évoques forent soumis i l'approbation du gouvernement, la connaissance des différends relatif au mariage fut 6tée aux évéques ; il régla très-minutieusement la discipline des chapitres de cbanoinesses, supprima leur ebant, changea leur costume, borna leurs prières ; il détermina la divi* sion des paroisses, dirigea la collation des cures, prescrivit la forme des concours ; il ne borna point ses vues à ces réformes générales : il les étendit aux détails. Il supprima les kermesses ou dédicaces, les confréries, les processions.
{a)r* Le choix da temps est an point capital dans les affaires, et il est » érident que Joseph arait mal pris le sien : aassi le passage d*an régne n consenrateur , méthodique et religieux , tel que celui de Marie-The'- » rése, à un régne tout de réforme et de philosophie, éiaittrop brusque n pour ne pas exciter une commotion générale. Les hommes aiment la n fixité , et la protection de leurs habitudes souyent leur parait le n bonheur lui-même. Cela est yrai , surtout pour les Allemands et les 9 Belges, peuples méthodiques. » Ibid,
i88 HISTOIRE GÉNÉRAL» DE X A BELGIQUE.
Tpus oes véglomens, plus ou moins minutieux (a), causérent les plus vives alarmes.
Ce$t dans ces circonstances critiques qvte rarchiduchesse Marie-Christine et le duc Albert de Saxe-Teschen » son époux , gouverneurs-gënëraux des Pays-Qas , adressèrent aux états de Brabant une espèce de requête pour obtenir ce qu'on appelai la brabantisatioru Cette demande parut si extraordinaire , qu'on ne put trop en pénétrer le motif et le but. S'il m'est ftermis d'avancer une conjecture, }e dirai que craignant que , dans la lutte qui commençait a s engager si vivement entre le 'souverain et les états , ceux-ci ne devinssent trop entreprenans et trop exigeans , ces princes crurent qu'il fallait les ménager et les caresser 9 pour ainsi dire , afin de les adoucir et de les contenir, s' imaginant sans doute qu'ik les rendraient ainsi plus souples et plus dociles. Ils auraient dû penser qu'au contraire , c'était précisément le moyen de les rendre plus fierset plus audacieux , et que leurs prétentions augmenteraient en raison de la crainte qu^ils inspireraient ; car lea états nedoutaient pas que ce ne fât bien plutôt par crainte que par anousur que ces princes abaissaient leur fierté au point de hasarder une démarche qui devait répugner à la hauteur naturelle à leur rang.
Cette demande était conçue dans les formes les plus simples. Les princes ne s'y donnaient aucun titre ni qua-
(a) » Qael besoin de tronblcr les peuples servant et payant bien, de M lear ooyrir les yeux comme par force, de les frapper de clartés anti- » cipee et supérieures à leur éducation ! et quelle occupation pour un » prince que celle de régler, comme Tayait fait Joseph, des cahiers de » théologie, ainsi que le nombre des messes et des cierges ! » Ihid»
BUfriÈME É90Qir£. it^
litë; jis parlaient comme de simples particaliers. « Les soussignés, digeoi^iis^ exposelit qu'ayant fait Tacquisltion d'usé poesetBÎon dans le BTabant,qu'ns affectionnent très>particalièrement, ainsi cpe tousleshabitansen géné^ rai , ils seraient cbarmës de pottTotr leur appartenir plus étroitement encore par l'agrément d'être reçus au nom* bre des Indigènes Brabançons , et comme ils croient pouvoir se flatter que Tamitié des ëtats ( auxquels la susdite adoption oompète), dans ce moment assembles , ne se refuserait pas à leurs désirs, ils ont cru pouvoir s'adresser avec conflance à leur assemblée , et leur donner en même temps une marque de la plus parfaite considé» ration, en demandant bien cordialement leurs suffrages pour l'accomplissement de leurs vceux, d'ailleurs toujours dirigés vers le plus grand bten-ètre d'un pays qui leur est infiniment cber. » Cette demande (a) qui, comme on voit , ne se distingue ni par l'élégance ni par la noblesse du style, n'est terminée par aucune formule ou expression de courtoisie. Elle n'est pas même datée ; elle est simplement signée, Marie. Albert. Elle fut remise aux états le i5 mai 1786.
Les états , dans leur résolution , qui est du 97 suivant , donnent à cette demande la simple dénomination d'^criit. Cette résolution porte « que les prélats , nobles et ceux « des trois chefs.tilles, représentant les trois états du pays » et duché de Brabant , ont consenti et accordé la hnJhm* » tisaiion désirée unanimement et atec toute la )oie possi*
(a) Je Tai copiée siirToriginal ; et pour tout dire, \j ai remarque' ét% foutes d'orthographe trrs^grosiîèrei.
» ble ; qu'en conséquence les personnes sâ^nissimes de » leurs altesses royales seront tenues dorénavant comme » Brabançons nés et jouissant de tous les droits et prlvilè- » ges compétans aux mêmes Brabançons ; que de plus les » présentes lettres de brabantisation seront présentées )> très -bumblement à ces sérénissimes princes dans une » botte d*or » ayant les armes de la province , par une 1» députation solennelle des trois états ;
n Que les trois états remercieraient leurs altesses royales 91 avec la plus parfaite soumission d'une preuve si éclatante » de leur affection pour cette province , en assurant que » leurs altesses royales peuvent compter sur le plus juste re« » tourd'affectionetdela plus tendreet respectueuse recon* » naissance, non-seulement de la part des trois états , mais » de tous les babitans du Brabant , tous lesquels , soit en* » semble, soit en particulier » n'auront jamais rien de » plus cber que de faire leurs très-bumbles services à » leurs altesses royales , toujours pour la plus grande « gloire de sa majesté impériale et royale ;
» Qu'enfin pour témoigner combien les états sont sen* n sibles aux grandes bontés comme aux affections parti* B culières de leurs altesses royales, et pour éterniser la 31 mémoire de ce joyeux événement, il sera frappé aux frais » de la province des médailles d'or , d'argent et de cuivre , B lesquelles auront d'un côté le buste de ces princes bien» » aimés; que les médailles dor seront très-bumblement 3» offertes à leurs altesses royales comme le tributdelatrès- » respectueuse gratitude des trois états de Brabant ; que i> celles d'argent et de cuivre seront distribuées par tètes » et sans distinction aux membres et arrière*>membres des
HDintlIE ÉPOQUE. 191
» trois ëtaU, afin que chacun d'eux se retrace sans cesse • et bénisse à jamais la bonté des sérénissimes princes , B pères de la patrie. » Cette résolution porte la date du aj mai.
Quand on réfléchit bien à cette inconcevable démarche de la part de ces princes , on ne peut s'empêcher de penser qu'ils ont été bien inconsidérés , puisqu'ils n'ont pas TU le double inconvénient qui en résulterait; car un mal entraîne souvent un autre mal. Ainsi , cette demande les engageait dans une fausse démarche, et cette démarche les jetait dans une fausse position ; car d'un côté , comme représentans du souverain , ils étaient obligés de se prêtera ses volontés , et comme Brabançons, ils étaient tenus de s'y opposer, dès que les actes dû souverain étaient attentatoires aux droits et aux privilèges du pays.
L'empereur persistant dans son système de réforme mit le complément à celle qui concernait les matières ecclésiastiques, par son édit du 16 octobre 1786, portant rétablissement d un séminaire général à Louvain et d'un séminaire filial à Luxembourg. Tous les écoliers du clergé, tant séculier que régulier des provinces belgîques, devaient être réunis dans Tune ou l'autre de ces écoles, pour y être élevés daus une parfaite uniformité d'instruction et de morale.
Le cours était réglé à cinq ans. Les séminaires épiscppaux étaient supprimés et convertis en presbytères, dans lesquels les élèves séculiers du séminaire général ou filial devaient se retirer, après avoir achevé leurs cours ,pour y pratiquer , sous les yeux de leur évêque, les difierens exercices convenables, pour les rendre pro-
19a HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE,
près à la chaîne drames. Les ordres religieux ne pônvaient admettre à la prise d'halût, que les candidats qui auraient achevé leur cours dans le séminaire général ou filial. Les élèves devaient être agréés et présentés par les évéques. Les bourses fondées pour l'étude de la théologie devaient être regardées comme fondées en'faveurdesétudiansadmis dans le séminaire général ou filial. Tous les élèves soit séculiers , soit réguliers , devaient être uniformément vêtus en soutane noire, manteau court, dont le collet et la bordure devaient être de couleur violette.
L'archevêque de Malines , qui , défà par sa représentation du 29 mars 1786, avait exprimé à Tempereur les alarmés que lui causait cet établissement , dont on ne connaissait encore le projet que par le bruit public, lui rappela , dans une nouvelle représentation du 1 1 novembre, les objets et les motifs de la précédente. Ces motifs étaient le préjudice que cette institution porterait à la juridiction des évêques, qui seraient privés du droit d'enseigner la théologie à leur clergé ; la disette qu'elle amènerait dans les ministres , par la gène qu occasionnerait aux aspiransi l'état ecclésiastique, l'obligation de fréquenter lun des deux séminaires ; l'insubordination qu'elle en traîner ait, par l'éloignement des élèves qui devraient être en^ployés par les évéques, auxquels ils seraient presqu'inconnus, etil demandait que pour toutes ces considérations, sa majesté voulût laisser, comme auparavant , la liberté aux clercs de faire leurs études de théologie^ soit dans les collèges de l'université, soit dans les séminaires des évêques.
HUITIEME EPOQUE. i<^3
Sfaîs il ne contestait pas au souverain, comme il le fit dans la suite , te droit d établir un séminaire général : il y consentait même implicitement ; car il ajouteit que , si sa majesté persistait dans le plan d'un séminaire général , il espérait du moins que les évéques auraient l'inspection et la suryeilUnce qui leur compétent de àrpU sur la doctrine qu'on y enseignerait , sur les professeurs qu'on y emploierait et sur les livrer qu'on y expliquerait.
Le ministre rendit compte aux gouverneurs-généraux de cette représentation , et il répondit à l'archevêque , ^ de l'agrément et de la part d/e ces princes , que les ordres de SA majesté pour l'ouverture du séminaire au i5 novembre , étaient trop précis et trop positifs , pour Iqi accorder la moindre délai pour Tenvoi de ses séminaristes à Louvain. Le ministre rassure du re^te Tarcbevéque sur les alarmes qu'il témoignait au sujet de la pureté de la doctrine qu*on y enseignerait « en lui déclarant positivement que Tintention de sa majesté n*est nullement d exclure les évâquesde Tinspection et de la siirveillanee du dép6t de la foi et de l'enseignement de la doctrine ; que sa volonté n est que de donner 4 ceux qui ^e destinent au sacerdoce , leducation et l'instnietîpn isonvenables a l'importence et à U dignité de cet état $ que , dès qu'ils auraieot fini au séminaire général le cours prescrit , ils rentreraient dans les séminaires épiacopaux sous la conduite et la direction immédiate des évéqiies , pour être employés, comme œux-ei le trouveraient oonvenir, dans le saint ministère ; que , quant i l'enseignement de la théologie, la piété de sa majesté devait être un silr garant
qu'elle ne permettrait jamais qu'on y enseignât aucune erreur ; qiie d'ailleurs on ne s'éloignerait jamais de donner à rarehevéque tous les apaisemens qu'il pourrait désirer pour le tranquilliser sur la pureté de cet enseignement , et d'établir à cet effet le concert si désirable entre le gouvernement et l'épiscopat , pour parvenir à la réforme dont le clergé en général avait un besoin si reconnu , tant du côté des mœurs et de la discipline , que du côté de l'Instruction.
Ces expressions blessèrent vivement tout le clergé ; et l'on ne peut disconvenir en effet qu'elles ne fussent ii>jurleuses , et même calomnieuses ; car , il faut le dire à l'honneur du clergé belge , il était irréprochable du côté des mœurs et de la discipline. L'instruction ( on doit l'avouer ) était peut-être trop circonscrite : la scholastique en faisait , dans la plupart des séminaires et des abbayes , le principal, pour ne pas dire Tunique objet : la morale y était peut-être trop négligée, et les élèves qui en sortaient, étaient en général plus façonnés aux subtilités de l'école , qu'exercés au ministère de la chaire , et conséquemment plus habiles à soutenir une thèse, qu'à faire un bon sermon. Le but de l'empereur était d'étendre les études théologiques aux sciences propres à former un bon curé , dont le ministère consiste bien plus dans une pratique éclairée, que dans une théorie sèche , et il pensait que ceis études pouvaient se faire avec plus de fruit et plus d'étendue dans les universités , que dans les écoles particulières.
Le séminaire général était ouvert depuis le i5 novembre, et les leçons avalent commencé le i**^ décembre; mais les élèves ne tardèrent pas à faire entendre leurs
murmores et éclater leur mécontentement : ils se plaignaient du régime intérieur de cette école ; ils se plaignaient de la table, du logement, des professeurs même, qu'ils taxaient d*ignor2^nce , qu'ils accusaient d*immoralité , qu'ils chargeaient de ridicules : ils se plaignaient de la doctrine hétérodoxe qu*on leur enseignait. Tous ces torts pouvaient être exagérés ; mais les chefs du séminaire n'avaient peut-être pas traité les élèves avec les ménage* mens et les égards qu'on leur devait. Leurs remontrances avaient été souvent accueillies avec hauteur ou avec mépris, et ce qui choque plus encore , avec dérision. Cette bouillante jeunesse ne put contenir son impatience, qu'elle manifesta par des mouvemens d'humeur qui annonçaient un éclat. Ce fut le 5 décembre qu'ils témoignèrent ouvertement leur mécontentement dans le réfectoire , contre le directeur et les professeurs : le directeur s'y ren» dit pour réprimer ce désordre ; mais il eut si peu de succès , qu'il laissa les esprits plus aigris qu'avant sa dé« marche. Le directeur partit le 6 pour Bruxelles , dans le dessein de porter des plaintes au gouvernement. Le désordre augmenta après son départ , et le séminaire devint le théâtre d'un tumulte scandaleux. Les séminaristes, oubliant la décence quils devaient à leur état , cassèrent les vitres , brisèrent les bancs , et s'abandonnèrent dans cette journée aux excès les plus violens. Un, conseiller , envoyé par le gouvernement pour prendre des informations sur cette espèce d'insurrection , se rendit au séminaire à sept heares du matin : il demanda aux séminaristes ce qu'ils voulaient , et ils ré* pondirent unanimement : Sanam doctrinam et bonam
disciplinam. Le conseiller se réfrogna en entendant ces mots , et les séminaristes , prenant ce signe pour un mépris et un refus, lancèrent des pierres au conseiller , qui fut obligé de se retirer. Celui-ci rendit compte de sa mission au gouTernement , qui chargea le substitut du procureur- général de se rendre à Louvaiuy avec un détachement de trente dragons pour découvrir les causes de cette fermentation et en arrêter les progrès.
Le recteur-magnifique Lambrechts , dont l'esprit juste et le caractère modéré avaient su réduire cette affaire à sa véritable valeur, se présenta le lendemain, vers cinq heures du soir, au séminaire , et parvint^ par les voies de la douceur et de la persuasion, à calmer les esprits.
Le substitut du procureur- général fit demander, par le vice-directeur , aux séminaristes ce qu'ils désiraient. Les uns répondirent ( ce n'étaient à la vérité qu'un petit nombre d'étourdis) : De bonpain et de bonne bière ; les autres , plus sages et plus réfléchis , répliquèrent : Une bonne nourriture de Fdme.
Les élèves des différens diocèses se réunirent donc, sui* vant la permission qu'ils en obtinrent, pour rédiger une requête générale qui contint leurs plainteset leurs demandesjqu'ilsréduisirent aux points suivans,qui concernaient la nourriture, tant spirituelle que corporelle:
Que les évéques soient les arbitres de la doctrine et de la discipline, et conséquemmént,
10 Qu'aucun professeoi^ ae donne leçon, s'il n'est , selon Tusage, approuvé par f évéque ;
^^ Qu'on ne lise, dans les leçons publiques, aucun an-
teui* qui a'ait été vu et expressément approuvé par les evéques ;
3.^ Qu'on étabUsseï dans leséminaire, la discipline qui aura paru la plus convenable aux éveques;
Quantau régime du séminaire, que chacun ail sa chambre particulière pour étudier et pour coucher;
Qu'on change la leçon continue de deux heures, et l'heure du déjeuner, qui se distribue trop matin;
Qu*.il leur soit permis, dans l'après-midi, de boire au cnolns une fois, et qu'on leur permette de se procurer ce qui est nécessaire pour recevoir honn/étement leurs amis;
Quaux jours de congé, on leur permette de sortir plus librement et plus long-temps;
Qu'il leur soit libre d'assister, ou non, à la leçon des langues hébraïque et grecque, et qu'on ne change absolument rien à la manière de s'habiller.
Cette requête fut envoyée au gouvernement, qui ne trouva pas convenable de s'en occuper.
L'archevêque de Matines ne pouvait décemment garder ie silence, et il envoya à Louvain son secrétaire, qui, ayant réuni tous les séminaristes dans la chapelle, leur donna lecture d'une lettre, par laquelle le prélat leur adressait des réprimandes très-sévères sur leui*s excès. La relation qui a été publiée dans le temps, rapporte que l'archevêque avait été forcé d'écrire cette lettre dans le cabinet du ministre, qui lui avait exagéré les faits. Cette circonstance, vraie ou fausse, n'a été ajoutée quexomme pour excuser ce prélat d'avoir blâmé les séminaristes ; mais ce serait certainement lui rendre plus de justice, de dire qu'il leur a adressé cette réprimande de son propre
198 IIISTOIUE GÉ^ÉUALË D£ LA BELGIQUE.
mouvement, puisqu'enfin cette conduite des séminaristes si elle ne pouvait être qualifiée , comme l'abbé Dufour le prétendait , d'insurrection caractérisée, devait au moins être traitée d'effervescence coupable, comme le disait l'abbé de Feller, qui cependant était très-incliné à justifier les séminaristes. Le gouvernement redoubla les mesures de sûreté : le mal n'était peut-être pas aussi violent que le remède. Il fit marcher à Louvain le régiment de Murray , dont un détachement considérable investit et occupa le séminaire,le 1 3, à cinq heures du matin : les informations commencèrent : trois conseillers de Brabant avaient été nommés commissaires à cet effet ; et les auteurs et fauteurs furent envoyés dans les prisons de l'université , au nombre de vingt-cinq.
Le calme était en apparence rétabli ; mais le mécontentement subsistait toujours , et les petites discussions, qui s'élevaient journellement entre les professeurs qui étaient peu modérés, peut-être trop relâchés, et les élèves , qui étaient peu dociles , peut-être trop exaltés , ne faisaient qu'exaspérer les esprits.
Le plan de l'institut des séminaires généraux fut distribué le i3 janvier aux élèves, afin qu'après l'avoir examiné attentivement, ils déclarassent s'ils voulaient se soumettre au règlement , ou sortir du* séminaire. C'était l'alternative qu'on leur offrait.
L'abbé Dufour arriva le 16, et fit assembler le 17 les séminaristes dans la chapelle. C'est là qu'il leur prononça, avec un ton d'énergumène , disaient ceux qui étaient présens, une espèce de harangue latine, qui a beaucoup été ridiculisée dans le temps. Mais ( il faut dire la vérité), eut-elle été très-bonne , elle n'en eût pas moins été crili-
HUITliME ÉPOQUE. 199
quée. Le trait qui prêta le pins i la plaisanterie, est celoi où, dans un discours cpi devait avoir le ton d'une homelie, Torateur exalte se permit de jurer par Hercule , me Hercule / La malignité en conclut que cet abbë ëtait plus familier avec les orateurs et les philosophes du paganisme, qu'avec les pères de rëglise.
L«e commissaire, après son discours, annonça aux élèves ( car c'était un des grands sujets de mécontentement ) qu'ils auraient, à midi et au soir, un pot de bière ; mais qu'ils n'auraient plus lepotus ; c*est ainsi qu'on appelait^ dans les collèges de Louvain, le coup qu'on buvait à quatre heures. Cette privation ( tant on tient à ses ha* bi tudes! ) n'est pas ce qui contribua le moins à inspirer aux élèves le dégoût et Téloignement du séminaire. Les efforts (|u'on fit pour les engager à souscrire au plan , furent donc inutiles , et la désertion fut presque complète ; car il n'y enrestait plus qu'une vingtaine au 25 janvier.
L'affaire des déteniis ayant été portée à la connaissance du gouvernement, n'eut point de suite. Le recteur de l'université se transporta le 4 février dans les prisons , pour leur annoncer de la part du gouvernement qu'on ne porterait pas de jugement dans leur cause, et il les fit remettre en liberté.
L'archevêque de Malines fut mandé à Vienne, pour y rendre compte de sa conduite, ou au moins des causes qui avaient occasionné l'insurrection des élèves du séminaire de Louvain. Le prélat , après avoir assuré l'empereur qu'il avait hautement désapprouvé ces excès, lui exposa que c*étaient les définitions et les propositions hasardées et mal expliquées par le professeur Leplat, généra-
lement oonnu ^ dit-il , comme peu prudent et trop entreprenant ) les réponses itidisdrètea données par Tabbé StOgersor des matières déitcales qui exigeaient le silence, et le discours véhément de Tabbé Dufour, qui avaient produit dans l'esprit dés jeunes eoclrfsiastiques une inquiétude et une méfiance qui avaient été la vraie cause de leur désertion.
11 proposa donc à l'empereur , pour calmeEr les esprits agités^ les nloyens suivans :
i<> D'assurer slùx évéques inspection et la aurveillance
sar renseignement du dogme et des sciences qui touchent
à la religion;
2i<» D'ordonner qu'on ne ise serve que d'auteUrs ortho-
doxeSf dont lessentimens conformes à l'esplritde l'église,
ne prâentent jamab d'équivoques qui puissent fournir matière à Terreur ;
3» De changer le professeur Leplat ;
4^ De retirer les abbés StOger^ Lajoieet G>pinne, qui, par des propos imprudens , et leur peu d'exercice de religion et de piété, avaient entièrement perdu l'estime de de ces jeunes-gens.
L'archevéque^suivant les ordres de l'empereur ^se transporta au séminaire général de Vienne, où il trouva, selon sa déclaration, l'enseignement et la discipline à peu près sur le même pied qu'à Louvain : il y remarqua seulement, dit-il, une différence totale quant au nombre : celui de Vienne ne renfermait guère que deux cent quarante séminaristes, et celui de Louvain, pour fournir aux besoins de tous les diocèses , devrait pour le moins être composé de quinze cents sujets, u Or, ajoutait l'archevêque , il
HUITIÈME ÉPOQUE. Mt
» parait fort â craindreque celte maltitnde de jeunes gens
> rëanii dans la même maison n'amène des embanras «t
» des difficultés sans fin, tant à l'égard de la santë et de
» leur entrelien 9 qua l'égard de la subordination , des
» mœurs et de 1 éducation. Ces! pourquoi je ne saurais
» m'empécher de représentera votre majesté, si, pour éri-
9» ter ces inconyéniens, il ne serait pas plus convenable de
N les partager par diocèses, dans les difiërens collèges de
)i Louvaitt, qui existent encore, sous la direction de leurs
w ordinaires respectifs, avec obligation cependant de firé*
M quenteriesleçonspubliqaesderttniversité.Parli, l'uni»
» formitédedoctrine,quevolreinajestédésire,8e joindrait
» à la satisfection générale des évéques, qui, dans ce cas,
» auraient moins à regretter la perte de leurs séminaires
» particuliers, qui les mettaient autrefois à même de pou-
» voir former sous leurs yeux ceux qui devaient devenir
:« avec le temps les coopérateurs de leur ministère. i>
Il résulte de ces remontrances , que l'archevêque ne condamnait pas l'institution du séminaire général : il n'y trouvait point de vice radical dans le fond ; il n'y voyait que des inconvéniens dans la forme. Il suffisait donc de rectifier les points qui présentaient les inconvéniens qu*il y rencontrait ; et , dès-lors , le séminaire général ne contenait dans son institution , rien qui pât porter préjudice aux droits des évéques , rien qui pût donner atteinte aux canons de l'église. Cest la oonséqnenoe nésaire qu'on ne peut s'onpécher de tirer des observations mêmes du prélat. Je la trouve même dans ses propres expressions : u De cette façon, dit-il, la confiance renai- » tra, et les jeunes ecclésiastiques, rassurés ainsi sur leurs
3oa HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
» craintes, se porteront d eux-mêmes à rentrer dans leur » devoir. » Us en étaient donc sortis^ en désertant le séminaire général.
La déclaration précise , expresse , qu'il donna avant son départ de Vienne, ne laissa d'ailleurs aucun doute sur l'opinion personnelle de l'archevécpie de Malines à ce sujet ; car il écrivit à l'empereur que^ u s^ étant soigneu- » sentent instruit des otdonnances émanées en matière » eadésiastique^ ainsi que du bien que sa majesté s'était » proposée d'effectuer, il était convaincu qu'il était obligé * de se conformer à V exécution de ces ordonnances , et » défaire tout ce qv!U pouvait, afin que son clergé et ses N ouailles s^y conformassent de même av^ec respect et » soumission. «
La nation attendait avec une impatience mêlée d'inquiétude, le développement du système que tous ces pré» paratifs annonçaient. Ce système n'était encore, pour ainsi dire, qu'un problème pour les Belges, qui regardaient l'exécution de ce plan comme impossible dans leurs provinces, où une antique constitution, jurée, respectée et confirmée ^ar les princes des maisons de Bourgogne et d'Autriche, par l'empereur régnant lui-même, assurait et garantissait leurs droits, leurs coutumes et leurs privi-^ léges^ auxquels les changemens qu'on annonçait porteraient une atteinte manifeste.
Le monarque réformateur étendit également ses vues sur Tordre civil. La nouvelle forme à établir pour ladministration générale du gouvernement etpour Tadminis* tration particulière de la justice fut arrêtée dans, deux diplômes donnés à Vienne le i" janvier 1787.
HUITIÈME ÉPOQUE. ^o3
Uon établit au lieu des trois conseils collatéraux et de la secrétairerie d'état, un seul conseil sous le nom de conseil de gouvernement, dont le ministre serait le chef et le président. Les provinces belgiques étaient divisées en neuf cercles, dans chacun desquels seraient établis un intendant et des commissaires, qui seraient chargés de Fad* xninistration au lieu des députés des états.
L'autre diplôme, au lieu des conseils de justice ou des tribunaux existans aux Pays-Bas , établissait à Bruxelles ui>* conseil souverain , deux tribunaux d'ap|)el , l'un i 6ruxelles,et l'autre à Luxembourg, et au Heu des justices seigneuriales, tribunaux ecclésiastiques ou cours particu* Hères , des tribunaux de première instance dans chaque province.
Le gouvernement, pour Texécution de ces deux diplômes, publia deux édits, l'un du l'i mars, qui règle la for* me de l'administration ; l'autre du 3 avril,qui détermine la composition et les attributions des nouveaux tribunaux.
Les états de toutes les provinces adressèrent des remon • trances très-pressantes sur toutes ces innovations , qu'ils considéraient et qu'ils signalaient comme autant d'infractions aux privilèges et aux constitutions du pays, et elles J'étaient en effet. Le cofiseil de Brabant déclara donc positivement qu'il ne pouvait ni ne devait expédier ni publier les deux diplômes , comme étant contraires à la joyeuse-entrée ; et les états de cette province déclarèrent, par une résolution du i g a vril,que le cri de leur conscience ^ne leur permettait pas de donner leur consentement i la continuation ordinaire des impôts , tant que les infractions faites à la joyeuse-entrée ne seraient pas redressées.
ao4 HISrOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
Les états du Haînaut, du Toumaisîs, de Namur, de la Flandre, opposèrent la même résistance, ou si l'on veut, déployèrent la même énergie. Les intentions du prinoe paraisœnt avoir été pures, et on lui a peut-être fait une injustice , quand on a dit que ses entreprises tendaient k établir le despotisme. Toutes ses dispositions, a4*il dit lui-même plus tard aux états (a), tendaient uniquement^ sans la moindre apparence d'intérêt personnel, au plus grand avantage de ses sujets des Pays-Bas ; il en était ai pénétré qu'il ne lui vint jamais dans la pensée qu*il tn>nverait des contradicteurs. Il croyait au contraire, comme il l'écrivait aux mêmes états, que ceux-ci entreraient dans sesTues avec autant d'empressement que de reconnaissance. S'il avait jamais pu prévoir qu'il eût rencontré tine si terrible opposition^ il aurait pris d'autres mesures ; il eût mieux piis son temps et mieux choisi ses hommes.
Lesgouverneurs-généraux, forcés de céder aux instances presque menaçantes des états , suj^imèrent les intendances et suspendirent l'exécution du nouveau r^lement delà procédure civile.
Mais le peuple, dont on avait exalté Tesprit (i},se porta & toutes sortes d'excès. On porta des cocardes, des uniformes, on forma des volontaires, on arbora des drapeaux. La populace exerça sous les yeux des magistrats , d'aflreux pillages i Anvers et à Namur.
(a) Dëp«che du 3 juiUet.
(b) « Les peuples attaqués dans les objets ordinaires de leurs respecta,
> s'effarouchèrent et se trouvèrent tous portés vers ceux que des intc- 9 rets direets excitaient à s'opposer ouTertemeat aux menures de J9^
> saph. » De Pméi^deia Belgique ^ etc.
HurrriME époque. ms
L*empereiir , informe de ces excès , manda à Vienne une dëpQtalion des états avec les goavernears«génëranx et le ministre plénipotentiaire. Cette nouvelle, à laquelle sans donte les états ne s'attendaient pas , opéra un singulier eflèt dans toutes les provinces. La surprise , la dé* fiance , la crainte semparèrent de tous les esprits. Le départ des gouverneurs était regardé c<Hnnit un prétexte ^ et l'appel d'une députation des états , comme un piège. Les esprits soupçonneux ou mécfaans rappelaient la triste catastrophe, que dans desemblabks circonstances avaient jadis éprouvée les seigneurs que Philippe II avait appelés à Madrid. Ce rapprochement était încontestaMementin- )urieux à l'empereur. Le départ de Marguerite de Parme , gouvernante des Pays-Bas , a été la cause du désastre de ces provinces. Les syndics des nations de Bruxelles ne craignaient pas même d'appuyer leurs remontrances sur ces faits. Les états de Brabant exprimèrent , dans des termes très'énergiques ou plutAt très-exagérés , la consternation où cette accablante nouvelle les avait plongés , par ridée qu'ils se formaient des funestes eflêts que , selon eux , elle ne manquerait pas d*entratner.
Le désespoir, disaient" ils , idiait s'emparer de tous les ordres de citoyens : la plus aflreuse confusion succéderait au calme qu'entretenait la seule présence des gouverneurs. Les villes et les campagnes tomberaient dans laccMnbustion laplus terriUe, dans le plus affreux désordre, dans la plus effrayante anardue. Le reposetie salut des^lges étaient attachés à la présenee de leurs altesses, et leur départ causerait in&illiblement la ruine et la désolation de ces provinces. Em un mot , le salut ou la perte
ao6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
du peuple dépendait du départ de ces princes : s'ils partent , tout est perdu ; s'ils restent , tout est sauvé.
Les états de Flandre et ceux du Hainaut exposèrent à r«mpereur directement , avec des couleurs aussi sombres que celles des représentations des états de Brabant , ks présages funestes que faisait naître Tabsence des princes. Leur départ , lelon eux , était pour les Pays-Bas l'époque la plus funeste et la plus affligeante. L'anarchie et tous les maux eârayans qui l'accompagnent , allaient être la suite nécessaire de leur éloignement La florissante Belgique , après cette fatale époque , allait être livrée à tous les maux les plus accablans qui puissent désoler l'humanité. Ceux-là , comme ceux de Brabant , suppliaient donc le monarque , pour éviter les malheurs qu'ils prévoyaient , de consentir à ce que ces augustes princes ue quittassent pas le gouvernement du pays dans ces temps de crise , de trouble et de consternation •
Mais lempereur parla , et les états fléchirent : il adressa à ceux de Brabant , comme s'il avait parlé aux états de toutes les provinces , une dépêche très- sévère , datée de Vienne , le 3 juillet.
« Je veux bien , leur dit-il entr'autres , en bon père et » en homme qui sait compatir à la déraison, et qui sait « beaucoup pardonner, n'atti^buer encore ce qui est ar- » rivé, et ce que vous avez osé , qu'à des mésentendus ou » de fausses interprétations de mes intentions , données » et répandues par des personnes plus attachées à leur in- « térêt privé, qu'au bien général.
» Quoi qu'il en soit , je veux bien que l'exécution des » nouvelles ordonnances en question reste présentement
HUITIÈME ÉPOQUE. ao?
^ en suspens ; et , lorsque leurs altesses, mes lieutenans » etgouvemeurs-gënëraux,conformëmentaux intentions « que je lenr ai fait connaître en dernier lien , se seront » rendues à Vienne avec les députés des différens états , 1» pour me représenter de vive voix leurs griefs et ap- 1» prendre mes intentions , qu'ils trouveront toujours n calquées sur les principes de l'équité la plus parfaite , » et uniquement tendantes au bien de mes sujets , nous » conviendrons ensemble des dispositions à faire pour le >t bien général , selon les lois fondamentales.
n Mais , si contre toute attente , cette dernière démarn che de ma bonté envers vous était méconnue au point 1 que vous vous refusiez à me venir porter vos plaintes , » vos craintes, vos doutes, et à m'entendre avec confiance, « et que vous continuiez vos excès bonteux et démar- » cbes inexcusables , alors vous en tirerez vous «mêmes » toutes les malbeureuses conséquences qui en résulten ront : ce qu'à Dieu ne plaise ! »
La volonté du prinœ était donc invariablement décidée et clairement manifestée^* et les instances que faisaient les états pour l'engager à la révoquer étaient superflues, pour ne pas dire déplacées. Les gouvemeurs^généraux ne manquèrent pas de leur représenter , dans des termes modérés cependant , que le délai de leur départ étant opposé à ce que le devoir le plus sacré leur prescrivait , les rendrait justement responsables aux yeux d'un maître auquel ils devaient l'obéissance et la plus entière soumission ; et que d'ailleurs ce délai était inconciliable avec ce qu'ils se devaient à eux - mêmes. Cétait assez leur fiiire sentir Tineongruité de leur demande.
JLes états , voyant donc enfin que le parti le plus sâr était d'obéir , convoquèrent , pour le 17 juillet à Bruxelles 9 une assemblée générale où devaient se rendre des députéiSf de toutes les provinces. Mais les bruits alarmans qui se répandirent dans cette conjoncture délicate , causèrent une si vive inquiétude , qu on doutait si les états consentiraient à la députation. Les gastettes allemandes aiiQonçaient qu'il était certain que tous les ordres étaient doonés et tous les préparatifs terminés pour faire marcber une arquée de quarante mille hommes aux Pay-6as. Cependant les états, nayànt*pu s'assembler le 17 , parce que tous les députés n'étaient pas arrivés , se réunirent le lendemain. Toutes les provinces avaient envoyé leurs députés , à Texoeption de celle de Gueldre , qui avait mandé qu'elle se conformerait à la délibération des autres provinces. L'assemblée, à l'ouverture de la séance, reçut, de la part des gouverneurs* généraux j une dépêche par laquelle elle rassurait les états sur leurs inquiétudes , en leur expliquant la cause des mouvement militaires qu'on annonçait parmi les troupes impériales en Allemagne. Ces mouvemeos se bornaient i^ux ordres donnés à différent régimens de se concentrer sur les frontières * des provinces allemandes de leur cantonnement. L'assemblée^calmée par ces informations^délibéra tranquillement, et résolut unanimement qu'on déférerait à la dépêche de «a majesté du 3 juillet. Les députés fureijLt donc choisis dans les trois ordres pour les difl!érentes provinces, savoir : trois pour le Brabant , quatre pour la Flandre , trois pour le Hainaut, quatre pour le Luxembourg, trois pour la West-Flandre, trois pour le Limbourg, trois pour le
HUinÈliB ÉPOQfDK. ac»
Toumaisis et ponr Tonnui , trois ponrlfâlines , trois pour Namur. La Gneldre s*ëtait réanie an Brabant.
Une d^potation alla dans la )oiiniée annoncer larësolution de rassemblée ans gonyernenis-gënéraax. Ces princes partirent dès le lendemain 19 , de grand matin , et les diffîrentes dëpntations ne tardèrent pas â les suivre.
Les dépotes de toutes les provinces étaient arrivés â Vienne le i a du mois d'août , et ils en informèrent le ré« férendaire des affaires des Pays-Bas , qui leur fit répondre qu'ils ne pouvaient s'adresser qu'au chancelier , prince de Kannitz. La députation nomma trois de §e9 membres, qui se rendirent le i3 à 4 beures du soir , ebez le cban* celier : laudience , pour toute la députation , fut fixée an lendemain à 4 beures.
Le prince avait invité les députés à lui remettre copie des différentes commissions et du discours qui serait prononcé â sa majesté. La députation examina Técritcpie les états de Brabant avaient envoyé i leurs d^utÀ , et la grande majorité fut d'avis qu'il était nécessaire de faire de légers changemensaux endroits qui présentaient des expressions trop bardies. Le discours corrigé fut signé par tous les dépûtes ; celui qui était cbargé de porter la parole , présenta au prince la copie du discours qui devait être adressé à Tempereur. Le prince fit une réponse très^bligeante , et les prévint que^rémpereur les recevrait le i5 , entre onze beures et midi. Il les engagea également k se présenter à l'audience des gouverneurs -généraux, qui les y admirent le 1 5 au matin , et les reçurent avec une affabilité toucbante. Le comte de Belgiojoso était prtent ; mais il ne dit pas un mot.
vif. li
»i« HISTOIRE GÉNÉaALB DB LÀ BELGIQUE.
Les dëputës , s'étant rendus au palais ùopërial à l'heure indiquée, furent introduits dans le cid)iiiet de l'empereur. L'orateur de la dëputation prononça le discours adopté par elle , et quifut remis à lempereur. Le monarque répondit en ces termes : « Le juste mécontentement que » je ressens de tout ce qui vient de se passer dans mes pron TÎnces belgiques , ne peut s'affaiblir par un vain étalage » de paroles ; mais ilme faut des faits suivis pour meprou- » ver la réalité des sentimens de fidélité et d'attachement M dont vous me donnez ici les assurances de la part de vos SI oommettans.
I» J'ai chargé le prince de Kauuiitz de vous communi- M quer par écrit les ordres que }e fais passer â mon gou- » vernement, et dont l'exécution doit avoir lieu préala- >» blement avant d'entrer en délibération quelconque. 1» Le prompt et entier accomplissement de ces ordres N est d'autant plus nécessaire , qu'en faisant rentrer toute n chose dans la règle , il fera en même temps cesser l'état M de souifrance dans lequel se trouvent la circulation et le M commerce.
» Le bien-être de mes suyets est le seul objet de tou- » tes mes démarches ; c'est ce dont je donne journelle- N ment les preuves les plus réelles. Je ne veux point ren- > verser votre constitution ; vous vous en persuades^çz à » l'évidence , en vous rappelaut que c'est dans le moçient • où vous aviez tout osé et mérité mon indignation , et H qu*avec tous mes moyens de puissance , je vous ai » néanmoins réitéré Tassurapee de la conserver. »
L'empereur , porte la t^lation des états , lançait de temps en temps des regards d'îndignation : il remit
HUiTIÈlU ÉPOQVB. att
ton discoiirt à rMattor , %XH iàt qu'il d^Aiâil de et»naître les noms des dëpntés^ il fit le tour do eerele , et tons les membres lui furent snccessiyement présenta per le dëpntequi en ayait la liste : il adressa la parole à ceux qu'il couuaissait plus parliculièremeat* « Actuettement ^ », dit-il , la cérémonie est faite < yous n'êtes plus di^ntésç
> nous sommes citoyens i vous Y^udresi bien mer^arder B comme tel. Je serai bien aise denL'instmire , et vous ne » seres pas £lohé de m entendre. Lorsqu'on m'a parlé ,
> on ne m'a jamais trouTé déraisonnable. Venea me » voir le jour et en tel nombre que vous désirerea , vtn
> onze beures : ce que vous direz , ne sera pas tiré* â » conséquence , non plus que ce que je^vous dirai »• Le monarque s'est alors retire, ^n saluant tous les députés d'un air riant.
La députation remit le 17 9 au prince de Kaunits, vn mémoire dans lequel elle lui exprimait vivementladonlenr et les alarmes quelle avait ress^itiesi la vue des ordres de sa majesté, qae le cbancelier a^ait été cbargé de leur communiquer. Les députés , qui avaient espéré d'obtenir la ratification absolue de la déclaration des gouverneurs-généraux, virent toutes leurs espérances déçues par ces ordres sévères , qui , comme ils l'observaient , ne semblaient avoir été donnés, que pour confirmer les dis^ positions qui laisaientle sujet de leurs doléanoes.
Cétait en effet l'intention irrévocable de Pempcreur ^ et le prince de Kaunitz dit positivement aux députa , qne sa majesté ne trouvait pas à. propos de rien cbanger aux ordres qu'elle avait fait parvenir aux Pays-Sas.
Les doutés convinrent de nonuner un membre de cba*
tia HISTOIRE GÉMÉRALB DE LA BELGIQUE.
. qiM province pour se rendre le même your 4 j ài'audience de Pempereôr : ïlé y 'furent admis' sans cérémonie ; et ils entretinrent lé monarque de plusieurs objets particuliers qui ibtéressaieut les différentes provinces. Ils saisirent Too- ^uision de supplier sa majesté de se rendre dansla Belgixpie , pour y yoir les choses par ses yeux ; mais l'empereur leur répondit qu*H ne portait ffue la cocarde noire : il faisait par cc^mot'éner^que uné-piquanté allusion aux marques distinctives de parti qu'on avait adoptées dans les ^différentes provinces : il ajouta qu'il n'avait jamais eu Tintention d'employer la force contre ses peuples , et il leur •annonça qu'il considérait leur mission comme terminée. Cette audience dura trois heures.
Toute ladéputation reçut son audience de congé le i8. L'empereur assura positivement qu'il n'avait jamais été question d'introduire la conscription militaire , ni l'impôt de quarante pour cent dans les provinces belgîques , et que , si l'on s'empressait de remettre les choses dans rétat où il exigeait qu'elles fussent au préalable, il tâche^ raitde trouver le moment de se rendre aux Pays-Bas , pour se concerter avec les «états sur tout ce qui pouvait tendre au plus grand bien des pi^ovinces* ' Xes députés retardèrent leur départ de quelques jours pour voir les établissemens et les monumens remarquables de la capitale et des' environs ^ et ils revinrent dans un sens , de l'accueil qu'ils avaient reçu à Vienne ; mais les inquiétudes n'étaient point calmées d-ans la Bdgiquel Les bruits lés plus alarmàns se répandaient avec profusion- et se succédaient avec rapidité , non* seulement dans le Brabant,' mais dans les provinces
HUlTlklIB ÉPOQUB. aiS
Yoîsinesy et la malveillance accrëditait ou esagërait tons ces bruits pour exciter la défiance et entretenir la. fer* mentation. '^
L'empereur , conformément à oe i{a*il avait dit ans états , fit passer ses ordrea au gonvernement«général« L'intention absolue du monarque , exprimée en ternies très<*précis , était qu'il fallait que tontes les cboses fussent rétablies sur le pied où elles ^^aient avant le i*' avril , et qu'il ne rest&t plus le moindre vestige d'aucune des cbo» ses contraires à ses ordres bu à ses intentions depuis cette date. C'était la condition absolument indiapensable , dont il exigeait l'accomplissement préalable- Mais! les états, persistant dans leurs prétentions aussi obstinément que lempereur dans ses volontés , regardé* rent ces préalables comme contraires aux lois fondamen* taies. Ils répondirent donc qu'ils ne pouvaient y donner les mains directement ni indirectement , et ils déclarèrent qu'ils se trouvaient dans l'impossibilité absolue d*accorder la continuation des impôts , tant que les infractions faites ne seraient pas réparées.
Un des points essentiels des préalables était l'abolition des compagnies bourgeoises. Lesno/bnta/rej (c'est le nom que portaientcescompagnies), cédant enfin aux instances réitérées des magistrats de Bruxelles, abandonnèrent leurs uniformes et leurs cocardes , et le gouverneur-général, le comte de Murray, satisfait de cette ccmdescendance) publia la déclaration de l'enipereur qui p(Nrtait i« que les constitutions, privilèges, /o^eu^e-eiterea seraient mainte^ nus ; %^ que les nouveaux tribunaux et les intendances étaient supprimés \' 3^ que les tribunanx etl^ jundîctions
9i4 HISTOIRE OANJtaAtB 0B LA BELGIQUE.
•ncieniies, les^Uts, etc. 9 subsisteraient sur l'ancien pied; 4^. que sa nsaîesté traiterait avec' les états sur le redressementdes objets contraires à la /oyeuje-enfra^. Le premier article donnait beaucoup de latitude aux prétentions desétata, et ;le quatrième beaucoup d'étendue à leurs espéranOes*
Les états de Brabant adrossèrentdonc à Pemperenr de nouTeHcs représentatioiis, par lesquelles ils demsoaidaient letfétdoilisBement des cOuvems st^^ppirimés et de l'université deLouvain^ Geux. de Flandre ïxd pl^ésentèrent des réda^ méfions cediçùes' dans le même sènk tet Je>mâme esprit et appuyées sur les miémes principes et les mêmes motifi. Mais T'Cmpereur, en rendant aux élats leurs constitutions et leurs iprrâriléges , n'avait formellement entendu que le rétabtissemeht des anciens tribunaux et de raacienne ad* miniairation des provinces, et c'est ce que portaient les articles! 2 et 3 de sa déclaration; mais il voulait- que aes ordonnances. sortes autres points ootitestés fussent execu^ hBéSyhtnl consentait à ep tiraitçr aVfc lesétats; c'est ce que portait l'article 4-
. JUe cduitede TrautIulAnsdcirf , qui venait d'être nommé ttimislre plétiip^femtiaire, déclara, aanoitMle Tefifpereur, par un déei*e.t'i^terprétÀti(9 que^ , toutes iea dispositions souveraines subsistliiei^t diiosî toute leur force ,. excepté les édîts relatif aux intendaacea et aux nouveaux tribu*
Leconseil de fo^tviiit n'avMt point publié ce décret, et leminiatre. adressa h.%% )aomr ^à huit heures troisquarts du matiniàce-obuseil, une dépêche contenant l'ordre absolu de- lairé >ptifelîer le dedret dans les a4 heures* Le mi-
HUITIÈME ÉPOQUE. 3i5
nistre défendait au conseil, A peine de désobéissance, de lever la séance avant d'avoir procédé à cette publication. Cette dépêche, qui fut envoyée au chancelier, était acKSOmpagnée d'une lettre particulière, par laquelle le ministre prévenait ce magistrat, que, si l'ordre de publication n'était pas donné dans le terme de deux heures , il emploierait ( ce sont ses expressions ) le triste moyen des oanons et des hayonnettes*
Le comte d'Alton, que l'empereur, avait envoyé auK Pays-Bas avec le titre de général d'armes, craignant un. mouvement dans te peuple, fit incontinent iiivestir le conseil et les lieux environnans, par de SovteB patrouilles. Le peuple se rassembla prés de l'hôtel du oonseil^piutôt (on ne peut en douter ) par un mouvement de.curîosité , que pair un esprit de rébellion, et les patrouille» parvinrent â disperser la foule, qui alors, se rassembla sur la grande plaoe« La patrouille, qui y. fut envoyée, fut pressée par cette naultîtnde, qui avi£t une contenance menaçante, et co«a« mençait à lancer des pierres. Alocs l'officier commandant,, craignant d'être as^illi et lapidé , fit faire une décharge sur ces malheureux, dont plusieurs furent tués &n bles^» Ce triste événement plongea Bruxelles dans le deuil , et le conseil assemblé ne pouvait ae décider à donner sa résolution . Ce ne fut qu'à onze heures de la nuit qu'ilsigua la déclaration exigée , en ajoutant , « que le conseil n'eo^ » tend pas, par la publication de cette ordonnance, attrir » buer aux édits y mentionnés aucune force plua ^and4^ » que cdlç qu'ils eut dâ avoir aux termes de la cônstitu- » tion, avant le i«» avril 1787 ; que toutes les clauses de » réserve apposées aux résolutiona codcernantles. mêmes
:fi6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE VA BELGIQUE.
» ëdîts , conserveront leur pleine force, et que le co&seil » n'entend préjudicier en aucune manière â la constitution » du pays, ni aux réclamations des étals, tant à celles qu'ils » ont faites, qu'à celles qu'ils pourraient renouveler sur » l'entière conservation de tous les points de IsLJoyeuse'
» entrée. »
Le rétablissement du séminaire général était un des points préalables dont l'empereur avait expressément ordonné l'exécution indispensable* Cet article paraissait cependant n'être plus succeptible d'aucune difficulté. Qu'on 86 rappelle en eSet que l'archevêque de Malines, avant son départ de Vienne^ avait reconnu expressément Toblî* gation où il était dç se conformer aux ordonnances émanées dé sa majesté en matière ecclésiastique. Cependant, dès qu'après son retour, le gouvernement eut insisté sur ' le rétablissement duséininaire général, il y opposa une résistance plus vive qu'avant son départ. Comment expliquer , comment justifier cette conduite contradictoi-* re? Ce n'était pas dessein de tromper; l^s vertus qui caractérisaient cet archevêque, le sauvent sans doute d'une imputation aussi odieuse ; était-ce défaut de lumières, ou défaut de fermeté ? et ce prélat, comme le ministre Trauttmansdorff lé lui a reproché dans la suite, laissait-il en effet diriger sa conscience par ceux qui l'entouraient , et qui peut-être dominaient son opinion ? Que sais- je? Ne lui avait-on pas inculqué cette funeste maxime, si accré* ditée dans les siècles ténébreux de l'église: ^uon ne doit pas tenir la parole qu'on a donnée aux hérétiques ? Or, ceux que l'archevêque de Malines écoutait , regardaient certainement Joseph II comme un hérétique, et l'abbé de
HurritaiB époque. at?
Feller, que les ëUte regardaient alors comme lear oracle, répète dans plusieurs endroits de son Dictionnaire Ur« torique^ que ce prince avait voulu détruire la religion catholique.
Le séminaire général était toujours le point auquel les évéques et les états apportaient le plus d'opposition. Mais pour que les états fussent eux-mêmes entièrement convaincus qu'enfin il ne devait plus rester aux évéques le moindre des doutes qu'ils avaient élevés, ni aucune des difficultés qu'ils avaient suscitées, le ministre les informa de ces différentes dispositions, et leur communiqua toutes les dépêches adresséesaux évéques sur cette matière, de manière qu'en combinant les dispositions souveraines avec le mémoire et la déclaration que rarchevéque,pendant son séjour à Vienne , avait présentés à Tempereur, on fût convaincu qu'une satisfaction complète était accordée aux évéques.
Tous les obstacles en effet paraistoient levés. Lesévéqaes réclamaient le droit de surveillance sur la doctrine , sur les livres et sur les élèves; on le leur laissait, et on leur facilitait les moyens d'envoyer au séminaire général un ecclésiastique de leur choix, qu'ils chargeraient de cette inspection. Les évéques avaient demandé l'éloignemeut du directeur StOger, et il était rappelé; et pour leur témoigner et leur inspirer plus de confiance, on leur laissait la faculté de présenter les ecclésiastiques qu'ils croiraient les plus propres à remplir cette place entre lesquels 6n ferait un choix. Ilsavàientreprésenté les inconvéniens que pourrait entraîner la multitude d'élèves réunis dans une même enceinte; et l'on préparait de très-vastes bftti-
:n6 HISTOIRE GÉNÉRALE D8 LA BELGIQUE.
meus pour les y contenir , sau^ gène pottr le {^ysiqûe, etiftns danger ponr le moral. Bb avaient exposé les mau- V4i.is effets que produirait dfii|S les jeunes religieux, leloignement de leurs supérieurs; on les autorisa à demeurera Louvain, dans des couvent de leurs ordres, ou dans des collèges, sous la surveillance d*un religieux nommé par le supérieur* Ainsi disparaissaient toutes ces craintes qu'avaient m;anifestées les évéques, tant sur la pureté de la doctrine, la discipline de Téeole , l'orthodoxie des professeurs^el le choix des livres, que sur la conduite, lasu* bordination, les mœurs et la santé des élèves.
Le séminaire général rçsta désert^ et les leçons continuaient dans les séminaires épiscopaux. Cette désobéis* sance obstiné détermina l'empereur à transférer à Bruxelles les facultés de droit, de médecine et de philosophie , qn laissant la faculté de théologie à Louvain avec le séminaire général , et le gouvernement fît fermer le sémi*naire de Malines. Le comte d*Âlton, qui ne connaissait que Je$ mesures viplentes, avait (ait partir de 1^: troupe pour pi^otéger et assurer l'exécution de cet ordre. La populace ameutée résista et assaillit la troupe à coups de pierres ; la troupe poursuivit la foule à coups de sabre , et elle en atteignit même un assez grand nombre, qui reçurent des blessures plus ou moins graves.
Une scène non moins déplorable se passa à An verspour l'exécution de la même mesure. L'officier qui commandait la troupe, ayant été accueilli par des huées , fit faire deux décharges,^ qui tuèrent neuf personnes , et en blessèrent un beaucoup plus grand nombre.
Celte terrible extrémité^ que d'Alton appelle à aa ma-
HIMXIÈIIS APOQQB. »i9
ràère une démonstration à$èrgique, apaisa le tumulte. Le s«minabre fut évacué le lendenliaiDy et l'éTéque eut la ville pour arrêt.
L'époque de la convocation ordinaire des états approchait, et toutes les dispositions annonçaient que cette ass^CBÙMée lierait orageuse. Le décret rendu contre Yander Noot, que l'abbé de Feller appelait dqa l'idole de la notiork^^ avait exaspéré les esprits. Ce {nt le 21 novembre , qiie les étatsde Braban.t furent convoqués ^ur délibérer! sur-raccord ^usiibfiijde. Les débats fuient vi&, etlesop' positions nombreuses^ Gependàat 1 état ecclésiastique et rétatnoblè y consentirent à la pluralité des voix , plutôt; par crainte et par force , que pai^zèle et par amour , ou plutôt. dans un dessein concerté , qui, "en leur laissant le mérite de la soumission , produisait le même résultat x en effet, ce consentement des deux premiers ordres étant ,-se* Ion la constitiition brabançonne, :ei»entiellement subordonsé au consentement du tiers^tat, deveîiaitiUusoirr et inopérant, puisque ce dernier refusait obstinément d'accéder au- vcsu dés deux premi^rs^ (à)
Il ' . . ♦
'(a) Les ëtaili^de BfnbaBft irotaïait pour llnpàl ayec celle jdnuae: à CQtidiiion que le tiers-état suivre , et autrement pas» . .
Les ricos homhrès d'Aragon, ëlgs piir le peuple , formèrent un tribu* nal très-redoutable à la couronne. Â leur tête était le grand-justicier. 11 recevait le sermenldii roi , et lui tenant nue e'pee nne 8«r le cœur, il prononçait ces paroles : Nous qui.vahn» auUtnt que w)us ^ nousvmit faisons notre seig,neur et roi , à condition que yous maintiendrez nos privilèges et libertés ; s^non^ non,
V autrement pas des Brabançons n^a-t-il pas, ne fiit>ce que par son laconisme, quelque ressemblance avec le tmon , itoii des AragoilaÎ87et Veaprit 4es d^iiai copsli^tiops n^esNl p«8 i pea préi le mène t
y 930 HISTOIRE GÉNÂRALE DE LA BELGIQUE.
Les ëtats de Hainaot » animes du même esprit , avaient également refusé les subsides , mais avec plus de fermeté, ou pour mieux dire, avec moins de tergiversations qae ceux de Bràbant.
L'etnpereur supprima les états et les privilèges du Haïnaut, et déclara qu'il exerçait l'autorité dans cette pro-» vince comme conquérant.
Les états de Brabant , convoqués de nouveau le 2 mars, furent autorisés par une dépécbe inrpériale à percevoir les imp6ts et les subsides échus, suppléant , en vertu de sa souveraine puissance , à ce qui pourrait être requis pour compléter leur consentement , c'est-à-dire , celui du tiers-état , qui , ayant la faculté de s'opposer aux résolutions des deux premiers ordres, rendait illusoire le consentement de ceux-ci, essentiellement subordonné à celui du troisième.
L'empereur, voulant trancber tontes les diflEicultés d'un seul coup , fit convoquer les états de Brabant pour le 18 juin, et le conseil s'assembla le même jour.
Le gouvernement proposa aux uns et aux autres de donner leur assentiment aux articles suivans : i® Taccord des subsides à perpétuité ; 7?^ le consentement des deux premiers ordres à la suppression du tiers-état ; 3® que rhomologation dii conseil de Brabant ne fut plus requise pour la sanction des lois nouvelles ; 4^ l'établissement d'un nouvel ordre judiciaire.
L'hôtel des états était entouré par la force armée. Cet appareil menaçant n'ébranle pas leur fermeté. Le ministre leur dit et leur répète que leur obstination entraînera leur suppression. Ils répondent qu'on pourra bien les
HUin&MB ÉPOQUE. aai
<:asser , maisqu'on ce pourra pas les forcer , et ils refîiseiit en effet leur consentement aux quatre propositions An gouvernement. Les privilèges delà province, le contenu entier de la joyeuse-entrée, la députation des états et le conseil de Brabant sont annulés , cassés et supprimés.
Tous les esprits étaient dans la plus violente agitation. Un grand nombre de jeunes Belges , anim& par leurs parens mêmes, abandonnèrent leurs foyers pour passer dans les pays voisins et se réunirent dans lesenvirons deBréda. Le jésuite de Feller fait, à ce sujet, une réflexion assez remarquable. Le cinquièitie et le sixième sièclesont présenté lespectacle des barbares du Nord, qui ont quitté leur pays pour en conquérir un plus fertile , et plus agréable ; mais rbistoire n offre point d'exemple de nation qui fuit dans les contrées étrangers pour venir conquérir son sol natal avec sa liberté , sa religion et ses lois. Cependant le nombre des émigrés était singulièrement exagéré. Le bruit public , les gazettes mêmes le portaient à trente mille , et les témoins oculaires , qui veulent en parler sans partialité , attestent que les patriotes , au combat de Turnhout , c'est-à-dire, le ay octobre , n'étaient pas plus de quatre mille.
La princesse d'Orange , sceur du roi de Prusse , était très - disposée à protéger la cause des Belges insurgés. La raison en était fort naturelle , et ce n'était qu'une juste représaille. Elle conservait toujours dans le fond de soncceur le souvenir de l'accueil que l'arcbiducbesse Marie-Christine avait fait à Bruxelles pendant la dernière révolution hollandaise , aux patriotes hollandais , émigrés ou bannis, qui étaient admis avec une sorte de dis-
S9Q HISTOIRE OÉN ÉRAL£ DE LA ^BELGIQUE.
tinction aux dîners et aux fêtes de la eaav , sans avoir ëté présentes , selon les règles de l'étiquette, par le ministre de Hollande,qui était ie baron de H()Op. Ce mini^i^e,trèsestimé à Bruxelles , particulièrement distingué de l'arcbiduchesse même , se trouvait dans une situation fort embarrassante : il était souvent dans le cas de rencontrer de ses compatriotes , qu'il ne pouvait , dans sa position , considérer que comme des rebelles , et sa contenance était naturellement très- gênée en leur présence.
Après la restauration du stadh^uder , Tamba^sadéur d'Angleterre , le chevalier de Rarris ( depuià lord Mamelsbury ) 9 homme aimable, séduisant, ministre adroit, ambitieux , actif en intrigues , fécond en moyens , trèsattaché au parti siadhoudérien , Ait très-charmé de lui fournir l'occasion de se venger de la maison d'Autriche, et il la saisit avec avidité. Il conçut Tidée de profiter de la circonstance où les Belges voulaient se soustraire au gouvernement autrichien. Il craignait peut-être aussi que , ne pouvant se soutenir par leurs propres forces, ils ne se jetassent dans les bras de la France , qu'il détestait ; car c'était moins par attachement personnel pour le stadbouder que par haine nationale contre la France , qu'il avait embrassé le parti de ce prince , et il n'était peutêtre ennemi des républicains hollandais que parce qu'ils étaient protégés par la France (a). Il considérait d'ailletirs
(a) te Ce sentiment d'aversion contre la France était donc le r^gola- » teur de tontes ses affections* Indifférent au fond de son ame, entre les ji deux partis qui divisaient la république, il se serait infaillibiefliftDt n réuni aux patriotes contre le stadhouder, si ceux-ci lui avaient laissé » l'espérance de le seconder dans ses sentimens contre la France et de
qtie cettft alliance. de la Belgique ayec la EVaaoe ne pouvait être que très^contraire aux injtéréU de rAingletene et de la Hollande. U communiqua se$ idées au grandpensionnaire de Hollande, Van de Spiegel, qui était trèsattaché i la princesse d^Orange , et lui fit entrevoir la possibilité de réunir la Belgique à la Holltade sous un gouvernement s^aré, que l'on donnerait au prince Frédéric d'Orange^ avec le titre de gouverneur- général, sous la garantie de l'Angleterre et de la Prusse , qui , par le tnaité signé- à Berlin le i5 avril 1788 « avait assuré à la république la constitt|tion stadboudérienne (art. 3). Ce plan , qui fut comu^uniqué à la prini^esse par deux persennes qui jouissaient de son estime et de sa confiance, était spduisant sans doute* Le ministre prussien Hertz«berg , qui dirigeait le roi , le chevalier anglais Ewart , qui gouvernait le ministre-, liés l'un et Tautrç d*amitÂé avec lord Mamelsbury , adoptèreut avec chaleur ce projet. Hertzberg ne consulta que sa haine invétérée contre l'Autriche , parce qu'il croyait voir une belle occasion pour la satisfaire , et cette haine eut peUt-étre aussi plus d'influence sur sa détermination que son attachement à son maître. Le roi de Prusse, excité par son minjUtre , envoya le baron de Brokhousenet le général de Selieflen i Bruxelles , pour sonder , comme on dit , le terrain (à).
» le oondMire par aoD impulsion. Mém^ sur Im révolution de HçlUmdff par MtCaUlarU
(a) Oan'a jamais pli douter que le roi de Praue ne pretégpàt ieçsitemsntféès le commencement ^ la révolution belgique. S'il n'j en ayaît pat de preuTCf antérieures , }a lettre écrite de Liëgç, aooi la date 4a sJ iiéyrier 1790, par le général prussien Sclieffen au marquis delà Fa jette,
!M4 histoire générale de la BELGIQUE.
La cour de Bruxelles ëtalt livrée à toutes les petites intrigues de femmes , dont la plupart , mécontentes de Tarcliiduchesse^ qui leur avait montre delà froideur, quelquefois du dédain , i cause de lattacliemenl qu'elle leur supposait au parti patriotique , s'étaient assez brusquement retirées de la cour , et formaient en effet un comité secret avec Vander Noot, Van Eupen , l'abbé de Tongerloo et quelques patriotes de cette espèce , qui déjà étalent suspects au gouvernement.
Vander Noot, ne se croyant plus en siireté à Bruxelles, s'était réfugié à Londres, dans l'intention de chercher les moyens, ou plutôt d'épier les occasions de solliciter l'appui de TÂDgleterre pour favoriser ses projets. Le hasard lui fournit en effet une occasion de parler au ministre Pitt , et les lettres qu'il adressait continuellement à sa famille et à ses amis , à Bruxelles , annonçaient avec emphase qu'il négociait avec les cours étrangères pour opérer avec leur
suffirait pour ne laisser aucan doute à ce sujet. Il lui dit qu*il désire . s*éclaircir rondement a uee lui de soldat à soldat^ sur les intentions de la France à Fe'gard des Belge^. Ma natHon , dit-il , désirerait la redouta* hle Autriche moins puissante de cette province. Voilà le fin mot. En ^occupant du sort de la Belgique , elle n'a d'autre objet : elle est indifférente à Informe de gouvernement que célle^i voudra se donner. Le roi de Prusse ne souffrait il pas d'ailleurs que son ge'ne'ral Schœnfeld commandât les armées belges? J'ai eu cependant dans le temps,par une communication confidentielle , connaissance d'une lettre adressée par Schœnfeld aux e'tats de Namur, dans laquelle il disait quMl avait quitté un emploi honorable au service du prince de Hesse 9 si je me rappelle bien, ou enfin d'un prince d'Allemagne, pour pa'sser à celui des cftats. J'ai toujours pense' qu'il avait voulu donner le change. Qu'il ait e'crit cette lettre, c'est un fait que je peux attester, l'ayant lue: qu'il en ait imp08<^ ce n'est qu'une conjecture.
HUITIÈaiE ÉPOQUE. aaS
secoure la délivrance clés Belges. Ce brvU ^tait géoëral^ ment répandu et accrédité dads tout le paja.
Yander Noot, plein deises projets et de sas espérances; revint par la Hollande, s'arrêta à La Haye pour y sonder,, comme à Londres , lea. diapositions. de la cour, atadhoudé-' rienne , et revint à Bréda»^ ou il était arrivé,,' écrivait-^ '^ pour î^égocier; mais quà^cet ëfleti ii lui fallait uneparo-^ curi^tipn de Tun ou de Vautre des'trôii ordres dei états;. quavee cette pièce , il était /ftur.dfobtomr des puissances étrangères tous les^seaouTs néeesSaîres-pour Texod^tionde ses desseins. . >. - . ; i . . • .
Cette promesse séduisaaiie engagea les.phia ardens;pa^ trio tes àrédi^r ui) ^ojet de^^proouration, qu'on 'SOumit a touS)les doyens des villes de Bruxelles^d'Alkvers et de Louvain. Ce .ne fut cepeildant cpie le petit pombre. qui consentit à le signer.
Les* che& àf^ patriotes t c'est-àrdire , Yander Noot,. Van Su^n ^ les.abbés.det/Tongerloo et de S^ Bdrnarfl- \\ après la suppression des- états', s^étaient retirés â 'Rooseb*» dael, gnand village.,, sitxié idaiis la:'baronnië>die Bréda^^ doasaine dnprince.d'Orangie ^ où ils fouillèrent nn comité cbargé des intérêts de la patrie. - - . .: sr :})
L acteiou proci:Mratioa.d9nné à Yander Noot:snr sa ^ew) mande v le Iqualifiaitf) dyigéki piémpofdMiàiré 4u peupU brabamçon. Gé titre bfi dfanpaftnine.gïtei|de riilipovtan€i(» et un . gsaoNl ' pûids^ . '^t ' i - : •'/liq l'Dît; !■ i / ,,r(^
Leracevfeur oncaftendant delà pnnàeisBfW&iim'ge:{a)q
(a) Il eat mort eo iSaSdnbs.ttn âge très^avânoé « éành9A'iétt^..t^e Landfort sur les frûntiéret d« la Gueidre et du pays jd* Ad liait....
Yll. ï3
M5 HISTOIRB GÉNÉRAZiB I>B LA BELGIQUE.
nomm^ Mottttan , homme d'esprit, fin, remuant, iqtrigant, était à Roosendael. Son intime liaison avec rald>é de Tongerloo fat tr^s-uttl^à Vander Noot^^qui, appuyé de la protection et de la recommandation de Motman (a), se rendit avec assurance à La Haye , et obtint une audience de la princesse. Gomme elle cherchait à étudier les* dispositions des Belges , et à en profiter , cette princesse, aussi adroite queTagent plénipotentiaire était borné, crut- voir dans YanderNoot un instrument qu'elle pourrait manier A son gré et au besoin ami*n^r à ses vues. Elle ne refusa donc pas de l'écouter ; elle ne dédaigna pas même de raccueillir»
Vander Noot, fier de cet accueil, auquel il ne devait pas s'attendre , se croyait si sûr du succès de sa né gociation^ qu'il envoya les abbés de Tongerloo et de S^ Bernard à Wesel, pour y signer le- traité relatif au contûigentde troupes que la Prusse devait fournir. H entreprit donc avec la même assurance le voyage de Berlin, et obtint en effet du ministre une «audience, qti'rl ne pouvait se dispenser de lui accorder ,ràlarecomma^dation de la princesse d'Orange. Le ministre .remarqua très-bien que cet homme était un furibond , plus agité .pa]5> l'esprit de.yengeazite et d'ambition ,. que. dirige par l!amour du bien ,,et.qu'41 était pluis vèr^sédans l'étude aride id;u droit que dans les mystères de la politique. Mais il ne > voulut pas le rebuter^ parce qu'il aimait de vcâr la tournpre que preiidraitla révolution brabançonne, pour en tirer, selon
' {ayVextrMtdm regiitve des états' de firabant porte une somme de cent mille florins aïk profit de Motman, pour $a protection.
HUITlfcM£ ÉPOQUE. aa?
les circonstances, le parti qui pourrait être le plus avantageux à son maître, et il le berça de quelques promesses vagues , dont les ministres sont toujours fort prodigues , en lui conseillant toutefois de remettre son projet au printemps de Tannée suivante.
C'était par Tintermédiaire de Motman que la correspondance du comité deBréda passait à la princesse d'0« range et au grand*pensionnaire Vànder Spiegel (a). On croyait à La Haye la chose si sûre, que déjà l'on avait rédigé un traité secret entre l'Angleterre, la Prusse et les Etats- généraux, qui aurait son effet dans le cas où les provinces belgiques seraient déclarées indépendantes de la maison d'Autriche. Ce traité , présenté au comité secret des états-généraux, fut renvoyé à l'examen des états provînciaux ; mais il rencontra de l'opposition dans plusieurs provinces^ parce que l'on savait que le stadhouder, qui n'aimait pas de se brouiller avec la cour de Vienne, n'approuvait pas ce plan, et il s'en expliquait ouvertement dans les conférences; et dans les confidences intimes, il ne cachait pas à ses amis qu'il voyait avec peine l'influence que Van Jer Spiegel avait dans toute cette, affaire .
Unbaron Eberstein^major, intrigant, accablé de dettes, chargé de mauvaises aflaires, quitta dans oe temps la cour de La Haye, où il remplissait les fonctions de chambellan, et le service de la république, pour aller, avec un officier suisse , nommé Scherer, en demander chez les insurgés belges. On crut généralement à La Haye que ce baron
(a) L'extrait da registre des e'tats de Brabaiit porte une somme de quaire-vingt-mille florio» au pro6tde M. Vander Spiegel, pour avoir faTorisc le rassemblement des patriotes h Brc'tlj.
aaê HISTOIRE GÉNÉRAL* DÉ LA BELGIQUE,
était un agent secret de la prittfcesse et de son parti, parce qn'on ne pouvait.se figurer qti'il eût Osé s'enrôler sous les drapeaux de Vander Noot sans le consentement du stadhouder et de Isa femme. La vérité est qu'il n'avait eu, comme tant d'autres aventuriers, *d'autre but que de rétablir ses affaires et de payer ses dettes. Le grand pensionnaire lui-même ( il était assez fin cependant) s'y laissa prendre. Il entretenait une correspondance suivie avec ce baron, qui lui transmettait des nouvelles vraies ou fausses, même en chiffres , {)our avoir Tair d'y attacher plus d'importance par cette forme mystérieuse. Il envoya an grand- bailli de Flessingue des cahiers contenant les portraits des persénnages marquans de la Belgique et de la cour de La Haye , dont il proposait de faire Tacquisîtion pour cent ducats, parce qu'au moyen de cette somme, il saurait etnpêcber l'auteur de ces ;^ortraits de les livrer i Tim pression. Le grand-pensîonnaîre allait donner dans le piège , quand le grand-bâilli découvrit , par un heureux hasard, au moyen d'une phrase d'Une de ses lettres, que le baron était lui-même l'auteur de ce libelle , et voulait escroquer l'argent en vendant son manuscrit.
La princesse , qui avait ëté entraînée par les événemens, et maîtrisée, pour aiiasi dire, par sa position, sentit qu'on l'avait trompée ; et quand tojut ce chaofi d'intrigues fut débrouillé, et que l'expérience lui eut découvert le but et les motifs des, auteurs de toutes ce^ menées , qui l'entouraient et l'obsédaient, elle renonça entièrement à ses projets, et la cour stadhoudérienne resta désormais spectatrice impassible et indifférente des scènes et des farces, tantôt tragiques, tantôt burlesques, dont la Belgique était le théâtre.
HUITÙMB ÉPOQUE. 2*9
Les patriotes ^aîrés de Bruxelles avaient asses peu de confiance dans les vaines espérances qoe leur donnait Van* der Noot, et ils ci^oyaient avec raison qu'il e'tait plus sûr et plus expédient de former une armée nationale , (jue d attendre une armée étrangère. Cétait surtout Favis , c'était le plan de ^avocat Yonck , qui , dans cette inten* tîon , avait formé dans le silence à Bruxelles une association , à laquelle il donna la dénomination de pro arts et focis i c'est-à-dire , pour la religion et la patrie , dont lobjet était de former sur les frontières du Brabant une armée patriotique , et il confia ce projet à Vander Noot , qui le méprisa et même le ridiculisa , en se targuant de ce qa*il appelait sa correspondance avec les puissances étrangères.
Yonck, rebuté par Yander Noot , se retira à Hasselt , où il forma un comité particulier composé de quelques bons patriotes, qui avaient les idées plus saines et les vues plus justes que ceux dont Yander Noot avait fasciné les jeux. Ce comité , bien composé , bien dirigé , craignant que les Autrichiens ne s approchassent de cette frontière , se retira sur celles de la Hollande. Les émigrés , qui s'étaient rendus auprès de Yonck en grand nombre , formaient déjà un corps assez considérable.
Yonck, qui vit enfin que les secrets et les promesses de Yander Noot étaient des chimèi*e& qui ne tendaient qu'à retarder , ou pour mieux dire à paralyser les opérations des patriotes, et à faire manquer le but de la révolution, pensa à chercher un chef pour organiser et conduire l'armée des émigrés, et il jeta les yeux sur le colonel Yander Mersch. Cet officier, qui avait fait son apprentissage au service de France > dans la guerre de Hanovre ,
a3o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
était parvenu, par ses services, du rang de simple volontaire au grade de lieutenant-colonel, et il était passé, avec le même grade, au service d'Autriche , où il s'était distingué dans la guerre contre la Prusse. L'empereur lui avait donné le grade de colonel , et il s'était retirédans ses terres aux environs de M enin , sa patrie. Vonck lui fit proposer d'accepter le commandement de l'armée patriotique.
Vander Merscb, cédant aux sollicitations de Vonck, se rendit à Bréda et concerta avec le comité son plan d'invasion. Le jour en fut fixé au 24 octobre, et c'est ce jour que fut publié à l'armée patriotique , rangée en ordre de bataille, le manifeste du peuple brabançon , qui déclare l'empereur Joseph II , déchu de la souveraineté du duché de Brabant.
Toutes les forces de Vander Mersch, qu'on a beaucoup exagérées, étaient tout au plus de quinze cents hommes, qui avaient été cantonnés sur le territoire hollandais dans les villages du grand et du petit Sundert , Reysbergen. Il se rendit dans la même journée à Turnhout , et il en partit le lendemain pour continuer sa marche sur Diest*
Le comte d'Alton avait donné ordre au général Schrœder , qui était à Lierre , de faire toutes ses dispositions pour l'attaquer. Ce général partit le a6 au soir, et Van- 'der Mersch, qui n'était guère qu'à une lieue de Turnhout, se détermina à y revenir , et fit toutes les dispositions propres à tirer de sa petite armée le parti le plus avantageux. Son but était d'attirer les Autrichiens dans la ville, et c'est dans cette vue qu'il s'avança dans la campagne : il ne répondit au feu de l'ennemi qu'autant qu'il fallait pour l'attirer. Les patriotes combattaient toujours
HUITIÈMB ÉPOQUB. \ aSi
en reculant , et leur feu , soutena par celui qjai sortait des fenêtres , devenait'J^lus \if à mesure qu'ils cédaient en se retirant vers la* place. Les Autricliiens , . assail* lis en front par les patriotes qui la défendaient , et en flapc, tant par ceux qui occupaient les maisons , que par les pelotons qui s'étaient glissés dans les avenues aboutissatntes à la rue de THôpital, furent enfin forcés, après cinq.heures de combat^ de se retirer^ en abandonnant aux patriotes trois .canons et deux caissons avec les munitions. La perte des Autrichiens fnt assez considérable tant en tuéa et en blessés, qu'en prisonniers et en déserteurs, qui vinrent, pour la plupart , se ranger sous, le drapeau patriotique (a). Les patriotes y perdirent quatre-vingt-sept hommes^ tués ou blessés. Cette victoire étonnante eut le le double effet de fortifier l'espoir et le courage des patriotes, et d'augmenter l'enlbarras et le découragement des- Autrichiens*
L'empereur ne put contenir son indignation en recevant le rapport du général d'Alton , qui lui annonçait la nouvelle d'un échec aussi déshonorant ; ce sont ses exprès»
siops. Il blâma hautement la précipitation et les mauvai*
{a) Voici le détail delà perte des Autrichiens à Tiirnbout,eii[homiaes, chevaux et munitions.
De la division des grenadiers deQerfajt, i ofBcier etao hommes tués, 10 hommes blesses ; 8918 cartouches tirées.
Do bataillon colonel de Qerfajt , i officier et a6 hommes tues,i4 hommes blessés, a3 perdus ; aa,a4^ cartouches tirées.
Du bataillon général de Bender , a officiers et 5i hommes tués , 39 hommes blessés ; 11,639 cartouches tirées.
Des canonniers et artilleurs, 9 hommes tués et 7 blessés.
Total : 4 officiers et io6hommestaé8;6oble9S€s,a3 perdus, et33^8oa cartouches tirées.
«es êoinbiiiaisbns dtigënëralSclirDeâefr , et la façon inonie dont cette expédition, qu'il 'appelle «ne équipée, fut imaginée , entrepriée-, exécutée et terminée ; il fut étonné surtout de la perte ded- pafiotis ; «t ilien conclut quon avait perdu la tête, et qu'on atâît fini par $e sauver. Il ne se trompait pas. Il ne blâmi^ pasmoins l'inconséquence que le général' d'Alton avait -mi&e dans âes dispositions. C'est voir, dit-il, dans un très^faux jour , que de croire quMi faille attaquer èes gens -là, comme si c^étaient des ' Turcs ou d^sPru^âiens. La tàdtique de Schrceder était en eStt aussi absurde , que celle de Yander Merscb était sage. Il eût fallu, comme l'observait l'empereur , bloquer les patiriotes dans Turnhout pour les attirer en rase campagne. G est préicisément ce que Vander Mersch sentait si finement , et qu'il évita si soigneusement; et cet habile offlder, par une combinaison exactement contraire , au lieu d'exposer sa troupe dans la plaine , attira Tennemi dans la ville, c'est-i-dire, dans le piège , de sorte quon ne sait de quoi il faut le plus s'étonner , ou de l'ineptie de Schrceder , ou de l'adresse et du sang-froid de VandèrMersch. C'est à l'une et à l'autre que les patriotes durent cette première victoire , qui fut un événement décîàîf.
Vander Mersch , craignant d'être bloqué dans Turnhout, fit sa retraite sur le village de Baer-Hertog , à deux lieues et demie de Turnhout , dans le dessein d occuper ou plutôt d'amuser l'ennemi , et de faire une * irruption dans la Flandre. Le comte d'Arberg , qui voulait couper la retraite aux patriotes, marchait avec toutes ses forces sur Hoogstraeten , et avait détaché un corps de neuf cents hommes , qui avait déjà dépassé la gauche des
BUinÈlfE ÉPOQUE. aSS
patriotes de trois qoarts de lieoe* Mais Vander Ifench eat le bonbear de preTenir & Hoogstraeten le comte d'Arberg , dont la tronpe , consistaiit en denx colonnes , n'ar* rÎYa que le soir , lo noTembre, à une demi^^liene de cette vflle, et Vander Mersch, à la fayenr de la nnit , se retira à Snndert avec toute sa troupe , qui fut répartie dans la baronnie de Bréda.
Cette retraite occupa tellement le comte d'Arberg, que , tandis qu il poursuivait les patriotes dans la Cam* pine 9 il laissa le temps à un parti de neuf cents hommes , cantonnés i Roosendael'et dans les environs de Berg-op* Zoom 9 et commandés par le jeune prince Louis de Ligne , de pénétrer dans la Flandre , on , sur les instances de Vonck , le comité de Bréda les envoyait pour surprendre la capitale qui , dans ce moment , était défendue par une faible garnison»
Ce détacbement déboucha par Sandvliet et Beren* drecbt , et ayant passé l'Escaut au fort Frédéric*Henri an dessus de Lillo , marcha sur Gand par GalJoo, Beveren , S^ Nicolas et Lokeren. Cette troupe fut reçue dans toute sa marche an son des cloches et aux acclamations des ha* bitans.Cette marche provoqua des dispositions particulières dans larmée autrichienne. Le colonel Lnnden , de Qairfayt , fut envoyé à Gand avec un bataillon pour renforcer les deux compagnies de Y ierset, qui en formaient la garnison : le général-major Schrœder , qui était i Anvers , n'ayant pas encore reçu la dépêche qui le rappelait^ eut ordre de se rendre directement dans le pays de Waes , et le lieutenant-colonel Gontreuil , qui était i Malines, de se porter également dans ce pays par Ternumde avec un
a34 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
bataillon d'infatiterie et une division de cavalerie , deux canons et deux obusîérs , pour se joindre à Schrœder. Les patriotes , avertis de la marche des ennemis , quittèrent Lokeren le 12 , et arrivèrent, pendant la nuit , aux portes de Gand , où , s*ëtant partages en trois colonnes , ils attaquèrent , à huit heures du matin , les portes d'Anvers , du Sas et de Bruges. La résistance fut si vigoureuse , que le commandant des patriotes prit la fuite avec un assez bon nombre de ses camarades eflrajës et décou* rages. Cependant les plus braves, né voulant pas suivre l'exemple de leurs compagnons , firent tant d'efforts , qu'étant enfin parvenus à enfoncer la porte de Bruges, ils pénétrèrent dans la ville, où ils repoussèrent, de rue en rue, la garnison, qui, vers le soir, n'occupait plus que les avenues des casernes de S^ Pierre ; et le colonel Londen fut forcé le lendemain d'y rentrer.
Gontreuil, qui était arrivé le i3 à Lokeren, apprenant les mouvemens des patriotes , poursuivit sa marche , et n'arriva que le lendemain devant Gand pour secourir la garnison ; mais cet officier eut le regret d'apprendre qu'il n'était plus temps ; que la garnison était repoussée , la ville soulevée, et qu'il serait exposé à une grêle de pavés qu'on lui préparait. Il se contenta donc de placer ses canons sur les remparts , en attendant le comte d'Arberg , et il distribua son monde au château , au faubourg d'Anvers et au pont du canal.
Le comte d'Arberg ^ qui avait rejoint Schrœder , était arrivé dans l'après-midi , au moment où le feu était le plus terrible: les maisons, les clochers, les moulins, étant comme autant de forts , d'où Ion faisait des décharges
HUmillE ÉPOQUE. a)S
continuellet de fauconneaux , dont les conps , qoî amvaientdans le château même, tuèrent un grand nombre d'Autrichien» : Schroeder y fut ble««ë à la )ambe.
Le comte d'Atberg , croyant intimider le» habitan* , commença ver» le soir à lancer de» grenade» sur la ville , qu'il voulait incendier, et ce feu continuel consuma en eflet un assez grand nombre de maisons.
Enfin le 1 6, les patriote» attaquèrent lés casernes , qu'il» emportèrent après un combat de trois heures , et Lunden y fut fait prisonnier avec son bataillon. Les vainqueur» obligèrent cet officier d'écrire au comte AArberg de faire cesser le feu de ses obusiers.
Les patriotes , animes par ces succès , se disposaient à attaquer le château ; mai» le comte d' Arberg , sentant que larësUtance serait inutile , prit le parti de l'évacuer peudant la nuit du 16 au 17 , laissant la ville , les magasin» et la troupe au pouvoir des patriotes. On prétendit qu'il avait reçu l'ordre du ministre Trauttmansdorffde nepa»
brûler la ville.
Lecomte dAlton informal'empereur decetévénement,
par son rapportdu 18. Ce prince regarda ce coup comme décisif, et il en fut si frappé , qu'il ne savait comment exprimer son étonnement. Cet événement , dit-U , est d'un genre dont on ne peut que sentir , mais, dont on né rend pas l'effet ; et il ne voulut point entrer dans d'autres diseussions. Il se contenta de charger le comte dAlton d'employer tous ses moyens pour diminuer au moins les malheureuses conséquences que pourraient entraîner les événemens ficheux qu'on s'était attirés par le» fausse» mesures et les oitreprises aussi mal combinées que plu» mal exé-
%3ê HISTOIRE GÉNÉRALB DE LA BELGIQUE.
cut^s f qui en ont iié ie résultat; Ces exprossious du moiiaro[Ud prouvent iftafi\ commençait à seirtir que Tbomme , à qui ii avait acèoidë toute aa confiance , en était indi^fne : il ne lâ trahissait pas sans doute ; mais il ne la méiiitait pas. L'empereur tésnoigoa également au comte de TrauttmansdorfT la peine que, cette nouvelle lui avait causée , et il aurait déisiré que le plus grand nombre de ces malheureux ( c'était son expression ) se trouvât dans Gand , parce que c*eât été peut^'étre «dit-il , une souricière pour les prendre ; mais il désespérait du succès que pourrait obtenir d* Alton , parce qu*il n'était pas rassuré sur la façon dont il voyait que sa tête et ses dispositions étaient montées. G*est ainsi qu'il s'exprimait dans sa lettre du aa novembre , interceptée à Tirlemont.
La prise de Gand entraîna la reddition de Bruges , dont la garnison , composée de a38 hommes du régiment de Vierset , se rendit le même jour à un parti de 35 hommes déterminés , qui furent renforcés et soutenus par une centaine de patriotes venus de Menin et de Courtrai.
Le général Rinsmaul , sentant la position critique où il se trouvait dans Ostende, prit la résolution d'évacuer cette place , d'où il se porta sur Ypres , dont il trouva les portes fermées , et il se vit , par cette fâcheuse extrémité , obligé de passer sur les terres de France , où il déposa les armes.
Ces succès , aussi eflrayans qu'inattendus , déterminèrent les gouverneurs- généraux à abandonner Bruxelles ; ils en partirent le 1 8 , et les principaux membres du gouvernement les suivirent le lendemain.
Après la conquête de la Flandre, les patriotes s'étaient
HUITIÈME ÉPOQUE. n^
empressés d'établir à Gand un comité -poor y 'discuter les droits et les îûtéréts dé la nation ; et les états decetteprd^ vince , dans leur séance dn 2i3 novembre ,^ déclarèrent Joseph II déchn de toute souyeraineté sur le comté de Flandre, et décrétèrent la lerée d'une armée de vingt mrlle liofcimes.
L'objet essentiel était d*em pécher les Autrichienis de reprendre la Flandre. C'était le projet de Vander M^rch ; mais le comité de Bréda , craignant qiie le générad ne gagnât dans cette province, sa patrie', une confiance et une prépondérance qui auraient pu- déconcerter le plan d'usurpation que les membres de ce comité médi» taient , ne Ven empêcha pas ouvertement ,' mais 1^ détourna adroitement , et l'engagea à rentrer dans la Campine. Le comité r&olut en même temps dVtivoyer une co*lonàe dans le conité de Namur. Cette colonne , qui devait; se rendre par Hâsselt sur Hui pour se porter dan^Ie Hainaut , en laissant Namur sur la gauche , vtnt'ntoprn^ demment à Liège, où ces braves passèrent trois jours datais les divertissemens , vantant leurs exploits et divulguant leurs projets avec emphase v ils poursuivkent ensuite tranquillement leur route sm* Ciney ,o4 ils arrivèrent le a4'^ y passèrent très-gâiem^nt la nuit ,«aiis' s'imaginer, satis se douter qu'ils n'étalent qu'à une lieuèdes A'utricfaleiM. Ils en partirent le lendemain a5 pour se rendre à Dinaat,
Ces patriotes errans ne furent pas petf surpris en arrivant dans cette ville d'y rencontrer les Autrichiens , «tim* quels ils ne pensaient plus. Cette rencontre inopportune précipita leur fuite. Les uns , plus déterminés , occupèrent les hauteurs de Dînant , d'où ils tiraient dan» la ville rar
a38 HISTOIRE GiNÉflALB |>S LA BELGIQUE.
les Autrichiens ; les autres , plus intimidés , ayant pris le parti de retourner à Giney , tpmbèrent précisément dans les mains des Autrichiens , qui en venaient.
Yander Mersch , à la tête de la faible colonne ( elle n'excédait pas deux mille homifies ) qu*il reconduisait dans la Campine , entreprit de chasser de Diest les quarante cavaliers autrichiens qui la gardaiçntavec une pièce de canon. Il les força en.effçt de |se retirer en désordre , traînant , comme ils pouvaient , |eur canon , avec lequel ils se sauvèrent à Aerschot. •,.
Vander Mersch , informé que le général d^ Alton avait formé le pro)etde marcher sur Diest , pour en chassçr les patriotes , ou les y briller , con^me il disait , sortit de .cette ville , répandant le bruit qu;ii allait à Louvain. Les Autrichiens qu4 le crurent bonnement , vinrent l'attendre patiemment de deux côtés , sur la route de Diest à liOuvain , et sur celle de Louvain à Tirlemont. Mais le général patriote tourna sur la gauche , et entra sans résistance dans Tirlemoiit.
Sa position ce .pouvait étL*e ni plus critique, ni même .plus effrayanle. S'il se hasardait de sou tenir un siège , il était exposé.^i voir Tirlemont réduit en cendres ; sH se déterminait à tenter .une bataille , il était presque assuré .de voir son armée mise en déroute. Un événement, inat- .tendu vint le tirer de cette perplexité. Un rapport de d'Alton à l'empereur et un paquet contenant deux dépêches.^ Tune h d'Alton , l'autre à Trauttmansdorff, furent • dans ce moment interceptés à Tirlemont. Vander Mersch V:it clairemeàt par ce rapport la désunion du général et du ministre* Ces deux hommes étaient noa^seulement divi-
BmTIÈMX ÉPOQUE. a39
•et d'opinion et de système ; mais ils étaient si diflKrens de caractère , qu'il n'ëtait guère possible Wils s'entendissent. L'un ëUit dur , liautaîn , fougueux , et il n'aîmait , il ne voulait que les mesures rigoureuses ; l'autre ( Trautt* niansdorff).étaitdoux, modërë,conciliant,et ne cherchait que les voies pacifiques. Vander Mersch sut tirer un bon parti de cette désunion. II adressa au ministre des copies des deux dépêches de l'empereur , en lui demandant une suspension d'armes de quatre jours. Leministre accepta cette proposition avec empressement , et il envoya dès le lendemain le colonel De Brou pour s'aboucher avec le gi» néral patriote. Ils ne s'entendirent pas. Le colonel exigeait qu'avant d'entrer en pourparlerSyles patriotes évacuassent le territoire brabançon, alléguant que la dignité de sa majesté ne lui permettait pas de traiter avec ses sujets dans ses propres états. Le général , prenant une contenance assu'rée , rejeta fièrement .cette proposition » disant que ce n'était pas la crainte qui lavait engagé à faire cette ouver-^ turc, mais le désir d'arrêter leffusion dn sang «.et iI:ajouta que sjL le gouvernement préférait la continuation des hôstilitéi , il était prét.à reprendre les armes plutôt que daccepter la proposition honteuse qu'on lui faisait.
Vander Mersch, se voyant menaoé par les Autrichiens^ qui s'avançaient en trois colonnes sur Tirlemont , évacua cette ville , et arriva à une heure après«minuit dans la petite ville de Léau , où il se trouva dans la plus afirense position , sans pain , sans feu , sans munition. Il croyait son armée et sa cause perdues , quand , le 3o , sur le soir , le secrétaire de Trauttmansdocff arriva à Léau pour faire de nouvelles propositions d'accommodement , et le len* demain dans la journée, un lieutenant de cavalerie , prc-
a4« HISTOIRE GÉNÉRALE DE: HA BELGIQUE^
cëdé d'un trompette, arriva avec des lettres du colonel De Brûu, par lest^uélles il proposait & Yander Merscfa une entrevue à Orsmael, à une lieue de Lëau. Le général s'y rendit vers 5 heures du soir , avec ses deux adjudans. Le colonel proposa une suspension d'armes de' deux mois pour les provinces de Brabant , Namur , Luxembourg et Limbourg ; mais comme le général insistait pour que la Flan* dre y fdt comprise, le colonel, qui n'y était pas autori se , proposa une armistice de dix jours , et l'acte en fiât conclu et signé le a décembre à une heure après-minuit. Il est remarquable que Ton ait donné. dans ces transactions aux insurgés le nom de patriotes. .U armée patrioti- <{ue fut répartie dans la Flandre et le Brabant , et le quartier'- général établi à Diest.
C'est ici peut-être le moment de la plus grande gloire de Yander Mersch. Begardé comme rebelle, proscrit, condamné ( car l'empereur avait ordonnée d'Alton de le faire pendre en effigie , en attendant , disait-il , qu'on eût le plaisir de l'exécuter en personne), Yander Mersch, à la tête d'une trovpe mal équipée^mal disciplinée , mal agperrie , était parvenu par sa bravoure et sa fermeté , à traiter d'égal à égal avec les générau'X d'un des plus puissans souverains de l'Europe , commandant des soldats habitués de longue main à tous les travaux , endurcis i toutes les fatigues dje la guerre , formés à tous les exercices delà tactique ; et cet homme dont ces fiers Autrichiens parlaient il y a moins de deux mois, avec une dérision insultante comme d'un chef de bandits (a), est celui qui leur fait aujourd'hui la loi.
(a) Ils rappelaient Dou Quichotte, commandaat d'une armée descen-
HUlTlÈBi£ ÉPOQUE. !i4i
Cependant ( le croorait-on 7 ) Vander Mersch , qai s'était rendu a Bréda poar remettre au comité lacle d'armistice , en fut très-durement accueilli et très «hautement désafptoavé. Vander Noot et Van Eupen lui témoignèrent leur mécontentement par leurs bruyantes exclamations et leurs gestes extravagans. Le général les quitta bru s q u ement , et revint le 8 à Diest, d'où îl informa le colonel De Brou , que les états de Brabant avaient consenti à l'armistice, en attendant qu'ils se décidassent pour l'acceptation ou le refus de la trêve de deux mois» Mais y loin d'accepter cette trêve , ils ne Toulurent pas même consentir à l'armistice; car à peine Vander Mersch avait-il quitté Bréda , c'estiâ-dlre le y , que cet insolent comité prit une résolution , par laquelle il déclara qu'il reg;!dhdait l'armistice comme non avenu , et qu'il entendait que le général poursuivit ses opérations comme s^il n'eût Jamais existé ; il lui adressa cette ràolution avec une lettre du 1 1 , conçu en termes très-durs.
Mais le comte d*Alton, qui voulait sesoutenîr à Bruxelles f y avait fait de nombreux travaux , qui ne l'empécbèrentpas de devoir l'évacuer.
Il fit précipitamment chercher des chevaux pour transporter l'artillerie et les archives. Les membres du gouvernement sortirent de laville. Cependant d'Alton se porta au Tàllage d'Ixelles, où les paysans avaient formé des abat-
doe de la lane etc. « Spectacle bizarre ! dit M. de Pradt ; on vit ces ar« 1» mëes, re'pute'es à l'e'gal de toutes celles de TEarope , tourmentées par M toutes les recherches de la tactique et de la discipline milîtaires, offer- » tes comme des modèles en beaucoup d'endroits, battues par des Tares » et par des moines. »
▼II. i6
343 HISTOIRE ^GÉffÉRÂLE D£ LA BELGIQUE.
tîs ; et après les avoir disperses, il reprenait la roate de Bruxelles , lorsqu'il rencontra les troupes qui venaient de Tévacoer, et fut ainsi oblige de se replier sur Waterloo, en abandonnant à Bruxelles la caisse militaire avec tous
les effets , tous les papiers , tous lesbaga^s.
Les patriotes de la Flandre qui formatent un. corps à peu-près de deux mille hommes , vinrent joindre ceux de Bruxelles : les Âutridiiens se retirèrent sur Namur, qu'ils ne firent , pour ainsi dire , que traverser , et leslpatriotes y entrèrent le 1 7 décembre.
Ce fut le même jour que Yander Noot^qu'ou appelait le Franckiin de la Belgique^ fit avec les membres du comité de Breda, son entrée triomphante dans Bruxelles, au son des cloches et au bruit du canon. Les rues par où il devait passer en grand cort^^e , étaient ornées d'arcs de triomphe. Les maisons déooréeade tapisseries, la façade de l'hôtel de ville de drap écarlaté. Il fut conduit à l'église de S^^ Gudole. Les abbés de Tongerloo et de S^ Bernard dirigeaient le cortège ; les chanoines en grande tenue le reçurent au bas de l'escalier , et lui offrirent l'encens. Un brillant Te Deum fui chanté au bruit du canon. Vander Noot , passant de l'église au spectacle , s'y plaça dans la loge des gouvemeurs^généraux , où il fut couronné par les comédiens.
Le dépairt des Autrichiens avait été marqué à Louvain parles plus bruyantes démonstrations. Le pillage de plusieurs maisons signala la journée du 19. Le jésuite de Feller ne manqua pas de dire que cette fureur du peuple otait en quelque sorte justifiée , parce qu'on avait trouvé dans les caves de ces maisons , des ornemens et des effets
H01TIEMK ÉFOQUE. a4S
degliieseidecouTeiis, et il attrilnuît Tavantâge de ces trouvailiBS à Icefl Tengear du ciel , dont la justice fédère paait tAtott taid les crimes les ]^iis teiiâ>reox«
Les états de Hainant et de Flandre prodamfaviitleitr indépendance par un manifeste , et ceux de Brabant et de Namnr firent leur inauguration solennelle.
Mais«les états de firabant méditaient un plus Taste projet. Cette assemblée était dirigée ou plutAt dominéb par Yander N oot et Van Eupen, l'un comme agent plénipotentiaire , Tautre comme secrétaire. Van Enpeo , plus souple , plus adroit que Vander Noot , n*avait pas motaii de prépondérance et d'influence dans les aflkires. Cet ec« clésiastiqne, grand-pénitencier d'Anvers, amt, dès le temps que le comité des états siégeait â Bréda , obtenu le titre de secrétaire des états-unis , parce qu'il s'était chargé de la correspondance, dont Vander Noot n'était pas capable. 11 fut décoré dans la suite du titre important de secrétaire d'étai.
Ce sont ces deux hommes qui ont inspiré aux états le dessein de s'arroger le pouvoir souverain ; et les états , dont cette idée remplissait assez les^rues , cènsommèreflC enfin ce hardi projet par l'entremise du conseil de Arabant , qui sanctionna leurs résolutions des a6 , 97 , 19 et 3o décembre , par lesquelles ils avaient décrété que les états exerceraient la souveraineté sur le pied que Joseph n l'avait exercée , et ik artétferent de faire l'acte de leur inauguration. Cette cérémonie fut cââirée 1« lendemain 3i. Lies corporations des sermens et le» volontaires , drapeaux déployés, f o rmèrent un bataillon carré sur la place ^ et les trois états se prêtèrent mu-
tuellement et alternativement le serment de fidëlité, de manière qne , par la prestation qu'un des ordres faisait successivement aux deux autres , ils jôuaietit le rôle de souverain, de représentans de la nation, et de peu[de. C'est cette triple représentation que le prieur des augustins de Bruxelles , prêchant dans l'église de la Chapelle , sur le mystère de la trinité , a comparée à la triple unité divine. Ces têtes fanatiques ( ce n'est point ici abuser du mot ) étaient si vivement exaltées, qu'elles prostituaient dans leur délire les objets les plus augustes de la croyance des chrétiens. Ce trait tient vraisemblablement plus de la folie que de la méchanceté ; ce n'est qu'une idée bizarre enfantée par un cerveau dérangé.
' . Les états ^ affranchis de la domination de l'empereur , envoyèrent des députés à Bruxelles pour y tenir une assemblée générale. Ce fut le 7 janvier que se tint la première séance. Ils formèrent un traité par lequel toutes les provinces s'unissaient sous la dénomination à^Étatsie/giques unis, et établirent un congrès composé de députés de chaque province, sous la àénominsition de congrès s oui^e* rain des États briques.
La citadelle d'Âjivérs était cependant toujours au pouvoir des A(Utrichiens^ maislecommandant , sentant qu'une plus longue résistance serait inutile , rendit la forteresse par capitulation., .:
^ V^nderMersch ne s'était arrêté qu'un jour à Namur. El s Avança dans les Ardennes , et se rendit successivement à Ciney et à Marche ; mais les succès qu'eurent les Aiitrichiens Masbourg et à Nassogne , entre Marche et S'^ Hubert, le forcèrent de revenir à Namur.
HUITliHE ÉPOQUE. ajS
Vander Noot, secondé par le secrétaire d'état Van Eupen 9 s apercevant que le parti de Vonck acquérait tous les jours plus de crédit et de consistance , employait tous les moyens pour le renverser, sophismes , intrigues, four^ beries , calomnies et violences. Il avait fait nommer lieutenant-général par le congrès le baron de Schcenfeld, of- ' ficier prussien. 11 envoya deux émissaires affidés dans tout le Brabant avec une déclaration par laquelle on signalait ceux qui voudraient introduire des changemens ou nou' veautéssoit à la religion , soità to constitution , c'est-àdire, les F'onckisteSf comme traitres à lapairie etperiurbaieurs du repos pubUc. On les chargea de remettre aux doyens ruraux une circulaire par laquelle on les invitait à envoyer aux curés cette déclaration afin delà faire signer par leurs paroissiens. Les bons habitans des campagnes obéirent à la voix de leurs curés , dans la crainte d'être traités d'hérétiques , et d'être privés, comme il arriva dans quelques villages , des secours de la table des pauvres et de l'usage des sacremens. Cet acte fut revêtu de la signature de femmes, de domestiques , d'enfans; car les curés parcouraient les écoles pour grossir leur liste.
Le temps du carême approchait. Les états saisirent cette circonstance pour engager l'archevêque de Malinea à piblier un mandement dans lequel il consacrerait , au nom de la religion,les principes favorables à leur système. 11 y signalait comme ennemis de la religion et de [état , tous ceux quif par des raisonnement aussifrif^oles que subtils, se ressentent de la philosophie de ce siècle. Ce langage n'était propre qu'à porter tme populace exal*
!i46 HISTOIRE GÉNÉRALE DE liA BELGIQUE.
iée i tous les excès du fanatisme ; c'est une déclaration de guerre coatre les Vpnckistes.
L'e:i^eiDple du primat de la Belgique entraîna tout le Ql^gé , déjà naturellement enclin à prendre ces impressions. L^ faculté de théologie de Louy^in, dont l'opinion avait une si^puissaijk^e influence sur l'esprit des Belges , anathématisait le système démocratique comme une nouveauté dangereuse , tendante à la-rfiine de la religion et de l'état.
Afais le comité patriotique de Vonek était un contrepoids à la ligue aristocratique. Ce comité composé des hommes les plus distingués par leur rang et leur mérite, était le foyer d'où partaient les traits de lumière qui éclairaient la nation sur ses droits légitimes et sur ses véritables intérêts , et c'est ce qui offusquait les oligarques. Ils craignaient que le peuple n ouvrit enfin les yeux , et ils firent )ouer tous les ressorts pour anéantir cet importun comité , qui fut enfin forcé , par les menaces des partisans soudoyés des états , de se séparer et de se dissoudre.
Les états se trouvaient dans une singulière per^exité. Ils étaient convaincus que leurs prétendus alliéa, la Prusse, l'Angleterre et la Hollande , à moins d'un puissant intérêt y les abandonneraient à leurs prc^es forœs. L'avocat Torf$ était à Paris dès le commencement de la révolution. Il avait souvent écrit aux états que rassemblée nationale de France ne reconnaîtrait l'indépendance delà Belgique ( c'est, ce que les états sollicitaient auprès, de cette assemblée ) , que quand les états seraient réformés. Mais Yander Noot , dans sa dure opiniâtreté , était si peu aensi-
ble aax* avis de cet agçi^t 1 qu'il ne crut pas que ces lettrcts méritassent Tatteution .ni même la réponse des états. Cependant, quand le bandeau de Tillusion fut déchiré , il se vit forcé de réclamer la protection de cette nation , pour laquelle les états , dans leur aveugle délire , avaient affecté un mépris indécent. 11$ ne craignirent pas néanmoins d'envoyer d'autres députés à rassemblée nationale pour renouveler la demande que lavocat Torfs avait été chargé de lui f^ire. Celui-ci revin|: à Bruxelles le 1 6 février avec les conditions que rassemblée proposait aux états* Ces conditions, conformes aux principes qu'avait proclamés la nation française , portaient en substance : i^ que les Pays-Bas se ehpitiraient un chef constitution* nel dans la maison d'Autriche ; 2^ qu'on établirait dans les provinces belgiques upe représentation libre et élective dans les trois ordres , au gré de la nation ; 3^ que l'armée et toute la force militaire serait naitionale , et qu'elle prêterait serment aux chefs et aux représcntans de la nation ; 4^ ^^ ^^ corps représentant serait le dispensa teurdu trésor public. L'assemblée promettait de disposer la maison d'Autriche à accéder à ces arrangemens avant la fin de mai (a).
(a) tt C'était un spectacle singulier que celui qu'offraient les états beln ges, places au faîte des idées arittocratico-monacaUs, implorant Tal- » liance du pouvoir exterminateur de l'aristocratie nobiliaire et sacer- )• dotale. On ne sait comment ils ayaient pu fonder quelque espoir sur }t cette assemblée. Tout était contraire au succès de cette démarche. M L^sprit de l'assemblée constituante n*ayait rien de commun avec
)t celui qui dirigeait la Belgique LêCS propositions , deux fois renou-
}« TCléespar les éUM, furent sinon repoussées, du moins écartées deux )t fois, et la Belgique n'eut de secours à attendre que d'elle-mcme. Crut-
a4d HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
Ces propositions étaient trop opposées aux intérêts de
Tambitieux ministre et de l'hypocrite secrétaire, pour qu'ils les accueillissent. Ils les rejetèrent donc avec dédain, et puisqu'il faut dire toute la vérité , ils défendirent à l'avocat Torfs de les publier, sous peine de coups de bd^ ton. C'était là le noble langage de l'agent plénipotentiaire du peuple brabançon.
C'est maintenant 'que commence cette lutte violente entre le parti aristocratique ou de Vander Noot et des états , et le parti démocratique ou de Vonck et du peuple (a).
w rait-on que rayenglement de Tinteret personnel fût au point de per- 3> suader à une partie des Belges insurgés en faveur des institutions 7) même que rassemblée constituante brisait avec une persévérance sjs< 3) tématique, que cette même assemblée fût Talliée nécessaire , et même 3> naturelle de ceux dont elle étaient si dissemblable. LVrreur avait 31 gagné jusqu'au clergé, et il n'était pas rare de rencontrer dans la Bel- 3t gique des religieux fermement convaincus que les'Français, qui détrui- 3t saient les moines cbez eux , allaient les défendre chez les autres; tant 3) est grand le penchant qu*ont les hommes à se flatter dans leur propre 3) cause! )t De la Belgique^ par M, de Pradt.
(a) u Deux partis se montrèrent en Belgique :
«c lo Celui des états, dirigés par deux hommes dont le nom est couvert 3t aujourd'hui d'autant d'obscurité qu'alors il était promulgué à grand 3t bruit par la clameur publique. C'étaient Vander Noot et Van Eupen, 3) grand pénitencier de l'église d'Anvers. Or quel est aujourd'hui l'Euro- » péen qui sache les noms de Vander Noot et de Van Eupen, et qui s'in- 3) forme de ce qu'ils ont fait et de ce qu'ils sont devenus (i)?
(i) Van Eupen, après la déconfiture des patriotes , se sauva en Hollande. Soos le gouTernement français il voulut jouer un rôle sous le masque delà religion. Il fut déporté â la Guyane, où il mourut en 1798.
Vander Noot est mort & Stroombcck, à une lieue et demie de Bruxelles, en i8a6* dans un âge très-aTancé.
HUITIÈME ÉPOQUE. a49
Les deux partis convenaient de ce grand principe , que la souveraineté réside dans le peuple , qui la délègue ; le manifeste do peuple brabançon Pavait même consacré.
Le duc de Brabant était déclaré par le peuple décba de la souveraineté.
Les états soutenaient que » d après la constitution y c'étaient eux qui devaient lui succéder , prétendant que , dans tous les temps , • ils avaient été les représentans du peuple brabançon , et ils fondaient cette grande prétention sur un principe que leurs partisans tâchaient d*inculquer au peuple. Le corps représentatif , disaient-ils , est un avec la nation. Or , suivant ce principe , ces deux élres ne pouvaient être divisés , et ils en concluaient que si la nation est souveraine , le corps représentatif est souverain. La qualité de représentans donnait donc aux états, selon ce système, le droit d'exercer la souveraineté.
Les états, disaient les démocrates, étaient d'autant
1» ao Celui des Vonckisles, ainsi nommés du chef du parti, rayocat )i Vonck. C'était le parti constitutionnel.
» Les états belges, dirige's par des hommes de routine, entendaient bien » que la révolution eût été faite à leurpro6t, et qu'affranchis de Joseph, 31 ils le fussent aussi d^une constitution régulière.
» Le parti opposé nourrissait d^autres vues ; ils voulaient faire de la s révolution un moyen et une époque de constitution régulière. De là }t la division entre les deux partis.
» Le parti constitutionnel ne fut jamais très-nombreux. C'était un T» parti d'élite et de lumières^ et la Belgique n*en était pas encore à pon- » voir montrer le grand nombre de ce côté.
» Comme la force des partis ne se mesure par les lumières que chez »Ies peuples très-éclairés, il arriva que les états restèrent les plus forts. Idem,
aSo HISTOIRE GÉNÉRALE OB lA BELGIQUE.
moiiLS fondés dans leurs prétentions^ que leur système reiiifiQrsait la coAstituttén qu*ib réclamaiéat. Les démo* ci*ates démontraient en efiet que selon oetta antique constitution , le peuple brabançon avait constamment «té soumis à une monarchie limitée^ coilQqiQfiée de trois êtres distincts , le peuple, le souverain, qui était son représentant , et \^ états, qui étaient ses- intermédiaires* Or ces états, qui d'intermédiaires étaient devenus souverains, avaient substitué à une monarchie limitée , une aristocratie absolue , entièrement opposée el: à U force et à Tessence de la constitutiom. La constitution était donc violée de droit et de fait.
Cette conséquence en amenait une autre , qui formait la base du système démocratique.
Le peuple brabançon, disaient -les démocrates, est donc rentré dans son indépendance primitive. Cest donc au peuple brabançon à adopter le gouvernement qu'il ' croit le plus convenable et le plus avantageux au pays.
Les Vonckistes, partant de ce principe , demandaient une nouvelle forme de représentation , qui , en retenant l'esprit de l'ancienne , fût plus conforme aux règles de la justice. Ils voulaient que le clergé séculier , que les petites villes , que le plat-pays, que toutes les classes de citoyens enfin fussent équitablement représentés pour établir ainsi la meilleure forme de gouvernement, que les représentans légaux de la nation pourraient organiser relative- * ment au régime intérieur du Brabant.
HUITBbpK EPOQUE. a6i.
liioPQLDi Soittf et fin de rinsarrection.
La mort de l'empereur (a) n'apporta aucun changement ni à l'ëtat des chose» ni à la disposition des esprits. Le comte de Cobenzl, en annonçant cette nouvelle anx états , leur suggéra, comme par forme de conseil » les moyens qu'il croyait convenables d'employer dans les cir*constances aussi critiques que malheureuses ou se trouvaient les affaires des Pays-Bas. Les états de Brahant , après avoir lu cette lettre, résolurent de ne pMyrépan' dre.
L archiduc Léopold , que l'ordre de la succession appelait au gouvernenient des états de la maison d'Autriche , n eut pas plutôt reçu la nouvelle de la mort de l'empereur, qu'il fit adresser aux états de provinces belgiques un mémoire contenant les propositions les plus avantageuses. Il s*engageait soleanellement à tout rétablir sur le pied des anciennes constitutions , et il laissait aux états la liberté d'ajouter à ces propositions toutes les autres clauses gu*ils oroiraientutiles et avantageuses aupays, et rendre pour toujours aux souuerainsfuturs y impossible P infrac* tion de leurs privilèges etV altération de leur constitution et liberté. Les gouverneurs joignirent à ce mémoire une lettre aux états de Brahant, datée de Lonn, le 2 mars^ par
(a) Le ao fe'yrier 1791.
nùt HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
laquelle ils les engagent^ dans les termes les plus affectueux, à répoudre à TinvitatioD d*un prince dont les principes étaient sijustes et si purs;.
Les états envoyèrent une copie de la lettre et du mémoire au congrès, qui ne daigna pas y répondre.
Le pape lui-même avait interposé sa médiation pour engager les évéques de la Belgique à rappeler les peuples à l'obéissance ; il leur en faisait même une obligation , et il avait à cet effet adressé à Tarcbevéque de Malines et à Tévéque d* Anvers, un bref très^pathétique , conçu* dans les principes et Fesprit de la morale évangélique.
Ces deux prélats se trouvaient dans une position trèsépineuse. Ils sentaient assez qu'il était diflScile de ne pas se rendre aux raisons que le pape leur mettait si sensiblement sous les yeux ; mais le peuple était si exalté , qu'ils ne pouvaient guère céder aux vceux du vénérable pontife, sans s'exposer à devenir les victimes de la fureur populaire. Ils n'eurent donc point d'autre parti à prendre que de recourir aux sopbismes.
Le point principal de leur réponse est appuyée sur ce que l'empereur, ayant anéanti par ses nouvelles lofs les iMages et les coutumes de la nation , les privilèges et les droits des cités et des citoyens,et ayant ainsi porté le coup fatal au pacte inaugural par la suppression de la joyeuseentrée, que les Belges regardaient comme \e palladium de leur liberté, avait été déclaré par la nation déchu de sa souveraineté en Brabant , et dès lors ils avaient été appelés i un nouveau serment que prescrivait la nouvelle forme de gouvernement , et il n était plus permis à aucun Belge d obéir à d'ai;itres lois , de reconnaître une autre autorité.
HUITIÈME ÉPOQUE. a53
Cette réponse était fondée sur un faux princtpe. ^empereur avait caâsé la joyeuse-entrée^ et les peuples se voyaient par le fait çléchargés du serment de fidélité. L ar> ticle 59 les y autorisait. Maia cet article ne disait- il pas aussi que, dèsque leprioceavait'redresséles ibfractions , les peuples devaient rentrer sous les lois de lofaëissance? Si donc l'insurrection des Belges avait puétre dans un sens légitimée danslecomiQeapement^elle ne pouvait plus être justifiée anix yeux delà polijtique , motoa encore aux yeux de la religion , du moment, que le prince restituait à la nation ses privilèges et ses constitutioflfs , et il le faisait de la manière la plus solepqelle ; l'Europe en était le lëmoin, et le pape en était en quelque sorte le garant.
Ce n était donc plus ( on ne peut se le dissimuler ) , ce ne pouvait plus être dans ce moment l'amour de la religion qui, animait les états et les évéques ; oeii'éiatl plus que l'ambition qui dirigeait les chefs de rinsurreo*
tioQ.
Les écrivains gagés par les états publièrent des panL» pMets grossiers , dans lesquels ils calomniaient le' souverain sans égards ni décence , et dénaturaient, sans justice ni raison , ses intentions , ses sentimens et ses offices. L*abbé de Feller trouvait dans 1 écriture sainte la raison qui devait engager les états à rejeter ces propositions. Il insinuait, aux Belges que la maison d Autriche touchait à une de ces époques , si redoutables à la grandeur /ui* moine , que les saintes lettres nous représentent éomme des arrêts sans appel : Dominuslocutus est. super eam.* Or^ dans ce cas il ne serait pas prudent de s* attacher à ta destinée.
954 HISTOIRE GÉKÉtiALE Dfi LA BEi;.GIQnE.
Les vëriUblesamis de la patrie , qui ninterprëtaient pas si UttëralementleteiLtesacrë., voyaient dans lès propositions de Lëopold le gage dertain de sa gloire et de son bonheur , et ils s'efforçaient de persuader au peuple , par des moti& fondes sur le bon sens et la droite raison , qu'il Cillait saisir avec empressement cette heureuse occasion de conclure un arrangement aussi honorable et atlssi avantageux. Les ëtats , craignant que la forcé de la vérité et l'empire delaiaisoa ne détruisissent enfin le fatal talisman avec lequel ils avaient fasciné les yeux et égaré Tesprit de la nation , imaginèrent un expédient nouveau pour fortifier leur parti «t raffermir leur autorité chancelante. Ce n'était pas par la raison (ils ne le sentaient que trop) qu'ils pouvaient gagner la nation ; c'était par la ruse et Tartifice. Les volontaires formaient la force de Bruxelles. Les états savaient que la plus grande partie de cette troupe tenait le parti démocratique* Cette masse imposante formait un obstacle terrible aux projets des usurpateurs. Van Eupen donna l'idée de faire prêter aux volontaires le serment de fidélité aux états souverains constitués, elY suider Nootrédigea dansce sens une formule de serment. Le jour de la cérémonie fut fixé au g mars. Les volontaires se rangèrent sur la place, oùVander Noot se rendit avec le magistrat; mais il manquait trois compagnies , qui s'étaient assemblées aux Jésuites. Vander Noot ouvrit l'avis de leur en^yet une députation pour les décider à se réunir À leurs camarades assemblés sur la place. Ces braves compagnie donnant pour toute réponse , qu'elles ne prêteront seràicAQt qu'à la nation. Cette réponse étoitrdit l'agent du peuple brabançon «qui cependant ne désespère
nCITIÈME ÉPOQUE. iS5
pas do succès ; il eti^me sur la place ses émissaires , qui parcourent les rangs des Tolontaires , pour les engager à prêter le serment selon la formule ; mais ces manèges sont surperflus. Lesdémocrates se prononcent ets'ëcrient iponr la nation I Vander Noot n'est point encore déconcerte ; il court lui-même aux Jésuites , pour annoncer aux trois compagnies qui y étaient , que les volontaires , rassemblés sur la place, ne voulaient prêter que le serment conforme à la formule , et il les exhorte , pour leur propre s&reté , à suivre l'exemple de leurs confrères , en leur in* sinuant qu'un plus long refus les exposerait à être massacrés. Ce mensoAge, dont ces braves citoyens ne furent ptfs la dupe , excita leur courroux , qu'ils^ manifestaient déjft par des signes d'impatience et des murmures d'indignation. Vander Noot , jonant l'enthousiasme , découvre ^ poitrine, et s'écrie: « Mes amis, ouvrcz-moile cœur , vous » y verree le nom -in peuple gtavé ; et pour vous en cori- » vaincre, ajouta-t-il, }e cours à fhôtel-de-ville , pour én- 1» gager le magistrat à consentira votre demande. » A ces mots, un officier hii présente une formule de serment, qu'il emporte, et les trois compagnies arrivent sur la place , où elles sont accueillies par leurs camarades avec les plas vifs transports de joie. Tous ces volontaires réunis forment un bataillon carré , où ils introduisent le doc d'Ursel, qui est unanimement proclamé général des volontaires. On se souvient alors des anciens services qu'il a rendus â la ville de Bruxelles; on vante le sacrifice qa*il vieiitt défaire à son pays , de fous les grades c?t dignrtésqu^l possédait en Autriche , et Ton s'ind^e de ringratitnde -
q56 histoire Générale de la Belgique.
des états envers un citoyen aussi distingué. Vander Noot, qui était descendu de Thâtel-de-ville ^ ne voit ce spectacle qu avec effroi , et il se précipite, dans les bras du duc d'Ursel : c'était en effet l'unique asile où il put, dans ce moment, se soustraire à la vengeance des volontaires. Leduc a la générosité de le recevoir : on prétend que s'ilTavait repoussé, c'en était fait du pouvoir de Vander Noot et des états souverains.
Les états étaient consternés : ils voyaient que les idées consignées dans les. écrits des démocrates acquéraient tous les jours de nombreux partisans, et ils n'imaginèrent pas de plus sur expédient pour sortir de cet embarras, que la ruse. Ils rusèrent donc ; ils feignirent de se rendre aux réclamations de la société patriotique, et ils lui proposèrent de présenter un plan d'organisation .qui , en conciliant tous les esprits et tous les intérêts, terminerait tous les différends au sujet delà souveraineté et de ladministration du pays. Yonck et ses amis, croyant que les intentions des états étaient pures , rédigèrent une adresse à ces mêmes états, par laquelle ils exposèrent que k la cessation des }» pouvoirs , qui résidaient dans le duc de Brabant ayant A anéanti l'ancienne forme de gouvernement, imposait la » nécessité indispensable d'y en établir une nouvelle, qui y piit assurer à un peuple libre la conservation de sa li- » berté et la propagation de la félicité publique ; n et ils proposèrent aux états d accéder à l'un des deux points suivants : i^^ ou de prendre, mutatis mutandis , pour cadre d'une convocs^tion ou représentation provisoire , soit par ordre , soit autrement , le projet énoncé dans les
HUiriÈBi£ EPOQUE. 357
Considérations impartiales; a<>oa de former eax-mémes an plan quelconque, également provisoire , et le commu* niquer au peuple , afin que de Tunanimité pût naître la première lueur de Tordre et de la félicité publique.
Cette adresse, devenue bientôt fameuse ^ fut signée le 1 5 mars par les membres de la société préseas a la séance , au nombre de quarante et un. Les états , qui n y virent que des principes et des pouvoirs qui tendaient directement au renversement de leurs projets et de leur puissance usurpée , firent des noms des si' gnataires une liste de proscription , qu'ils répandirent dans le public, en les signalant comme des perturbateurs, r|ui voulaient établir, comme en France , une assemblée nationale. Le peuple brabançon frémissait au nom Rassemblée nationale , parce qu'on lui avait persuadé qu'elle n*avait pour but que de détruire la religion et les couvens. Les stipendiés des états parcoururent ce jourlà même toutes les rues de Bruxelles , affichant aux portes des églises des billets intitulés : Avis aux vrais patriotes, portant que » comme il se tramait dans la ville » un projet de détruire la religion et la constitution , » pour placer les intrigans du club marchand » (c'est ainsi qu'ils désignaient les membres de la société patriotique , et ils en signalaient quatre ) , ^ tous les zélés patriotes » étaient invités à se rendre le lendemain 16, à dix heures » du matin , sur la grand'place , pour soutenir Tassem- » semblée du tiers-état, que ces coquins (on reconnaît le » style demander Noot) voulaient empêcher. »
Ces mouvemens n'étaient que le prélude des horreurs qu'on méditait et qu'on préparait pour le lendemain. Les