TU
s58 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
portes des signataires furent chargées, pendant la nuit, de rimes grossières qui annonçaient que cette maison de\^ait être pillée et brûlée , et que le chef en serait massacré.
Tout était disposé pour exécuter le lendemain cette horrible menace. Les chefs du parti vandernootiste , toujours exaltés, couraient avec leurs satellites, dans tous les carrefours, animer et rassembler la populace , qui se répandit dans les rues en criant , avec des hurlemens affreux : Virent lès états I a;iVe Vander Noot / '
Cette bande effrénée arriva vers dix heures sur la place, où elle se réunit aux caponsàw rivage, qui, confondant leurs cris avec ceux de la horde amenée par les affidés du plénipotentiaire , attirèrent aux fenêtres de l'hôtel-de-ville , quelques membres des états , qui vinrent les saluer et leur donner des signes d approbation avec les pieds , les mains ,les chapeaux. Ces applaudissemens indécens furent le signal et , pour ainsi dire , Tordre du pillage. On excite la populace , au nom de la patrie et de la religion^ à punir les traîtres ; c'était le mot adopté ; et les capons , reconnaissant la voix de leurs chefs , voleht au pillage pour venger le ciel et la patrie. Les maisons des proscrits deviennent la proie de cette populace , conduite et excitée , le croirait-on? par un membre de Télat noble, qui désignait les victimes à la fureur des pillards, encouragés et applaudis par des dominicains , des récollets , des capucins , qui , pour comble d'horreur et de scandale , se mêlaient dans la foule avec un air triomphant et un visage riant : et le jésuite de Feller , en faisant, avec une ironie cruelle, une plate allusion à la souveraineté que
. mnniMB époque. 959
les démocrates reconnaissaient dans le peuple, disait, au sujet de ces pillages , que ie peuple £t malheureusement usage de la souueraîneté inditnduelle, que lui attribuaient les démocrates. Qui n*admirera, ajoutait-il, le bon sens et le caractère loyal d'un peuple qui n'exerce le genre de souveraineté dont on le flatte , que pour punir ses flatteurs? C'est ainsi que cet énergumèae justifiait ^ aut<Mrisait , préconisait le brigandage et l'assassinat ; car il parlait avec complaisance, en prenant le style des carrefours , des roisiides sonores dont les démocrates aidaient été réga^ lés.
Les volontaires s'étaient assemblés pour arrêter cet affreux désordre; mais Yander Noot leur défendit publiquement de tirer sur les pillardsen leur représentant qu'ils étaient leurs frères ; et la populace, enhardie par la protection de Yander Noot , recommença ses brigandages avec une nouvelle fureur. La compagnie des volontaires du vicomte de Walckiers , composée de citoyens distingua par leur probité et leurs principes , somma les pillards de se retirer; mais ces brigands , rassurés par l'impunité , répondirent à cette invitation par des torrcns d'injures , des amas d'ordures et des coups de pierres. Celte brave compagnie , se voyant aussi indignement outragée et provoquée , crut qu'il était temps de mettre un terme aux excès, en déployant la force. Les volontaires , bravant la défense de Yander Noot , firent donc une décharge sur les pillards , dont deux furent tués ; et le reste de la bande prit la fuite. Les étals saisirent cette occasion pour forcer le vicomte de Walckiers , qui le$ gênait , à congédier sa compagnie et à donner sa démîssîop ; et ,
a^ HISTOIRE GÉNÉRALE IIE LA BELGIQUE.
pour porter le deraier coup au parti démocratique , ils engagèrent le conseil die.Bral]|^nt àreudreun décret pour supprimer la société patriotique , comme tendante à troubler Tordre pjuiblic. Les citoyens les plus distingués, qui étaient désignés comme vonckistes, prirent le parti de s'évader ou de se cacher pour se soustraire à la vengeance de leurs persécuteurs*
Les états, craignant les suites funestes que pouvaient entraîner ces violences , sentirent qu*ii fallait calmer les esprits pour gagner du temps (car c'est tout ce qu'ils cherchaient), et ils employèrent un moyen , qui ne fut regardé que comme un nouveau leurre imaginé par Van Eupen.
Les états • généraux, dans leur séance du 3i mars, conçurent un projet d'organisation, qui fut unanimement approuvé par l'assemblée, et envoyé à lapprobation des provinces. Les états y déclaraient qu'ils avaient vu avec douleur « que quelques-uns de leurs concitoyens avaient méconnu leurs vrais sentimens sur les droits de la souveraineté , ainsi que leur intention d'établir une représentation plus étendue pour l'exercice du pouvoir souverain, conformément aux constitutions des provinces respectives, et que des mal-intentionnés avaient pro* fité de cette erreur pour aigrir les esprits égarés, fomenter les .mécontentemens et les dissensions qui avaient occasionné des écarts, des «désastres et des malheurs. Ils préviennent en conséquence leurs concitoyens , « que 3» leur sentiment et leur intention ont toujours été et se* » ront toujours la représentation ^des trois ordres du » peuple , suivant que l'équité, la justice et le bien-être
RUITIËIIE ÉPOQU£. a6i
» de la chose publique peuvent Texiger pour Texescice du n pouvoir souverain. »
Cependant ils observaieat que, dans le temps présent, où tous les soins et tous les efforts de la nation devaient se porter vers la défense commune et vers la consolidatiou de la chose publique , une opération de cette nature ne saurait être que nuisible au pays; mais ils promettaient solennellement que, dès que les circonstances le permettraient, les états de chaque province procéderaient à établir une représentation plus étendue des ordres du peuple dans l'organisation des états, sur des principes puisés dans la jjustice et dans la convenance de chaque province en particulier. Cette déclaration était conçue dans; le sens des Considérations impartiales»
Ces funestes dissensions détournaient l'attention des états de l'objet le plus important de Tadministra-* tion , qui était Tentretien de l'armée. Vander Mersch ne cessait d'adresser aux états ses) plaintes sur le dénuement j le découragement ^ L'indiscipline , la désertion des troupes y et les états montraient la plus profonde insouciance pour ces représentations , qui cependant étaient tellement fondées , que si les Autrichiens avaient été bien instruits du véritable état de l'armée patriotique , il leur eût été bien facile de disperser ces misérables débris d'une armée si pitoyablement délabrée. Le congrès avait envoyé des députés pT>ur examiner l'état de l'armée. Ces plénipotentiaires firent un rapport qui démentait et qui compromettait )e général , en élevant des doutes et des soupçons sur la conduitef inconce\^able de cet homme^là : c'était leur expression*
a69 HISTOIRE GÉNÉKALB DE LA BELGIQUE.
Vander Mersch , dësespëré de voir qu'on ëtait sourd i ses justes remontrances , s'obstina à donner sa démission. Les officiers de la garnison de Namur , extrêmement attachés au général, qu'ils avaient suivi dans toutes ses expéditions , voulurent prévenir ce coup , qu'ils regardaient comme la perte de l'armée et de la cause nationale. Ils s'assemblèrent à l'hâtel d'Harscamp, pour y délibérer sur le parti qu'il convenait de prendre dans cette conjoncture alarmante , et ils résolurent de former une adresse , dans laquelle ils* exposeraient aux états de toutes les provinces leur mécontement et leurs craintes , leurs sentimens et leurs vœux. Cette adresse était conçue dans un style très-laconique et très'énergique: ils prétendaient que Vander Merscli, qu'ils appelaient leur espérance , leur libérateur et leur dernier soutien , ayant été nommé chef de Tarmée par l'acclamation unanime de toute la nation , ne pouvait donner sa démission qu'au peuple , qui seul avait le droit de l'accepter: ils avançaient en principe que nul n'était roi chez les Belges que le peuple, et ils ne dissimulaient pas la grande défiance qu'avait fait naître dans leurs esprits , l'état déplorable de l'armée, que des gens, qui cherchaient à s'approprier le pouvoir suprême , travaillaient à auéan* tir par des voies obliques: ils finissaient par déclarer qu'ils adhéraient dans tousses points, à l'adresse du i5 mars, présentée par la société patriotique de Bruxelles aux états de Brabant.
Ces officiehr , qui supposaient de mauvaises intentions aux députés du congrès, craignaient ( et l'événement a prouvé que cette crainte n'était pas destituée de fondement )qu^i1s n'adrçssassent au congrès des rapports défa-
Torables au général et à rarmée , et ils étaient attentifii i éclairer toutes leurs démarches. Ils apprirent donc qu'on avait entendu compter , dans leur appartement à Thôtel d'Harscamp, une forte somme d argent, et qu'on avait prë« paré par leurs ordres une voilure de poste à six chevaux. Ces circonstances fortifièrent leurs soupçons et augmentèrent leurs inquiétudes, et ils prirent un parti violenti qu'on ne peut que blâmer: ils firent consigner cette voiture à toutes les portes, parce qu'ils soupçonnaient qu'elle était destinée à la dépu tation. Us ne se trompaient pas ; car un des députés se présenta dans la nuit à la porte de Bruxelles, où il fut arrêté. La garde apostéele ramenai l'hôtel dllarscamp, où les officiers vinrent sans droit, sans qualité et sans décence , lui demander las dépêches dont il était porteur, et le député les kur remit sans résistance. Les députés , ayant appris la violence qu'on avait exer* cee contre leur collègue, vinrent le matin chez le général pour lui en porter plainte et lui en demander satisfaction* Le général désapprouva hautement la conduite de ses officiers ; mais il ne put s'empêcher d'insinuer aux députés que c'étaient eux-mêmes qui avaient provoqué cet excès, puisqu'au lieu de remédier aux. maux qu'il n'avait cessé de dénoncer au congrès, ib avaient ainsi causé le mécontentement des officiers.
Ceux - ci se présentèrent dans ce moment à l'hôtel du général. Les députés furent les témoins ^e l'attachement que ces officiers avaient conçu pour leur chef, et de la haine que leur inspiraient les procédés actuels des états. Ils donnèrent lecture de la lettre dans laquelle le général était traité avec si pen de ménagement et d'égards, eft
a64 HISTOIRE GÉNÉRALE D£ LA BELGIQUE.
leur indignation était si violente, que le général dut employer tout son ascendant et toute son autorité pour réprimer leur fougue et en arrêter les effets. Cette scène ne fit qu*aigrir les esprits. Le général ordonna cependant de rendre la liberté au député avec l'argent qu'il emportait.
YanderMersch, qui connaissait par cette lettre les dispositions des états, et qui craignait leurs menées , crut qu'il était prudent de surveiller la poste. Il n'allégua pas ouvertement ce motif; il n'en donna pas d'autre raison aux états de Namur, qui lui en témoignèrent leur surprise , sinon « qu'un général en chef pouvait avoir souvent des » raisons urgentes pour s emparer de la correspondance » publique.
Les états avaient su, au milieu de cette agitation, ramener la très-grande partie du peuple sous leur joug. Le parti démocratique était presque réduit au néant, ou du moins au silence. Les officiers de Namur eurent le courage, ou plutôt la témérité d'entreprendre de relever ce parti : ils i*ésolurent dans ce dessein de créer un comité formé de commissaires choisis dans leur corps, qui, comme citoyens (car on prétendait que l'armée , étant chargée de la défense de l'état , ne pouvait point s'occuper de l'administration intérieure), seraient chargés de discuter les droits et les intérêts de lia nation. Ils écrivirent, dans leur séance du3i mars, à l'avocat Vonck, pour le presser de venir les aider dcises conseils et de ses lumières, et ils rédigèrent dans cette séance méme^ une délibération dans laquelle ils exprimaient leurs vœux : c'est le titre qu'ils donnèrent à cet acte.
» La nécessité, disaient- ils, de porter un remède prompt
» aa mécontentement général qni règne dans l'armée » » an désordre, à la défection qu'il produit, et qui compro- 9 met dans le moment actuel le salut da peuple, a rassem- » blé le corps respectable des officiers siégeant & Namur et » à larmée, pour se concerter entr'eui sur les moyens qni » pouvaient concourir le plus efficacement an rétablisse- » ment de Tordre et sauver la patrie.
» Les alarmes de Tarmée sont d autan t plus vives, qu'elle » est menacée de perdre son digne cbef, le dépositaire de » sa confiance, qu'il a méritée à si juste titre, et qui, fatigué » des entraves que toujours on oppose i la sagese de ses » vues, veut demander sa démission.
» Après une mare délibération sur des objets d'une 1» aussi grande importance, le corps des officiers a formé, » d'une voix unanime , les vceux suivans :
» i<> Que S. £. le général Yander Mersch reste généra- » lissime de l'armée belgique ;
a» a<> Que monseigneur le duc d'Ursel soit remis in- I» cessamment à la tête du département général de la » guerre ;
» 3<» Que monseigneur le prince d'Arenberg , comte » delaMarck, dont les talens militaires sont généralement » reconnus , et qui , dans le principe de la révolution , a » donné des marques de son patriotisme en offrant ses » services an comité assemblé à Bréda , soit nommé » commandant en second de l'armée sous les ordres de » S. E. le généralissime Yander Mersch ;
1» 4^ Qu'il soit envoyé des adresses de supplications à » toutes les provinces , pour les inviter i coopérer, con« 1» jointement avec l'armée , à la réforme des abus et au ré« » tablissement de l'ordre. »
Les officiers expëdièreot à Tinstant des courrie^rs aux é^ats des provinces et aux magistrats des villes pour leur présenter leur adresse et leurs vœux.
Ces démarches causèrent les plus vives inquiétudes au. congrès ; maisYander Nootet Van Eupensurent, parleur influence et leurs manèges , prévenir les effets de ces en» tre prises hardies. Les officiers, chargés de porter les adresses, furent arrêtés, outragés, maltraités à Gandet à Anvers Les calomnies les plus atrocea et les plus absurdes ( tout ce qui était violent était accueilli ) étaient répandues, imprimées et affichées avec profusion, à Bruxelles, où Van* der Noot était regardé comme vm dieu ( car on fléchissait le gepou en regardant son image ) , et à Anvers, où Van Eu peu était révéré comme un saint ( car ou ôtait le char peau en prononçant son nom ).
Le fanatisme était un moyen puissant pour gagner le peuple de ces villes, où ce terrible ressort a un grand em pire âur les esprits. Van Eupen, parlant au nom du ciel qu*il faisait intervenir dans ses complots, en citant, dans une dépêche , deux vers de Grébillon , dont il rompait impitoyablement la mesure , et dout il changeait grossièrement le sens ; Van Eupen, affectant un ton inspiré , étourdissait toutes les têtes, et il avait employé cette ruse hypocrite avec autant d'adresse que de succès.
Le congrès ne trouvait pas le peuple de Namur si docile ni si accessible à ces impressions que celui duBrabant,et il employa un ressort peut-être également puissant pour mettre cette ville dans ses intérêts; c'est celui de la crainte. Les Namur ois sentaient que si les Autricliiens étaient rentrés par la force dans le pays, ils eussent été exposés dans le premier moment, qui est toujours le plus terrible, aux
HUITliME ÉPOQUE. 967
traitemens réservés aux rebelles. Les satellites des états parvinrent donc, par des insinuations maligneSi par des calomnies sourdes, à inspirer au peuple de Namnr de la défiance contre Yander Merscfa ; mais le général jouissait à Namur d*une considération qu'il était assez difficile de détruire ; et les états, qui le sentaient , pensèrent qu'il ne fallait pas brusquer l'opinion.
C'est dans ces circonstances critiques qoe Tayocat YoDcL; se rendant aux vœux des officiers, arrivai Namnr ( c'était le 2 avril ) avec les principaux cbefs de la démocratie , Verlooy , Weemaels , et d'Aubremé.
Le duc d'Ursel et le comte de la Marck, qui voulaient prévenir les malheurs dont ces divisions menaçaient la Belgique , résolurent de se rendre également dans cette ville, pour tâcher de paci6eret de concilier les esprits : c'est du moins le motif qu'ils alléguèrent au congrès dans la lettre par laquelle ib le prévinrent de leur départ. Ces deux seigneurs , s'étant rendus auprès des députésdu congrès , qui étaient arrêtés à Namur sur leur parole d'honneur par le comte de Rosières , commandant de la place, leur déclarèrent que le vœu de l'armée , les ayant appelés au commandement, ils s*y étaient rendus , non pour accepter ce commandement des mains de l'armée , puisque cela n'eût point été dans Tordre , mais pour tâcher de calmer la fermentation qui s'y était manifestée; et que , $i leurs bons offices n'avaient pas à cet égard le succès qu'ils désiraient , ils étaient déterminés à retourner.
Leurs démarches et leurs efforts furent inutiles. L'aristocratie triompha , et ses partisans répandirent le bruit que le duc d'Ursel et le comte de la Marck étaient envoyés.
a68 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
i'uQ par le cabinet de Vienne , Tautre par la reine de France, pour remettre la Belgique sous la domination autrichienne ; que Vonck était un novateur dangereux qui voulait former, comme en France, une assemblée nationale pour détruire la religion et les couvens,et Vander M ersch un ambitieux qui cherchait à s'emparer de la souveraineté. Le peuple le crut, et le congrès, ayant par tontes ces manœavres,disposé les esprits à la catastrophe qu'il préparait, fit prendre au général Schœnfeld la route de Namur. Vander Mersch , qui ne s'y attendait pas , apprend la marche de Schœnfeld^et prend le parti de sortir de la ville à la tête de deux mille hommes environ et de six canons. La ville devient en un instant le théâtre d'un tumulte effrayant (a). Les é^lissaires du congrès prennent les armeS;parcourentlesrues, sèmentralarme.Lepeupleétour^ di se précipite dans les rues, ne sait ce qu'il faut attendre , ni ce qu'il faut croire, ni ce qu'il faut faire : l'un invente, l'autre conjecture ou devine. Le comte de Rosières, que Vander Mersch avait chargé du commandement de la ville, est obligé de l'abandonner, et les officiers ou les particuliers, qui étaient entachés de vonckisme, sont saisis, garottés et traînés comme des criminels au bureau de la guerre. Le comte de la Marck est arrêté , et Vonck avec ses amis eut l'adresse et le bonheur de se soustraire aux recherches d'une troupe furieuse. L'hôtel de Vander Mersch est assailli ; son épouse et son fils sont insultés , son secrétaire arrêté.
{a) Je parle ici comme témoin oculaire ; car ]y étais , et j''ai tout observe*.
HUITIÈME ÉPOQUE. aCg
Yander Mersch aurait posté la troupe sur anepenle près du hameau de Belgrade , et Schœnfeld avait disposé sa colonne sur une élévation près du château de Flawinne. Les deux généraux , c'est-à-dire, celui du congrès et celui de la nation , eurent une conférence au milieu de la plai» ne , entre les deux armées, et il fut arrêté de concert avec les députés du congrès, qui accompagnaient Schœnfeld, que les troupes des deux partis rentreraient dans la ville sans distinction, un bataillon de Tun après un bataillon de Tautre.
Vander Mersch rentra donc avec sécurité dans Namur sur la foi de la capitulation ; mais il ne tarda pas à s apercevoir et i se convaincre qu il était trompé ; car , au mépris du traité qu'on venait de conclure , tous les officiers soupçonnés d'attachement au général, furent an*étés et emprisonnés. Le général fut le lendemain mandé à l'assemblée des députés du congrès,qui lui ordonnèrent de se rendre à Bruxelles pour rendre compte de sa conduite. Il obtempéra à cet ordre , et se présenta au congrès, qui lui proposa un conseil de guerre pour le juger. Le général répondît qu'il ne pouvait connaître et qu'il ne devait ré» clamer d'autre juge que la nation. Le congrès , sans pren* dre de délibération sur cette prétention , ordonna les arrêts au général , et le fit transférer , malgré sa résistance etses protestations, à la citadelle d'Anvers.
L'armée patriotique, abandonnée à Schœnfeld, ne tarda pas d'éprouver le sort que lui préparaient l'impérltie et l'insouciance de son chef. G>mplètement battue sur tous les points dans les Ai'dennes, elle fut forcée de repasser la Meuse.
Les états , accablés au dehors par ces défaites , furent en même temps attaqués et menacés au dedans par une insurrection formée par les Vonckistes de la Flandre. Mais ce projet fut éventé et dénoncé par un aventurier qui, sous le nom emprunté de Jacques Le Sueur ^ a donné une espèce de roman de la révoiutiùù belgique sous le titre des Masques arrachés.
Les Vonckistes de Bruxelles furent accusés d'un complot plus atroce, mais moins vraisemblable. Le bruit se répandit qu'ils avaient choisi le jour de la trinitépour exécuter leur horrible dessein : ils devaient saisir le moment de la procession solennelle de ce jour pour assassiner l'arcbevéque de Malines, le congrès, les états, les volontaires, Vander Nootet Van Eupen.Le peuple crédule ne se donne ni le temps, ni la peine d'examiner si l'idée de ce projet est yraisemblable, si Texécution en est possible; il ne consulte pas sa raison , il n'écoute que son indignation , et il court aux armes. Les paysans alarmés accourent à Bruxelles , avec des fusils, des haches, des faux, des serpes, des bâtons, et leurs curés , montés sur de gi*ands chevaux, à leur tête. Ils se rangent devant la salle des états ; ils montrent leur cœur et leur bras droit , et accompagnent ces gestes expressifs de cris qui percent les airs. Le jésuite de Feller fut très-touché, très-édifié même de ce spectacle , en voyant les curés donner ainsi à leurs paroissiens l'exemple du patriotisme , qui , dît-il , dans ces chrétiennes provinces, est identifié à l'esprit de religion. Étrange confusion d'idées! Cette religion, qui n'oppose àla violence et à la persécution que la patience et la prière ; cette religion annoncée par un dieu de paix , autorise-t-elle
HUITIÈME ÉPOQUE. yji
donc ses pacifiques ministres à conduire et à eiLorter des bandes armées au combat et au carnage ?
Ce fut à cette occasion qu'on agita si vivement la question de savoir si , dans les circonstances , les formalités judiciaires devaient être scrupuleusement observées à l'égard des Vonckistes ; et l'abbé deFeller donna à cesujetce fameux am, cet avis sanguinaire , qui mettait le couteau dans les mains de tout le monde. » Il convient qu'être traité n selon les lois est un droit assuré à tous les citoyens par la » constitution brabançonne ». Ce privilège précieux est la sauve-garde et le garant de la liberté individuelle. Mais il trouve dans sa cruelle logique un moyen d'expliquer et de modifier le principe selon son système atroce. Il ajoute donc ( qu'on pèse bien toutes ses expressions ), il ajoute que, « tandis qu'une secle de faux politiques s'efforce de » détruire cette constitution , pour la remplacerpar la plus n odieuse démocratie, c'était un sophisme ridicule et cruel » dé l'invoquer en faveur de ces mêmes ennemis. Le mo- » ment d'une révolution n'a d'autres lois que \e cri public. » Que serait devenue Rome , si les Tarquîns avaient été n livrés à des consultes d'avocats? Que seraient aujour- « d*hui la Suisse, la Hollande , l'Amérique , si , au lieu » d'expulser les ennemis, ils avaient disputé contre eux en » justice réglée ». Mais , pouvait-onobjecter, il faut, pour arrêter , pour condamner , pour punir un bomme , il faut un corps de délit. Il a prévu l'objection , et son esprit , fécond en subtiles ressources , ne trouve pas d'embarras à' la résoudre. » Les ennemis delà patrie, dit-il , 1» connus généralement pour tels par des faits éclatans , » lèvent la tête avec une audace toujours croissante : im
Tii corps de délit ^ tel qu'il n'en fut jamais , propre à détrut- » re en une heure tout le peuple d*une ville immense ( il n parle de la prétendue conspiration de Bruxelles } ; ce >» corps de délit , vaste , évident , terrible, est trouvé dans » les mains des coupables ». Voilà bien, je pense , un sopbisme ridicule et cruel, u Et il faut encore des formes, » s*écrie-t-il dans son fanatique transport, et il faut encore 3» des formes pour leur donner le loisir de s'échapper, pour » les mettre en état d'ourdir de nouvelles trames! et ce » sont des avocats , des magistrats qui crient à Tin justice, » lorsque la promptitude de l'emprisonnement délivre la » patrie de quelques scélérats .prêts à la mettre en feu!
» Il est plus que temps de confondre le vieil argument, n qu'on peut appeler le pont-aux-ânes de nos ennemis ca- » chés, par lequel on reproche à la nation d'avoir demann dé toujours à être jugée par /oi et sentence^ et de déroger » actuellement à ce vceu, en proscrivant les cabaleurs et les » espions. Les formes sont respectables sans doute , quand » elles assurent la vie du citoyen ; mais quand elles con- » promettent la vie de tous , qu'elles en cquragent la soéléi> ratesse et la félonie^ qu'elles rassurent les meurtriers et )i les brigands , elles sont détestables. Salus populi suj> prema lex esto. »
Tous les honnêtes citoyens frémirent en entendant cet épouvantable tocsin, qui appelait toute la nation au carnage. L'homme le plus paisible , le plus probe, sentait que sa vie était à la disposition d'un ennemi secret ou d'un vil scélérat , qui aurait crié au vonckisme sur la victime qu'il aurait voulu immoler ; car cette terrible dénomination de vonckiste renfermait , selon la large interprétation
HUITIEBUE ÉPOQUE. 373
dift jésuite, lea idées de scéUrai, de traitre , de meurtrier, de brigand*
L'antre des jacobins , dans les mauvais jours de laré-^ Volution, ne faisaitpoint entendre décris plus efirojables que ceux de ce prêtre fiainatique, qu'un homme sensé , que j'ai connu , appelait si justement le ilfarat ecclésiastique. J'ai su dans le temps qu'un honnête jésuite ( c'est de luimême que je le tiens) , qui avait été long-temps le collaborateur de Feller , avait refusé , dès ce moment , de correspondre avec cet énergiimène ( c'est le mot dont il se servait ) , pour ne pas devenir le compUce de sesfureiurs.
De leur côté, les états avaient soin d'entretenir la fermentation et la stupîde confiance du peuple par des spectacles bizarres, que l'abbé de Feller appdait de patrio» tù/ues dévotions» C'étaient dans toutes les villes du Brabant , desprocessioQS journalières dans lesquelles on portait , comme au quinzième siècle >, des mannequins , des emblèmes et des représentations toujours burlesques , et quelquefois scandaleuses , qui étaient comme les hochets avec lesquels on amusait ce peuple aveuglé ; et l'on comparait ces pieuses farces à la procession que firent les Is« raélites, accompagnés de l'arche et des prêtres, autour des murs de Jéricho. C'étaient des concours perpétuels et pro^ digieux de paysans , qui , ayant pour étendard le portrait de Yander Noot, et pour conducteurs, leurs^curés, portant le sabre au côté et le crucifix à la main , accouraient en foule à la capitale pour rendre leurs hommages et offirir leurs bras à leurs souverains ; et l'on regardait ces bruyan* tes caravanes comme des troupes de héros , dont le ciel ni. «8
armait les bras pour. la défense de la religion tt de Xdiconstitution.
DaDS une de ces caravanes, je me rappelle d'avoir vu , à la tête d'un village , une très-grosse fille à cheval , à côté du curé. Vander Noot , en voyant avancer sur la place cette édifiante procession , s'approcha de la fille , et dans un transport de joie , s'écria , en boufiant les joues et en ouvrant les bras : Ma Judith ! .... et il ne put achever (a).
Le but et le voeu des deux dictateurs étaient remplis : innocens ou coupables, les Vonckistes sont terrassés. Les prisons sont encombrées ,et les principaux chefs du parti abattu y sont inhumainement entassés.
Au milieu de ces agitations, le congrès exerçait son pouvoir précaire avec une contenance aussi assurée , que si Tédifice de sa souveraineté avait été assis sur des bases inébranlables : il fit même battre monnaie.
On avait commencé par des pièces de cuivre d'un et de deux liards. Ces pièces avaient, d'un côté, l'empreinte du lion belgique , portant sur une pique le chapeau de la liberté, et de l'autre, entre deux branches de laurier, ces mots: adusumfœderati Belgii, La première monnaie d'argent qui fut frappée , avait la valeur d un florin , ayant, d'un côté, un lion, et à l'entour, cette inscriptionen abrégé : moneta nos^a argentea prov^inciarum fœderatamm Belgii; sur le revers, deux mains qui se joignent , tenant un faisceau de flèches , avec ces mots , in unione sa-
(a) Foxjaucibus hasit.
HUITIÈME Éi>OQU£. ' a;^
IwtSm Dans le temps , jemepermis.de critiquer .cette inscription , parce que je trouvais un barbarisme dans le mot unio , qui , dans le langage des écrivains du siècle d'Auguste , signiGait perle , et non certainement union* Je ne tardai pas à m*apercevoir que je m'étais imprudemment expose , par cette observation, au courroux et à Tanimadversion des gouvemans , qui , sans doute voulaient être infaillibles en langage comme en politique. Mais je ne fus pas peu enorgueilli et rassuré , quand je lus la même observation dans le n^ du 1 5 juillet du journal de labbé de Feller , qui a souvent prouvé qu il était plus versé dans la langue latine que dans les mystè* res politiques. Un édit du congrès du i4 août ordonna rémission de diflerentes pièces d'argent , savoir : i^ du lion d'argent^ Tun, de la valeur de trois florins et dix sous, et Tautre , de la moitié , ayant pour empreinte , d*un côté , le lion belgique tenant un écusson, avec le mot, libertaSy et la légende , Dominiest regnum ; et de Tautre , les ar*» mes des onze provinces de Tunion , avec un soleil au milieu , qui répand ses rayons sur cbaque province ; avec la légende » et ipse dominabiturgentium. Ces pièces étaient marquées sur trancbes par des mots: quidfortius leone? 09 du florin et du demi -florin , ayant pour empreinte , d*un côté , le lion belgique., avec la légende : Domini est regnum; et sur le revers, deux mains jointes avec onze fl^ ches , symbole des onze provinces unies, avec la légende : etipsedominabiturgentium. (Les légendes: moneta noua argentea , et in unione salus , furent supprimées ) ; 3^ des pièces de cinq sous et de la moitié, ayant pour empreinte, d*un côté , le lion belgique , avec la légende : quidfortius
leone? et de Tautre, deux épëes en sautoir; à la droite , le bonnet de la liberté ; à la gauche , une eotiroiine de laui'Iers , avec la légende, antique uirtuteetfide.
Le congrès était plus occupé de la vaine représentation , que de Texercice réel de la souveraineté ; et Tarmée , qui aurait du occuper tous ses soins , ne paraissait plus même attirer son attention. L'indiscipline dans le soldat, Tindolence dans les chefs, la mollesse , la corruption , le libertinage , la crapule , tel était le spectacle , aussi peu rassurant que peu édifiant , que présentait Tarmée chrétienne. Les oflSciers encourageaient et autorisaient par leur exemple le libertinage du soldat. Cette armée était cependant peuplée d aumôniers ; mais ces aumAniers n'avaient ni Tintelligence , ni l'activité , ni le zèle que leurs fonctions exigeaient; ces aum6niers ( c'est Tabbé de Feller qui en a fait ce portrait très-véridique ) étaient des prêtres dissipes et mondains, ou des religieux qui , dégoûtés de leur cellule , du silence et de la solitude du cloître , cherchaient la licence dans laliberté des camps.
Les Autrichiens profitèrent de ce désordre pour faire une irruption dans le Limbourg, où ils surprirent un corps de mille Brabançons, dont le plus grand nombre fut tué , et le reste dispersé. Les fujfards s'étaient retirés â Liège. Le général Schœnfeld leur envoya un renfort de mille hommes pour réparer leur affront en reprenant le Limbourg. Les Autrichiens , n'étant pas assez forts pour s'y soutenir , forcèrent les paysans à prendre les armes , pour les aider à repousser les Brabançons , qui cependant parvinrent à en chasser les Autrichiens , et les patriotes , pour se venger de ce qu'ils appelaient
HUITIÈME ÉPOQUB. «77
les féloas du Llfabaurg, signalèrent leor entrée dans Hervé par le pillage des maisons des malheureux que la terreur avait contraints d'abandonner leurs foyers. Mais, soit trahison, soit lâcheté du commandant, ils éva" cuèrent promptement cette province , sans raison et sans ordre.
Les patriotes soumis au génëral-major Koehler, qui commandait à Bouvignes, se soutenaient du moins avec plus d'honneur. Us y attachèrent et battirent les Autrichiens, qui y perdirent cinq cents hommes, un major, deux capitaines et cinq officiers* Un de leurs plus estima* bles che&, le baron de Bleckem, y fut tué d'un coup de feu à la tête. Son corps fut , par ordre du général Koelher , transporté à Namur , où ( il est fâcheux de le dire ) , après avoir été livré pendant toute la journée aux insultes et aux outrages de la populace , il fut enterré le soir dans l'église des récollets.
Les états furent cependant obligés d'ouvrir enfin lea yeux. Us connaissaient le contenu de la convention de Reichenbach , conclue entre les ministres d'Angleterre , de Prusse et de Hollande , dans laquelle il avait été arrêté que » la tranquillité et le bon or^re seraient promp- » tement rétablis dans les provinces belgique^ , et que les )» trois puissances alliées concourraient au rétablissement » de la domination de sa majesté apostolique dans ces » provinces, moyennant Tassuraxice de leur ancienne n constitution et l'oubli du passé , le tout^ous la garantie » des trois puissances. » Les états ne doutaient donc plus qu'ils ne fussent abandonnés à leurs propres forces ; mais ils tentèrent un coup de désespoir. YanderNoot proposa.
aux états de faire , au nom de la religion , un appel à tous les villageois pour les engager à marcher en masse contre les Autrichiens après la moisson. Le jour du rassemblement fut fixé au 4 septembre , et les états adressèrent aux curés et aux magistrats des villages de leur ressort des circulaires très-pressantes pour les exhorter à prendre une part active à cette espèce de croisade» C'est le mot qu'employèrent entr'autres les états de Namur. Les bons villageois, séduits par les prestiges par lesquels on fascinaitleurs yeux, s'empressèrent de marcher sous les bannières de la patrie et de la religion ^ et Vander Noot déclare qu'il marcherait à leur tête pour les conduire à Texpédition sainte. Cette armée , ou plutôt cette cohue , que les rapports les moins exagérés ont portée à vingt mille hommes, fut répartie dans diflerens corps , où cette milice forcée s'exerçait aux manœuvres sous les yeux de Vander Noot, que Ion comparait , dans son beau costume de général , à Gédéon marchant contre les infidèles Madianites ; car les] curés dans les paroisses , les aumôniers dans les camps , annonçaient à ce peuple crédule que , comme Gédéon , Vander Nootavait une mission divine, et qu'il se signalerait comme ce chef des Israélites , par un miracle non moins étonnant que celui de la toison.
Le jour destiné pour une attaque générale arrive enfin ; c'était le 22 septembre. Les soldats de Vander Noot, déconcertés par le feu soutenu des Autrichiens , le corps de Schœnfeld, harassé par la durée de l'action , se débandent et s enfuient. Les paysans , que commandait Koelher, s'avançaient avec une contenance qu'on ne devait pas attendre d'une troupe qui n'avait jamais vu le feu ni en-
tendu le canon , lorsque le feu prend aux caissons. d artillerie et vient jeter le désordre et la consternation dans les rangs de ces malheureux villageois. Ils prennent la fuite , et lennemi, profitant de cet accident imprévu» achève leur déroute. Ils vinrent en courant porter ces tristes nouvelles dans leurs villages , qu'ils plongèrent dans le deuil et la désolation.
Après cette fa^tale journée » les ministres d'Angleterre , dePrusse et de Hollande , assemblés à La Haye ^ engagèrent fortement le congrès à accepter une suspension d*armes qui leur serait aussi honorable qu'avantageuse. Mais les états , persistant dans leur coupable obsti* nation, entretenaient toujours par leurs moyens ordi* naires, la fermentation du peuple* Un événement servit leurs projets. Le 6 octobre , jour d'une procession solennelle , dans laquelle on devait transporter l'image de Notre-Dame de Laeken à 1 église de S^"* Gudule^ une troupe detourdis se permit quelques plaisanteries sur les capucins qui assistaient à cette cérémonie. Le peuple furieux saisit un des imprudens , qu'on parvint à lui arracher , non sans beaucoup de peine ; il fut conduit en prison ^ au milieu des clameurs de la mul^ titude, qui , se grossissant toujours , voulait qu'on lui rendit sa victime. Quelques membres des états viennent haranguer le peuple ,.et l'engagent à se calmer , en lui promettant la punition dece délit. Leurs représentations^ sont vaines. La foule enfonce Ja porte de la prison , res^ saisit le malheureux qu'il pend à un réverbère ; mais la corde casse. Des forcenés s'en emparent alors avec plus d'acharnement , et finissent par lui scier la tête , qails
34o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
promenèrent dans les rues avec une joie féroce. Le nom de cet infortuné est Vankricken.
Les agens Prussiens , de leur c6té , nourissalent secrè* tement la fatale illusion des états, en annonçant encore des secours , et en élevant comme mystérieusement des doutes sur le contenu de la convention de Reichenbach.
L es ministres médiateurs , choqués des détours et des chicanes que les états opposaient à leurs propositions , exprimèrent assez sérieusement au député du congrès i La Haye (a) la surprise et le mécontentement que leur causait cette manière de correspondre à la sollicitude dont ils ne cessaient de donner des preuves aux états pour le bonheur de la nation , et leur déclarèrent k pour la dernière fois , » ministériellement , au nom de leurs souverains respec- » tifs , qu*il ne tient qu'à la nation belge de rétablir sa » constitution légitime dans sa plus grande pureté , les H prévenant que le temps pressait, et qu'on ne leur donner » qu'un terme de vingt - un jours après la date de cette » déclaration ( elle était du 3i octobre) pour accepter ces )) propositions ».
L'empereur d'ailleurs avait parlé , et son manifeste , donné le i4 octobre à Francfort , et expédié le 3i à La Haye , c'est-à-dire , le même jour que la réponse des ministres , expliquait si nettement ses intentions » que dès ce moment il n'était plus permis aux états , s'ils ne voulaient pas afficher ouvertement la mauvaise foi , de témoigner un doute fondé ou d'élever une diflSicuIté rai* sonnable*
(a) Le professeur Van LeempoaL
HUITIÈME ÉPOQUE. a8i
Le» états, ne pouvant se dissimuler qu'il eât été non«5euleuent indëce&t, mais ridicule, dlmaginer de nouvelles ebioanes sur des dispositions aussi précises , envoyèrent €]iiatre depvtés à La Haye cnargés de demander un temps suffisant pour que la nation pût faire ses réflexions.
Les ministres communiquèrent ces ouvertures au comte d'Argenteau , qui refusa absolument tout délai ultérieur ( il sentait que les états ne chercliaient qu*â gagner du temps ) , et signifia aux médiateurs qu'il regardait leur intervention comme ayant sorti son plein effet, et que, dans tous les cas , les troupes impériales avaient été des* tinées à s'avancer dans le pays , ou comme amies , ou comme ennemies , selon qu'elles auraient rencontré ou la soumission ou la résistance.
Les états sentirent enfin qu'une plus longue rési^ance eût été inutile et funeste à la nation. Vander Noot vint rejoindre Schœnfeld , avec lequel il concerta sa retraite. Il feignit cependant de Touloir se défendre iNamur ; mais il ne voulait qae donner le change pour avoir le^emps de se sauver. Il alla se cacher en Hollande : Schœnfeld se retira sur Bruxelles^ Kœlher sur Namur , et Tarmée patriotique disparut.
La ville de Namur fîit ainsi abandonnée à son malheureux sort. Les bourgeois , craignant d'être sacrifiés k la vengeance dan vainqueur irrité , vaulnrent se défendre ; mais ils sentirent enfin que oette résistance ne pourrait que leur attirer iine terrible représaille , et ils se retirerait. Unedéputation , composée des plus notables bahitans, vint faire la soumission de la ville au général Bender , qui lui fit l'accneil le plus aflectneux : ils s'oflHrent
aSa HISTOIRE GÉNiÎBALE DE LA BELGIQUE.
de rester dans le camp comme otages ; il eut la générosité de les renvoyer. Les troupes impériales rentrèrent dans cette ville, le 25 novembre , sans secousse, sanstumalte, sans appareil menaçant, comme le brave Bender Tavait promis et l'avait ordonné.
La reddition de Namur entraîna celle de Lonvain , Bruxelles , Malines et Anvers , et la Belgique rentra sons la domination de ses souverains légitimes.
Vander Mcrsch , qui , de la citadelle d'Anvers , où il avait gémi pendant sept mois dans loppression et , pour ainsi dire, dans l'opprobre , avait été transféré le lo novembre à Louvaîn , et le 27 à Tournai , fut élargi le 2 décembre , et il se retira àMenin , sa patrie , où il est mort en îjga.
Les ministres médiateurs, pour consommerle salutaire ouvrage qu'ils avaient si patiemment entamé , arrêtèrent le 10 décembre à La Haye , avec le ministre de rempereur , une convention par laquelle ce monarque eonfirme à toutes les provinces leurs constitutions , privilèges et coutumes , et accorde une amnistie générale pour toos les excès et désordres commis pendant les troubles, n'en exceptant qu'un très- petit nombre d'individus. Les rois de Prusse et d'Angleterre et les états-généraux des provinces-unies garantirent par cette convention k l'empereur et à ses héritiers la souveraineté des provinces belgiques, qui seront gouvernées selon leurs constitutions , privilèges et coutumes.
. L'empereur Léopold confirma et continua l'arcbiducbesse Marie-Cbristine et le duc Albert de Saxe-Tescben, son époux, dans le gouvernement général des Pays-Bas, et
nominale comte de Mercy-Ârgentean , ministre plënipo* tentiaire avec les pouvoirs les plus amples , en attendant l'arrivée des gonvenietirs-gënëranx.
Rétablissement du gouYernement selon les ancieDoes formes • Noayellei réclamations des états. Réponses da goarerfaenient. Meioret séréres de Temperear. SoaAÛtion det élaU.
Le comte de Mercy- Argenteau arriva à Bruxelles le 4 janvier 1791.
L'empereur , dont la volonté était de rétablir la forme de gouvernement qui existait sous le règne de Timpératrice Marie-Thérèse , établit, en attendant que cette réorganisation pût être effectuée 9 une junte pour les aflaires du conseil d*état , et trois comités ; l'un , pour les aflàires du conseil privé ; l'autre , pour celles du conseil des finan* ces , et le troisième, pour celles de la chambre des comp* tes. Le ministre réinstalla le grand-conseil de Malines^ qui reprit ses séances le 26 janvier.
L'intention de l'empereur, manifestée par une déclaration publiée le 29 du même mois,au nom de ce monarque, était de ne laisser subsister aucune disposition faite pendant les troubles,di rec tement ou indirectemen t , au pré j udice des droits de sa souveraineté; et le ministre, pour 1 exécution de la suprême volonté du souverain , déclara nulles toutes les collations de dignités , bénéfices et offices ecclésiastiques ^ ainsi que d'emplois et offices civils, faites pendant
aâ4 HISTOIRE ^tKÉRAlM DE LA BELGIQUE,
les tronbW^ soit pair ceux qni avaient usar pë rautorité souveraine^ soit par des corps ecclésiastiques ou civils iilëgaiement constitués. Cependant le prince n'excluait pas de la concurrence pour les bénéfices ou emplois vacans , ceux^piî en auraient été pourvus pendant les troubles. Le gouvernement venait dordonner que sept conseillers du conseil de Brabant, quille 19 juin 1789, avaient accepté des places auconseil de Malines, rentrassent au conseil de Brabant. Les états de cette, province voyaient dans cette mesure une infraction à la constitution ainsi qu a la convention du I o décembre; et ils adressèrent à cesujet au ministre les remontrances les plus pressantes. Ils lui exposaient que (( ces magistrats avaient renoncé à leur charge de con- » seiller au conseil de Brabant, en acceptant un consulat » au conseil de Malines, qui dans tous les temps avait été » incompatible avec celui du conseil de Brabant, et qui, » dans les circonstances , était destructif de leur première » charge » . IjCs autres motifs sur lesquels ils appuyaient leurs doléances, n'étaient guère que des personnalités, et les expressions en étaient aussi injurieuses à la personne des magistrats dont ils provoquaient l'éloignemen t, qu'attentoires à Tautorité du gouvernement. Toute cette représentation ne respirait en un mot que l'esprit de parti et le fond de haine qui animaient les états ; c'était véritablement le langage de la passion. « Le plus grand mérite de » ces conseillers , disaient-ils , était d'avoir été lesexécu- » tenrs aveugles des injustices de l'ancien gouvernement: 1» c'étaient ces conseillers qui non-seulement avaient coo- » péré à la destruction du conseil de Brabant , dont ils n avaient juré le maintien ,^ mais qui avaient insulte aux
HUITIÈME ÉPOQUE. a85
» malheurs dm peuple , en s'élevant en triomphe sur les « dëbris de ce eoMcil Quelle confiance le peuple povir- » rait-il jamais avoir dans des jugesqnî , par leur eonchrire » lâche et servile , avaient eneonrn la haine et l'rnâi^na- » tion da public? et quel bien pourrait-on espérer d'eu^ » pour le service du souverain 7 Une telle classe d'hommes n dans le sanctuaire de la justice serait un prëseitt bien » funeste , puisque la fortune et la vie des citoyens les plus n vertueuic seraient exposées à la haine et au ressentiment » de ces juges ». La reintegration.de ces magistrats, que les états traitaient constamment de personnes odieuses et suspect, qui avaient été la cause àe toutes les calamités dont le peuple avait été accablé , allait, selon en , attirer sur le Brabant un orage qui écraserait et ruinerait la* province.
Le ministre ne vit dans toutes ces allégations que de vaines clameurs ; c'est son expression : « S'il y a des coupa- » blés, disait-il, que les lois parlent ; sa majesté n'en éfouf- » fera pas la voix ; elle a fait le sacrifice de tous ses ressen- » tîmens publics et privés ; elle a pardonné la félonie , lé » parjure, les injures sanglantes et la guerre obstruée , 1» soutenue sans motrft , sansintérét , dont lerésuftataété » la dépopulation et la ruine du pays. Imitez son exempte, » ajouta't-il , individuezlesgrie& , fournissez- en les preu- » ves ; mais quand , a la suite d*unetrop longue fermenta- » tion, suivie d'une explosion fatale , on a peine à trouver' » des innooens , n'aHez pas chercher des coupables 4 la n triste lueur de la chicane. Yoilà les considérations que ^ j'offre pour la dernière fois à vos délibérations. De grâce, > ne forcez pas reropereur i déployer une juste rigueur.
a86 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
» Soyez généreux comme ce grand prince ; jetez-vous dans » ses bras , il ne s'occupera que du bonheur de vos provin- » ces ; mais il ne peut , à moins de devenir injuste , abann donner des serviteurs fidèles aune proscription obstinée. » Si vous voulezque le gouvernement respecte les lois, res* N pectez- les vous-mêmes. Faites qu'il s établisse une bon- » ne fois entre le souverain et vous un parfait concert , » dirigé uniquement vers la recherche des remèdes qu'il ji s'agit d'appliquer sur la plaie encore saignante qui vient » d'être faite à une nation égarée. »
Les états n'insistèrent pas moins dans leurs prétentions, qu'ils réitérèrent dans une représeatation ultérieure ; et le ministre , sans entrer dans de nouvelles discussions , leur répondit , qu enfin u la volonté irrévocable de remit pereur , conforme à la justice et à la convenance de » son service , était que tous les employés nommés con- » stitutionnellemeQt avant le mois de décembre 17899 » devaient reprendre leurs places , à moins qu'ils n'en » fussent déclarés indignes par leurs juges compétens : » ils y ont un droit acquis , ajoutait le ministre , pour » lequel tous plaideriez vous-même , si vous reconnais- » siez la constitution , lorsqu'il s'agit de vos prétentions » ou de vos passions, n
Cette lutte avait empêché le ministre de pourvoir à la réorganisation du conseil de Brabant; mais les excès commis dans la journée et dans la nuit du 24 février déterminèrent le ministre à rétablir ce corps. Une troupe de turbulens s'était ameutée dans la matinée devant l'hôtel-da-ville , où les états étaient assemblés. Les cris et les mouvemens menaçans de cette troupe forcé*
HUITIÈME ÉPOQUE. a88
rent les états à lever lear séance ; ils regagnèrent précipitamment leurs carrosses au milieu des insultes et des huées de la populace , et ils n'échappèrent qu'avec peine à ses coups ; il y eut même quelques membres qui furent maltraités, et les glaces de leurs carrosses furent brisées. La nuit fut encore plus tumultueuse. Ces furiçujc se portèrent avec fracas dans presque tous les quartiers de la ville , où ils cassèrent les vitres d'un grand nombre de maisons. Le ministre crut que ces fâcheuses circonstances ne lui permettaient pas de difle* rer la réintégration du conseil de Bràbant , dont il borna provisoirement la composition à un; certain nombre de membres, d'officiers et d'employés.
Il se concerta avec le maréchal de Bender sur les moyens de prévenir des scènes aussi scandaleuses , et it fit publier, au nom de l'empereur, un édit très-sévère contre les auteurs des attroupeinens , les perturbateurs du repos public , les imprimeurs ou colporteurs de brochtires séditieuses ; il y exhortait tous les citoyens de. quelque état , rang , qualité ou condition qu'ils puissent être,, à s'abstenir de tout signe distinctif de parti, de toute qualification odieuse de royaliste, patriote^ aristocrate^^ démocrate, vonchiste, etc.
Le maréchal de Bender adressa de son côté aux commandans des troupes impériales, une circulaire par laquelle il leur enjoignit de considérer et de traiter comme ennemis du souverain et de l'état , ceux qui tiendraient des discours dangereux ; qui chanteraient des chansons prétendues patriotiques ; qui porteraient des uniformesou des cocardes; qui rédigeraient, répandraient
a88 HISTOIRE GÉNÉRALE DB LA BELGIQUE.
OU afficheraient des billets s^tieux; qui insulteraient les soldats, sentinelles ou patroniUes, etc. , et de déployer contre ces perturbateurs toute la rigueur des lois militaires.
L'empereur qui ne cherchait qu'à raimener la confiance et à rétablir le calme par les voies de conciliation ^ céda an Toeu généralement exprimé par toutes les provinces pour la révocation des diflerentes ordonnances de l'empereur Joseph II , relatives aux matières ecclésiasticpies , qui avaient provoqué les réclamations des états, et il révoqua en conséquence les édits et lesdéclarations sur les ordres religieux, sur le mariage, sur les résignations, Fincomp* tibilité et le dénombrement des bénéfices, sur les kermès* ses et dédicaces , sur les processions et jubilés, sur les confréries , sur la publication des lois au prône , sur la forme des concours , sur Tordre des récollets , sur l'établissement du séminaire général et du séminaire filial.
Il abrogea également l'édit du 17 mars 1^83 , qui ordonnait la suppression des maisons religieuses , et il se réserva de s'entendre avec les états des provinces snr Tadministration et l'emploi des biens des couvens supprimés*
Le conseil souverain de Hainaut n'était point encore rétabli. L'organisation de cette cour avait été l'objet d'une longue discussion entre le gouvernement et les états. Ces derniers réclamaient nn droit de nomination ou présenta* tion, qu'ils prétendaient être constitutionel. Le conseil de Bainaut jouissait à la vérité, depuis l'an 16 19, du beau droit de présenter trois candidats, parnù lesquels le souverain choisissait celui qu'il croyait le plus digne
pourremplir la place vacante. Le conseil de Malines avait la même prérogative, et Tempereur Charles VI, par une déclaration du 12 septembre 1736, avait étendu ce précieai[ avantage auic conseils des autres provinces ; mais le gouvernement prétendait que ce diplôme , qui avait toujours été révocable à la volonté du souverain , ne faisait nullement partie de la constitution , et il répondait en particulier aux états de Hainaut que les lois , chartes et usages de leur province avaient varié dans différens temps, relativement au mode d'organisation du conseil. Le Hainaut avait en effet autrefois deux cours supérieures de
justice, doufFune se nommait la cour souveraine', etTatitre , la cour ordinaire , que le duc d'Anjou , souverain momentané des Pays-Bas, avaient réunies en 1702 , sous le nom du conseil de Hainaut. La concession qui a été faite en i€ig aux cours séparées ne pouvait donc s^étendre rigoureusement au conseil réuni en i jroa. Cette union même , qui était l'ouvrage d'un prince étranger , aurait pu être méconnue dans tous les temps par les souverains légitimes; c'était le raisonnement qu'opposait le ministre aux prétentions des états. Ces observations , il faut en convenir , étaient plutôt des détours que des raisons', et reâpiralent la chicane ; mais le ministre, pour trancher la difficulté, ajoutait qu'enfin à la rigueur il ne s'agissait que d'une concession faite à une compagnie qui , par son serment prêté pendant les troubles , était déchue de ses prî vî • léges, et ne rentrerait plus même au service de l'empereur, si sa majesté n'écoutait la voix de son' coeur préférable ment à celle dé ses droits et de sa dignité.
Le ministre porta donc un décret conçu dans le sen ▼II. 19
de celui par lequel il avait rëlabli le coufieil de Brabaat , efc le conseil de Hainaut fut réintégré par Fautorité suprême de l'empereur , et composé des membres, officiera et em- .plojésy nommé&immédiatement par le gouvernement au nom du souverain. Ce décret confirmait cependant pour l'avenir au conseil le droit de présentation.
L'empereur , déférant au vœu exprimé par les états et les tribunaux des différentes provinces , déclara par acte du 29 mars , que le diplôme de Charles YI , du 1 2 septembre 1786 , qui accordait aux tribunaux le di*oit de présenter trois candidats pour y remplir les places vacantes , formerait un point constitutionnel , et que les emplois de juges des cours supérieures de justice seraient inamovibles.
Les fréquentes discussions entre le gouvernement et les états avaient toujours entretenu une fermentation sourde, un mécontentement secret, qui éloignait le retour du calme et le rétablissement de la confiance. Les états voyaieptavec inquiétude que^la ratification de la convention de la Haye, du 10 décembre, n'arrivait point. Cette ratification avait été signée à Yienne le si janvier; et l'empereur, pour tranquilliser les esprits, en ordonna la publication par une ordonnance du 19 mars.
Les états n'insistaient pas moins vivement sur un point auquel ils attachaient la plus grande importance ; c'était le droit de nomination qu'exerçait l'université de Louvain sur un très-grand nombre de bénéfices. Ce droit était fondé sur des indults.de la cour de Rome: les états et l'université le réclamaient avec force , et l'empereur , pour leur donner encore cette satisfaction , annuUa toutes les ordon-
HUITIÈIIE ÉPOQUE. ijIt
nances oa dîspoâtioi» de son prédëœttenr , ijai avaient dérogé a cet ancien droit.
Cet acte de condescendance ne fit sor les esprits qn'one très>£iible impression , paroeqne dans le moment même (cest*à-dire, le même )onr , 19 mars) ou le gouverne» ment réintégrait l'université dans cette partie de ses privi* léges, il lui 6tait , par une autre disposition, une préroga* tive qui lui donnait daiu le pays la grande influence <{u'elle j exerçait. Unsage constant , les anciennes ordonnances (celles entr'autres de 1695 et de 1781 ) avaient réglé quon ne pourrait être admis à exercer les dignités , oiEces ou bénéfices ecclésiastiques ou civils , qui exigeaient le grade de licencié , non plus qu'à remplir la profession d avocat oa à exercer l'art de la médecine , â moins que d'avoir pris les degrés de licence à Louvain. L'éditde 1^55 faisait une défense expresse à tous les Belges, de quelque état on con* dition qu'ils fussent, de faire des couics de pbilosophie publics on privés dans les pays étrangers sans une permission spéciale du gouvernement. L*empereur dérogea formeliement i ces dispositions par sa déclaration du 19 mars, qui permettait provisoirement à tous ses sujets de prendre des degrés de licence dans les universités étrangères. Cetait moins encore la mesure qui avait choqué les partisans de l'université , que le motif que le gouvernement en donnait dans sa déclaration. Les Tienx amis de cette éoolenepardonnaientpasan gouvernement d'avoir avancé
> qu'il avait été reconnu depuis long-tems que le système » des études de la philosophie , du droit et de la médecine
> exigeait une réforme dans ces provinces. » Les hommes sensés et dégagés d'esprit de corps ou de parti convenaient
aga HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
de cette vérité ; mais les aveugles partisans des vieilles formes, ou, pour mieux dire, des vieilles routines scholastiques traitaient ceux qui tenaient ce langage , de novateurs téméraires , de réformateurs dangereux , de philosophes même. Mais le gouvernement n'était pas moins déterminé à se concerter avec les états sur les arrangemens propres à inti'oduire dans Tuniversilé de Louvain , un meilleur système d études , qui , en corrigeant les abus , en perfectionnant les formes et en épurant le langage , rendit Tinstruction moins gothique.
Les esprits étaient toujours agi tés .iLe retour des anciens gouverneurs -généraux était attendu avec impatience , parce qu'on espérait queleur présence ramènerait lecalme* Ils arrivèrent à Bruxelles le iS juin ; et l'inauguration du souverain fut solennellement célébrée à Bruxelles le 3o juin, et à Gand, le 6 juillet.
Le comte de Melternich , nommé au ministère pour remplacer le comte d*Argentean, arriva à Bruxelles le 8 juillet. L'inauguration fut successivement célébrée selon les anciennesXormes, à Mons, le 12 juillet; à Malines, le 28 ; à Ypres, le 8 août ; à Tournai , le 10 ; à Namur et à Buremonde, le 22.
Les privilèges, coutumes et usages étaient donc derechef assurés à la nation ; et l'empereur , pour dissiper tontes les inquiétudes, rétablit^par ses lettres'patentes du 37 juillet , la forme de gouvernement sur le pied où il était à la Gn du règne de Marie-Thérèse. Les trois conseils collatéraux furent réintégrés dans leurs anciennes attributions , selon la forme et les instructions qui avaient été suivies jusqu'à l'an 1780.
HUrrifiME ÉPOQUE. api
Cependant Tesprit de sédition n était pas éleint , et les états de Brabant persistaient à former des réclamallons indiscrètes, des oppositions incoosidërées, des protestations téméraires ( c'est ainsi que le gouvernement les qualifiait ) contre les dispositions émanées directement ou indirectement de Tempercur, et ces oppositions (comme le gou* vernement le leur reprocliail ) se propageant dans ia classe inquiète ou crédule de la nation par les insinuations q.u*ii« avaient soin de répandre, éloignaient tous les jours davantage la tranquillité et la confiance dans le souveraine C'était surtout sur lalikire des cinq conseillers de Brabant qui n avaient pu être admis dans la dernière composition du conseil, qu ils Insistaient avec le plus de chaleur dans leurs vébéiuentesréclamalions. Les gouverneurs-généraux, dans une dépêche fortement conçue , réfutèrent les prétentions que lesétats avaient étalées dans leur résolution relative à cetabjet» u Cette résolution, disaient ces princes, est alten- » tatoire aux droits les plus positifs de la souveraineté, et » cooséquemment répréhensibledans toute la rigueur des >» lois contre ceux qui, étant soumis au pouvoir judiciaire, » entreprennent deu troubler et d'en arrêter Texeroioe. i^ De quel droit prononcez- vous sur l'existence légale d'un • tribunal qui ne reçoit ses pouvoirs que du souverain? »^ Nous prenons ce tribunal sous la protection de Tempe- » reur ; nous ferons respecter ses décrets par toutes les » forces que sa majesté a mises à notre disposition pour » faire régnerla loi etrétablirlautorilé spuveraine.etnous n vous interdisons très -expressément de vous prévaloir de M vos piH>lestations , à. peine ds désobéissance ». Ils finissaient par les prévenir qu ils leur laissaient un tqmps moi*al
uc4 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
pour adopter les moyens de conciliation que Tempereur leur avait offerts.
T^es ëtats furent sourds à ce langage. Les gouvernenrs déclarèrent enfin , dans leur dépêche du 3 novembre , cest«à-dire , trois mois après que le terme moral qui leur avait été accordé, était expiré, que l'empereur avait i*ésolu de ne plus admettre aucun tempérament ni moyen de conciliation dans cette affaire. L'empereur, pour trancher toute la difficulté , adopta donc une espèce de compensation : il prit le parti de ne pas réintégrer dans le conseil de Brabant, ceux des conseillers qui, en 1 789 , étaient passés au conseil de Malines , et de ne pas admettre dans le conseil de Brabant , ceux qui , en 1790 , y avaient siégé sous un serment incompatible avec celui qu'ils avaient prêté à Tempereur.
C'était toujours le Brabant qui était le foyer de la discorde ; les autres provinces n'opposaient de résistance que parce qu elles étaient enhardies , dirigées , et , pour ainsi dire , dominées par les états de Brabant. L'empereur avait cependant épuisé tous les moyens de modération et de conciliation pour ramener le calme et la paix : il s'était pr^été avec patience à tous les retards que ces opiniâtres états avaient successivement imaginés pour reculer ou même pour empêcher un arrangement équitable , qui eût fait disparaître les traces des fléaux qui avaient accablé la malheureuse Belgique. L'empereur, dans les conférences qui avaient été ouvertes entre les commissaires du gouvernement et les députés des états , avait montré la plus généreuse modération au sujet des immenses répétitions auxqudles il avait un droit incontestable du chef de
HUrriiMB ÉPOQUE. 195
la saisie de son trésor , de ses revenus , de tes magasins : îl avait poarvtt aux moyens de procurer des indemnités anx particuliers qui avaient souffert par les pillages et les excès dont les tronbles avaient été accompagnés. Ces points importansavaient été réglés avec les états des différentes provinces , qui avaient loyalement correspondu aux sages intentions du souverain , pour assurer le r^tablissement des bases de Tandenne harmonie. Ils avaient résolu d'assigner des fonds, et consenti même à dessacrifices personnels pour subvenir auk reslituti^ons à faire au souverain et aux indemnités A accorder aux particuliers. Les états de Brabant seuls , toujours entraînés par le prestige auquel ils s'étaient volontairement livrés , avaient résisté à toutes les avances et à toutes les propositions du monarque '. ik n*y avaient répohdu que par des lenteurs , des embarras , des moyens évasîfs , des offres insidieuses, alternativement articulées et rétractées ; ils ne cessaient d'employer des échappatoires , variés sous toutes les ' formes ,. pour rejeter les arrangemens reçus par les autres états , et d'opposer , ea s'appuyant sans cesse de la constitution , à rauCortté constitutionnelle du souverain , les difficultés les plus futiles et les plus absurdes de la chicane.
Cest dans ce sens et à peu près dans oes' termes que les gonvemeurs-généraux retraçaient aux états de Brabant la conduite répréhensible quMs avaient tenue depuis la rentrée des troupes impériales , et ils déclarèi'ent en conséquence , au nom de l'empereur , que sa majesté , ne voulant pas étendre aux états de Brabant les grâces qu'elle avait bien voulu, accorder aux autres états, qui avaient concouru de bonne volonté aux arrangemens qu'elle avait
u<j6 HlSTOlhE GÉNÉRALE DB LA BELGIQUE.
syggëres , avait résolu : i^ de ne légitimer aucune des dettes Contractées , ni des levées d'argent , ni des arrangemens quelconques pris par les états de Brabant à roccasion des troubles ; a° de faire poursuivre avec toute Tac* tivité possible les actions intentées, du chef de la saisie des effets royaux , de la dissipation des deniers , de la violation des archives , de la distraction des papiers , etc., que ces états s étaient permis pendantrinsurrection ; 3^ d'accorder l'adjonction des procureurs- impériaux aux particuliers qui auraient des actions légitimes à intenter en dommages , intérêts , réparations , indemnités , etc. , à charge des différens membres des états \ 4^ de différer , pour le Brabant , la publication de l'amnistie accordée aux provinces qui ont concouru aux arrangemens projetés pour le i*établissement de la tranquillité , et de laisser un libre cours i la vindicte publique contre tous ceux qui continueraient à troubler le Brabant. L'empereur ajoute cependant qu'il considère la masse des habitans du Brabant comme Gdèle et soumise , et leur assure de la manière la plus solennelle sa bienveillance et sa royale protection. Cette fameuse dépêche , qui terrassa les états , est du la déceipbre 1791 (a).
Les états de Namur , qui , avaient imité l'obstination de ceux du Brabant , en prolestant , comme eux , contre la légalité du conseil de leur province , partagèrent leur consternation et leurs alarmes , et ils s'empressèrent de la révoquer par une résolution prise, le i5 déoembre , dans l'assemblée générale des deux premiers ordres.
{ti) J*a{ l*ôrifi(inAl •011s les yeux.
HOItiftMB ÉPOQUE. 39;
FmAJfçoif 11. La France lui il«iclare la gaerrc. Prentcres bostilitn; — Ia
duc (le SiJLC prend le commandement de Taimee. — Priae de Courtrai par lef Français. ^- Sîe'ge de Lille — Bataille de Jemmappet. — Dumouriez entre à Mont. — Prise de Lie'ge.^- Sou mission delà Belgique.
— Aasembléedu peuple dés villes : députations à la convention.— Commissaires de lacomreBlion dans la fielgiquC'^^Sociel^ populaires. — Vœiu des sociétés populaires pour lan?«/iio/i k la France.—' Assemblées primaires à Mons, à Bruxelles. — - Reunion* décrétées. — Valence évacue Aia-la-Cbapelle. — Miranda lève le ftiége de Maestricht.
— Proclamation du prineé deCobourg «ax Liégeois. •— Le» Français abandonnent Hui* -^ Bataille de Nerwinde.*-*Les FraRçaia abandon* neat la Belgique. — Le ministre rentre à Bruxelles. — Réiastallation du conseil de Brabant. — L*arcbiduc Charles est nommé gouyemeur* général : son entrée à Bruxelles.
L'BMFEftBUa Lëopold mourut le i«^ mars 1792 , à trois heures après-midi , laissant la Belgique dans un état de fermentation que tousses efforts et toute sa modération n'avaient pu calmer. Sa condescendance avait enhardi le parti dés états et choqué les royalistes : ils le traitaient , les uns secrètement « et les antres hautement , de pusill|i* nime et de lâche : c'était faire à ce boa prince une injfure qn'il ne méritait pas : ils auraient même eu tort de lac* cuser de faiblesse ; il n'était que pacifique.
L'archiduc François , son fils , lui succéda dans ses états héréditaires ; et , selon Tusage , il informa les états des provinces belgiquesde cet événement : sa dépêche est du 3 mars.
Le roi de France avait adressé à l'empereur des plain-
ji
tes sur les rassemblemens de troupes dans l'Allemagne, et sur les liaisons qui existaient entre la cour de Vienne et les principales paissances de TEurope. Cette notification avait été faite , le jour même de la mort de lempereur , au chancelier de Tempire , par Tambassadeur de France. Le chancelier rëpondit que » le roi de Hongrie ( successeur 1» deLëopold) adoptait pleinement les plans de feu Tempe- » reur;qu*on ne connaissait point eu Allemagnederassem- » blement qui pût être regarde comme une mesure hostile ; » que le roi de Hongrie et TÂIIemagne jugeraient peut- » être convenable den faire de plus grands» pour main- » tenir la paix intérieure dans leurs dtats, queTexemple » destroubles delà France et les coupables manœuvresda M parti des Jacobins excitaient ; que , quant aux liaisons 1* établies entre la cour de Vienne et les puissances les plus 1» respectables de l'Europe , elles ne cesseraient de les enn trelenir que quand la nation française i intéressante n par sa douceur , repousserait les insinuations d une fac* » tion sanguinaire qui s'entretenait d'émeutes et de vio- » lences contre la liberté du roi et. la foi des traités ; mais n que , dussent ^es desseins et $e$ artifices prévaloir , l'em- M pereur se flattait que du moins la partie la plus saine » de la nation envisagerait commei une perpective conso- «t lante d appui » l'existence d'un concert dont les vnes u étaient dignes de sa confiance , et de la crise la plus im- « portante qui ait jamais affecté les intérêts communs de «c l'Europe ».
Cette réponse décida la France à la guerre. Le roi , dans la séance du %o avril , se rendit dans le sein de l'assemblée nationale , pour luidpnner par l'organe de son
HOITIBME ÉPOQtfE. 399
ministre des aflaires étrangère ( c*e'tait Dnmouriez ) le rapport du conseil da roi sur la situation de la France à Tégard de TAllemagne. Le roi déclara qu'il en adoptait la détermination ; et qu'il Tenait aux termes de la constitn* tion , proposerformellement à rassemblée la guerre con' tre le roi de Bohénie et de Hongrie.
G^tie grande question fut l'objet de la séance du soir : la proposition du roi y fut discutée , l'urgence décrétée , la guerre votée ; et le comité diplomatique , par Torgane de Gensonné , présenta , séance tenante , la rédaction du décret , qui fut adopté à l'unanimité.
L'assemblée nationale , considérant que François II • roi de Hongrieet de Bohême , avait refusé par sa note du 18 mars ( c'est la réponse du chancelier de Tempire ) de renoncer au concert des puissances liguées contre la France ; que , de plus , il avait continué des préparatifs hostiles et attenté à la souveraineté nationale , en déclarant vouloir soutenir la cause des princes possessionnés en Alsace 9 qui avaient constamment refusé les indemnités qui leur avaient été offertes ; qu'il avait cherché à diviser les citoyens français entre eux , après avoir décrété l'urgence , décréta la guerre contre François II , roi de Bohême et de Hongrie.
Telle est la teneur de ce fameux décret , qui fut présentéau roi et sanctionné le soir même.
Les hostilités suivirent immédiatement la déclaration de guerre. Les Français s'avancèrent de deux côtés ; les nus , de Lille sur Tournai ; les autres , de Yalenciennes sur Mous ; mais ils furent repoussés ; les premiers , le 29 avril , par le comte d*Happoncourt , et les seconds , le 3o , par le baron de Beanlien.
3oo HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
Le duc de Saxe-Teschen prit le commandement de l'armée: le quartier général fut place à Leuze , où il se rendît» Le général Lafayette était retranché derrière Maubeuge pour proléger toute cette frontière.
• Le maréchal Luckner ,' ayant pénétré dans la Flandre à la tête d'une forte armée , prit Court rai.
Les Belges qui faisaient partie de Tarmée française y emportèrent un canon , dont le général leur fit don , qui fut confirmé par rassemblée nationale.
Cependant le duc de Saxe avail transféré son quartiergénéral à Mons , d'où les Autrichiens faisaient des excursions et des découvertes qui n'aboutissaient dans le principe qu'à de légères escarmouches. Ils emportèrent néanmoins Lannoi et Roubaix , Orchies , Saint-Amand et Turcoin , et vinrent camper presque sous les murs de Lille et deValenciennes. Le quartier* général fut transféré à Tournai, puis à Fiers , village situé A une petite distance dé Lille. Le duc de Saxe envoya aux habitans de cette ville une sommation , par laquelle il les invitait à rentrer sôus la domination du roi de France , à peine d'être traités comme rebelles à leur légitime souverain. Cette invitation ne fît point l'eiTet que le duc en avait attendu , et l'attaque commença par le faubourg de Five : la tranchée fut ouverte le 25 septembre , les batteries établies , et le bombardement ordonné. Le duc adressa une sommation au commandant de la place , et une autre à la municipalité. Le commandant répondit» qu'il était résolu u avec sa garnison de s'ensevelir sous les ruines de la pla- «( ce, et que les citoyens , fidèles comme eux à leur ser- » ment de vivre libres ou de mourir , partageaient leurs » sentimens et les seconderaient de tous leurs efforts » . La
HUITIÈME ÉPOQUE. 3oc
municipalité , aûîmée du. même esprit , fit cette réponse laconique : « Nous venons de renouveler notre serment n d*éire fidèles à la nation*, et de maintenir la liberté et » rëgalité,.ou de mourir à nôtveppste. Nous ne sommes » point des parjures ». Le bombardement commença donc le 29 ; mais le .duc de Saiie, se voyant trompé dans Tespoir qu'il avait eu ' d'intimider les babttans , ou de soulever un parti , fut forcé de lever le siège. La position des Autrichien» de venait 'tous, les jours plus critique. Clair-' fayt fut rappelé de la Champagne , pour venir proroptemènt renforcer Tarmée du dnc de Saxe ; mais ses troupes , pitoyablement harassées, n'arrivèrent que très^ lentement et très- péniblement , par petits pelotons , sans ordre , sans commandement, et , pour ainsi dire, sans but. Le duc fut Coroé^ en attendant, de ramener son quai^tier-général à Mous; et les Français , profitant de l'espèce de désordre et d'incertitude qui régnaient dans l'armée autrichienne ; livrèrent iine attaque générale à tous les corps ennemis postés cUcs les territoires de Tournai, Mons et Frameries, et gagnèrent une position avantageuse, où, à l'aide de leur formidable artillerie , ils remportèrent le 6 novembre cette mémorable victoire de Jemmappes , qui leur valut la conquête de la Belgique.
Dumouriez vainqueur fit son entrée dans Mons le lendemain. La cour et le gouvernement évacuèrent Bruxelles , où Dumouriez vint établir son quartier -général. La prise des grands magasins de Malines fut le résultat et comme le complément de. la victoire de Jemmappes. Le duc de Saxe, retiré à Louvain, fit proposer une suspension d'armes au général Dumouriez , qui envoya la proposî-
3o9 HISTOIRE GÉNÉRALE 0£ LA BELGIQUE.
tion an ministre de la guerre , afin qu'il la communiquât à la convention. Le duc, en attendant , se retira de Louvain , qu'il laissa ouyert aux troupes françaises , et le général français s'approcha de Tirlemont , qui était défendu par un corps de trois à quatre mille hommes, campés sur les hauteurs. Ce corps , renforcé par un secours de cinq mille hommmes , dut céder a la foudroyante artillerie des Français , qui entrèrent dans la -ville le 22 novembre , au matin. Dumouriez , dirigeant sa marche sur Liège , attaqua le 27 l'arrière-garde des Autrichiens, composée de douze mille hommes, com* mandés par le général S tarai. Le prince-évéque partit précipitamment âe Liège dans cette journée , et Dumouriez y fit son entrée le 28. Le général , en annonçant la prise de cette ville au président de la convention , disait que l'esprit républicain y régnait autant qu'en France.
La citadelle d'Anvers se rendit au général Miranda par capitulation , et celle de Namur , au général Valence.
La Flandre , le Brabant , le Hainaut et la province de Namur étaient donc soumises à le république ; et les Autrichiens se retirèrent sur le Limbourg et le Luxembourg.
Le peuple des principales villes s'assembla pour nommer ses représentans provisoires, dont le premier acte fut de rompre tous ses liens avec la maison d'Autriche. Les députés de la ville de Bruxelles , du Hainaut et du Tournaisis furent chargés de porter cette résolutîo» A la convention, et de demander qa'el^eTOulûtbien déclarer que la république française ne traiterait avec les puis*
HUITIÈME ÉPOQUE. 3o3
sancQsde VEiuropey qu'à condition qu'elles reconnaîtraient l'indépendanœ dea Belges et des Li^oia. Le pr&ident répondit à ces députés « qu'ils n'en dataient point don- » ter ; que c étaient les Fran$ais qui les premiers avaient 1» proclamé le dogme universel de la souveraineté des » peuples. Ce n'est donc pas des Français que vous tenez » U souveraineté ; c'est de la nature. Lies Français n'ont » cOiM|uis dans la Belgique que vos coeurs : ils n ont n vaincu que les Autrickieny. n Le prmde»t ajonta cependant qu'il ne pouvait leur dissimuler « que les Belges n ne fussent encore asservis à des préjugés qui pouvaient » être dangereux pour la liberté. » Mats l'assemblée, considérant que l'objet de cette demande était la conséquence nécessaire d'un décret {[énéral, parce que la nation fran* saise se déclarait l'amie et l'alliée de tous les peuples qui hrifêraient leurs fers, renvoya la demande des députa belges au comité diplomatique.
Cependant les Belges crurent voir dans le décret de la convention du i5 décembre iyg2 , rendu sur le rapport de Cambon, le renversement de tous ces grands principes. Ce décret en eflet déclarait le pouvoir de la république française, révôlutionniUre , coactifei cœrdtif. Les députés du Hainaut, envoyés à la convention, pour témoigner leur reconnaissance à la nation française, qui avait permis aux Belges de rependre l'exercice de leurs droits , demandèrent que ce décret ne s'étendit pas à leur pays , parce qu'ils en regardaient l'exécution littérale comme contraire à leur indépendance. Le président leur donna l'accolade fraternelle et renvoya leur réclamation aux comité Mais la société des amîs de la liberté et de FéjgaiiiTf
3o4 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
de M011& , voulant détruire rimpréssion qu'auraient pu faire sur l-esprit de la convention /les remontrances des reprëseutans, . prit le parti d'y envoyer une députation , qui., api*ès avoir félicité rassemblée sur lefamenx décret, rassui*a. que la réclamation des représentans du Hainaut con trece décret n'était que Tou vra ge de quelques rntrigaus. Ganibon, parlant au nom des comiiés diplomatique, de la guerre et des finances,' proposa dé passer à Tordre du )our sur la réclaination de ces représentans. ' Cette proposition fut décrétée, et la convention, pour dopner plus de rapidité à Texécution de ses ordres, adjoignit deux nouveaux commissaires aux quatre qui étaient déjà dans la Belgique.
Les représentans provisoires du peuplede Bruxelles présentèrent à la convention une adresse , dans laquelle ils exposaient plus énergiquement encore leurs plaintes contre ce décret. C'étaient , disaient «ils , un attentat à la souveraineté Belgique , une contradiction de conduite et de maximes , défaits et de promesse^; c'était , en supprimant le nom de Ja cbose, conquérir les Belges par le. fait : c'était donc détruire la base sacrée de l'égalitité politique et naturelle; car , ajoutaient-ils, quoique les nations puissent être, comme les individus, inégales en moyens, elles sont nécessairement égales en droit.
Ces représentans envoyèrent à la convention une députation, qui représenta que le décret du 1 5 décembre était destructif de la souveraineté belgique ; que la nation française, qui avait renoncé aux conquêtes,' avait promis protecti- •tion, assistance et fraternité aux peuples qui voudraient recouvrer la liberté; qu'il n'était pas vrai,comme Cambon l'avait a vancé,que la liberté était dans la Belgique sans culte et
HUiTinaC ÉPOQUE. S«5
âmsaalel; maisque ulibartedes Belges eCaitcaohaiiiee par les Français ; qu'il n*était pas ^raî, comme Camboa faTail rapporté, qu'il y eût six partis dans la Belgique ; mais que deux partis seulement s'y manifestaient^ celui des amis et celui des ennemis de la liberté ; enfin qii'il était juste , qu'il était politique de rapporter le décret du i5 décerna bre. Les députés furent admis aux honneurs de la séance, et leur adresse fut renvoyée aux comités. Mais Texécution du décret n'en fut pas moins ordonnée , et opérée, le ij janvier lygi àLouvain « et le igà Bruicelles.
Les représentans du peuple de Namur adressèrent ég^ lement une lettre à la convention, pour lui exposes' leurs plaintes contre ce décret , et k eouTention passa i l'ordre du jour.
Les représentans d'Âtivers enroyèrent aussi à la oonveu* tion une dépu tation composée de trois d^ leurs membres , pour y porter leurs réclamations contre ce waémB décret, et la Convention leur promit qu'elle examinerait leurs pièces. Mais la société des amis de la Uberfé et de l'égalité JCAhs^ers envoya , comme avait fait Celle de Mons, une députatton à la conyedtion , pour y porter son adbé* sion au décret , et elle en ordonna la nmation bonorable.
La convention avait chargé le pouvoir exécutif provi soire de faire exécuter le décret. Gelui-ci prit le parti d'en* voyer dans la Belgique des commissaires pour yipréparer les esprits. La Belgique fut à cet effet divisée en arrondissemens, dans les chefs-lieux desquels ces commissaires devaient fixer leur résidence.
Cependant l'administration de l'armée de la Belgique
vu. 20
3oO HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
était livrée aux plus affreuses dilapidations. Le républicain Camus, qui y avait été envoyé , en fit à son retour l'effrayant tableau à la convention , dans la séance du a 5 janvier : il accusa le directoire des achats d*étre la seule cause du défaut des subsistances et du dénuement des armées, et il avança qu'on avait perdu cent cinquante millions en fausses mesures.
Les sociétés populaires, formées dans les principales villes sous les auspices et la direction deis commissaires du pouvoir exécutif de la convention , avaient voté la réunion à la France, etelles envoyaient à la convention , des députés qui lui présentaient ces vœux comme l'expression libre de la volonté générale du peuple.
Les députés de Mons portèrent ce voeu à la convention dans la séances du ai janvier, et demandèrent de former un quatre-vingt-cinquième département. Mais Lacroix représenta que la conventionné pouvait pas encore statuer sur ce. vœu : il requit pour ce moment la mention honorable et le renvoi de la pétition au comité diplomatique. L'assemblée décréta cette mention.
Le vœu du peuple liégeois fut également adressé à la convention dans la séance du 3i : il était simplement consigné dans une lettre du ministre de la guerre dont on fit lecture, et la deinande allait, selon lusage, être renvoyée au comité diplomatique. Cambôn observa qu'il ne fallait pasensevelir les vœux des peuples dans des comités. Cet avis était généralement partagé et fortement appuyé; mais Ducos conseilla aux législateurs de se prémunir contre les dangers de lenthousiasme. u Je ne veux rien delenn ihousiasme , s'écria Danton ; je veux tout de la raison/
9» Ce n'est pas en mon nom, c'est au nom du peuple belge » que je demande sa réunion à la France ». Danton en imposait ; et si , dans tous les cas , le peuple belge avait voulu , dans ce moment , voter sa réunion , cen*est pas Danton à qui il aurait confié son mandat. «N*avez-vous » pas déjà préjugé , continuait-il , la réunion de la Belgi* » que , en disant que ce pays serait organisé provisoirement » selon les lois françaises ? Vous avez ainsi donné aux Bel- » ges l'assurance que vous accepterez une réunion qu'ils M ne vous ont proposée qu'après avoir calculé ce qn'ils ont » à craindre ou à espérer. Le Rhin , les Alpes , lesPyré- » nées et les mers sont les limites qu'assigne la nature i » notre république ; prononcez la réunion des pays de » Liège, de Slavelot , de la Belgique ; alors les prêtres et » Jes aristocrates purgeront la terre^ de la liberté ; alors , » cette purgation opérée , nous aurons des trésors et des >» bommes de plus; vous trouverez dans les Belgesdes hom* » mes dignes de vous, et qui sauront résister aux partisans » de l'Autriche. *>
Camus proposa dans cette séance de décréter que , sous quinze jours, les peuples du Brabant, du Hainaut et tous les habitans des contrées où les Français ont porté leurs armes victorieuses , seraient tenus de se réunir ei} assem* blées primaires , pour déterminer le gouvernement popu» laire qu'il leur plairait d'adopter. Cette proposition fut adoptée par Cambon , et l'assemblée la décréta.
Le peuple des différentes villes fut convoqué , aux termes de ce décret, par les commissaires du pouvoir exécu^ tif pour délibérer sur ce grand objet. Ce fut à Mons que se tint )a première assemblée , le 1 1 février 1793» Le peu*
j«6 HISTOIRE OÉNÉRALB DE LA BELGIQUE.
pie fe rendit , sans armes et saai défiance , à Pëglise de S^ Vandru. Les membret de la société dés amis de la li» berté et de F égalité i-^ rendirent également , au nombre de cent cinquante an plus , dont la plupart étaient munis de sabres et de poignards , afin d'emporter par la terreur et latiolencece qu'ils prévoyaient assez qu^ils ne pourraient obtenir par le nombre et la bonne volonté. Le générai Ferrand , qui prononçait i la tribune un discours analogue à l'objet de la convocation, eut k peine laissé écbapper le mot de réunion^ que tout A-coup le groupe de jacobins qui entourait la tribune avec une attitude menaçante , s'écrie tout d'une voix : oui, oui, la réunion \ et tous les autres citoyens répondent : non^ non point de réunion ! notre constitution ! Le tumulte et les cris se prolongèrent des deux c6tés pendant quelques minutes ; mats les jacobins armés se précipitèrent sur les opposans, qu'ils chassèrent et qu'ils poursuivirent à coups de sabre ; ils votèrent alors sans résistance la réunion à l'unanimité.
Le peuple de Bruxelles fut également convoqué dans l'église de S^*-Gudule pour le 25 février. Mais les Bruxellois, craignant Texerople récent de Mons s'abstinrent de s'y trouver t les partisans de la réunion furent les seuls qui s'y rendirent. L'assemblée procéda à la nomination du président et des secrétaires. Le président , après avoir prêté et reçu It serment de fidélité à la liberté et à l'égalité , proposa en premier lieu au peuple de choisir entre le gouvernement aristocratique , qui était celui des états; le monarchique, qui était celuides Autrichiens, et le démocratique, qui était celui de la France. Le vœu et les acclamations de l'assemblée annoncèrent qu'on voulait unani-
HUITIÈME ÉPOQUE. lo^
mement le goiiTerneiiient démocratique. Le présideni proposa en second lieu de prononcer entre le gOtt?erne> ment simplement libre , on la réunion départementale i la France ; et rassemblée , par un cri universel , déclara vouloir la réunion.
Toutes les pièces qui constataient ee vœn furent trans* mises à laconvenlion , qqi , sur le rapport du comité diplomatique , décréta , dans la séance du i"* mars , la réunion de la ville de Bruxelles et de sa banlieue à la France»
L'assemblée nationale da pays namurois, composée def députés des communes de lif province de Namur, qui avait été convoqnée par le générai d* Harville , pour former une administration et des tribunaux provisoires, vota également la réunion de ee pays , mais en se bornant à l'initia* tive , et elle arrêta que ce vœu serait soumis à l'acceptation des communes de son ressort.
Les députés de Gand, dans la même séance du fmars, présentèrent le voeu de leurs conci toyens,et le jour suivant, la convention proclama cette réunion avec celles de la province de Hainaut ,des pays deSalm , de Francbimdnt et de Stavelot. La réunion de la ville de Florennes et de son arrondissement , composé de trente-six villages , fut prononcée par décr^ du 4 9 et celle de la ville de Tournai et de sa banlieue , par décret dn 6. Carnot observa que ces peuples ( ils n'en conviennent cependant pas ) avaient ana* si demandé que l'assemblée s'oecup&t deFIntrodiiction àes assignats dans leur pays. Ces peuples disent que cette demande n'avait été ibrmée que par un petit nombre d'avi' des calculateur» qui formaient d'ample» spéculations sur Tagiotage , qu'il» espéraient que le» circoostanees leur
3io UISTOiaE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE,
permettraient d'exercer. Cette proposition fut renvoyée au comité des finances.
ToutThiver s*était passé dans ces projets d'organisation, dans ces émissions de voeux , dans ces envois de députés. Les opérations militaires s'étaient bornées au siège de Maestricht ; mais les troupes impériales , saisissant le premier moment propre à ouvrir la campagne , passèrent la Roër dans la nuit du i**^ mars , et forcèrent les cantonnemens que les Français avaient établis derrière cette rivière , audessus d'Aix-la-Chapelle, que le général Valence fut forcé d'évacuer. Les Autrichiehs,après ce premier succès, se divisèrent en trois colonnes , et se dirigèrent sur Macstricht, dont Miranda fut obligé de lever le siège. Ce général montra cependant une bonne contenance ; il exhortait le général Moreton, à Bruxelles , à ne pas désespérer du sort de la république : il est , disait-il , sous les auspices de la liberté et la protection des dieux, La ^troisième colonne autrichienne poursuivit l'avant-garde française, qui se retira à Liège, qu'elle évacua précipitamment. Valence, aidé des généraux Lanoue, Stengel et Dampierre, fit de vains efforts pour arrêter la marche des impériaux et raillier les fuyards. Robespierre, Danton et Lacroix accusèrent ces généraux de trahison, et la convention décréta que Stengel et Lanoue seraient traduits à la barre, pour rendre compte de leur conduite.
Le prince de Cobourg établit son quai*tier-général à Maestricht , et envoya à Liège une proclamation, par laquelle il ordonna : i» que l'ancienne magistrature reprendrait sur-le-champ s^è fonctions ; a° que ceux qui étaient en exercice seraient cassés , et que la magistrature
HUITIÈME ÉPOQUE. 3ii
Intime indiquerait arec une impartialité religieuse , et soussa propre responsabilité, ceux qui avaient contri* bue le plus à la révolution et manifesté des opinions favo* râbles au système français ; 3® que le premier habitant qui se rendrait seulement suspect , serait pendu sur le champ ; 4^ que la ville et le pays de Liège paieraient six cent mille florins en argent de Vienne, en trois termes, de trois en trois jours; 5^ que les magistrats, chargés de la ré* partition de cette somme distingueraient ceux dont les opinions étaient révolutionnaires , de ceux qui étaient attachés à leur prince ; que les mal-intentionnés seraient imposés au double , au triple, au quadruple des autres , même au centuple pour les chefs , et que les braves gens supporteraient avec plaisir une légère contribution, parce qu'ils .devaient être charmés d*être délivrés de ces factieux.
Les braises gens n applaudirent pourtant pas à cette proclamation tudesque j car les honnêtes gens savaient qu en. bonne justice on ne condamne que ceux qui sont pleinement convaincus et légalement jugés , et non ceux qui sont seulement suspects* Les bourgmestres de Liège vinrent donc trouver le prince de G>bourg à Maestricht, pour lui adresser les remontrances les plus, pressantes , au sujet de Texorbitante contribution dont la ville et le pays étaient chargés. Us représentèrent que, danatous les cas , le temps pour y satisfaire était trop court , et ib demandé* rent au moins un terme raisonnable. Mais toutes leurs remontrances furent inutiles : le prince leur fit répondre que le clergé avait bien trouvé le moyen de payer à la minute cent mille francç aux rebelles ; qu'il compatissait au
3x2 HISTOIBE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
malheur des honnêtes gens , mais qa*enfin il faUalt payer ; et les magistrats de Liège reTiarent sans avoir pu obtenir ni diminution ni délai.
Le prince de Wurtemberg, ayant appris que les Français avaient fait passer de nombreniL renforts à Hui, détacha un corps considérable pour les en déloger. Les Français, dont les principales forces étaient rassemblées dans la plaine qui est devant la ville, rompirent le pont et attendirent Tennemi dans un poste très-avantagenx , défendu par une bonne artillerie, dont les terribles décharges arrêtèrent un moment les Autrichiens. Mais leur commandant répondit A ce fen par un feu également vif, et les Français, forcés d'abandonner la ville, firent leur retraite A travers les montagnes , parce que la route de Hui à Namur, qui longe la Meuse, était A la portée des canons.
Les Français se postèrent près de Tirlemont. Les Autrichiens , profitantdeleursavantages, vinrent placer leur 6amp derrière la Grande^Geete, et firent leurs dispositions pour recevoir vigoureusement les Français , qui , en effet , le 1 8 mars, A la pointe du jour, s'avancèrent et se déployèrent sur les hauteurs qui dominent Tirlemont. Une colonne s'avança A gauche sur Léau , et une autre , forte de trente mille hommes , dont Dumouriea s'était réservé le commandement, s'avança A droite ^ur Raucpur. De ce point dépendait le sort de la bataille. Le prince de Wurtemberg marcha sur Léau ; le comte de Glerfayt, sur Raacour, et le comte de CoUoredo fut chargé d'attaquer le centre ) qui était très-fortement gai^i. Dumouriez , après avoir soutenu deux attaques, fut repoussé , et CoUoredo ,
«UITIÈMB ÉPOQUE. 3iJ
«tant parvenu i battre le centre , le délogea du YÎllage de^Nerwinde» où il s'établit. C2e cooibat, qui dura onze beures, ne finit qu'atec ia nuit. L'arrière-garde de Du-» mouriez fut obligée d abandonner son poste ^ et le déta* cbement autriehien» qui len avait débusqué, • approcha de Tirleniont, que les Français évacuèrent le ao«
L'armée autrichienne s'avança le %% en trois colonnes , la première , sur la droite de la chaussée de Louvain ; la seconde, sur la gauche, et la troisième qui formait Ta- Tant-garde, dirigea sa marche sur le vilhigede Tourinae. La cavalerie française s*était emparée des hauteurs où la seconde colonne se proposait de camper, et le village de Blanden, qui devait servir d*appui à l'aile gauche, était occupé par la cavalerie. L'engagement fut général t Fat» taque fut aussi terrible que la défense fut opiniâtre , et les Français, après un très-sanglant combat, débusqués de
tons les cotés p furent forcés d*évacuer la ville de Louvain et Ae quitter les vives de la Dyle.
La troisième colonne rencontra près du village de Pellenberg un corps français qui occupait les hauteurs qui couvrent Louvain de ce c6té. Ce combat fut encore plus sanglant que celui de la seconde colonne , et les Français , qui soutinrent avec la résistance la plus ferme pendant une attaque de sept heures tous les effcNrts de Fennemi , durent enfin céder i la force.
Les troupes impériales entrèrent à Louvain le a3 pendant la matinée, et les Français firent leur retraite de Bruxelles pendant la nuit.
Malines , Mons , Namur , Anvers , Gand furent sucéessivement évacués , et le comte de Metternich , ministre plénipotentiaire , rentra le 19 mars ft Bruxelles , où il
3i4 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
fut reçu , avec les ceréoioaies ordinaires , par le magistrat, qui lui présenta les -vins d'honneur. Ce ministre fit , le 5 avril , la réinstallation du conseil de Brabant. i
L'empereur François II , par son diplAme du 17 mars, avait nommé larchiduc Charles , son frère , lieutenantgouverpeur , pt capitaine-général des Pays-Bas. Ce prince fit son entrée solennelle à Bruxelles le a8 avril.
BiocoB de Condé : le camp deFamars et les retranchemens d'Anzia sont forcés. ^- Siège de ValencienDes. — Prise de Condé. — Reddition de Valenciennes. — Le dac d'York battu lève le siège de Dunkerque. — Prise du Quesnoy. — Siège de Maubeuge : levée de ce siège. — Hostilités dans la Flandre.-— L*empereur François II yient dans la Belgique. — Siège de Landrecies. — Inauguration de François Il.-^Prise de Landrecies.— Prise de Conrtrai par les Français. — Attaque générale où les Autrichiens sont battus. — Bataille de Tournai. — Les Autri' chiens évacuent ta Flandre. — L'empereur retourne à Vienne. — Prise de Charleroi. — Bataille de Fleurus. — La Belgique est derechef soumise à la France.
Le prince deCobourgtenaitsonquartier-généralàMons. Les Autrichiens , dont le but était de bloquer Coudé^ établirent leurs postes et placèrent leur campsur les frontières du Hainaut : le quartier-général fut transféré à Boussu, et ils délogèrent les corps français qui étaient cantonnés dans les villages voisins ou postés dans les forêts adjacentes. La place fut entièrement bloquée , les avant-postes forcés, et la communication entre Valenciennes et Condé, intercep-
HUITIÈME ÉPOQUE. 3i5
tée. Les Français se replièrent sous le canon de Valencîeniies,et le quartier •général des Autrichiens fut placéà Quiér vrain. Toutes les forces des républicains, commandées par Dampierre, s'étaient rassemblées dans la plaine de Famars et retranchées sur la montagne d*Anzin, qui domine Valenciennes : ils se portèrent de ces deux camps sur les postes autrichiens , qu'ils auraient voulu accabler par leur masse , dans l'intention de dégager Gondé ; mais ils furent repoussés sur les deux points par Golloredo et Clerfayt , et ce dernier parvint à les forcer dans leurs retranchemens d'Anzin, où il s'établit lui-même.
Les Français, qui sentaient l'urgente nécessité de secourir promptement la place deCondé, vinrent attaquer le 8 mai les Autrichiens-dans les postes qu'ils occupaientà Raismes et à Vicogne. Le combat fut très- long et très -opiniâtre , mais le succès ne répondit pas aux efforts que déployèrent la valeur et 1* impétuosité des assaillans ; ils occupaient le boisd'Hasnon, où ils avaient établi de fortes redoutes. Clerfayt , qui commandait le corps de réserve , voulant déloger les Français de ce poste , vint les attaquer le lo de trois côtés. Le succès de cette opération répondit à l'intelligence avec laquelle elle avait été conçue, et àla vigueur qu'on apporta à son exécution. Les Français y furent culbutés, les fortifications emportées, le général tué ( c'était Dampierre ); et le plus grand avantage de cette journée fut que l'armée autrichienne y gagna les positions qui lui étaient nécessaires pour pousser avec succès les sièges de Yalenciennes et de Gondé.
Gobourg concerta avec le conseil de guerre les moyens de poursuivre et d'assurer les succès de ces deux journées.
Le résultat de la dëlibëration fut qu'on attaquerait rarmëe française dans son formidable camp de Famars, que les Autrichiens regardaient de ce côté comme le bonlevart de la France. Tontes les dispositions furent donc prises pour cette grande opération , et l'attaque commença le 93, àla pointedu jour. Toute lalignequi s'étendait d'Orchies à Maubeuge, fut attaquée sur tous les points, par l'armée combinée. L'armée du prince de Cobourg, à laquelle étaient réunis les Anglais et les Hanoyriens,fut chargéede l'attaque générale dirigée sur le camp de Famars ; les Hollandais, de celle de Moucbin ; les Prussiens, de celle de Hasnon, et le corps de réserve, commandé par lecomtedeClerfayt, fut destiné à forcer les retranchemens d*Âubry. Le combat fut long, sanglant, opiniâtre ; la défense des Français fut admirable. La nuit termina ou plutôt suspendit le combat. Le prince de Cobourg fit transporter à 8 heures du soir son quartier-général à Curgies , et son armée revint avec le corps de Clerfayt le 249 à la pointe du jour, pour attaquer les camps de Famars et d'Anzin , que les républicains avaient abandonnés pen- ,dant la nuit : ils s étaient retirés sur Denain et Bouchain. Le prince de Cobourg fixa son quartier-général à Sébourg et Jalain ; le duc dTork, è Famars, et le comte de Cler fayt avec les Prussiens, à Hasnon et Aubry . Ces événemens accélérèrent le siège de Valenciennes. Cobourg, pour en diriger plus promptement et plus sûrement les opérations, transféra son quartier-général à Hérin.Le blocus fut donc formé le a j mai ;la tranchée ouverte, le 16 juin, et laplace bombardée , le i8. Le commandement des armées combinées employées au siège fut confié au duc d'York.
HUITIÈME ÉPOQUB. 3i7
Le Biége de Condë était aufsi poiiisé avec autant d'ao» vite que de Vigueur « et la résistance fut plui opinift* tre que ne paraissaient le promettre la force et les ressour* ces de cette place. Aprèsuneglorieusedéfense^ellese ren* dit p|ir capitulation le lo juillet. Le prince de Ckibourg déclara « par une proclamation solennelle , qu'il en pre^ nait possession au nom de Tempereur. Cette déclaration excita les murmures des émigrés , qui s'imaginaient que les alliés ne se battaient que pour leur roi et pour leur cause. Une junte impériale fut établie dans cette tille pour Tadministrer.
Le bombardement de Yalenciennes continuait aret un effroyable fracas. Les fortifications, layille, les du* bourgs^ Tarsenal, ne présentaient plus qu'on amas de dé* bris fumans* La place était menacée d'un assaut général ; la brèche était faite ^ et le duc d'York entoya , tant au commandant qu'à la municipalité, des sommations très^ pft'eaaantes. Le commandant ( c'é.taitle général Fenand) demanda un délai de vingt-quatre heures. Le conseil*gé* néral delà commune adressa a ce général les pluitoocfaan* tes représentations pour l'engager A rendre la place ; et le conseil de guerre , déterminé par les considérations que lui suggéraient la situation de la ville et Tétat de la brèche , se décida à pi^opoiser au duc d'York une capitulation , qui fut signée le !»8 juillet. La junte impériale , qui avait été établie a Gondé , se transporta à Valenciennes.
Les hostilités continuèrent avec activité , tant sur les frontières du Hainaut que Sur celles de la Flandre. Le prince de G)bourg établit son quartier-général à Bermerain , et le duc d'York , à Turcoin. Dunkerque et le Quel-
3i8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
noy furent investis : la première de ces places fut sommée paf le ducd*Yorklea3août , etTautre, assiégée le 29 par le comte de Glerfay t. Les deux sièges iurent poussés avec une égale vigueur et un succès digèrent. Le duc d*York forcé et battu à Hondschoot avec les Anglais, eut la honte de lever précipitamment le siège et le camp le 8 de septembre , et le comte de Glerfay t , la gloire d'emporter le Quesnoy le II .
Les Autrichiens, fiers de leurs succès, entreprirent le siège de Maubeuge. Us attachaient la plus grande importance au succès de cette opération. Le comte de Clairfayt, le prince de Hohenlohe , le comte de CoUoredo , le comte deLatouret le baron de Seckendorf conduisirent les colonnes de l'armée autrichienne destinées a ce siège. Toutes ces colonnes passèrent la Sambre le 29 septembre, sur divers points , et la place fut entièrement cernée» Les Hollandais étaient venus renforcer les troupes autrichiennes. Mais les Français, s étant précipités avec leur impétuosi* té naturelle sur i< utes ces formidables colonnes, qu'ils enfoncèrent et qu'ils dispersèrent, forcèrent les ennemis à lever le siège de Maubeuge , dans la nuit du 16 au ly octobre. Ce né fut pas , quoiqu'en aient dit les Autrichiens dans leurs bulletins , sans désordre et sans perte.
Celte retraite laissa aux Français la facilité de s'établir dans le^ principautés de Chimai et de Beaumont. L'armée autrichienne établit son camp sur la rive gauche de la Sambre , entre Berlaimont et Merbes-le-Chftteau , et recula son quartier- général à Bavai.
Les frontières de la Flandre étaient onutananost inquiétées par les attac{Qie»et les incursions de l'armée repu-
HUITIÈME ÉPOQUE. 3a i
leur armée aYait reipp(»të un socoès édataat, dont le réaoltat avait été la prise de Courtrai. Les Français , <{ai avaient hérissé de canons les remparts de cette place, accablaient les Autrichiens par leur nombreuse artillerie et les bareelaient par leurs frécjnentes sorties* L'empereur, accompagné da prince de Cobourg , se rendit dans la Flandre pour concerter lea moyens de dégager enfin ^tte proviace , et établit son ({uartier-général à Roulers. Le conseil de guerre arrêta nn plan d'attaque , dont le but était d'envelopper les Français et de leur couper la retraite sur la West-Flandre» L*arraée impériale marcha i cet effet le 17 mai sor cinq colonnes contre tous les points de la position dé l'armée française. La première colonne, vigoureusement repoussée, dut se replier sur Warneton ; la deuxième et la troisième emportèrent les postes de Lannoi et de Roubaix, de Mouvaux et de Turcoin ; la quatrième et la cinquième passèrent la Marque* Clerfiiyt, qui commandait un corpsparticulier, devait seconder cette. grande manœuvre ; mais ce corps , se trouvant aéparé par la Lys ^ ne put Joindre rarmée dans le temps déterminé pour ro|)ération. Jje duc dTork , qui occupait ^avfic son armée les postes importani^ de Mouvaux et de Turcoin , qui avaient été emportés la veille, fat pitoyablement battu ; et sa colonne , entraînant la troisième dans sa fuite, se sauva jpvécipîtamment à Marquin. Les eoleunes autrichien ues avaient cherché Qerfayt la veille, ,et Qer&yt chercha les colonnes le lendemain: elles avaient toutes disparu* Le défaut d'ensemble etde liaison dans les attacpes, de correspondance et de soutien dans les mon- •vemena, amenèrent ce résultat, qui fut si fatal aux Âutri-