PREMIÈRE DIVISION
DEPUIS LB MABIAOB DB HABIB WT JDB MAXIK1LIB1I BH l477 JUSQU'A LA
MOBT DB CBABIiBS-QUlBT BB l558.
Habib db Boubgogbe. — Projets de Louis XI. — Coodaite des Gantois — 01iyîer-le*I>iable, comte de Meolan, est envoyé à Gand ; il se présente à la dttcfaesie, se sauve à Tournai. Il y introduit des troupes. *— liOnb XI se rend maître de la Picardie bourguignonne.— ^Pourparlers au sujet d'Arras.-^Louis vient à Péronne. Ambassade de la part de la ducbesse; leur conférence avec le roi. Reddition de la ciC^d'Arras.
Ma&ib de Bonrgc^e , fille unique de Charles-Ie-Të* meraire^était âgëede yingt ans à la mort de son père. Ce (ut dans les circonstances les plus critiques que cette jeune princesse prit les rênes du gouvernement. Des finanjces ^aisées , des troupes battues , les plus braves capitaines pria on tués,les plusbelles provinces envabies ou menacées, des sujets révoltés, des allia suspects: tel était l'état où se trouvaient les affaires de la maison de Bourgogne.
Louis XI n'avait pu contenir sa joie à la nouvelle de la
défaite de son ennemi ; mais on n'en avait pas encore des
rapports positifs. On ne savait s'il était sauvé , pris ou tué.
Dans le doute , il n'osait encore se'décider à s'emparer de
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ses états « Il prit enfin un parti assez adroit , qu'il ne confia qu'à Philippe de Comines (a). Si le duc n'était pas mort , il ne ferait pas moins entrer incontinent son armée dans les provinces bourguignonnes, afin de s'en rendre maître dans ce moment , où , frappés de stupeur , les peuples ne lui opposeraient aucun obstacle ; et dès qu'il s'y serait établi , il informerait le duc qu'il n'y était entré que dans la vue d'empêcher les Allemands de s'y introduire , afin de pouvoir les lui garder et les lui rendre. Mais quand il eut été assuré de la mort du duc , il changea de résolution. Il ne prit pas cependant les choses par le bon bout , comme dit Comines (6). Il avait un moyen facile d'affermir sa puissance sur des bases inébranlables , autrement que par la guerre. Q pouvait réunir à son royaume toutes les vastes provinces de la maison de Bourgogne, sans l'en dépouiller par la plus odieuse usurpation. Le mariage du dauphin avec Marie eût produit cet heureux avantage. C'était depuis long-temps son intention , et il s'en était souvent expliqué avec Comines pendant la vie de Charles; et comme Page du dauphin (il avait à peine sept ans) pou* vait être un obstacle à ce mariage , il avait eu des vues sur le comte d'Ângouléme , père du roi François I*', et il en parlait encore huit jours avant la mort du duc Charles. Mais toutes ces idées changèrent en un instant , le jour même où il apprit cet événement. Il conçut dèsJors le projet , et il ne manqua pas de conseillers pervers pour l'y foi^ tifier , d'anéantir la maison de Bourgogne , etd*en démem-
(a) Comines, liy. 5, ch. lo.
(6) Idem, ibid. , cb. 12.
flUITIÈME ÉPOQUE. ii5
brer les diilerentes proYinees. Déjà il nommait ceux A cpi il entendait donner les comtés de Namur et de Hainaut (a); il destinaitlesautres grandes provinces, comme leBrahant et la Hollande, i quelques princes d'Allemagne, i qui il faciliterait les moyens de les conquérir*
Il communiqua tous ces projets à Philippe de G>mines, qui lui avait souvent conseillé de prendre les voies de con« ciliation et d'accommodement, plutAt que de force, et le roi voulait lui faire connaître les raisons pour lesquelles il ne suivait pas son avis. La principale était que le parti qu'il prenait était le plus sûr , le plus expédient et le plus utile aux intérêts de son royaume , qui avait tant souffert à cause de la puissance de la maison de Bourgogne. En politique , le roi avait assez raison ; mais en conscience , dit Comines, il me semblait le contraire.
Le roi ne voulut donc plus entendre parler de paix ni d'accommodement, et il ne pensa plus qu'à exécuter son plan, et, comme on dit vulgairement, qu'à suivre sa pointe de tous les côtés , en Flandre , en Artois , en Picardie , en Bourgogne , et de toutes les manières , par l'intrigue , par la crainte , par la force.
La duchesse était à Gand , entre les mains de gens trèsdéraisonnables , dit Comines. Les peuples aliéna par la dureté du gouvernement de Charles , étaient peu enclins et peu disposés à soutenir les droits de son héritière. Les Gantois surtout, fiers de leurs privilèges, gui ne leur servaient que de noise avec leurs princes [b) ; les indociles
(a) Comines, Ut. 5,cb. i3.
(h) Idem, ibid., ch. i6. Phîlippe-Ie-Bon disait des Gantois f a't/s ai-
Gantois s'emparèrent 3fe Tautorîté et de la personne de la duchesse , qu'ils coi^trai'gnirent à confirmer leurs anciens privilèges. Ils avaient fait mounr les amis et les créatures du duc, entre autres vingt-six des principaux magistrats. Tous ceux qui avaient exerce quelque autorité sous les précëdens souverains , les Bourguignons surtout , étaient non -seulement éloignés des affaires , mais exposés k la persécution et à la mort.
Pour mettre la ville de Gand dans ses intérêts , et l'associer à ses desseins, il envoya à Gand son barbier, nommé Olivier, né à Thielt , petite ville de la Flandre, entre Gand et Gourtrai , avec la commission secrète de tâcher d*y opérerune révolution favorable à ses intérêts (a). Olivier avait rendu de grands services au roi , qui , en lé* compense, lui avait accordé des lettres de noblesse avec la seigneurie de Meulan et le commandement de cette ville, et lavait autorisé de changer son nom , qui était en flamand Olivier-le- Diable (qui ne lui coiivenait cependant pas rilal ), en celui d'Olivier-le-Daim , et de porter le titre de comte de Meulan. Il n'en était pas moins Tobjet du mépris et de là haine générale. Ce vil personnage, aussi adroit queméchant,dignede servir Louis XI,employa toutson savoir-faire dans cette circonstance. Il s'adressa d'abord , pour préparer les voies, à ceux qu'il croyait les plus disposés
matent toujours leurs maîtres Juturs^ et détestaient leurs maîtres présens. Ils regardaient plus volontiers, . observe à ce fujet Goftiines, t orient que le couchant, et cela provient d'une espérance que natu^ rellement on a presque toujours d'un plus Jauorahle traitement, s*il advient quelque changement au gouvernement, (ti) Comines, liv. 5, «h. i3 et i4-
à entier dans les raes du roi , et s'engagea à faire rendre ans Gantois leurs privil^^es. Il était depuis plusieurs jours i Gand sans avoir déployë un caractère public. La duchesse le fit mandisr à son hôtel pour lui (aire exposer lobjet de sa mission* Il y vint vêtu magnifi^ement ( mieux c]u'il ne lui appartenait , dit Comines ), et ce fut un objet de risée* Il remit ses fettres de créance i la princesse , qui était assise entre le duc de Clèves et l'évécpe de Li^ , et loi dit que sa commission portait expressément de s'expliqoer avec la duchesse sans témoins. Le conseil de la princesse lui répondit que les lois de l'étiquette et celles même de la décence ne permettaient pas qu'il eût un entretien prticulier af ec cetie Jeune damoùelle qui était à marier. Olivier insista ; les courtisans menacèrent, et Olivier tremblant se tut et se retira , chargé du mépris et de la dérision* des membres du conseil « tant â cause de la bassesse de son extraction et de sa condition que de la grossièreté et de Vineptie de ses propos* Le maladroit barbier, averti ^us main qu'on le menaçait de le jeter dans la rivière , s'enfuit i Tournai. Il est moins à blâmer peut-être que ceux qui l'ont employé ; car il montra dans cette circonstance assez de sens. H voyait tout lavantage de la position de cette ville pour les Franpds , et il aurait désiré pour cette rai* son d'y pouvoir introduire les troujies du roi* Mais il savait que lesTourpaisiens, qui^ dans tous les temps, avaient gardé une exacte neutralité, ne consentix'aient pas aisément à cette proposition. 11 prit donc un autre moyen ; il s'entendit avec le gouverneur de S^Quentin , Colard de Mony, qui avait le titre de bailli de Tournai , et qui, en. cette qualité , pourrait aisément le seconder , sans inspirer
ii8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
de défiance , et il l'engagea à amener sa garnison avec les gens d'armes ({ui étaient dans les quartiers voisins. Le gouverneur se présenta à Theure convenue à la porte , où il trouva Olivier avec trente ou cpiarante hommes , qui , etemi par amour , demi par force , ouvrirent la barrière et introduisirent la troupe dans la ville. Le peuple de Tournai , qui , dans le cœur , était dévoué aux Français, reçut cette trou pe avec satisfaction . Les commandans et les magistrats , qui n'avaient pas montré autant d'empressémenti furent arrêtés au nombre de sept ou huit et conduits à Paris, où ils restèrent pendant tout le règne de Louis XI. Ces gens d'armes furent suivis d'une autre troupe , qui commit d'affreux dég&t9 dans tout ce pays , dont les plus beaux villages , les fermes les plus ricbes , furent pillés et brûlées.
En même temps , ou pour mieux dire, k l'heure même où »1 avait appris la mort du duc, le roi avait chargé Philippe de 0>mines et le b&tard de Bourbon , amiral de France , d'aller prendre possession de tous les pays qui voudraient se soumettre , et il leur fit donner à cet effet les pouvoirs nécessaires {a). Ils se rendirent d'abord à Âbbeville (b), qui était une des places de la Somme , cédées au duc de Bourgogne avec tout ce qu'on appelait la Picardie bourguignonne , par le traité d'Ârras , avec faculté de rachat pour une somme de quatre cent mille écus. Louis avait fait ce rachat en t463 du vivant du duc Philippe. Mais par le traité de Conflansen i465, Louis XI engagea
(a) Gomines, Iît. 5, ch. 1 1.
(5)Ideitifibid.
HUITIÈME ÉPOQtJB. 119
de nonyeau ces places au duc , à condition de pouvoir les retraire pour une somme de deux cent mille ëcus , après la mort du duc Charles. Le roi avait donc le droit d'y rentrer en payant. Les habitons , convaincus que la rësis* tance était inutile, et la défense impossible, ouvrirent les portes dé trës*bonne grâce.
Après cette première opération , qui ne leur causa pas un très-grand embarras , les deux envoyés firent sommer Arras. Us prévoyaient qu'ils y éprouveraient plus de difficultés. Les seigneurs de Ravestein et des Cordes ou des Querdes {a) , gardaient la ville. Ce dernier était gonver* neur général delà Picardie bourguignonne. Les deux cornmandans firent demander une entrevue aux envoyés, et l'abbaye du mont-S^ Éloi près d'Arras fut désignée à cet eflet. Les commandans s'y rendirent avec Jean de la Va* guérie , pensionnaire de la ville , et quelques autres magistrats. Comines y vint avec quelques conseillers. L'amiral n'aima pas d'y intervenir , parce qu'il prévoyait trop de difficultés. Cominesrédama la ville comme appartenant au roi , et requit en conséquence les deux commandans de la lui remettre , et de l'y recevoir , les prévenant que sur leur refus, il emploierait la force pour la soumettre, lis firent répondre sur le premier point, par l'organe du pensionnaire , que la ville appartenait de plein droit à la duchesse de Boui^ogne , comme lui venant en ligne directe de Marguerite de Flandre , épouse de Philippe-le- Hardi , duc de Bourgogne; et quant ausecond, ils demandaient qu'on respect&t la trêve qui existait entre le roi et
{a) Philippe de Creveoœor, teigniur àe» Cordes oa des Querdes.
iika HISTOIRE GÉNÉRALE OE LA RELGIQUE.
Je duo. La conférence ne fut pi» longue. On s'attendait à cette réponse. Les Iiabitane du pays , qui sentaient tout le danger do leur position» s'étaient dépouilles de cet orgueil qu'ils avaient montré dans d'autres circonstances , et ils avaient bien changé de ton;ilséUient devenus aussi hum* blés qu'ils avaient été arrogans«« Si les gens étalent toujours » bien sages, dit Comines, ils seraient si modérés en leurs m paroles, en temps de prospérité» qu'ils ne devraient point >i avoir cause de changer de langage en temps d'adversité. >
Les châteaux de Ham et Bohain, les villes de S^ Quentin, Roye et Montdidier suivireiit cet exemple. Guillaume de Bische (a) • homme de néant , qui devait sa fortune et son élévation au duc Charles (&) , rendit Péronne , où le roi vint s'établir. Il y reçut une ambassade , composée des personnes les plus distinguées tant de la noblesse que du deif|é et des bonnes villes. Le chancelier Hogonet et le seigneur d'Imbercourt étaient à leur tête. Leur positioa était fort embarrassante : ils tremblaient, et ils ne savaient, dit Gomines , ni que dire , ni que faire. Le roi , avant de les recevoir en audience publique , voulut les voir en particulier, parce qu'il lui était plus facile , en les entretenant ainsi séparément , de les sonder et de les pénétrer , de les séduire et de les gagner ; et il mit tous ses artifices en œuvre.
Au jour de l'audience , ils présentèrent au roi leurs lettres de créance ; elles étaient écrites de la main même de la jeune duchesse , et revêtues des signatures de la du*
(if) Il ayait été mailre-d'hôtel du duc Charles. {b) QDaiiiies, liv. 5» ch. i5.
HUrriÈMS ÉPOQUB. lat
cbesse douairière et du seigneor de Ratestein. La duchesie inibraiait le roi qu'elle ayalipria possession de Thëritage de son père et pourvu au gouyemement de ses ëtats; qu'elle avait formé un consefl , compose de la duchesse douairière, du seigneur de Rayestein , du seigneur d'Imbercourt et du chancelier Hugonet,
Les ambassadeurs exposèrent ayec un Ion humble et respectueux qui annonçait la crainte , les propositions que la duchesse les avait charges de faire en son nom. Ils of« iraient de restituer au roi toutes les seigneuries ou domaines acquis par les traités d' Arras , G>nflans et Péronne^ de rétablir la juridiction du parlement de Paris ; de reconnaître que l'hommage était dû au roi pour la Bout* gogne , l'Artois et la Flandre.
Le roi répondit que son intention n'était aucunement de dépouiller la duchesse ; que , comme parent , son affection naturelle le portait à la protéger et i la défendre , et que, comme suzerain» son devoir l'y obligeait; qu'il souhaitait vivement la conclusion du mariage de la duchesse avec le dauphin , son fils ; qu'en attendant , il allait se saisir , pour les lui conserver , des états héréditaires de la duchesse , c'est-à-dire , de ceux qu'avait posséda le pre-* mierducPhilippe-le-Hardi , et s'emparer , pour les réunir à la couronne, des seigneuries qui devaient lui être restituées.
Ceux des députés dont les biens étalent situés dans des pays où ils ne pouvaient craindre que le roi pénétrât , parlaient avec plus d'assurance. Us disaient nettement qu*ils ne voulaient faire aucun accommodement ni prendre aucun arrangement avec ce monarque qu'à condition qu'il
consentirait au mariage du daupbin avec la princesse ; condition préliminaire , à lamelle toutes les autres étaient subordonnées.
Mais les autres observaient qu'ils n'avaient aucun pouvoir pour traiter de ce mariage. Hugonet etimbercourt , qui avaient leurs possessions , lun dans la Bourgogne , l'autre dans la Picardie , prêtèrent l'oreille aux offres insidieuses et aux flatteries séduisantes du roi , et firent assez entendre qu'ils ne seraient pas éloignés de passer à son service 9 si ce mariage s'accomplissait. Quoique ce parti fut celui qui convenait le mieux aux intérêts du roi , il ne lui plaisait pas delà manière dont on lui en faisait la proposition. Il aurait voulu qu'ils consentissent purement et simplement à entrer à son service dès ce moment , et la restriction conditionnelle qu'ils mettaient à leur consentement , le choquait ; mais il sut dissimuler son mécontentement , parce qu'il avait besoin de leur intervention pour un autre objet. Des Cordes, qui commandait dans Arras , était à la vérité disposé à rendre la ville «u roi ; mais ilrencontrait un grand obstacle dans les dispositions contraires des habitans, qui refusaient obstinément de reconnaître la domination française.
Arras était divisée en ville et en cùé. Ces deux parties étaient séparées par des murs , des fossés et des portes. Les babitans étaient encore plus divisés de principes , d'opinions et d'affections. Des Cordes conseilla au roi d'engager les ambassadeurs à consentir à ce qu il livrât la cite.On leur fit donc entendre quece parti était le meilleur; que c'était le moyen de terminer tous les différends ; que ce serait un acheminement à la paix. Ces raisons l'empor-
HUmËllB ÉPOQUE» laS
tèrent , et les ambassadeurs , surtout Imberconrt et Hu* gonet , acquiescèrent à cette proposition. Ik donnèrent au seigneur Des Cordes des lettres de décharge , par lesquelles ils le déliaient de ses sermens et de ses obligations envei^la duchesse , et l'autorisaient à livrer la cité.
Dès que le roi fut informé de la reddition de cette place , qui eut lieu le 4 mars 1477 1 il s y rendit , et fit faire des boulevards de terre contre la porte qui séparait la ville de la cité. Des Cordes fit sortir la garnison , et prêta serment de fidélité au roi de France.
Prétentions de Louis XI sur le dachë de Bourgogne. Le prinoed'Qrange les fait valoir. Les états le reconnaissent souverain. Craon en est Bomme' gouverneur. Le prince est crée' lieutenant- général des pro- ▼inces bourguignonnes par la duchesse Marie. Il s'empare des yilles de la f ranche^Comté. Il est condamné comme traître. La guerre continue. Craon est destitué. Amboise est nommé gouverneur. H soumet le duché , et entre dans le comté. Dole est saccagée. Amboise entre dans le Luxembourg. U prend Luxembourg ,Virton, IvoL Reddition de Beaumont.
Louis XI , qui s'était emparé en personne des villes de la Picardie et de TÂrtois , avait en même temps envoyé une armée en Bourgc^e , dont il avait confié le commandement au seigneur de Craon (a) , homme sage , fort attaché au roi , mais aimant un peu trop son profit , dit Gomines.
{a) Georges delà Trimouillei baron de Craon. Comines, liv.6| ch. 1.
ia4 HISTOIRE GÉNÉRALE DE Là BELGIQUE.
Les circonsUncés étaient peut-être plus favorables aux prétentions de Louis , que les lois ; et souvent , comme on sait , la force est plus puissante que le droit. Ce nétait cependant pas tant sur ses armes G[u'il comptait que su£ ses intrigues. Il tâcha donc , par ses artifices ordinaires , de mettre dans ses intérêts le prince d'Orange (a) , qui jouissait d'un grand crédit dans le duché et dans le comté de Bourgogne, tant par son grand nom et ses grands biens, que par ses qualités personnelles. Le roi lui avait promis de beaux domaines dans ce pays. Ce seigneur, qui était devenu Tennemi du duc Charles , avait eu , sous le gouvernement de celui-ci , un grand procès contre les seigneurs de QiâteaU'Guyon {b) , ses oncles , pour des biens considérables que ceux-ci lui disputaient. L*aflaire avait été portée devant le duc Charles , et plaidée solennellement. Le duc , assisté des plus habiles clercs , comme on disait , avait rendu un jugement contre le prince. Voili la grande cause de son ressentiment contre le duc, dont il abandonna le service pour s'attacher à celui du roi. Craon chargea le prince d'Orange de se rendre à Dijon, pour y soutenir les intérêts du roi et faire valoir ses droits sur le duché de Bourgogne , conformément à loi des apanages (c).
(à) Jean de Cbâbns.
(6) LouUetHugues'de Ghâlons.
(c) u Sous les deux premières races , les enfans des rois partageaient également la couronné entre eux. Sons le commeneemeni de la troisième, rinconye'nient de ces partages fit prendre le {»arti de démembrer quelques portions de terre , dont le fils puine' aurait la propriété.
» Maî> à ipesure que les principes de la yraie politique se perfection-
HUITIÈMB ÉPOQUE. laS
Ija Bourgogne avait été donnée par le roi Jean en 1 363 à Plulîppe*le-Hardi , son quatrième fils , à titre d*apa* nage , réversible à la couronne « à défaut d'hoirs mâles (a)« Le prince d'Orange exposa doue les droits du roi d'après ces principes devant les états de Boui^ogne , avec tant de
nèrent, rincoiiTénientda démembiement d'une partie da domaine de la couronne s'étant fait sentir davantage, les partages ou apanages, dont Tapanage pouvait auparavant disposer comme de son bien, devinrent une espèce de majorai on de subititution , et furent enfin chargea de retour k la couronne k défaut à*hoirs, Ceat Jii ventablement où commencent les apanages^ dont le nom représentait une sorte de concession , qui , sans morceler le domaine de la couronne , en suspendait seulement la jouissance pour quelque temps et pour quelque por* tion , mais sans toucher à la propriété.
n Cette loi se trouve ^blie en France en i383) par un arrêt au sujet du comté de Poitiers adjugé au roi , au préjudice de Charles d*Anjou , son oncle.
V Les femmes, ainsi que les mâles, étaient comprises dans les héritiers des apanages ; ce qui était dangereux, parce que les portions des apanages pouvaient passer h des étrangers par mariages. Philippe-le-Bel remédia à cet inconvénient ; ce fut lui , dit du Tillet , qui ordonna par son codicille, ou par ses lettres patentes, suivant Dupuy, que le comté de Poitou , par lui baille en apanage à son fils pnfné , monsieur Pbi* lippe de France , qui fut roi depuis sous le nom de Pbilippe-le Lo^g , retournerait k la couronne, défalllansles hoirs màles^ par où il excluait kt filles. Tel est le dernier état de cette jurisprudence, i»
Il importait ici de se former une juste idée de ce qu'on a appelé les apanages, puisque c'est sur cette loi que le roi Louis fondait ses droits sur la Bourgogne. J'ai cru ne pouvoir mieux faire que de mettre soua. les yeux du lecteur le passage lumineux du président Hénault sur ce sujet, abrégé chron. an ia83.
(a) C'est ainsi , dit le président Hénault , qu'il fkut entendre les mots harede succedente, qui se trouvent dans les lettres patentes du 6 septembre i365, 4t qui. sont conformes à l'ordonnance de Philippe*! e-Bel de i3i4.
ia6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
force et d.*ëIo({aence y que Dijon et toutes les villes du duchë de Bourgogne se mirent spontanément sous Fobéissance du roi , à l'exception de la yille d'Auxonne et de quelques petits châteaux.
Marie avait sans doute de puissantes raisons i opposer aux prétentions du roi (a); mais on avait eu soin de prévenir et de disposer les esprits des Bourguignons , et il ne fut pas difficile de les convaincre. Les états reconnurent LouisXI pour leur souverain, et lui prêtèrent serment de fidélité; et c'est à leur prière qu'il institua un parlement i Dijon sur le même pied que celui de Paris. Les lettres d'érection de ce tribunal sont du i8 mars i477«
Louis était assez exact à tenir ses promesses à l'égard de ceux qu'il avait séduits. C'était un. des principes de sa politique j car on ne doit pas croire que c'était par probité, par bonneur ou par délicatesse ; ces sentimens étaient étrangers à Louis XI ; c'était par intérêt. Mais dans cette circonstance , il eut l'imprudence de manquer à sa parole, n croyait pouvoir braver le prince d'Orange ; du moins , il ne le ménageait plus. C'était Craon qui avait toute sa confiance. Ce seigneur , qui ne voulait pas partager l'autorité avec le prince d'Orange , le représentait au roi, dont il connaissait les défiances ombrageuses , comme un de ces sujets, ambitieux, dont il est toujours dangereux dVccroître' la puissance»
Le roi donna donc le gouvernement du pays et le commandement des armées à Craon , et il fut non seule-
(a) Gaillard, dans son Histoire de Marie de Boorgogne, ch. 3, a bien discuté ce point litigieux.
HtJinËME ÉPOQUE. tvj
ment ingrat , maïs injuste. H ne yonlnt pas consentir à faire faire au prince d*Orange la restitution si solennellement promise des terres que le duc de Bourgogne et son conseil avait adjugées à ses oncles.
Le prince, bonteux dayoir été traître sans profit , rentra au service de la duchesse , qui l'accueillit avec eillpressement , et le créa lieutenant-gënëral de toutes ses provinces. L'occasion était belle pour servir la duchesse et se venger du roi . Il s'unit dans cette vue aux Vaudrey , seigneurs Bourguignons , qui le secondèrent de tout leur pouvoir. Ils s'emparèrent de Vesoul, de Rochefort, d'Auxonne. Craon , qui tenta de reprendre Vesoul , fut forcé de lever le siège ; et après avoir essuyé une défaite sanglante, il fut assez heureux de pouvoir se sauver dans Grey , seule place qui restftt aux Français dans la Franche-Comté.
Le roi, dans sa colère, ordonna an sire de Craon de faire arrêter , s'il le pouvait , le prince d'Orange , et de le faire brûler , ou pendre et brûler après , et il donna en même temps l'ordre de lui faire son procès. Il fut condamné , comme faux et traître chevalier , à être pendu par les pieds. Ce jugement fut exécuté en effigie dans toutes les villes du duché de Bourgogne. SonbAtel de Dijon fut rasé.
Les Francs- Comtois tenaient fermement le parti de la duchesse (a). Craon vint former le siège de Dole , capitale de cette province , avec une armée nombreuse , qui fut battue, et la ville délivrée. Le prince d'Orange
(a) Comînet, Kv. 6^ ch. 4*
iiA HISTOIRE GÉNJ^RALE DE LA BELGIQUE.
enleva Grey aux Français , qni mirent en le sauvant le feu à la ville.
Le roi , très-mëcontent de Graon , non «seulement à cause de sa défaite devant Dole , mais encore en raison de ses pilleries , qui , à la vëritë , étaient excessives , dit Gomines , lui 6ta sa cbarge de gouverneur , et le remplaça par Gharles d'Amboise, seigneur de Chaumont, dont Gomines vante la sagesse , Tactivitë et la valeur. Il soumit sans beaucoup de peine tout le ducbë de Bourgogne, et entra dans le comte, où il prit Dole, qui fut cruellement saccagée , pillée et brûlée. Ainsi il ne restait plus à la ducbesse dans toute la Bourgogne , que Besançon , ville impériale^ dont il prit possession au nom du roi.
Après ces brillans succès, Amboise reçut Tordre d'entrer dans le Luxembourg , qui fut ravagé par ses troupes. Il assiégea Luxembourg^ et fut obligé de lever le siège ; mais il prit cette ville quelque temps après , et les enne> mis en ayant formé le siège à leur tour , durent aussi le lever. Virton fut pris d'assaut. Ivoy capitula. Gesdenx petites villes furent rasées. Beaumont , défendu par la comtesse de Varnebourg , de la maison de Groy , en Tabsence de son mari , fit ixne belle résistance ; et quand cette héroïne fut obligée de l'abandonner , elle se relira au château , qu'elle ne rendit qu*aux conditions les plus honorables.
HUITIÈME ÉPOQUE. tag
Désordre! et excès commis par les Gantois. Ils envoient une ambassade k Louis XI. Il communique ans de'patés une lettre secrète de la duchesse. Ils la lui montrent. Imbercourt et Hugonet sont arrêtés ; lenr procès, lenr exécution. Note d'Olivier de la Marche sur cette afiaire. Obseryations particulières. Changement dans l'administration. Proscription des partisans de la maison de Bourgogne.
La duchesse n'avait pas quitte Gand, et sa position devenait tous les }ours plus fâcheuse. Le désordre allait toujours croissant. Le peuple avait arrêté les magistrats , fait périr les uns , emprisonner les autres. Le gouvernement des princes bourguignons avait de tout temps été odieux aux Flamands, et cette aversion n'avait fait qu'augmenter. Cétait surtout contre les anciens conseillers des ducs que la haine des Gantois se dirigeait. Ce joug était devenu insupportable, et ils ne cherchaient que les moyens de le secouer. Les oiBciers et les ministres, qui s'étaient montrés les plus sages et les plus justes , étaient compris dans la haine générale que Ton portait au nom bourguignon ou français. On conçoit que dans une telle disposition des esprits , le projet , ridée seule du mariage de la duchesse avec le dauphin était odieuse. C'était , disaient les Flamands, tomber de mal en pis , puisque le pays serait livré à la merci d'un prince plus dur et plus méchant que les Bourguignons , et qui pourrait faii*e d autant plus de mal , qu'il était plus puissant ; c était renoncer à la liberté , puisque la Flandre ,
i3o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
réunie à un royaume dont ]es habitans ne jouissaient d*aucun privilège , serait soumise au pouvoir absolu d'un roi qui n'aurait d'autre règle que sa volonté et son bon plaisir^ tant dans l'administration de la justice que dans l'imposition des charges publiques , qu'ils n'auraient plus le droit de consentir.
Quelles que fussent les préventions des Flamands contre le roi Louis ( et Ton doit convenir qu'elles étaient fondées), ils crurent néanmoins qu'il était nécessaire de faire au moins une démarcbe auprès de lui , ne fût-ce que pour tâcber de deviner ses intentions. Les trois états de la domination de Bourgogne envoyèrent donc au roi (a), pendant qu'il était devantÂrras,des ambassadeurs pour lui faire des propositions de paix au nom de la duchesse. Les députés de G and avaient dans cette assemblée toute Tinfluence et toute la prépondérance , parce qu'ils tenaient la jeune princesse dans leurs mains . Le roi écouta ces ambassadeurs,qui,entr*autres choses, lui exposèrent que toutes les pensées et tous les désirs de la duchesse tendaient à la paix, et supplièrent le roi de vouloir faire cesser les hostilités en Bourgogne et en Artois ; qu'il lui plût de fixer un jour pour traiter de la paix ; qu'^n attendant on convint d'une suspension d'armes ; qu'ils pouvaient, du reste , assurer le roi que la duchesse était entièrement i*ésoIue à se conduire dans toutes les affaires du pays , suivant la volonté et l'avis des trois états. Le roi fit fort peu d'attention aux propositions de paix , sachant que les Gantois ne la demandaient que parce qu'ils n'étaient pas en état de continuer la guerre ,
(a) Gomînes, liv. 5, ch. i6.
HUITIÈME ÉPOQUE. t9c
dans l'état de trouble et de division où leur ville se trou* vait, et il crut qu'en entretenant et en fomentant ces troubles , il parviendrait sans peine k paralyser les efforts et à déconcerter les projets des Gantois ; et qui mieux que lui possédait cet art de diviser 7 II ne s'attacha donc , dans la réponse qu'il fit aux ambassadeurs , qu'à un,seul point. Ils avaient avancé que la duchesse ne se réglerait que d'après Tavis des états. Le roi l'épondit qu'ils étaient mal informés des intentions de la princesse ; qu'il était sûr qu'elle n'écouterait et ne su ivrait dans l'administration des affaires que l'avis de certains particuliers , dont l'intérêt et le désir étaient d'éloigner la paix. Ces ambassadeurs, qui, dit Philippe de Comines , n'étaient que gens mal accoutumés à besogner en si grande matière , reprirent chaudement qu'ils étaient bien sûrs de ce qu'ils disaient , et qu'ils montreraient leurs instructions quand il serait nécessaire. Le roi, pour les confondre, leur fit montrer une lettre que le chancelier Hugonet et le seigneur d'Imbercourt lui avaient apportée i Péronne , écrite de trois mains , de la duchesse Marie elle-même, de la duchesse douairière Marguerite, sa belle*mère, et du seigneur de Ravestein, dans laquelle Marie déclarait que son intention était que toutes les affaires fussent conduites par quatre personnes, qui étaient la duchesse douairière , Ravestein , Imbercourt , et Hugonet , et suppliait le roi de n'adresser et de ne communiquer qu'à eux toutes les dépêches qu'il lui plairait de lui faire passer.
 la lecture de cette lettre , les députés furent saisis d'étonnement et d'indignation. Le roi la leur fit remettre, et ils reprirent la route de Gand. La duchesse convoqua
i3a HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
son conseil (a) pour entendre le rapport de ces députés , qui lui firent part de Tentretien et des débats qu'ils avaient eus avec le roi. La duchesse , qui croyait être sure que les déptrtés n'avaient aucune connaissance de la &• meuse -lettre , nia dans le premier moment qu'elle en eût jamais écrit une semblable. Celui qui portait la parole (c'était le pensionnaire de Gand ou de Bruxelles ) , donna devant tout le monde la lettre à la duokesse , à qui , dit naïvement Gomines , un si vilain tour n'appartenait pas être fait , du moins en public. Il ne faut pas demander, ajoute- t-il, si elleeut grande honte, puisqu'elle avait dit le contraire à tout le monde. La douairière de Bourgogne , le seigneur de Ravestein , Imbercourt et Hugonet étaient présens.
Ges deux dernier^ furent arrêtés cette nuit«là même. Les Gantois , dans la procédure qu'ils leur intentèrent, observèrent, contre leur coutume, une apparence de forme judiciaire. Ils nommèrent pour les interroger une commission, dont les membres furent choisis dans le corps des échevins , auxquels onadjoignit un seigneur de la maison de la Marck , ennemi mortel d'Imbercourt, dit Gomines.
Le premier point dont il fut question dans l'interrogatoire, était la reddition delà cité d'Arras. Mais chose étonnante 1 on n'insista pas sur ce grief , si l'on en croit Gomines qui est ici fort suspect, parce que, selon lui, ce n'était pas celui qui leur tenait le plus au coeur ; et , dans le fond , ils n'étaient pas fâchés que la duchesse eut essuyé cette pertes
(a) Coonines , liv. 5$ ch. 17*
HUITIÈME ÈPOQVE: tSS
Ils 8*attac1ièreiit plus particulièrement à deux autres chefs d'accusation . Le premier portait que , dans un procès entre un particulier et la ville de Gand , ilsavaient vendu justice et pris^argent-decensde Gand, pour leuradjuger leur procès. Les accusés répondirent que ceux de Gand avaientgagné leur procès, parce que leur cause était juste, et qu'ils ntavaient point exigé , mais seulement reçu Tar* gent que les Gantois étaient venus leur oflrir de leur propre mouvement et de leur bonne volonté. Cette réponse est-elle bien victorieuse ?
Le second point portait que , sous le gouvernement du duc Gharies , les deux accusés avaient fait un grand nombre d'infractions aux privilèges et aux statuts de la ville de Gand. Ils répondirent qu'étant étrangers à cette ville , ils ne pouvaient être responsables des atteintes que les ducs Gharies ou Philippe avaient pu porter à ses privilèges ; que d'ailleurs ces princes ne leur avaient rien Até que par des conventions et des capitulations arrêtées entre les Gantois et les souverains pour terminer leurs divisions et leurs différends. Cette réponse parait plus solide.
Cette procédure ne dura que six jours. Les juges , après leur avoir &it subir une rude torture , les condamnèrent à la peine de mort* Ces deux infortunés seigneurs , en en* tendant leur sentence ^ témoignèrent une vive émotion , et ils en appelèrent au roi en son parlement , espérant que ce délai pourrait fournir à leurs amis le temps et le moyen de les sauver. Mais les juges ne voulurent leur accorder , après la prononciation de la sentence , que trois heures pour penser à leurs affaires ; et elles étaient à peine écoulées , qu'on les conduisit à Téchafaud.
t^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
La duchesse , saisie de douleur , se précipite » les cheveux épars , en habit de deuil , au milieu de la place pu* blique , où elle t&che , par ses prières , par ses larmes , d'arracher ces deux infortunes des mains d'une populace acharnée. Une partie des spectateurs » touchés des cris et des supplications de la princesse , voulaient qu'on les sauvât ; les autres criaient qu'on les expédiât ; et le débat fut si vif, que déjà ils baissaient les piques les uns contre les autres. Mais les plus furieux furent les plus forts, et crièrent au bourreau d'expédier ces traîtres ; et i l'instant , ils furent immolés presque sous les yeux de la princesse , qui retoui;fia dans son palais , où elle resta long- temps abîmée dans la douleur et comme tombée dans l'anéantissement.
J'ai dit que Philippe de Gomines était suspect dans cette affaire. Une note qu'on voit à ce sujet dans les Mémoires d'Olivier de La Marche (a) , n'est pas en effet aussi favorable à ces deux malheureux favoris que le seigneur d'Ârgenton ; c'est le titre que le roi avait donné à Gomines depuis qu'il était passé à son service. Gette note reproche aux deux condamnés d'avoir trahi leur prince pour complaire au roi , qui ne cherchait qu'à renverser la maison de Bourgogne (i). Gomines tâche cependant de déguiser
(a) Liv. a,ch. 9.
(b) Entr'autres points, se trouve, dit cette note, que les dicta personnages estans n*aguéres paravant envoye's derers le roy pour par raisonnables remonstrances empescber les invasions et bostilitez d'icelay , avo/ent si peu exploite' endroict leur dicte charge , que au contrsire s*étans laissé plier par les beaux offres du roy, ils firent à leur retour délivrer es mains des FrajAçois la cité d'Arras, que Philippe de Crète-
UUrnÈME ÉPOQUE. iS5
les choses et de pallier les torts des accusés. Mais les mëmoires et les chroniques du temps sout contraires à ce qu'avance Gomlnes. Ces documens portent, dît la note , que le duc Charles avait écrit de son camp devant Nanci des lettres , dont la connaissance importait grandement à son salut et à celui de son armm , et que le chancelier Hugonet les avait tenues en cachette. Cette conduite dé* loyale , étant venue a la connaissance des Gantois , excita une telle animosité dans le peuple , qu'on n'eût pu l'apaiser que par l'exécution des deux coupables. Comines fonde le principal motif de cette exécution sur une vengeance par* ticnliire. C'est à tort , répond-On ; caries faits prouvent qa*il existait des motifs réels , et d'ailleurs , les Gantois n'ont pas été les seuls chargés d'instruire ce procès. On leur aTait adjoint des juges choisis dans toutes les provinces , qui n'étaient ni Gantois , ni Flamands.
cœar, seigneur des Cordes atoit en garde, et en baillèrent audict seigneur de Cre?eoœur lear signature à sa descharge, lui quictatts quant ci quant le serment et la îoj qu'il deb^oit à madame la duchesse de Bourgogne. Au moyen de quoi et de la bonne intelligence qu*eust le roy a?ec ledict de Crevecœur, qui de lors en avant tourna du tout sa robe contre la maison de Bourgogne ( c*est ce qu'on appelle vulgairement toomer casaque). Joinct aussi que les dicts Inbercourt et Hugonet s*eitoyent obliges au roy d'employer tout leur pouvoir à faire passer le mariage de son fils Charles avec madame la duchesse s usdicte: lequel ae* comply, ils se rendroyent de tous points à son service. Lesquelles choses Philippe de Comines mesme n*a sceo dissimuler en la première partie de ses Mémoires, chapitre xo3 ( autrement, liv. S, ch. i5 ) . Jaçoit ce qu*il y de'gnise l'affaire dndict mariage sous termes feinti£i et contraires an récit subséquent de notre auteur ( Olivier de La Marche ) et aux communs rapports de noa mémoriaux ou chroniques vulgaires ( manuscrits) et autres.
i36 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
Tel est à-peu-près le contenu de cette note. Oa ne peut cependant se dissimuler que les Gantois n'aient mis un grand achamemenf dans toute cette aflaire ; car enfin , pourquoi mettait-on au nombre de ses juges ce méchant Guillaume de La Marck (a) , qui était réellement , comme le dit Comines, le mortel ennemi dlmbercourt , depuis que ce dernier avait été chargé du gouvernement de Liège après la prise de cette ville par le duc Charles. Pourquoi s*est-on en quelque sorte plu à les torturer? Pourquoi 8*est-on opposé à leur appel ? Il reste cependant vrai , d'un autre côté , que Comines tâche de donner à toute cette affaire une fausse couleur pour son excuse propre , comme étant celui, ajoute la note , qui était en grande partie coupable du désastre de ces deux illustres personnages, pour leur avoir conseillé d'entrer dans les pratiques du roi , auquel il était ministre de tels actes, depuis sa révolte détestable contre son souverain seigneur le duc de Bourgogne.
Comines , après avoir dit que , dans T interrogatoire , on insista peu sur le principal grief, qui était la reddition d'Ârras , avance que ces deux notables personnages, comme il les appelle, furent condamnés sur les deux autres griefs , et que , quant au principal , on n'en parla pas dans la sentence. Yarillas , l'historien de Louis XI, rapporte qu'à ce premier chef d'accusation, les deux seigneurs répondirent pertinemment en montrant un article du
(a) C'est ce Guillaume de La Marck, si connu sous le nom de Sanglier des Ardennesy qui après avoir fait peser sa main sanguinaire sur les infortunés Liégeois, et massacré de sa propre main leur évéque Louis de Bourbon, subit le jutfte châtiment de ses crimes sur Téchafaud à Maestricht , le i8 juin i^4*
HDITIËMÉ ËP0QX7B. 187
traité d^Arras , de i435 , qui contenait en termes exprès c[ue la ville d!Arras serait de bonne foi réunie à la mo* narchie française , en cas que la maison de Bourgogne tombât en quenouille.
Si les réponses de ces deux accusés (a) n ont pas été plus justes que celle que Y arillas prétend qu'ils firent à ce chef d'accusation , il n'est pas étonnant , répond l'auteur des remarques sur Varillas , que leur procès leur ait été fait comine à des imposteurs , étant certain qu'il n'est pas dit un mot dans ce traité du retour de cette ville à la France. L'exécution de ces deux malheureux favoris, qui avait eu lieu le 3 avril, fut suivie d'un changement total dans Tadministration des afIaires.La duchesse Marie fut séparée de Marguerite ,sa belle-mère, et du seigneur de Ravestein , pour être livrée entre les mains des anciens persécuteurs de sa maison. C'est ainsi que Comines désigne les Gantois, qu'il excuse cependant , en disant que , dans leurs faits , il y a toujours eu plus de folie que de malice. Il veut parler sans doute de la populace. Ce sont toujours , dit-il , grosses gens de métier qui y ont le crédit et l'autorité des choses qui appartiennent à gouverner un état.
Tous les anciens magistrats furent renvoyés et remplacés par des gens dévoués au parti du peuple, et tous les fidèles serviteurs de la maison de Bourgogne furent pillés, chassés, proscrits , comme traîtres et ennemis de la patrie.
(a) Remarques sur Varillas dans le supplément aux Mémoires de Comines.
i38 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
•Les habitans d'Arras, retirëa dans la i;i7/e,insulteift les Français. D^putatîon au roi. Les commissaires du roi sont attaqués à l'abbaye de St Vast. -^ Reddition de Hesdin et de Boulogne. — Siège d'Arras. —Les babitans de Douai envoient un secours à cette ville, comman« de' par le seigneur de Vergy. De'faite de ce corps. Le roi fait pendre les prisonniers. Vergy est reUche'. — Les habitans d'Arras obtiennent un sauf-conduit pour se rendre auprès du roi} les envoyés sont arrêtes et décapites. Supplice d*Oudart de Bussy. — Reddition d'Arras. Supplice des habitans. Le roi donne à Arras le nom de Franchise, — " Prise de Tournai par les Français. Les Flamands délivrent le duc de Gueldre, et marchent sur Tournai. Ds sont défaits, et le duc tué.
Après la reddition de la cité d'Ârras , ceux des habitans qui étaient attaches au parti bourguignon, ainsi que ceux des lieux voisins et des villes récemment soumises , tous détestant le joug français, s'étaient retirés dans la ville ^ bien décidés à se défendre vigoureusement , et ils travaillaient de toutes leurs forces à la mettre en état de résistance. Cette multitude indisciplinée , qui , n'étant soumise à aucun chef , ne suivait que son instinct fougueux , ne cessait d'insulter les Français du haut des rempartspar les cris et les gestes les plus indécens , que Thonnéteté ne permet pas de rapporter (a). Mais un petit nombre d'hom-
(a) Chron. scandai., p. 329 et suiv.
On peut cependant , sans blesser la décence , rapporter ces mauvais vers :
Quand lei sonrii mangeront lei cati, Le roi sera seigneur d'Arras ;
HUrriËME ÉPOQUE. t39
mesplussensësyprévoyant tons les manx que cette conduite tëméraire ne manquerait pas d'attirer snr la ville , se ren* dirent auprès du roi , qui ëtait dans la cité , pour lui proposer un arrangement. Ils offrirent de remettre la ville sous sa domination , c'est>à-dire, de lui en laisser les rêve* nus, qu*il pourrait faire percevoir par ses agens , au nom de la duchesse de Bourgogne , en attendant que celle-ci pût lui livrer les hommes , de manière qu'on lui céderait le domaine utile pour le moment , et qu'on lui assurerait pour la suite le domaine réel .
Le roi accepta ces conditions,et envoya le chancelier, le cardinal de Bourhon,le bailli deVermandois et le seigneur des Cordes avec quelques autres, pour recevoir le serment des habitans. Mais ceux-ci , apprenant Tarrangement qui venait d*étre pris sans leur participation , firent partir de la ville un fort détachement , qui se porta sur l'abbaye de S^Vast, où les commissaires du roi étaient à dl» ner. Cette multitude furieuse , poussant l'horrible cri : tue / tue I investissait déjà l'abbaye , quand tout-à-coup , on ne sait pourquoi , elle se retira et rentra dans la ville. Les commissaires eurent ainsi le bonheur d'échapper au danger qui les avait menacés , et revinrent dans la cité.
Le roi , après avoir ordonné les travaux nécessaires dans la cité pour faire le siège de la ville , alla avec des Cordes
QoAad U mer , qai «t gnnda et 1^ (t)
Sara i Si J«aa gilée.
On Terra per-deuoi U glace Sortir ceux d'Arraade la place.
(i)t.ar§e.
i4o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
assiéger Hesdin (a) , dont , trois jours auparavant , ilétait gouverneur. Cette ville se rendît au roi ainsi que Boulogne. 11 séjourna devant cette place pendant cinq k six jours et revint se poster devant Ârras.
Les babitans de cette ville,sentant enfin qu'abandonnés à leurs propres forces , ils ne pourraient se soutenir longtemps, deniandèi*entdu secours à ceux deLilleetde Douai. Cette dernière ville fournit cinq à six cents bommes de pied et deux à trois cents cbevaux dont la plupart étaient écbappés de la bataille de Nanci. Le seigneur de Vergy (i) , jeune guerrier , plein de courage etd*bonneur , se présenta généreusement pour conduire ce secours ; mais il avait prudemment proposé d'attendre la nuit pour marcber et arriver avec plus de sûreté. Les bourgeois de Douai , voulant faire parade de leur zèle , le forcèrent de partir en plein midi. Cette forfanterie , que Comines appelle folie , et avec raison , fut la cause du désastre que tant de braves gens éprouvèrent. Le seigneur de Lude , qui commandait dans la cité d' Arras , ayant eu avis de l'arrivée de cette troupe, vint à sa rencontre , etlattaquasi vigoureusement qu'ils furent tous tués ou pris. Le seigneur de Vergy fut du nombre de ces derniers.
Le roi arriva le lendemain à Arras , dans la cité , et fit pendre un grand nombre de ces malheureux prisonniers. II fit garder étroitement le seigneur de Vergy , qui refusa
(a) Chron. scandai. ComÎDes, Hv. 5, cb. i5.
(b) Guillaume de Vergy , se'aéchal de Bourgogne , deveoa en 1498 maréchal du comte de Bourgogne , et en i5o4 lieutenant et capitainegénéral des duché de Gueldre et comté de Zutphen.
HUrriËME ÉPOQUE. i4i
constamment de lui prêter serment. Le roi pour panir on yaincre son opinifttretë,le fit mettre aux fers. Mais enfin, cëdantaux instances de sa mère, après un an de la pins pëniUe détention, il se sonmit auroi , cpii lui restitua tous ses biens , et lui accorda une pension de dix mille livres. Cependant le siège se poussait avec vigueur ,et lesassië* gés , commençant ^& désespérer du salut de la ville , prétextèrent qu'ils voulaient se rendre auprès du roi , qui était à Hesdin , et demandèrent à cet effet un sauf-conduit de Tamiral de France , qui le leur accorda. Mais comme il soupçonnait qu*ils avaient un autre dessein , il fit suivre les envoyés , et Ton vit en eflet qu'ils prenaient la route de la Flandre pour aller trouver la ducbesse. On les arrêta et on les amena à Hesdin. On leur fit leur procès , et ils furent décapités au nombre de dix-buit ., entre lesquels était le procureur général de la ville d'Ârras et du comté d'Artois, nommé Oudart deBussy , à qui , pour rendre son supplice plus pénible et plus ignominieux , on fit passer la tête dans un cbaperon d'écarlate (a). La tête avec le cbaperon fut attacbée à un cbevron auquel on la cloua , avec nn écriteau portant ces mots i Cy est la tête de maître
(a) Cest Loaîfi XI lui-jnéme qai imagioii ce raffinement de barbarie. On le croirait difficilement, s'il ne le disait pas lai-méme; et ce qui rend la chose encore plus récoltante, c'est le ton de raillerie ayec lequel il racpnte le fait. Voici ses propres paroles dans sa lettre au sire de Bresauire « Il y en avoit un entr'antres , maître Oudart de Bussy, à qui j*a- 9 Yois donne' une seigneurie en parlement; et afin qu'on connost bien sa » teste,je l'ai tà\i atourner d*un beau chaperon fourré. 11 est sur le mar« » chë d'Hesdin , là , où il pre'side n.
Le secrétaire de Louis XII, nommé Gilles, auteur des JnnaleM ou Chronique de France^ depuis la destruction de Troie joaqu'à i495, dit
i4i HISTOIRB GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
Oudart de Bussy, conseiller du roi en sa cour de par^ j lement à Paris *
Le roi toujours plus irrité ( on eût dit qu'en exerçant sa cruautë, il l'aiguisait déplus en plus ), fit foudoyer les murs ^arde nombreuses décharges de toute son artillerie, qui était très-forte .La ville aussi mal défendue que mal fortifiée, ne pouvait résister long-temps i cetteattaque. Des Cordes y avait d'ailleurs des intelligences. Les assiégés furent donc forcés de se rendre , le 4 mai 1477 9 à des conditions assez douces , mais qui furent très-mal remplies. Le roi ne pouvait leur pardonner leurs avanies. Ils avaient fait planter sur leurs remparts des potences , où ils avaient attaché des croix blanches, signe distinctif des Français , afin de leur mettre en perspective le sort qui attendait ceux qui tomberaient dans leurs mains. Le roi , étant entré dans la ville , fit pendre plusieurs fort honnêtes bourgeois ( qui peut-être avaient désapprouvé ces excès ) à la place des croix blanches attachées à ces potences , et qu'on obligeait les malheureux patiens de détacher , avant de les yac-
que les habitans d'Arras envoyèrent au roi une de'putation pour le prier de leur permettre d*al]er informer la duchesse de l'e'tat de détresse où se trouvait leur ville , et que le roi leur répondit : ifu^ils pou» vaientjaire comme ils V entendraient; que sur cette parole , croyant pouvèir partir en sâreté , ils furent arrêtes sur la route et ramenés à Hesdin. J'ai raconté le fait comme il est rapporté dans la Chronique scandaleuse. Il y a donc évidemment fourberie de la part de l'un ou de l'autre: de celle des habitans , si l'on s'en tient à la chronique ; de celle du roi , si l'on s'en rapporte à l'annaliste, qui ajoute qu 'Oudart n'avait jamais été sujet du roi; que seulement il lui avait offert, pour l'attacher à son service, une charge de conseiller au parlement. Le procédé du roi n'en serait donc que plus odieux, et c'est ce qui ne doit pas étonner dans Louis. Gaillard a suivi l'annaliste Gilles.
UUITIBIIE ÉPOQUB. t41 ,
-crocher. Au moment où ils allaient subir leor soppliee, on lenr offirait lettr grâce , seulement i condition de crier iwe le roi! mais ilsavaient tant d'attachement pour leor sofiTeraine, et tant d'a'version pour le roi , qu'ils aimaient mienic souffrir la mort qne de racheter leur yie par un d^aveu honteux.
Le roi , dans sa colère , voulut eflacer jusqu'au nom d'Arras, qui lui était devenu odieux. Il fît appeller cette ville Franchue (a) : idée hisarre^ qui ne montre que la rage aveugle du vainqueur ; car le nom d'Arras a subsiste dans toute sa gloire , et celui de Franchise n'existe que dans quelques vieux traités ou dans quelques poudreuses chroniques du temps.
La prise de Tournai avait ouvert au roi le chemin de la Flandre. Les Français, maîtres de cette place , infestaient déjà toute cette province, où ils faisaient des courses conti* nuelles. Les habitans de Gand, Bruges et Ypres, pour faire cas de nouvelleté ( c'est Texpression de Comines ) (&) c'està-direypour forcer les Français dedéguerpir^formèrent une espèce d'armée , et coururent à Courtrai , où était détenu depuis quatre ans, Adolphe duc de Gueldre, l'arrachèrent de sa prison et le mirent à la tête de leur troupe mal organisée , mais bien disposée. Le duc , arrivé devant cette ville, fit mettre le feu aux faubourgs. La garnison, qui ne montait qu*à quatre cents hommes d'armes , fondit sur les Flamands, qui furent forcés de se retirer en désordre et en confusion. Le duc , s'étant misa la queue de l'armée , s'arrête et se retourne brusquement , pour faciliter la re-
(a) La Marche, liy. a, ch. 9.
{b) liir. 5, ch. 17.
i44 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
traite des Flamands, enarrétantla poursuite des ennemis. La perte des Flamands fut considérable. Le duc , abandonné par ses lâches soldats an milieu du danger , périt glorieusement danscette action, après une résistance aussi "vigoureuse qu'inutile, et expia ainsi en quelque sorte les crimes de sa vie par une mort glorieuse.
Négociations au sujet du mariage de la duchesse. Elle épouse Tarchiduc Maximilien (a). Cérémonies de la noce. Leur inauguration en Brabant, en Flandre, en Hainant — Hostilités sur les frontières. Trêve. — Naissance d'un prince. — Siège de Térouanne. Bataille de Guinegate. Trêve. — Inauguration a Nimégue et à Zutphen. — Mort de Marie. Son tombeau.Enfans de Marie. — ^Les Gantois s'emparent de la tutelle. Négociations pour le mariage de Marguerite avec le dauphin. Traité d*Arras. — Marguerite est remise au pouvoir du roi, fiancée an dauphin, et renvoyée.
La duchesse , abandonnée ou trabie par les anciens amis de son père , persécutée par les Flamands , attaquée par les Français, s'affaiblissait tous les jours (b) , et il fallait qu'elle trouvât dans un mari un protecteur et un défenseur , qui tâcbât de récupérer ce qu elle avait perdu ,'ou au moins de conserver ce qu'elle possédait encore. Les prétendans ne
(a) C'est proprement ici que commence la HuiTiEm ipoqxTE ; car tout ce qui précède appartient , rigoureusement parlant , à celle de la maison de Bourgogne. Mais pour ne pas morceler le régne de Marie, j*aicra devoir fixer cette nouvelle époque à son avènement à la souveraineté', qui date de la même année que son mariage.
(b) domines, liv. 6, ch. 3.
HUITIÈME ÉP0Q17E. i45
manquaient pas. Ledaupbln, lecomtedeRivers ,frèrede la reine d'Angleterre, le prince de Clëves , le duc de Clarenoe , Tarcbiduc Maximilien , aspiraient à cet lionnenr. L'âge tendre du dauphin , quîn avait guère que sept ans , était un grand obstacle;et d ailleurs,la baine que la duchesse portait an roi de France depuis l'aventure de la lettre livrée aux Gantois, lui inspirait tous les jours plus d'éloignément et d'horreur pour ce mariage. Dans un conseil que Ton tint i ce sujet, la duchesse de Hallewin (a), première dame d'honneur de la duchesse, dit naïvement que, dans les circonstances, pour l'intérêt même du pays, on n'avait pas besoin d'un enCsint , mais d'un homme qui en fît , et que sa maîtresse était bien en état d'en porter. Cette saillie, un peu trop libre peut être, fixa toutes les opinions. Le comte de Ri vers était fortement appuyé par la reine d'Angleterre , qui dominait et gouvernait son mari Edouard lY ; il l'était également par le parlement , par les ministres. Mais Marie se prononça ouvertement à son sujet. Elle trouva que ce seigneur, quel que put être son mérite personnel, n'étant pas souverain , elle dérogerait A sa dignité en lui donnant la main , et il ne s'en agit plus^ Le duc de Clèves était à Gand pour tâcher de négocier le mariage de son fils. Mais Marie n'avait pas d'inclination pour ce prince. Elle prétexta que les conditions qu'on lui proposait, ne lui convenaient pas , et les négociations furent rompues. Le duc de Clarence n'avait que de faibles prétentions.
(a) Jeanne de la Clite, dame de Comioes, veuve de Jean, leigneur de Ballewin.
r. lo
i48 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
dont il était très-mal fourni , dit G)inine8 : car son père était bien, ajoute -t* il, le plus parfaitement cbiche homme, que prince ou particulier ait été de son temps. Il arrivaà Gand le 17 août , escorté par sept ou buitcents chevaux , et y fut reçu avec les plus grands honneurs. Âpres souper, il vint voir la duchesse, et il y eut, dit La Marche, pour le voir si grande foule et si grande presse, qu'on ne savait où se sauver.
Les noces furent^célébréesle lendemain 1 8. La cérémonie fut assez triste. Le matin , la princesse fut amenée par deux chevaliers ,qui étaient le comte de Ghimai et le seigneur de la Gruthuse. Deux jeunes enfans marchaient devant la princesse, portant des cierges ; et voilà, dit La Marche, toute la pompe qui fut faite pour le mariage du fils de l'empereur avec la plus grande héritière du monde ! L'évéqùe de Tournai leur donna la bénédiction nuptiale. Les Flamands ne témoignèrent aucune joie. Us ne voyaient pas le grand avantage qui résulterait pour le bien du pays de ce mariage, dont on avait fait tant de bruit ; car au lieu d'apporter de l'argent, larchiduc était obligé d'en demander. Les peuples soumis à la maison de Bourgogne,babitués à vivre sous des princes ma gnifique$,qui tenaient un grand état de maison, tant en ameublement qu'en service de table et en luxe d'habillement pour leurs propres personnes et leurs officiers, ne pouvaient se faire aux mœurs simples des Allemands , qui vivaient rustiquement et grossièrement, dit Comines.
Marie et Maxim ilien furent inaugurés ducs de Brabrant et comtes de Flandre , deHainaut et de Hollande, au commencement de Tan f47B.
UUITIÈMS ÉPOQDE. 147
«joi aurait Tonla les éloigner et les ck^oûter* Biais la da* cbcase douairière leur fit dire sous main, qne , malgré les lettres qu'ils avaient reçoes, ils poursuiTissent leur chemin; qu'on leur dirait , quand ils seraient a Gand , ce qu'ils devraient Élire ; qu'en attendani, ils pouvaient étresârsde la bonne intention de la duchesse , ainsi que dés personnes qui Tentouraient.
Les ambassadeurs se rendirent donc sans retard k Gand . Au jour fixe, ils présentèrent leurs lettres de créance , et l'évéque de Metz , portant la parole pour toute la députation , requit , au nom de l'empereur , leur maître , a ce qu'il plut à la princesse d'accomplir ce mariage qui a été arrêté entre le feu duc , son père , et l'empereur tégnant , et auquel elle a consenti ; il lui représenta la lettre et l'anneau, la priant de déclarer si elle reconnaissait sa lettre et si elle persistait dans sa promesse* La docbesse , sans hésiter « répondit que la lettre , que l'évéqne avait dans la main » était bien celle qu'elle avait écrite à l'archiduc , et qu'elle en avait la minute. Les ambassadeurs
se retirèrent trèssatisfalts du succès de leur mission.
Bfais le duc de Clèves en était très-mécontent, et il dit sans détour et sans façon i la duchesse qu'elle avait trèsmal parlé. Celle-ci répondit que c'était une aflaireùlte. Le duc voyant enfin que tontes ses poursuites seraient inutiles, renonça à ses prétentions et retonrna dans son duché.
Le mariage avec l'archiduc fut donc arrêté. Ce prince vînt à Cologne , ou les principaux officiers de la duchesse se rendirent de sa part pour le complimenter. Olivier de La Marche en était. Ils lui apportèrent même de l'argent.
i5o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
censures, cita TabbëTuIden à comparaître â son tribunal à Bopie. L'arcbiduc lui défendit expressément d obéir à cette sommation , et pria le pape de ne pas renverser les anciens usages du Brabant , mais , comme cela s'était pratiqué de temps immémorial , de vouloir déléguer dans le Brabant un juge impartial, qui pût connaître juridiquement des griefs imputés à rabbé,et lui dit ouvertement que , comme souverain , il était strictement obligé par le serment qu il avait , selon l'ancien usage , prêté aux états , à son inauguration , de défendre ce même abbé contre cette citation {a).
Cet usage , ce privilège repoionte , comme on voit , par cette requête , à un temps très*reculé. Mais quelle en est Tépoque précise ? Cest , je pense , ce qu'il serait impossible de déterminer. Je ne vois pas que ce privilège remonte
{a) Cest ce que porte une requête adressée en i65t par les ëtatide Brabant à Tarcbevêque de Malines, dans laquelle ils rappellent le fait dont il s*agit ici. Cette requête se trouve auX archives de Bruxelles dans le Bjrzonder register des états de Brabant, tome i, p. i44 et suiy. En voici rèztrait :
Cujus rei illustre exemplum est guàdcumanno 147S9 régnante Maximiliano archiduce^ postea Romanorum imperatore, plurihus edictis Sixti Papœ IF^ iisque severissimis ad romanum tribunal citaretur JVieodoricusThuldenus^ ahhaa Parcensis^ ed quod nonnuUa scripsisset vel protulisset autoritati S^ Sedis prœjudicialia^ idem Maximilianus ne pareret districtè vetuit , suam S'^f* obtestans ne antiquos Brabantiœ mores convelleret^ sicuti ab omni rétro memoria observatum fuerat, judicem non suspectum in ipso Brabantiœ ducatu delegare dignaretur, qui autoritate apostolicd de excessibus prœfato abbati impositis juridicè cognosceret, et aperté insinuans se ad eumdem abbatem advenus dictam citationemprotegendumjurejurando or^ dinibus in sua inauguratione more majorum prastito obstrictum.
HUITIÈME ÉPOQUE. i5i
plus haut que Fan 1349» année à laquelle l'empereur Charles IV accorda par forme d'ëdit perpétuel , le fameus privilège connu bous le nom de butte d'or brabantine , par laquelle il défend à tous les archevêques , princes, comtes , barons , seigneurs , de quelque condition qu'ils soient , eccliésiastiques ou séculiers , dépendant du saint-empire romain , d'exercer aucune juridiction temporelle sur les sujets, vassaux et serviteurs du auc Jean 111, de ses héritiers ou successeurs , ou sur les autses habitans , de quelque rang on condition qu'ils soient , dans tonte l'étendue des duchés de Brabant , Lothier , Limbourg et du marquisat du saint-empire (Anvers) , et de leurs dépendances ; do les citer, ou d'exercer à leur égard aucun acte judiciaire dans quelque cause que ce soit , civile ou criminelle , réelle on personnelle, ni de porter à leur charge aucune sentence interlocutoire ou définitive, A moins qu'il ne fât démontré par des preuves évidentes et légales , que celui ou ceux qui auraient intenté une action devant les juges , officiers ou féaux du duc, en auraient essuyé un déni de justice ; comme il défend également d'arrêter, évoquer ou détenir, inquiéter, molester ou troubler les mêmes habitans dans leurs personnes ou leurs biens (a). Il est probable que cet acte est fondé sur un usage très-ancien , que l'empcretir voulait convertir en loi pour le rendre obligatoire.
Le pape , dans cette circonstance , céda aux raisons de Tarchiduc , et chargea le prévôt de S^ Jean d'Ulrecht de cette mission. Mais Maximilien ne voulut pas mdme per*
[a) Cet acte, donné il Wu»iherck, e&t ïtmvc djni Butkcns » PrêU*^êt^ p. 1^4*
i5a HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
mettre que cet ecclésiastique entreprit cette instruction , parce que c'était également violer les privilèges , ce prévôt n étant pas domicilié en Brabant. Il l'obligea en conséquence de se désister de cette entreprise, et il persista à exiger qu'on lui désignât un juge domicilié en Brabant : il y mit même tant de chaleur qu'il écrivit à ce sujet des lettres dures et menaçantes tant au prévôt qu*àson évéque (a). La cour de Borne , qui jamais ne recule , mais qui se tait et s'£urréte , quand elle croit qu il n'est pas prudent de parler ni d'avancer , renonça pour le moment à son entreprise et à ses prétentions , espérant qu'elle pourrait les renouveler dans une occasion plus favorable.
Le règoe de Marie et de Maximilien fut continuellement agité. L'intérieur du pays était déchiré par les séditions et les violences des Flamands, et les frontières étaient ravagées par les incursionsdes Français,Une trèved'unan, commencée au mois de juillet 1 478 « suspendit les hostilités. ^ La duchesse venait de donner le joui à un prince, qui fut appelé Philippe. L'archiduc vint la rejoindre à Bruges.On y célébra à ce sujet des fêtes de toute espèce. L'archiduc et
la duchesse'se rendirent à Gand, et y firent venir le jeune prince, qui y arriva le 3o août. Une cavalcade de trois
(a) Cuipostulato acquiescens pontifex causam prœposito •9'** Joanis Ultrajectensis commisit; sednec ut ille cognitionem susciperet passus est MaximilianuSf cum id aquè priuil^giia aduersaretur^ dicto uti» que prœpositito extra Brahanticun domiciliumjouenle^eumque proinde ut ah incepto dasisteret compulit^ judiemque in ipaa Brahantia dari voluit, scriptis ea de re tum adipsum prœpositum^ tum ad ejus episco^ pum acerbis ac minacibus litteris. Suite de la même requête des étata det65i.
UUrnÈME ÈPOQOJL t53
mille Gantob et ane troupe de deux cents jeanet enfims , également à cheyal , allèrent k sa rencontre et rentrèrent ainsi dans UTille(a). La nourrice, qui portait l'enfant dans ses maillots , le tenait soulève pour le montrer an peuple « qui se livrait aux transports de sa bruyante joie.
La trêve allait expirer(6j. Les princes revtnrentàj^xelles , où Tarchiduc fit tous ses arrangemens et tous ses préparatifs pour rentrer en campagne.ll se porta sur Tournai , ou lesFrançais avaient une forte garnison ,et]es Flamands l'y accompagnèrent sons la conduite de Jean, seigneur de Dadixelle , bailli de Gand. Il présenta la bataille aux Français sous les murs de cette ville. Mais ceux-ci préféraient l'y arrêter, afin qu'en traînant la guerre en longueur, il consumftt insensiblement et inutilement son armée. C'est pourquoi ils ne répondirent pas à ses provocations. Maximilien sentit le danger de sa position , on il aurait au moins perdu son temps; et comme le grand objet de ses combinaisons était de recouvrer l'Artois, il alla met^ tre le siège devant Térouannc* Des Cordes , gouverneur de la Picardie etdePÂrtois , s'avança pour forcer le prince a lever le siège, et vint à sa rencontre à Guinegate , où se livra une sanglante bataille a4Aoât i479* L'arcbiducqui n'avait que vingt ans, y déploya la valeur d'un jeune béros et les ang-froid d'un vieux capitaine. La bataille dura depuis deux heures après-midi jusqu'à huit heures du soir. La victoire fut long-temps balancée. La Marche dit qu'il y eut
(a) La Marche, lir. 2^ ch. 9.
(b) Id., lutroduetion. lÎT. 3, ch. 9 et t5.
iS4 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
beaucoiipde Français tués et pris (a). Le chatnpde bataille resta à Tarchiduc , disent Comines (b) et La Marche {c) ; et si , ajoute ce dernier , les Flamands , qui formaient la plus grande partie de leur armée ( Comines les porte à plus de vingt mille) , eussent obéi , les Français étaient battus ; mais^ abandonnèrent la champ de bataille pour regagner leurs foyers. Quoi qu il en soit (car les historiens varient sur le succès de cette bataille, selon leur panti), il parait que l'avantage fut assez partagé ; car si le champ de batailleest resté à larchiduc , le siège de Térouanne a été levé. Louis crut que le moment était favorable pour faire une paix qui fût à son avantage dans tous les points (a) , sans qu'il s*en mêlât , du moins directement et ostensiblement. Il avaitsu si bien mettre les Gantois dans ses intérêts, qu'ils étaient ses agens secrets , sans qu ils s'en doutassent. C'était là , comme on sait , le grand talent de Louis. C'est ainsi qu'autrefois il avait, pour ses intérêts, soulevé les
(a) La Marche, liy. 2, ch. i5. (6) Comines, liv. 6, eh. 6.
(c) La Marche, introduction.
La Marche ne dit pas le nombre des tues. Mais dans une note qui se troure à la marge du ch. 9, il est porte' à quarante mille. Ce nombre parait si exagéré , qu*il doit y avoir erreur dans le fait ou obscurité dans l'expression. Selon Heuterus, lib. i, cap. 10, le nombre des combattans réunis des deux partis était en tout de quarante mille , et le nom> des Français tués est de neuf mille enyiron. C*est déjà beaucoup.
Le même historien observe que Comines déerit cette bataille si froi* dément, qu*on dirait qu*il ne s'agit que d*une rencontre on d'une escarmouche, et non d'une bataille rangée. Il dit seulement que la perte fut plus grande du coté de l'archiduc que celui des Français.Mais il ne faut pas s'en étonner. Comines était alors dévoué à Louis XI.
(d) Comines, liv. 6, ch. 6.
HUITIBMB ÉPOQUE. tS5
Liégeois contre le duc Charles; c'est ainsi ^'aujourd'hui il indispose les Flamands contre Maximilien, et qu'il est, en apparence , étranger à la négociation. Us eut ainsi Tart, comme dit Comines , de brider l'archiduc par le moyen de ses propres sujets. Soi; but était donc de négocier, par la fnain des Gantois , le mariage du dauphin, son fils, avec la princesse Marguerite , et de déterminer Maximilien a lui donner pour dot le comté de Bourgogne et les seigneu* ries d' Auxerrois , du Maçonnais et du Cfaarolais, et il con* sentit à lui rendre l'Artois , en retenant cependant la cité d' Arras , c[ui , dans l'état où il lavait mise , était comme le boulevard de cette province.
Une trêve d'un an, publtée le 3o juin i48i laissa à Maximilien le temps et les moyens de soumettre les peuples de laGneldre, c[ui refusaient de reconnaître ses lois, et il fut inauguré à Nimègue et à Zutphen avec la duchesse, son épouse.
Maximilien était revenu à Bruges auprès de la duchesse. Cette princesse aimait beaucoup la chasse. On en prépara une pai*tie au héron dans les environs de Bruges. Elle était montée sur un cheval espagnol, ardent et fougueux. Ils'emporta,et par la violence des mouvemens, la sangle à laquelle la selle était attachée , se brisa. La princesse tomba rudement , et fut grièvement blessée. Elle cacha son mal dans la crainte d'alarmer l'archiduc , et la pudeur l'empêcha de déclarer aux chirurgiens lendroît où elle était blessée. Elle était grosse de cinq mois, et fit une fausse-couche. Une fièvre ardente , qui en fut la suite, l'emporta au bout de six semaines , le 218 mars 148^9 âgée de vingt-cinq ans. Elle fut enterrée à Bruges dans 1 église Noire-Dame. Char-
i56 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA &ELGIQUK.
les-Qaintfit transporter, en i553, dans la même église^ le cotps de Charles-le-Tëméraire , père de Marie. Son cœur fut déposé k Anvers dans Tëglise de S^ Michel:, où était le tombeau de sa mère.
Le président Hénault rapporte que Louis XV étant à Bruges , en 1745, dit, en voyant les mausolées de Charles et de Marie : « Voilà le berceau de toutes nos guerres. » Cest en effet le mariage de Marie et de Maximilien qui fut l'origine des querelles qui coûtèrent tant de sang à la France et à la maison d'Autriche.
Marie laissa deux enfans, Philippe et Marguerite. Philippe naquit à Bruges le aa juin 1478* On lui donna le nom de Philippe, dit La Marche, en mémoire des biens et de la tranquillité dont les Pays-Bas jouirent du temps du bon duc Philippe. Les grâces du corps et la beauté de la figure lui firent donner le surnom de Bel(a). Olivier de La Marcbe, dans l'introduction à ses Mémoires, adressée à ce prince,qui avait succédé à son père dans la souveraineté de la6elgi<{ue, après lui avoir rappelé la joie que tous ses sujets ressentirent à sa naissance, lui adresse ces paroles touchantes: « Vous devez bien avoir le cœur et la volonté d'être si bon, n si loyal et si juste prince , que vos sujets ne se repentent » point de la liesse et plaisir de cœur qu'ils ont eu de to- » tre noble naissance* »
Marguerite vit le jour à Bruxelles, le 10 janvier 1480, et fut baptisée àS^* Gudule. Elle fut fiancée au dauphin,
{a) L'année de sa naissance est exprimée dans ce mauvais vers , fait dans le temps :
oAfnIbUs aCCêptU$ régnât noVUt eCCe phILIppUs.
HUITIÈME ÉPOQUE. iS^
depuis Charles Y III , roi de France , qui ]a renvoya sans TaToIr ëpousëe.ElIefutmariëei Jean, infant d'Espagne (a), et en secondes noces i Philibert II , duc de Savoie. Elle eut de l'infant un fils, qui mourut bient6t^ ainsi que soupire. Elle n'eut point d'enfans de Philibert , qui mourut trois ans après son mariage et quoiqu'elle n'eût alors que vingtquatre ans , et que les rois de Hongrie et d'Angleterre la recherchassent^ elle ne voulut plus contracter de nouvel engagement. Elle fut chargëe en i5i3 du gouvernement général des Pays - Bas par Tempereur Maxim ilien , son père. Elle mourut à Malines le 3o novembre 1 53o, âgée de cinquante ans. EUle laissa divers ouvrages en prose et en vers, entr'autres un Discours de ses infortunes et de savie^
Marie eut encore deux fils , Tun qui naquit à Bruxelles le 10 septembre t48i . Il fut baptise à S^* Guduleet nom* mé François. Il mourut le a3 décembre suivant , et fut enterre à Caudenberg devant le grand autel (i).
L'autre fils, nommé Georges , vécut fort peu de temps.
Les états du Brabant reconnurent sansdifiScultélarcfaiduc pour tuteur de ses enfans. Mais ceux de Flandre , animés et sollicités par les Gantois , non-seulement contestèrent ce droit à Maximilien; ils se l'arrogèrent à eux-mêmes et s'en mirent en possession de fait : ils s'emparèrent de Philippe et de Marguerite. Louis XI, qui avait ses vues ,
(a) On dit que dans le TOjage qu'elle fit en Espagne pour épouser rbfant, elle essuya une furieuse tempête, et qu'au fort du danger, elle fit cette épitaphe badine :
Cygist Margoty la gente damoiselU , Qu*eust deux maris , et $i mourut pucelle,
l (b) La Marche, liv. a. ch. 9.
t58 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE,
ménagea un arrangement entre l'archiduc et les Flamands.
Les conférences s'ouvrirent à Âlost (a). L'archiduc s'y * rendit , et les états de Flandre , de Brabant et d'autres provinces y envoyèrent leurs députés. Ceux-ci traitèrent l'archiduc avec une hauteur qui tenait de la morgue et de l'arrogance ; ils lui dirent nettement qu'il fallait qu'il consentit, de gré ou de force (&) , au mariage de sa fille avec le dauphin.
Maximilien se trouvait dans la plus fâcheuse position. Il était jeune, abandon né à ses propres lumières, qui étaient fort bornées , et il n'avait auprès de lui aucun homme capable de le conduire et de le diriger. Il n'était accompagné que de jeunes chevaliers qui n'avaient pas plus de talens ni d'expérience que lui-même. D'ailleurs , depuis la mort de la duchesse , il n'osait plus parler sur le même ton qu'autrefois.
Le congrès fut transféré à Arras. Louis laissa discuter ces grands intérêts sans se montrer. II s'était assez déclaré. Il ne demandait que le comté d'Artois ou celui de Bourgogne , l'un ou l'auti^e. Mats messeigneurs de Gand ( c'est ainsi que le roi les appelait) les lui firent donner l'uu et l'autre avec les seigneuries d'Auxerrois , du Maçonnais et du Cbarolais , et s'ils eussent pu , ajoute Gomines , lui faire céder les comtés de Hainaut et de Namur , ainsi que toutes les provinces où Ton parle la langue française , ils l'eussent fait volontiers pour affaiblir leur souverain.
(a) La Marche, liv. a, cb. 9.
(b) Vousist-il , OM non. Gomines.
HDITIÊME ÉPOQUE. 1S9
Louis^ijni ëtait si exercé à emprunter toutes les grimaoesde l'hypocrisie, fit quelque difficulté d'accepter ces conditions; car quoiqu'il eût laissé aux négociateurs la liberté de lui céder ou le comté de Bourgogne ou celui d'Artois , il désirait vivement de devenir maître de cette dernière province, n savait que la Flandre sans l'Artois est peu de cbose^parcequecette province étantsituéeentre la Flandre et la France , était comiùe une bride pour les Flamands, dit Comines ; que celui qui était maître de l'Artois , pou* vait en tirer des hommes pour châtier ces Flamands » quand ils feraient les fous , ajoute* t-il« *
Le traité fut conclu d'après ces bases , et Ton convint au surplus qu'immédiatement après la publication de la paix 9 la jeune princesse serait remise au pouvoir du roi de France pour être élevée à sa cour. On ne fit aucune mention du duché de Bourgogne , doat Louis avait la possession , qui ne lui étant plus contestée , lui fut assurée par cette confirmation tacite.
Ce traité , conclu à Arras le a3 décembre i48a , fut scellé par les princes du sang , les pairs de France , l'université de Paris , les bonnes villes du royaume , ainsi que par les prélats et nobles des comtés d'Artois et de Bourgogne , qui tous en jurèrent l'observation. Le dauphin le jura également sur levangile « la sainte hostie et la vraie croix.
La princesse Marguerite, qui n'était âgée que de trois ans , fut amenée au mois d'avril i483 à Hesdiu par la duchesse de Ravestein (a) , et reçue comme dauphîne par ma
(a) Anne de Bonrgogne, fille naturelle de Philippe-lc-BoD, femme d*Adolpbe de dêrei, seigneur de Rayettein.
i6o HISTOIRE GÉNÉRALE DB LA BELGIQUE.
dame de Beaujeu , fille ainëe du roi (a) , madame de Du* nois, soeur de la reine, et autres dames de distinction. Elle fit son entrée à Paris le a juin , vers cinq heures du soir, accompagnée de madame de Beaujeu et des autres dames, par la porte de S^ Denis , où étaient dressés trois écbafauds par étages. Sur le plus élevé était placé un personnage représentant le roi ; sur le second , deux enfans représentant le dauphin et la dauphine ; sur le troisième , le seigneur et la dame de Beaujeu. On y avait aussi placé quatre personnages allégoriques représentant l'agriculture , le clergé , le commerce et la noblesse , qui récitèrent à la jeune princesse à son entrée un couplet analogue à leur condition (b). Le mois suivant, la princesse fut conduite à Amboise , où Ion célébra en grande cérémonie les fiançailles , auxquelles intervinrent par ordre du roi, plusieurs seigneurs du royaume et députés des bonnes villes.
Qui l'eut cru, qu'après avoir été accordée et fian* cée si solennellement ; api*ès avoir été si honorablement reçue et accueillie^si noblement traitée à la cour de France,oà elle porta le titre de madame la dauphine, cette princesse eiUété si brusquement et si indécemment renvoyée? C'est cependant ce qui arriva. Après la mort de Louis XI , les courtisans intriguèrent de toutes les manières pour rompre ce mariage , et le dauphin , devenu roi sous le nom de Charles Y III , cédant à leurs suggestions , renvoya la
(a) Anne, mariée au prince de Bourbon , seigneur de Beaujeu.
(b) Cominet, liy. 6 , eh. 9. La Marche , liy. a , ch. 9. Chronique tcaodaleuse.
HUITIÈME ÉPOQUE. i6i
princesse à son père, ei épousa, en 149I9 Anne de Bretagne , que Maxlmilien avait épousée par procureur , en 1489. Ce monarcjue , i qui Ton avait renvoyé sa fille et enlevé sa femme , se voyant ainsi doublement outragé , exhala sa colère en vains reproches et en menaces impuissantes.
«iDÂVSvaui Qssiitaaa<
Soulèrement des FlamaDd8.Maxiinilien 8*emparc par ruse de Termonde et d*Audenarde. De'faite des Gantois. Il se rend à Bruges et accordé la paix aux Fiamauds. Le prince Philippe est rendu ii son père. Maxinilien entre dans Gand.Soulévement. Le tumulte est apaisé; il recommence. Maximilien déchire les privilèges des Gantois et leur accorde leur pardon. — Il part pour l'Allemagne; il est élu roi des Romains, Guerre contre la France. La yille de Térouanne est prise et reprise. — Leseignenr de Bassenghien est arrêté; il s'érade. — Reddition et soumisaîon de la ville et de la citadelle de Courtrai. Le seigneur de Heule est cruellement massacré.
Le pays était divisé en deux partis (a). La plus grande partie du Brabant et de la Hollande ^ le Hainaut, le Luxembourg , le comté de Namur, la plupart des gouverneurs des villes et des provinces, tinrent celui de Maximilien. Mais les Flamands , ligués avec l'autre partie du Brabant , et animés par les Gantois , étaient soulevés contre Tarchiduc, Ce prince souffrait impatiemment que
(a) Heuter., lib. 2.
i6a HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE,
les Gantois s arrogeassent le droit de retenir le jeune Philippe sous leur tutelle , et il e'crîvit aux seigneurs qui formaient son conseil (a), pour leur représenter combien il ëtait contraire aux principes de la justice , au voeu de la nature, à la volonté de la nation , de contester et d'ôter au père le droit d*étre le tuteur de ses enfans. Ces seigneurs étaient indécis sur la réponse qu*ils devaient faire ; maisles Gantois, de leur propre autorité, y répondirent sur un ton aussi peu modéré que peu respectueux.
Cette fôcheuse querelle , qui mettait tout le pays en agi' tation, amena enfin la guerre civile (i484)- L'archiduc voyait bien que les Gantois avaient l'intention de prendre les armes ; mais il savait qu'ils n'en avaient pas les moyens. Iltftcha donc de les prévenir. Il n'était pas à la vérité beau coup plus fort que les Flamands ; mais à défaut de forces, il eut recours à la ruse , et il conçut le projet de s'emparer sans bruit des villes voisines de Gand. Il assembla donc ses gens d'armes à Malines (&), et il en choisit une douzaitie, à la tête, desquels était un homme déterminé nommé Jacques de Fouquesolles. Il les fit habiller en moines noirs et blancs, en religieuses noires et blanches, et les fit monter sur deux chariots ; l'abbé , ou , comme on dit, le /7afer, c'est-à-dire, celui qui en jouait le rôle, était assis au milieu des nonnettes^ c'çst-à-dire , de ceux qui en portaient l'habit, et qui, pour mieux tromperies yeux, s'étaient adouci la figure avec durouge. L'abbé, pour faire bonne contenance , caressait un petit chien , qu il tenait sur ses genoux. Un troisième chariot portait d'autres
{a] Adolphe de Clèvcs était à la tête de ce conseil. (6) La Marche, liv. 3 , ch. 11. Heutcr., lib. a.
HUITIÈME ËPOQUE. i63
soldats déguises en bourgeois qui avaient Pair d*étre des marchands. Tous ces soldats , ainsi travestis , avaient sous leurs liabits des armes cachées et un coutelas pendu à leur cAté.L*archiducles envoya à Termonde, où il avait des intelligences , et leur ordonna de se diriger de manière à arriver à la pointe du jour k la porte, où ceux de la ville qui étaient dans le secret, devaient se trouver. L'archiduc, qui s*était entendu avec eux, était parti de grand matin à cheval, et était allé se placer lui-même avec ses gens d armes près de Termonde , dans un endroit appelé la Maladerie. L'entreprise fut aussi heureusement exé* cutée qu'elle avait été adroitement concertée.
L'archiduc était convenu d'un signal avec les moines et les nonnettes. Les deux chariots qui les portaient entré rent sous la porte et donnèrent le signal au prince , qui accourut au grand galop avec toute sa troupe , consistant en huit cents chevaux. FouquesoUes et tout son monde s'étant débarrassés de leur costume d'emprunt , et sortis de leurs chariots, s'étaient rendus maitres de la porte , où ils attendaient l'archiduc , les bâtons et les armes à la main. Les cavaliers entrèrent dans la ville , et il s'y eagSLgesL un combat assez vif, dans lequel plusieurs bourgeois furent tués. Du côté de l'archiduc , on n'en compte qu un ; c'était Jacques , fils du comte de Hom. Après cette espèce d'escarmouche, les troupes de Tarchiducse porté* rant directement sur le marché, sans rencontrer d'obsta* cle , et il resta ainsi maître de la ville. Il envoya sur le champ dans toutes les rues des officiers chargés de rassurer les habitans , que la frayeur avait fait sortir de leurs maisons, où ils rentrèrent fort tranquillement, de sorte que le
i64 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE,
lendemain il ne paraissait pas qu'il y eût eu aucun tumulte ni désordre dans la ville. L'archiduc y resta quelque temps. Il conCa la commandement de la place à Jean , seigneur de Melun, qui s'y comporta très-bien , et il revint à Bruxelles.
Le comte de Romont , qui , après avoir abandonné le service de Tarcbiduc , était capitaine , c'est-à-dire , gouterneur de Gand et de la Flandre , se mit à la tête des hommes de bonne volonté qu'il avait pu réunir : il eu avait trouvé seize mille , et il se porta sur Assche entre Bruxelles et Alost. L*arcliiduc , qui voulait l'en déloger, assembla les Bruxellois pour les engager à l'y suivre. Mais les chefs de la ville s'opposèrent à ce projet, alléguant sans détour qu'ils ne voulaient pas faire de la querelle de l'archiduc une guerre particulière des Bruxellois contre les Gantois. L'archiduc , se trouvant ainsi arrêté dans son projet , employa d'autres moyens pour gagner le peuple ; et quand il vit qu'il était assez bien disposé i le seconder , il le fit un matin assembler sur la place , et se rendit lui-même à l'hôtel-de-ville, pour demander positivement aux magistrats s'ils entendaient qu'il ne pût requérir Tassistancé des habitans de Bruxelles contre ses ennemis. Les magistrats ne savaient que répondre: u Venez avec moi , dit l'archiduc ; le peuple est assemblé , » et nous connaîtrons de lui-même son intention. » Les chefs furent tout déconcertés et changèrent de langage. L'archiduc harangua le peuple, qui, tout d'une voix, déclara qu'il était prêt à faire ce qu'il voudrait et ce qu'il ordonnerait.
Après cette réponse , le prince chargea Olivier de La
HUITIÈME ÉPOQUE. i65
Marche, qui le rapporte , de se rendre en Hainaut pour disposer les habltans de cette province à embrasser sa cause. La Marche partit à Theure même pour remplir cette mission.
En même temps, l'archlduc ëtait parti pour Âth ( La Marche dit pour Mons ) avec plusieurs seigneurs sur la discrétion et la prudence desquels il pouvait compter. Il se concerta avec eux sur le moyen de 8*emparer d'Andenarde ( 1 485 )• Il élait difficile d*y parvenir par la force. Ou employa donc la ruse , qui , comme dit Heuterus , est plus puissante dans les guerres civiles que la force ouverte , et l'archiduc parvint par des pratiques secrètes à gagner le lieutenant du commandant du château d*Âu> denarde pour les Gantois. Cet officier lui promit qu'il lui livrerait cette place. Il s*y était prêté de si bonne grâce, qu'on 8*en défiait. Un si prompt dévouement paraissait suspect. Maximilien assembla son conseil pour discuter la chose , et enfin il fut résolu que Ton tenterait l'aventure. On fixa le moment de l'exécution à une heure après minuit , et l'on convint du signal que l'on donnerait au lieutenant ; c'était le cri de hem , trois fois répété. L archiduc s'étaut mis à la tête de quatre cents cavaliers et de seize cents fantassins avec une gi*ande suite de seigneurs, chevaucha pendant presque toute la nuit. Il fit un grand circuit autour du château d'Audenard'e , afin de n'être pas entendu du guet , et se fit accompagner d'un guide sûr, qui le mena à l'entrée de la place. On donna le signal convenu. Le lieutenant , qui attendait la troupe de l'archiduc à la porte , fait entrer les premiers, et l'archiduc les suit avec le reste de son monde.
i66 HISTOllŒ GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
Le commaiidaut^ qui Ignorait absolument ce complot, fut pris dans son lit avec sa femme.
Maximilien ayant fait mettre une bonne garde au château , entra avec tous ses gens d'armes dans la ville à une heure après minuit le 4 janvier , à la lueur des flambeaux , et fit faire de suite une proclamation pour rassurer les habitaus et les exhorter à ne pas bouger de leurs maisons , protestant qu'il ne leur voulait que du bien. Ils se recouchèrent donc tranquillement, et l'archiduc alla se loger à Thôtel du Cerf. Il sut maintenir une si bonne discipline dans sa troupe , qu'elle ne commit aucun excès , ni pillage , ni meurtre , ni mauvais traitement , et que le lendemain toutes les boutiques furent ouvertes , et les marchandises étalées comme i l'ordinaire. Le lieutenant qui avait livré le château, en fut nommé commandant pour prix de sa trahison.
Les Gantois , alarmés des succès de l'archiduc , envoyèrent le seigneur de Gruthuse auprès du roi de France pour réclamer son aide , et il en obtint un secours de six cent cinquante lanciers à cheval et de deux mille hommes de pied , commandés par Philippe de Crevecœur , seigneur des Cordes, qui entra en Flandre au commencement de mai. Il tenta de s'établir à Tournai; mais n'ayant pu y parvenir , il vint à Deinze , où il resta quinze jours.
L'archiduc , de son côté , rassembla une armée de quatre mille hommes d'infanterie et de deux mille de cavalerie ; et s'étant approché des portes de Gand , il dressa une embuscade près de celle de S^ Bavon , et se montra à la vue des Gantois , suivi d'un petit nombre de seigneurs
et de cavaKers, tandis que Montigni , avec cinq cents hommes de troupes légères , faisait le dëg&t dans tous les environs et revenait tous les jours avec son butin aux portes de la ville. Les habitans s*ëtant concertes se tinrent prêts à saisir le moment où il y arriverait , pour iaire , au signal convenu , une sortie imprévue , afin de sur* prendre ainsi sa troupe et de saisir sa proie. Ce signal était le son de la cloche appelée Roland* C'est ce que ]*archiduc désirait ; car en se montrant , en s* approchant de la ville, son dessein était de les attirer en campagne , et c'est ce qui arriva en efTet. Ils firent une sortie , comme ils l'avaient projeté , au moment où Montigni reparut à son ordinaii'e. Celui-ci ne laissa pas à sa troupe le temps des*arréter ; il lui fit plier bagage et rebi*ousser chemin. Les Gantois la poursuivirent vivement ; et quand ils eurent passé Tendroit où l'embuscade était dressée , ceux qui y étaient placés , se montrent et les prennent par derrière : Montigni se retourne et les attaque par devant , de sorte que , pris ainsi entre deux feux , les uns tentè« rent de se défendre , et furent renversés , blessés , tués , les autres tâchèrent de s'échapper , et furent poursuivis , atteints , hachés. La perte est évaluée à mille hommes environ.
Cet éehec abattit la fierté des Gantois. Tous les Flamands , fatigués de la guerre civile , désiraient Ardemment la paix (a). Une assemblée de chevaliers de la toison d'or ( ils étaient treize } s'était réunie à Termonde pour rédiger des propositions de paix que l'on présenta
(a) Heater. , lib. ?.
i66 HISTOIRE GÉNÉRALE D£ LA BELGIQUE.
aux Gantois. Le peuple était très-disposé à les accepter; mais ceux qui exerçaient 1 autorité dans la ville , montrèrent des dispositions entièrement opposées au Toeu général. Dès qu'ils eurent entendu parler de paix, ils se retirèrent à Alost. C'était surtout Adrien Vilain , seigneur de Rasseghem , Guillaume de Rim , Jean Coppenole et Daniel Ouradene. Les Gantois requirent le magistrat d*Alost de les faire arrêter et conduire à Gand. Rim et Ouradene eurent la tête tranchée. Les trois autres trouvèrent le moyen de se sauver et se réfugièrent à Tournai. 'Maximilien , connaissant les dispositions pacifiques des habitans de Bruges , se rendit le a6 juin dans cette ville, où il fut reçu avec les plus grandes démonstrations de joie. Tous les Flamands , qui désiraient sincèrement la paix vinrent y rejoindre le prince , qui la leur accorda aux conditions suivantes (a) :
Que les états et les villes de Flandre seront tenus de reconnaître Maximilien pour tuteur de son fils ;
Que les Gantois amèneront le prince Philippe hors des portes de la ville pour le remettre dans les mains de Maximilien , qui promettrait de son côté , qu'il ne permettrait pas que son fils sortît de la Belgique avant qu'il eût atteint Tâge de puberté ;
Que les états de Flandre paieront à l'archiduc en trois termes , la somme de sept cent mille florins pour les frais de la guerre.
Les Gantois vinrent au lieu indiqué remettre à son pèrele jeune prince^ accompagné du seigneur de Raves-
(a) Heut. , lib. 2.
HUrriËME ÉPOQUE. 1G9
tein. L'archidac 8*ayançA ponr receToir son fils , qui , 1 rinstant , sauta de cbeTal , se découTrit et s'indina profondément, en pliant le genou* Le père le releva avec empressement et affection , et ils se tinrent long-temps étroitement embrasses. Les Gantois tombèrent aux pieds de Tarcbidnc, et écoutèrent dans cette posture de snpplians , les conditions de la paix. Après cette cérémonie , l'archidnc fit son entrée dans Gand le 7 juillet (a)«
Le comte de Nassau marcbait i la tête des bommes de j»ed, rangés par lignes de cinq de front. Ils étaient an moins deux mille , suivis des barons et des cbevaliers , après lesquels venaient les bommes i cbeval* L'arcbiduc , le prince son fils , le seigneur de Bavestein et les antres grands seigneurs , ainsi que les grands conseillers de rarcbiduc , étaient entre les deux corps* Us entrèrent à Gand dans cet ordre , sans embarras. L'arcbiduc et son fils furent conduits à leur palab, qu'ils trouvèrent préparé pour les recevoir.
Vers le soir , les babitans se mutinèrent et se portèrent en foule sur le marcbé. C'étaient sans doute les basses classes. Les soldats allemands et les autres se retirèrent au palais deFarcbiduc^qui lui-même vint loger dans la cbambre d'Olivier de La Marcbe, parce qu'elle était située sur le devant.C)n délibéra sur le parti qu'il convenait de prendre , et l'on crut que le meilleur était de voir ce que les Gantois feraient cette nuit, en se tenant cependant sur ses gardes. Le comte de Nassau , & la téie des Wallons , se dirigea sur le palais.
(a) La Marche, lir. a, cfa. la.
Ainsi se passa cette nuit. Le lendemain matin , l'arcliiduc 9 accompagné des soldats allemands , marcha vers rhôtel-de-vîlle ; et ayant fait arrêter son monde à un coin de rue , près du marché aux poissons , il vint lui-même parler aux magistrats assemblés dans le lieu de leurs séances, et leur offrir défaire dissiper ce rassemblement par sa troupe. Ils le prièrent de ne pas employer la force , en lui assurant qu'ils trouveraient le moyen de les faire tous retourner sans bruit dans leurs maisons. Deux notables du corps vinrent haranguer les mutins et leur remontrèrent qu'ils exposaient la ville au plus grand danger; que le prince était disposé à les disperser par la force, et qu'il ne leur serait guère possible de résister. Ils les engagèrent donc par de belles paroles à regagner paisiblement leurs foyers, en leur garantissant qu'ils étaient sûrs des bonnes dispositions du prince. Us promirent de se retirer , à condition toutefois que l'archiduc se retirerait également avec tout son monde. C'est ce qu'il fit. Les Gantois cependant ne quittèrent pas le marché ; mais c était plutôt par crainte que par obstination ; ils craignaient d'être surpris dans leurs maisons. Le comte de Nassau insistait toujours pour marcher contre ces mutins. C'était le moyen , disait-il , de se rendre maître de Gand et de toute la Flandre. Philippe de Clèves , fils d'Adolphe , contenait au contraire que cette lutte pourrait entraîner la destruction de Gand, et que l'archiduc courait ainsi risque de perdre la ^ur et la perle de tous ses pays.
Maximilien ne savait se décider , et il passa tout le jour dans cette perplexité. Le soir, les Gantois se retirèrent de la place et se portèrent sur le petit marché près du
HUITIÈME ÉFOQCE. 171
château. On résolut de ^enir les attaquer par derrière du côté de la coupure , en reuYersant les maisons pour faire passage aux troupes. Le comte de Nassau , qui aimait tous les moyens violens , appuyait fortement ce plan , et les Allemands , qui étaient comme campés dans la cour du palais, témoignaient la meilleure volonté de l'exécuter. C'était , dit La Marche , une belle chose de voir leurs dé* votes grimaces , comme ils se recommandaient à Dieu . comme ils le réclamaient , comme ils s'étendaient à terre» comme ils la baisaient. En vérité , a)OUte*t-il , je vis volontiers leur manière de faire*
Enfin la nuit arriva , et les Gantois profitèrent de son obscurité pour s'échapper et se retirer dans leurs maisons. Au point du jour , les députés du magistrat vinrent annoncer i l'archiduc que la place était évacuée, et le supplièrent d'avoir pitié de ce peuple égaré. Le prince se laissa fléchir , et ordonna à Ravestein et à La Marche de conduire son fils à Termonde , où il fut reçu avec les plus grandes démonstrations de joie.
Tout paraissait donc apaisé , quand au bout de cinq jours, le tumulte recommença, à l'occasion d'un fait que rapporte Heuterus (a). Trois soldats allemands, qui avaient voulu violer la servante de la maison où ils étaient logés, furent emprisonnés par ordre du magistrat. Quatre de leurs camarades s'étant rendus à la prison , forcèrent la servante du geôlier i leur donner les clefs. Déjà ils avaient ouvert les portes. La servante , par ses cris , attire une foule d'habitans , qui , informés du fait , courent an
(a) lib. 3.
17a HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
magistrat demander ratsoD de ce double attentat. Le magistrat promit, mais faiblement, de leur en donner satisfaction. Cette réponse ne les contenta pas , et ils prirent le parti de se faire justice ou plutôt se venger eux-mêmes. Us coururent donc aux armes. Uarcbiduc assiégé, pour ain$i dire , dans son propre palais , ordonna aux Allemands de marcher contre cette bande. La populace est souvent aussi féroce , quand on lui cède, que l&che, quand on lui résiste. Toute la bande jette les armes et regagne ses foyers* L'archiduc se rend lui-même à Thôtel-de-ville , et ordonne au magistrat de lui livrer les chefs de Témeute, dont trente trois furent mis à la torture , huit condamnés à mort, et cent au bannissement.
Le i3 juillet , l'archiduc tint une séance solennnelle. Revêtu de ses plus magnifiques habits , il était assis sur son trône ducal , richement orné et pompeusement décoré. Les conseillers et les seigneurs belges et bourguignons , les ambassadeurs de France et d'Angleterre , les envoyés des évêques de Liège et de Cambrai , étaient assis à sa droite et à sa gauche. Les magistrats de la ville de Gand , en longue robe , tête nue , parurent devant le prince , qu'ils saluèrent humblement. Une multitude de peuple remplissait toute la salle.
Le chancelier de Brabant leur adressa ces mots en langue du pays : « Après que vous avez épuisé avec la » dernière audace tous les outrages contre la personne ' » et Tautorité de votre sérénissime prince et seigneur , > il avait bien voulu faire la paix avec vous , sacrifiant n ainsi son propre ressentiment au bien et au salut
» communs. Cependant , après ce grand acte de dé* » menoe et de modération , vous avez saisi l'occasion » d'un misérable incident pour reprendre les armes; n TOUS avez osé l'attaquer dans trois différens endroits n de la ville , et il avait pris la résolution de mettre tout » à feu et à sang pour vous punir comme vous le méritez , I» s'il ne s'était laissé fléchir par les prières des honnêtes » citoyens , et s'il n'avait pas craint de confondre les n innocens avec les coupables et le sacré avec le profane. » L'archiduc consent donc à entendre la requête que » vous avez demandé la permiasion de lui présenter, n
Le syndic de la ville de Gand prit la parole au nom de tous. « Les Gantois , dit«il , avouent qu'ils ont griève- » ment offensé le meilleur des priuces» et ont encouru » par leurs méfaits la peine de mort et la perte de leurs » biens. •
Après cet acte de soumission, ils présentèrent au prince un petit coffre dans lequel étaient gardés neuf volumes contenant les privilèges que les rois de France, dans difliîrens temps, avaient octroyés aux Gantois , ou que ceux-ci avaient extorqués à leurs comtes. Le gardien des actes brisa les sceaux du coffire et déchira les privilèges qui y étaient contenus.
Maximilien déclara qu'il se contentait de cette satisfaction et qu il leur accordait un pardon absolu , promettant au surplus que s'ils voulaient être sujets fidèles , il leur serait bon prince, et que dès que sou fils aurait atteint Vâgecompéteiit, il lui confierait le gouvernement du pays.
Cette cérémonie fut terminée par un grand festin ,
OÙ Ion distribua largement le vin an peuple. La paix fut solennellement publiée , et Jacijues de Ghîstelle fut nommé grand-bailli de Gand.
Après avoir ainsi rétabli l'ordre , l'arcbidnc , tranquille de ce côté, ne pensa plus qu'à faire tous ses arrangemens pour se rendre en Allemagne auprès de l'empereur son père , qu'il n'avait pas vu depuis buit ans. Pour donner à son voyage plus d'éclat et d'appareil , il organisa un corps de musiciens à l'exemple des anciens ducs de Bourgogne , dont la musique faisait une partie essentielle de Tétat de leur maison (a).
Maximilien fit venir i grands frais de toutes les parties de l'Europe les meilleurs maîtres et les meilleurs chanteurs. On en comptait six cents. Il leur donna un élégant uniforme , qui consistait^ en babits tricolor , blancs , bleus et rouges , ses couleurs favorites. Il donna pour gouverneur à son fils Adolphe de Ravestein, et confia le gouvernement du pays et l'administration de la guerre à Philippe de Glèves, fils d'Adolphe, et à Englebert de Nassau , et celle de la justice à Jean de Garondelet , chancelier de Bourgogne.
Le 4 novembre , il partit pour Anvers et se rendit à Aix-la-Chapelle , où. l'empereur était venu à sa rencontre. Le i6 février i486, il fut élu roi des Romains i Francfort , et couronné à Aix-la-Ghapelle le 9 avril de la même année.
[a) La musique du duc Jean-sans-Peur était composée d'un clerc de musique, c'est-à-dire, d'un chef d'orchestre, de pages de musique et de douze ménétriers ou violons. Philippe-Ie-Bon y ajouta six har* peurs, c'est-à-dire, joueurs de harpe, hautbois et trompettes.
HVITIBME ÉPOQUE. «72»
La tnnijQilCtë était donc rétablie dans la Flandre. SXais une mésintelligence sourde régnait entre le roi des Romains (a) et le roi de France , depub que ce dernier a^ait accordé aux Gantois le secours que Crevecoenr leur a^ait amené. Les deux rois cependant, déjà trop occupés des aflkires de leurs états , avaient dissimulé leur ressentiment. Mais il y a^ait à la cour de France un parti nombreux , dans lequel se trouvaient des bommes consi* dérables, qui youlaient la guerre, et jCreTec<Bur était i la tête de celte faction. Le roi de France ne voulait pas rompre ouyertement la paix , parceque c*eiU été mettre le tort de son côté, et c'est ce qu'il voulait éviter. Mais Crevecœur, qui connaissait les sentimens du roi , ne craignit pas de se mettre en avant , et le roi , comme on dit , le laissa faire. Il s'aventura sur les c6tes de Flandre, et pilla les vaisseaux , se jeta sur le territoire du Hainaut , et dévasta les campagnes.
La rupture était donc ouverte , et Maximilien se mit en état de défense. Ses troupes emportèrent la ville de Térouanne par ruse , et les Français la reprirent égale* ment par stratagème l'année suivante i^Sy,
Le seigneur de Rassengbîen , qui de Tournai s'était retiré à Lille avec toute sa famille , croyant y être en sûreté , y fut arrêté par ordre du roi des Romains , et conduit à Yilvorde. Adrien de Liedekerke , oncle de ce seigneur , forma le projet de l'en tirer par ruse. Il s'associa à cet effet quatorze bommes affidés et déterminés, armés de toutes pièces , et vint avec trois de ces bommes
(a) Maximilien , qui désormais est désigne' par ce titre.
seulement , se promener dans les environs de la forteresse , comme sans intention et sans but. Il avait placé les autres dans une embuscade. Il saisit le moment où il savait qae le gouverneur ëtait à Bruxelles. Il se présenta à la porte I et demanda au concierge la permission d'entrer. Il la lui refusa d'abord ; mais enfin il fit tant par promesses 9 par belles paroles, témoignant un vif désir de voii* cette fameuse forteresse , dont il avait tant entendu parler , disait-il , qu'il parvint à gagner le concierge. Rassenghien se promenait en robe de cbambre et en bonnet de nuit au milieu de la cour. Liedekerke s'en approche. Partons , dit*il ; Rassenghien le reconnaît et le suit. Le concierge jette de grands cris; les autres le poussent , le frappent à grands coups de poings avec tant de violence , qu ils lui brisent presque la tête contre le mur et le laissent presque mort au milieu de la cour ; et avant qu'il eût le temps de se relever , ils étaient déjà à cheval. Au signal convenu leurs compagnons vinrent les joindre , et ils coururent toujours sans se retourner. Ils ne s'arrêtèrent qu'à Tournai , oà ils ne restèrent que le temps nécessaire pour se reposer , et ils ne tardèrent pas de se rendre à Gand. Leur arrivée inattendue mit toute la ville en mouvement ; et pour échauffer de plus en plus les esprits, ils firent le récit de tous les mauvais traitemens qu'avait essuyés le seignenr de Rassenghien dans la prison de Vilvorde. « Le même I» sort est réservé, disaien^ils, itous ceux qui ont pris 1» les armes contre le roi des Romains pour défendre leur » liberté. Ce roi ne respecte , n'exécute aucune des conn ditions de la paix qu'il a jui*ée. Il n'y a plus de justice
HUmÈIIS ÉPOQUB. 177
» dans les trîbnnanx , plus de discipline dans les armées , » pins d'ordre dans les finances. Il fant l'obliger i ren- « dre compte de tons les argens <jn'il a le^és et <jn*il a » donna â tons ses Allemands , qni les ont en partie » dissipés, en partie envoyés en Allemagne. Philippe et » Cbarles n*ont pas absorbé pendant tont lenr règne » autant dargcnt , que celui-ci pendant cinq ans. C est » un véritable goulTre où toutes nos richesses ont été » s'englontir. •
En même temps, les gardes du corps du roi, sons prétexte qu'on ne leur payait pas lenr solde , pillaient, dévastaient les campagnes du Brabant et du Hainant , et les soldats allemands désolaient le territoire de Bruges.
La paix fut donc encore une fois rompue , et dès le commencement de Tannée suivante (i488), les hosti* lîtés recommencèrent avec plus de fureur {a), Liedekerke sortit de Gand avec trois mille hommes , suivi d'un grand nombre de chariots et de canons, et arriva devant les mnrs de Courtrai pendant la nuit du 9 janvier. Le matin , la garde qui était à la porte de la ville , voyant tous ces chariots , demanda d'où ils venaient. Les conducteurs répondirent qu'ils s'étaient sauvés de leurs villages pour se soustraire à la fureur des Gantois. Dans ce moment , une nouvelle troupe arriva, et parvint , à la faveur de la glace , à escalader les murs. La porte fut abattue d'un coup de canon. Dans ce pressant danger , les bourgeois coururent aux armés et se réunirent à la garnison. Il s'engagtui à la porte un combat très- vif, qui dura une
[o) Ileuter. , lib. 3.
Y. la
i^a HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
heure et demie. Les bourgeois furent repousses dans la ville , et les Gantois les y poursuivirent. Le bailli ne les attendit pas ; il se sauva par la porte opposée , et les habitans firent sans ultérieure résistance le serment de fidélité à rarchiduc Philippe et à la ville de Gand.
Le seigneur de Heule (a) se i*etira avec la garnison à la citadelle , qu'il rendit le lendemain , avec la condition que ceuic qui voudraient rester dans la ville , prêteraient le même serment. Ce seigneur s*y soumit et fut nommé gouverneur de la forteresse. Liedekerke , qui ne s'y fiait pas , étant parvenu à se rendre maître des canons , en entreprit le siège. Heule, qui n avait que dix*huit hommes , se rendit furtivement i Gourtrai auprès de Maximilieu pour lui demander un renfort. Celui*ci le lui promit ; mais les Brugeois fieiisaient si bonne garde qu'il était impossible qu'il sortit un homme de la ville sans qu'on s'en aperçût. Heule , qui avait fait le voyage en allant et revenant sans être découvert , osa concevoir le projet de soutenir l'attaque avec ses dix-huit hommes. Il arbora le drapeau du roi des Romains , et se défendit en désespéré avec sa petite troupe pendant trois heures , toujours soutenu par l'espoir de voir arriver le renfort. Les Gantois eurent quelques hommes tués. Le brave Heule fut grièvement blessé. Enfin , il fallut se rendre , et les dix -huit braves , qui avaient si courageusement soutenu l'attaque , furent massacrés. Heule , aflaibli par sa blessure , s était fait transporter dans une chambre , où il croyait être en lieu de sûreté. Mais Liedekerke,
(a) Village à une demi-lieue de Gourtrai.
qui avait découvert sa retraite, vint Vy surprendre* Heule était couché sur des coussins. Sa femme était assise à son c6té. Liedekerke ne rougit pas de ternir la gloire de son nom en portant la main sur un ennemi blessé et désarmé. Âpres lui avoir fait trois grandes blessures à la tête , il le perça d'un coup mortel sous les yeux de sa femme.
SovLÈYzvsHT des Brugoois : ilt pillent Ja maison de l'écoutéte, Pierre Lanchalt. — Supplice de deux femmes. — « Assemblée dans la maison de Pierre CaneeU •» Le roi des Romains est arrête , et son palais pil* lé : il est déclare' déchu du gouTernémeot de la Fland/e.— Le ch«&« celier de Bourgogne est arrêté, et les ministres du roi sont enle? es et emprisonnés. — Cruelle torture de deux citoyens de Bruges. — - Les soldfttf ftllemands sont attaques par surprise. — Le roi est transféré dans la maison de Philippe de Clèret : sa réponse ferme ; sa contenance magnanime. »- Supplice de Jacques Ghistelle. •» Conyocatioa des états À Malines : ils se rendent à Gand.-« Mouvelle convocation. — Torture de Nicolas Delfîus. —Supplice de Lanchals. — Bref d'Innocent VIII aux Gantois. — Elargissement du roi. — Procession. — • Serment du roi, dea états, du magistrat et de Philippe de Clèvei.—
Entretien du roi arec Philippe de Cleves.
Les Brugeois, sourdement agités par les ennemis de Maximîlien , firent éclater bautement leurs plaintes sur le mauvais gouvernement auquel la Flandre était livrée : les métiers s'emparèrent des postes les plus importans de la ville (a). Maximilien, accompagné d'une suite peu nom-
(a) Heuter., lib. 3 9 cap. i et a.
i8o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LÀ BELGIQUE.
breuse , vint leur demander la raison de cette émeute z mais il n'en reçut qn'uoe réponse insignifiante et dédaigneuse. Ce fut le !•' de février que cette terrible sédition commença à éclater* Le peuple armé , précédé de cinquante-deux étendards des métiers , et suivi de cinquante canons, se rendit sur la grande place, où, ayant fait cesser toutes les affaires et fermer toutes les boutiques, il éleva des tentes , sous lesquelles il resta nuit et jour , sans relâche et sans interruption , criant qu il voulait que le comte de Flandre lui rendît les comptes des recettes et des dépenses annuelles, et des sommes qu'il avait exigées dans les années précédentes, pour les frais de la guerre.
Une partie des mécontens se porta le lendemain avec un étendard dont ils avaient cbargéun enfant de treize ans , à la maison de Pierre Lancfaals , écouté te, qu'ils n'y trouvèrent pas. Mais ils déchargèrent leur fureur sur la maison^ cassèrent les vitres, brisèrent les meubles, emportèrent les barnais, arquebuses, lances et autres armes , dont ils firent le partage , avec leurs camarades , sur la place. Maximilien , qui , pendant ce tumulte , se tenait renfermé dans son palais, envoya deux de ses officiers les plus affidéssurla place , pour demander aux séditieux leurs intentions et leur but, et si c'était contre le roi des Romains qu'ils avaient pris les armes. Il répondirent que non , assurant qu'ils voulaient vivre et mourir avec lui; mais qu'ils ne quitteraient point la place, qu on ne leur eût remis entre les mains les ministres perfides qui abusaient de sa confiance aux dépens du peuple. Le bruit se répand tout- à-coup que le gouverneur d'Anvers s'avançait avec une formidable armée pour rappeler
HUITIÈME ÉPOQUE. iBi
les Brugeoîs à la raison et à Tobéissauce. Cette nouvelle , qui était fausse , l'anima la fureur des séditieux. Là grosse cloche sonna l'alarme ,et les rebelles armés se rendirent avecrétendardde la Flandre , au palais du roi , dansCintention de le massacrer avec tous ses domestiques et tons ses partisans. Cependant le seigneur d'Utkerke , ancien bailli de Bruges , qu'ils avaient forcément établi leur commandant , parvint à calmer et à arrêter ces forcenés , et à les ramener sur la grande place. Mais ils voulurent connaître les auteurs de la nouvelle de l'arrivée du gouverneur d'Anvers , et ils découvrirent que c'étaient deux femmes qui avaient imaginé et répandu ce bruit pour contenir et intimider les rebelles. Ces deux malheureuses furent emprisonnées , mises à la question et condamnées au fouet et au bannissement.
Les Brugeois, ayant reçu le 9 février des lettres des Gantois , par lesquelles ils exigeaient que le roi filt étroitement renfermé et soigneusement garde , convoquèrent sur-le-champ une assemblée , qui fut tenue dans la maison de Pierre Caneel, et dont le résultat fut qu'il fallait s'assurer de la personne du roi. Ils envoyèrent eu conséquence vers six heures du soir des députés à ce prince , pour le sommer de se rendre sans délai sur la place. Il n'y fut pas plutôt arrivé , qu'on lui déclara que, vu la mauvaise conduite de ses officiers, Tin tention du peuple était de les pnnir des préjudices que la Flandre en avait soufferts; qu'en attendantcette juste punition , le peuple avait résolu de s'assurer de sa personne. Maximillen , qui sentit que la résistance était inutile, se contenta de demander d'être arrêté dans son palais. Après une heui'e de délibération,
i82 HISTOIUE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
il fut résolu de lui assigner pour prisou une maison située sur le coin de la place , appelée la maison Cranenbourg^ qui, selon les uns, était alors occupée par un droguiste y et , selon lès autres , par un jouaillier , où il fut très*étroitement surveillé , nuit et jour , par une garde composée de huit hommes de chaque métier, et Ton fit garn tries fenêtres de gros barreaux de fer. Les ministres et les courtisans du roi, qui ne purent échapper, furent traînés dans les cachots. La populace courut au palais du roi, qu*elle pilla , alléguant qu'on y avait découvert un magasin d'armes destinées contre le peuple : c'était un de ces mensonges ordinaires dans ces sortes de tumultes.
L'influence des Gantois avait tellement prévalu (a),qu a leur instigation , les Brugeois choisirent, au nom du duc Philippe et du roi de France, de nouveaux magistrats, et déclarèrent Maximilien déchu de la tutelle de son fils et du gouvernement de ses états , comme en étant incapable. Les députés des villes de Douai , Lille , Orchies , Yalenciennes , Bois-ie-Duc et Middelbourg , que le roi des Romains avait convoqués à Bruges avant la révolte , pour les consulter sur la paix à négocier avec la France, irrités autant qu effrayés des excès journaliers dont ils étaient les témoins , prirent le parti de se retirer , en apprenant cette nomination illégale. Les députés des provinces de Brabant , de Hollande et de Namur , les avaient devancés de quelques jours.
Le départ de ces députés, dont la présence gênait et importunait les rebelles , les rendirent plus; audacieux et
{a) Heuter., lib. S, cap. 3>.
aClTlÈME ÉFOQUE. . 18»
plus entreprc|iaD9. Dès ce moment en effet la licence neotplas de frein. Le chancelier de Bourgogne , Jean Carondelet , fut arrêté et emprisonné avec quelques autres personnages distingués. En même temps » une troupe de bandits se jeta dans la chambre du roi » pour enlever les seigneurs et les magistrats qui l'y avaient suivi. Ces fidèles ministres , avant de quitter le prince , se jetèrent i ses genoux , en lui protestant qu*iisétaient fermement résolus de persister, au prix même de leur vie, dans les sentimens d'attachement qu'ils lui avai#^nt voués, et en le suppliant de rappeler quelquefois leui*s personnes à sa mémoire. Le prince leur répondit qu'il conserverait une reconnaissance étemelle pour les services qu'ils lui avaient rendus, et l'attachement qu'ils lui avaient témoigné ; qu'il n'imiteraîtpoint le peuple de Bruges, pour lequel, leur dit«il, vous avez plus d'une fois exposé vos jours et sacrifié vos fortunes. Ces généreux serviteurs furent sur-le-champ traîna impitoyablement dans les prisons. Tous les citoyens qui avaient exercé quelque magistrature sous le roi des Ro* mains, furent également arrêtés et emprisonnés avec trois des plus notables habitans de Bruges , qui y avaient rempli des fonctions distinguées , et les magistrats nouvelle* ment nommés furent chargés de les interroger et de les examiner. Mais les charpentiers , sans attendre le résultat de la procédure , allèrent arracher les trois citoyens de Bruges des mains des magistrats , pour les traîner sur la grande place, où ils avaient dressé un échafaud, sur lequel ils avaient placé le chevalet , instrument qui servait à la torture des criminels. Ils y mirent Jean Niuove, qui fut si cruellement torturé aux yeux d'un peuple nombreux, que
i84 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
tous ses os en furent entièrement luxes et disloques. Il avoua 9 au milieu des tourmens^ qu'il était convenu avec rdcoutète , Pierre Lanchals , d'introduire les troupes du roi dans Bruges pour punir les rebelles. Le second , qui était un ancien officier , subit la même torture , et le troisième fut remis à un autre jour. Le bourreau était prêt à leur trancher la tête , et les trois malheureux conjuraient instamment le peuple d'ordonner promptement leur mort , en protestant qu'ils la lui pardonnaient : les uns voulaient qu'on les remenât à la prison ; les autres , qu'on les condamnât à la mort. Le premier avis l'emporta sur l'opinion de quelques-uns, qui voulaient qu'on prononçât la condamnation sans examen ultérieur. Jean Ninove fut ramené , deux jours après, sur la place , et remis sur le chevalet. Mais il ne fit point de nouvel aveu , et Técoutète même rendit un témoignage détaillé de l'innocence de laccusé, qui fut reporté à la prison , étendu surune*tâble , ayant tous les membres brisés.
Un édit , publié le 22 février , enjoignit à touslessoldats et serviteurs du roi qui se tenaient cachés , de se rendre sans crainte au Marché -du Vendredi , sous peine de mort , pour y recevoir leur paiement: ils s'y rendirent au nombre de quatre cents environ , tant Wallons qu'Allemands. Dès qu'ils y furent assemblés, un charpentier se mit à crier qu'il fallait tuer ces traîtres. Gomme ils étaient venus sans armes, ils tâchèrent de se sauver ; mais les charpentiers s'étant mis à leur poursuite , en blessèrent un grand nombre. Cependant la plus grande partie échappa à la mort par les secours des honnêtes citoyens,
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et des femmes sortoal , qui les cachèrent dans leurs uinisons*
LesBmgeoîs , craignant que le roi ne trouvât moyen d'échapper de sa prison , résolurent de le transporter dans la maison de Philippe de Qèves (a). Le roi, apprenant cette nouTcUe résolution , fit à ceux qui avaient été chargés de la lui annoncer, nneréponse pleine de fermeté : » Je vous déclare,dit-il,que pour m arracher de cette prison, il feu» dra que vous m'emportiez sur vos épaules. J'aurais cru que du moins vous auriez conservé un certain respect pour ma personne et ma dignité *, mais je vois avec peine que vous me traitez avec moins dVgards et de décence , que vous ne traiteriez le dernier de mes valets. Souvenez*vous qu'en venant dans votre pays, je n'ai fait que céder aux invitations et aux prières que m adressèrent les états de la Belgique , par 1 organe de Thonorable députation qu'ils m'envoyèrent , pour m'engager â dépêcher dans les circonstances les plus favorables mon mariage avec la princesse Marie de Bourgogne , comtesse de Flandre* Les troubles qui agitaient les provinces belgiques , ne m'arrêtèrent point : je me rendis avec empressement à vos vœux : je m'arrachai des bras de mon père , du sein de ma patrie , de mes amis , pour me rendre dans une terre étrangère; j y épousai , selon vosdésirs votre souveraine^et j'en eus des héritiers. Voici la dixième année que , vivant au milieu de vous/ j'ai feittous les eflbrts , employé tous les moyens, a0ronté tons les dangers , pour assurer votre bonheur , pour dé-
(a) Heuter.ylib. 3, cap. 4*
t86 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
n fendre votre pays et votre libçrté contre les entrepri* » ses et lesaltaques du plus puissant prince de l'Europe , M de ce perfide Louis , Fëternel ennemi de votre repos, » qui ne vous flattait que pour vous tromper et mieux I» vous asservir. Pensez , au reste^ que je suis le fils uni- N que de Tempereur Fre'dëric , que je suis roi des Ro- I» mains, descendant delà race auguste des Césars, que vous M auriez dû , par déférence pour son sang et sa naissance, » traiter avec moins d'indignité. Je me suis rendu auprès n de vous sans garde et sans escorte , sans précaution et » sans défiance, parce que je vous considérais comme mes 1» fidèles sujets, comme mes amis, et je n'y suis venu que M pour entendre vos plaintes , assurer vos droits et régler » vos intérêts. Mais j'étais loin de penser , qu'abusant » aussi cruellement de ma crédule confiance , vous m'au- » riez traité comme votre ennemi ! Jesais que je suis main- » tenant dans vos fers : je ne saurais sans doute me sous- » traire , ni même m opposer aux coups que vous mepré- » parez peut-être ; mais si je péris par vos mains , songez » que je ne suis pas le dernier des Autrichiens. Une aveu- » gle effervescence a troublé vos têtes et égaré votre rai- M son ; mars tâchez , je vous en conjure , de rappeler vos n esprits , pour mesurer avec calme la profondeur de l'a- M bime où vous vous précipitez, et pour considérer Tissue n de l'impinidente entreprise où vous vous engagez : je y vous y invite en ami ; je vous y exhorte en père. »
Ces paroles , prononcées avec la fermeté et la dignité qui convenaient à la majesté de son rang , ébranlèrent les députés , qui allèrent faire le rapport de leur mission. Mais les inflexibles Brugeois persistèrent dans leur arrêté.
Le roi» forcé de céder à la nëcessite, sortit donc delà mai* SCO de Cranenbourg , monte sur nn cheval couTert d'nne housse de drap d'or : il ëtait vêtu d'ane robe de damas traînante, et couvert d'un bonnet de soie pourpre. Quand il fut arrivé sur la place , il descendit de cheval , pour parler aux diflërentes compagnies de bourgeois armés , aux* quels il fit trois demandes , tenant son bonnet à la main; il pria qu'on ne Ini ftt essuyer dans sa personne an* cune violence ni outrage ; qu'on ne le livrât point aux Gantois ni aux Flamands , et qu'on lui rendit dix on douze domestiques de sa suite ordinaire. Les Bmgeois accédèrent à ces propositions , et le roi remonta à cheval pour se rendre à sa nouvelle maison , dont on avait également garni soigneusement toutes les fenêtres de gros barreaux de fer. Cependant la désespérante solitude , k laquelle œ malheureux prince se voyait condamné , le danger même auquel il était exposé , ne purent abattre son courage ni ébranler sa constance : sa contenance toujours majestueuse, son regard toujoun imposant, ses propos toujours mesurés , annonçaient la magnanimité de son caractère, qu'il ne démentit jamais, et la dignité de son rang, que jamais il ne compromit.
Mais les Brugeois paraissaient altérés de sang. Jacques Ghistelle, seigneur de Dndzelie, fut accusé de concussion (a). L'accusation était le présage certain de la condamnation : sa femme , ses deux filles , auxquelles se joignirent les prêtres , tâchèrent par leurs larmes et leurs prières , d'obtenir sa gi*ftce ; mais les cœurs
{a) Heuter., lib. 3, cap. 5.
des prétendus juges étaient sourds à la voix de la justice et fermés au sentiment de la pitié. L'infortune Ghis* telle , après avoir subi une cruelle torture , fut traîné sur la place, où il eut la tête tranchée, avet neuf amis du roi.
Le duc Philippe, qui était à Malines, convoqua les états pour les consulter sur les moyens de délivrer son père (a). Le chancelier de Brabaot et le président de Luxembourg exposèrent, le premier en flamand, le second en français, lobjet de rassemblée. Les états promirent qu'ils y emploieraient tous leurs eflbrts. Ceux de Brabant et de Hainaut envoyèrent un héraut i Gand et à Bruges , avec des dépêches pressantes. Les Gantois écrivirent aux états assemblés à Malines , pour les inviter à se rendre eux-mêmes à Gand.
Toute l'Europe s'intéressait vivement au sort du roi des Romains. Les princes de Tempire envoyèrent à Malines des députés , pour concerter avec les états les moyens de lui rendre la liberté, soit de gré, soit de force.
Cependant les députés des états étaient arrivés à Gand, où Ton tint de longues conférences sur ce grand objet , qui y fut très-vivement discuté ( b ). Les députés , ayant observé que les objets sur lesquels les Gantois voulaient qu'ils statuassent , excédaient leurs pouvoirs , partirent pour aller faire rapport de leur mission au duc Philippe et aux états assemblés à Malines. Le duc ,' s'étant sur-lechamp rendu à Bruxelles , y convoqua , à un jour fixe , une assemblée. Ceux de Gand, de Bruges et d'Ypres y en-
(a) Heut., lib. 3, cap. 6.
(b) Ibid, cap. 7 et 8.
voyèrent leurs députés, et il y fut i*ésolu, sur la demande unanime des envoyés, qu'on convoquerait une assemblée générale des états pour le meixredi de la seconde semaine de pâques , dans la ville de Gand , aCn d'y teiminer tou* tes les di£Scultés.
Mais les propositions d'accommodement n'avaient point arrêté la fureur des Brugeois. Nicolas Delfius , gendre de Pierre Lanchals , tomba dans les mains de ce peuple féroce , qui le Gt mettre à la torture , pour lui faire avouer où Lanchals était caché, Delfius eut le courage de persister à dire qu'il l'ignorait , et il fut renvoyé absous. Mais comme le peuple s'obstinait à la recherche et lia poursuite de Lanchals , le magistrat fit publier dans toute la ville , que si un bourgeois s'avisait de cache Pierre Lanchals , il serait pendu avec sa femme et ses enfans à la porte d'entrée de sa maison ; que ses biens seraient confisqués et ses parens bannis. Déjà , depuis cinq semaines Lanchals était caché chez un chapelier , qui passait dans tout le public pour être son plus grand ennemi ; mais cet homme , épouvanté par la rigueur de l'édit , prie Lanchals de prendre son parti. Il sortit donc déguisé , le visage couvert de fard , de la maison du chapelier ; mais il eut le malheur detre recon* nu , arrêté et traîné sur la place , où il fut torturé plus cruellement que ceux qui l'avaient été avant lui. Son en* nemi juré, nommé CoppenoUe, accourut de Gand, pour l'accuser et le charger. Comme le patient se défendait avec fermeté contre les inculpations calomnieuses de son ennemi, ce scélérat demanda qu'on redoublât les tourmens. » Bête féroce , crie Lanchals , tu as bien mieux mérité ce
n supplice que moi , à qui les crimes dont tu t'es souillé, m ne sont jamais entrés même dans la pensée. Tu as trafai » et persécuté ton prince ; tu as séduit et soulevé tes cou 9 citoyens ; mais tu n'échapperas pas à la main vengeresse M de la divinité , dont tes crimes ont attiré la juste -colère » sur ta tête. Souviens-toi de mes dernières paroles » . Plus les bourreaux redoublaient de rage, et s'acharnaient à tourmenter le malheureux Lanchals , plus il redoublait de fermeté, et s'obstinait â remontrer à ses juges leurs devoirs , à reprocher à ses concitoyens leur injustice et leur ingratitude. La vérité de ces remontrances et de ces reproches fatigua enfin ces indignes magistrats , qui ordonnèrent au bourreau de lui trancher la tête. La violence des tourmens lui avait arraché des inculpations contre, quelques innocens ; il eut la générosité de les rétracter avant de mourir.
Les Brugeois étaient restés en armes pendant six semaines sur la place au nombre de dix-sept mille environ ; mais la fête de pâques les engagea à abandonner leur poste. Dès la veille ils prirent le parti de retourner dans leurs maisons , où ils se rendirent comme en procession solennelle. Sur ces entrefaites , ils reçurent un bref très-pressant , que leur adressait le pape Innocent VIII , daté du 23 mars i488 , par lequel il leur enjoignait , sous les peines canoniques les plus graves , de rendre la liberté au roi des Romains. Le pape expédiât également aux états de Hainaut un bref, par lequel il leur enjoignait de déclarer la guerre aux Flamands , si , après l'admonition qu'il venait de leur adresser , ils s'obstinaient â retenir le roi dans leurs fers.
Cependant la plus grande pai^tie des députés des états des provinces s'étaient rendus à Gand au terme fixé (a). La grande question de Télargissement du roi des Romains y fut très-Tivement agitée. Les conférences , après avoir doré plusieurs )onrs , furent enfin terminées par un arrangement , dont les conditions furent, c[ue la liberté serait rendue au roi des Romains , à condition que Philippe de ClëveSf le comte de Hainaut et le seigneur de Falckenstein , resteront comme otages; le premier , à Gand , et les deux autres , à Bruges « jusqu'à ce que les conditions de la paix soient exécutées ; que le seigneur de Clèves pourra prendre les armes pour les Flamands contre le roi , et sera dégagé du serment de fidélité qu'il lai a prêté, si le roi contrevenait à l'une ou à l'autre des conditions de la paix ; que le roi s'engagera à renvoyer toutes les troupes étrangères trois joui*s après son élargissement , et de manière qu'elles aient évacué la Belgi que , sept jours après ; que le roi fera , s'il est possible , la paix avec la France ; que le roi et les Flamands licencieront toutes leurs troupes , et que les Flamands paieront au roi, en trois termes, la somme de cinquante mille écus d or , pour l'indemniser des dommages qu'il a soufferts.
Cette paix fut signée a Bruges , le 16 de mai , et le roi sortit de sa prison ce même \oùlt. Les états firent une procession solennelle , à laquelle assista le roi , qui monta sur un amphithéâtre qu'on avait dressé sur la place. Après la lecture du traité , il prononça ce serment :
(a) Heuter., lib. 3, cap* 9.
iga HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
« Nous, de propos délibéré , promettons et jurons de- » vaut le saint sacrement de l'autel , sur le saint éyann gile et sur le canon de la messe , en présence d'une » partie de la vraie croix du Sauveur et du corps de » S* Donat , d observer et d'exécuter dans tous ses points » la paix conclue entre nous et les trois états de Flandre » et leurs partisans : promettant au surplus , sur notre » parole de prince , que nous ne souffrirons jamais qu'il r soit porté la moindre infraction à aucun desdits points , I» déchargeant les Flamands du serment qu'ils nous ont » prêté en notre qualité de tuteur de notre fils. »
Philippe de Bourgogne , seigneur de Beveren , les états des provinces , le magistrat de Bruges , firent aussi S serment de maintenir la paix. Tous ces sermens furent prêtés entre les mains du vicaire général de Tournai , qui chanta la messe. Le roi, après cette cérénlbnie , se rendit à l'hôtel du seigneur de Ravestein , où se donna un grand dîner , auquel assitèrent les abbés de S* Pierre et d'Afflighem et le seigneur de Beveren. Après le repas, le roi , accompagné des états et de la noblesse , se rendît à l'église de S* Donat , où Philippe de Clèves prononça le serment suivant : « Je, Philippe de Clèves, promets » et jure de me rendre dans la ville de Gand et d'y rester » en otage, jusqu'à ce que tous les articles de la paix » aient eu leur pleinê*exécution ; et si quelqu'un ose » l'enfreindre , je déclare que je prendrai les armes contre. M lui , et que je réunirai toutes mes forces et toutes mes » ressources, pour soutenir les Flamands conti^e tous les 1» violateurs du traité. »
Crpondant les troupes allemandes étaient arrivées
HUmiME ÉPOQUE. 19$
amyëes aax portes de Gand , attendant le roi , qni alla les trouYer i celle de Sainte-Croix , où , après aTOÎr remercié les états de Biabant , de Hainaut et de Namnr , des soins qu'ils avaient pris pour sa déliTrance, il partit aTCc sa suite pour Maele (a). Philippe de dèyes , cpû raccompagnait, l'ayant tiré en particulier, lui dit : « Sire, » actuellement TOUS êtes libre : je TOUS prie de me dédarer
• firanchement Yos intentions : avez- vous décidément ré- > solu d'observer les conditions de la paix que les Fia* s mands vous ont forcé d'accepter ? Si ce n'est pas votre » Intention , je prendrai , de mon côté , le parti qui me
• par^tra le plus expédient et le plus ho|m^ » .-— « Mon
• cousin , répondit le roi , mon serment et ma promesse » sont sacrés : je les garderai inviolablement ». Après^oe court entretien , ils se quittèrent. Maximilien se rendit à Maele, et Philippe à Bruges, d'où il partit incessamment pour Gand.
[a] Heat, lib. 3,capt 10.
iS
i9f HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
L*emperear Tient dans la Flandre.— «Horrible complot des Gantois.— Maximilien viole le traita conclu ayec les Flamands. — Philippe de Cléves est proscrit : il entre dans Bruxelles.*— Albert de Saxe est nommé gouverneur de la Belgique. — Succès de Philippe de Clèves. Paix. Philippe de Cléyes sort de Bruxelles, et Albert de Saxe y entre. — Pacification générale. — Nouvelle sédition des Brugeois : ik obtiennent leur pardon.
L'sMPBRBUE ai::rlyait dans ce moment auxPays*Bas à la tête d'une armée de quarante mille hommes, pour châtier les Flamands. Les Gantois, qui avaient rassemblé trois mille hommes de pied jointsà quatre cents hommes deçà Valérie que les Français leur avaient envoyés, se préparèrent A une vigoureuse résistance. L'empereur vint camper au village d'Everghem , d'où il envoya un héraut aux habitans de Gand, pour les sommer de le reconnaître et de le recevoir dans leur ville , comme seigneur suzerain de tons les payssitués au-delà deTEscaut , et de lui renvoyer sans délai le chancelier Jean de Carondelet et les autres seigneurs qu'ils tenaient dans leurs fers. Dès que le peuple fut informé de ces propositions, un des magistrats de Gand, cordonnier de profession, se rendit secrètement aux pri* sons, avec le bourreau et un prêtre, dans le dessein de faire couper la tête aux plus notables prisonniers et de les envoyer à l'empereur dans des sacs de cuir. Cet horrible projet aurait été exécuté sans Philippe de Clèves , qui , en ayant été informé, accourut pour parer ce coupfuneste.
Le roi des Romains , qui, depuis l'arrivée de son père,
HUITIÈME ÉPOQUE. igS
ëtait fermement décûlë à violer la paix qu'il avait jur^« ne cherchait ({a'nnprëtex te pourîustifier sa condaiteetsauver son honneur (a). L'empereur parvint à prouver à 8on[fiIs, qu'un serment forcé n'était point obligatoire. Maximilien auraitdë^iré d'attirer à son parti Philippe de Glèves : mais comment justifiera ses yeux la contradiction et l'inconséquence de sa conduite ? Il lui avait juré, à lui-même, qu'il garderait inviolablement ses sermens et ses promesses : il employa donc encoreun subterfuge pour tâcher de cor» rompre la loyauté de ce seigneur , en interprétant son serment* Philippe avait juré que, dans le cas où la paix serait enfretnte,il prendrait les armes pour les Flamands ; mais^ disait Maximilien, dans ces circonstances nouvelles où l'empereur prend les armes pour les intérêts de l'empire, il ne s'agit plus de la cause des Flamands, mais de celle de lempire. C'était donc une nouvelle guerre, qui avait un motif différent de celui de la première. Philippe en se déclarant, dans cette circonstance, le protcksteur des Flamands, se déclarait donc l'ennemi de l'empereur ; et Maximilien lui*méme , en prenant les armes contre les Flamands , n'avait pas pour but d'enfreindre le traité de Bruges , ni de manquer à sa parole , mais d'obéir à son père et de défendre les intérêts et l'honneur de l'em* pire. C'était par ces sophismes politiques, que Maximilien tachait, en excusant sa perfidie , d'en rendre Philippe le complice et le ministre. Mais ce sujet ambitieux, qui sans doute n'était pas plus scrupuleux que le roi sur le religion du serment et la foi des promesses, refusa d'en-
(a) Heut., lib. 3, cap. ii.
ig6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE,
trer dans les vues et dans le parti de Maximilien. Les Gantois lui offrirent le commandement des troupes de la Flandre: ilTaccepta, aimant mieux commander aux Flamands , qu'obéir à Tempereur.
L empereur , ayant abandonne le i3 juillet son camp d*Evergfaem , d^où , pendant six semaines , il avait porté le dégât et le ravage sur les territoires de Bruges et de Gand, aie porta sur Anvers , où il entra le 3i du même mois. Il se rendit le 5 du mois suivant dans la cour de l'abbaye de S^ Michel , où , assis sur une espèce de trône dressé i cet effet, il lança un édit de proscription et de confiscation contre le seigneur Philippe de Clèves comme coupable du orime de rébellion et de lèse-majesté.
Philippe , qui entretenait une secrète intelligence dans Bruxelles» y (ut introduit clandestinement par la porte de Flandre, le 19 septembre, avec cinq cents chevaliers (a). Maximilien, aussi étonné qu'effrayé de ce coup imprévu, jeta précipitamment dans Malines une bonne garnison pourdéfendre son fils Philippe , dont le seigneur de Clèves souhaitait ardemment de se rendre maître.
L'empereur , très-mécontent de la mauvaise issue de son entreprise , prit le parti de retourner en Allemagne , laissant dans la Belgique une puissante armée , dont il confia le commandement à Albert de Saxe, landgrave de Thuringe et marquis de Misnie, excellent capitaine, dont les exploits contre les Turcs et les Hongrois avaient déjà assuré la réputation dans toute TEurope
Déjà Philippe de Clèves , qui sëtait rendu maître de
(a) Heut., lib. 3, cap. 12.
HUmËME ÉPOQUE. 197
Bruxelles , avait rénni à son parti presque la moitié du Bra* bant et du pays de Liège. Il s'empara au mois de novembre de cette année ( 1 489)0 des villes de Nivelles et de Louvain, et au mois de juillet de l'année suivante, de celle de Tirlemont , qui fut livrée au pillage et aux flammes. Le Brabant , la Flandre , le Hainaut , la Hollande , essuyé* rent tous les genres de dévastations.
Les princes de l'empire, qui s'étaient assemblés à Francfort sur le Mein , pour aviser aux moyens de terminer cette malheureuse guerre, conclurent la paix aux condi* lions suivantes (a) :
Que les nobles, arrêtés à Gand, à Bruges et dans la France pour la cause du roi seront relâchés sans rançon ;
Que les états de Flandre paieront au roi des Romains cinq cent vingt«cinq mille florins , pour les frais de la guerre ;
Que le susdit roi , par égard pour le roi de France, accordera la grâce à Philippe de Glèves* et lui restituera tous ses biens , ainsi que ceux de sa femme .
Cette paix , qui fut signée au mois d août , répandit la plus vive allégresse tant dans la france que dans la Belgique.
Philippe de Clèves, ayant obtenu un saut-conduit d'Albert de Saxe , sortit de Bruxelles le a6 du mois d'août avec sa femme et ses effets , escorté pour sa sûreté d'une garde de cinq cents cavaliers. Albert^de Saxe y fit son entrée dans l'après-midi du même jour.
Les abbés du Parc et d'Afflighem , le bourgmestre de
[a] Heut,, lib. 3, cap. 18.
Bruxelles , Paul de Baenst , président du conseil de Flandre ; Philippe Gom-trosin , seigneur deForest ; Jean Sauvage I conseiller du conseil de Flandre , furent chargés de se rendre auprès du roi de France , pour rëgler les articles de la pacification générale, qui fut conclue à Montils, près de Tours , le ag octobre suivant.
Il fut entr*autres stipulé :
Que Mazimilien , roi des Romains, demeurera tuteur légitime de la personne et des biens du duc Philippe, son fils , et qu*en cette qualité , il aura le gouvernement de tous ses états , nommément du comté de Flandre , sur le même pied qu'il l'avait avant les troubles ;
Que tous ceux qui , pendant les troubles , auront exercé des emplois de magistrats àGand, Bruges et Ypres, seront tenus de venir à la rencontre du roi , hors despo^ tes de leur ville, couverts d*un manteau noir, tête et pieds nus , demander pardon à genoux ;
Que , quant à la demande qu'avaient faite les députés du roi de démolir la maison de Gmenenbourg , et d'ériger une chapelle à la place , il en serait délibéré plus mûrement entre les deux rois.
Englebert , comte de Nassau , que le roi des Romains avait nommé gouverneur de la Flandre , se rendit dans toutes les villes de cette province pour y renouveler le magistrat (a).
Le roi, sur l'avis des états, publia un édit pour remettre à son ancienne valeur la monnaie d'or et d'argent , qui , pendant les troubles , avait haussé de deux tiers* Cet édit
(a) Heut., Hb. 3, cap. 19.
flUmÈME ÉPOQUE. 199
TéveUJa la fléditîon dans Bmges , ou plntftt il ne^ fit «pie senrir de prétexte aux mëcontens pour recommencer les bostilités (a). Les Bmgeois reprirent donc les armes sons la conduite d'un nommé George Picayet; mais ils forent surpris et défaits la nnit du 29 novembre 1491 par lecomte de Nassau, dans les environs de Bmges : une grande partie des rebelles fut tué ou pris : Picavet lui* même y tombé au pouvoir du vaincpieur, fut décapité, et les autres prisonniers , pendusl Consternés de ce revers , les Bmgeois envoyèrent des députés au comte de Nassatt pour lui demander la paix , qu'il leur accorda à des conditions aussi onéreuses qu'humiliantes.
(KDAMvaa aatiivsitoia*
Siics de rÉcluse. — Paix. — Masimilien «accède au troue im^rial^*- Inauguration de l'archiduc Philippe : mariage de ce prince. — Traité au sujet du duché deBourgogne. •— Inauguration de Philippe comme duc de .Luxembourg : il se rend en Espagne et en Allemagne :.: il parvient an royaume de Castille.— Trêve avec le duc de Guel* dre : il part pour la Caslille. État des Pays-Bas sous Philippe. Sa mort.
Philippe de Cièves* était renfermé dans rÉcluse d'où il ne cessait , depuis quatre ans , *de faire des courses et des dégâts dans les payscirconvoisins(6). Le Comte de Nassau vînt dans la nuit du 6 avril faire une tentative pour
{p) Ileut., lib. 4 9 c^P* ^• (h) Ivi., ibiil., cap. 8 et 9.
aoo HISTOIRE GÉNÉRALE DE LÀ BELGIQUE.
surprendre cette place ; mais, dès le premier clioc, il fut si viTement repoussé, qu'il fut obligé de prendre la fuite, abandonnant toute son artillerie. Le duc de Saxe , ayant pris des mesures plus sâres et fait des préparatifs plus considérables , vint le 28 juin 149^ assiéger rÉclase par terre et par mer. Le siège fut long et opiniâtre. Phi^ lippe de Clèves , après une belle défense , consentit à tenir des conférences pour la paix, qui fut conclue le 16 octobre.
La paix fut également rétablie Tannée suivante entre le roi de France et le roi des Romaius , par le traité conclu à Senlis le a3 mai [a).
Il y fut stipulé que le roi de France rémettrait la princesse Marguerite au pouvoirdu roi des Romains, de Tarchi* duc Philippe ou de leurs envoyés^ dans le lieu et Le temps qu'ils fixèrent ; que le roi et la princesse se déclareraient libérés de toute obligation l'un envers l'autre, et que les conventions arrêtées par le traité d'Arras en i48a à ce sujet seraient annulées; que le roi de France restituerait au roi des Romains les comtés deBourgogne,d* Artois, de Charolais et de Noyon; que le roi Charles retiendrait les villes d'Hesdin , Aire etBéthune jusqu'à ce que l'archiduc Philippe eût atteint l'âge de vingt ans , c'est-à-dire , le a5 mai 1498; que Charles tiendrait en sa possession les comtés de Mâcon , d'Auxerre et de Bar-sur-Seine, jusqu'à ce qu'il eût été statué par voie juridique à qui ces domaines appartiendraient. Il ne fut point encore parlé du duché de Bourgogne dans ce traité.
Cette paix fut successivement publiée à Valenciennes et
(ft) Heut, lib. S, cap. i.
HUITIÈHE ÉPOQUE. 201
à Senlis. Les députés da roi de France amenèrent la prin* cesse Marguerite à S^ Quentin et i Cambrai. Le lendemain elle fit son entrée à Valenclennes , où elle congédia honorablement et récompensa noblement les dames fran* (aiaes qui avaient été attachées à sa personne , et <{ai ne la qnittèrent qu'en lui témoignant les plus tendres regrets*
Maximilien, ayant, par la mort de l'empereur Frédéric III , arrivée le ao du mois d'août de cette année , suc* cédé au trône impérial , se rendit Tannée suivante dans la Belgique , pour y £dre inaugurer l'archiduc Philippe. Cette cérémonie se fit à Louvain sur la fin du mois d'août avec les formalités ordinaires , et sucoessivement dans les autres provinces belgiques, excepté dans la Gueldre. \
Le duc Philippe partit l'année suivante pour l'Allema- ^ gne , où l'empereur l'avait fait venir , afin d'y conclure ^ son mariage avec Jeanne, fille de Ferdinand, roid'Àrra- 4 gon 9 et d'Isabelle^ reine de Castille. Cette princesse arriva en Zélande le ao septembre i4g6. L'archiduc, qui arrivait de TAllemagne , vint la trouver à Lierre , en Bra» haut , où Henri de Berg , évéque de Cambrai , leur donna la bénédiction nuptiale. C'est cette alliance célèbre qui fit passer toute la monarchie d'Espagne dans la maison d'Âutriche (a).
Un traité conclu en i4g8 à Paris, entre l'archiduc
(a) Les grandes alliances que Maximilien et Philippe firent en épousant, Tun» rhéritiére de Bourgogne, l'autre, celle d'£spagne, portèrent la maison d'Autriche au plus haut point de prospérité' et de gloire. Cest ce qui donna lieu à ce fameux distique :
Bel la gérant alii; tn« felix Aiulria, nubef
Nim que Mars aliis, liatlilii régna Venna.
aoa HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
Philippe et le roi . Loais XII , termina toutes les difficultés si souvent renouvelées au sujet du duché de Bourgogne. L'archiduc y promit « que , pendant sa vie et celle du roi de France , il ne ferait aucune poursuite pour avoir ou recouvrer le duché de Bourgogne, comté et seigneurie de Maçonnais, Auxerrois, Bar-sur-Seine et autres parties quelconques , par lui querellées , par voie de fait ni de justice ; mais bien par humble requête et voie amiable. »
Ce traité ne fut proprement que la conGrmation de celui de Senlis.
L'archiduc ne fut inauguré duc de Luxembourg que Tau 1 5oo. Il partit l'année suivante avec son épouse, pour
l'Espagne ; où ils furent déclarés héritiers de Ferdinand et
d'Isabelle , et après y avoir fait un séjour d'un an , il
partit pour l'Allemagne , d'où il revint aux Pays-Bas
au mois de novembre i5o3.
La mort de la reine Isabelle procura à l'archiduc le royaume de Gastille, dont il commença à prendre le titre. Il força Tannée suivante le duc de Gueldre à conclure une trêve de deux ans, et partit le lo janvier i5o6 avec son épouse , du port de Flessingue, pour aller recueillir la succession de la reine Isabelle : ils essuyèrent une rude tempête, qui les jeta sur les côtes d'Angleterre, où ils firent un séjour de trois mois, et ils arrivèrent le 27 mai à la Corogne en Galice.
Tout fleurit sous le gouvernement de Philippe (a), II
(a) L^académîe impériale et royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles proposa en 17751a question suivante : En quel temps ^ depuis
HUITIÈME ÉPOQUE. ao3
fiât le premier de cette auguste maison qui eut la soi^verainetë des provinces belgiqnes et qui transmit avec elle à ses successeurs l'amour de ses sujets , ce fondement inébranlable des trônes et des empires. Ce ne fut qu'à cette époque que ces provinces , auparavant morcelées, IWrées à la merci de tous les princes qui se les dispu* taient, se les arrachaient et se les rendaient selon les cir- <x>nstances , acquirent cette consistance et cette attitude cjui les mirent au rang des puissances prépondérantes de l'Europe. Elles commencèrent à jouir d'une administrait lion absolue , incontestable et indépendante de tout autre souverain. Le pouvoir fut cependant contenu dans de justes bornes ; assez fort pour arrêter les entreprises de la licence , il fut assez restreint pour empêcher celles du despotisme. Dans les besoins communs, Tétat trouvait les ressources que les progrès du commerce , des fabriques nationales , de Tagriculture, des sciences et des arts augmentèrent tous les jours. La magistrature fut fondée sur un ordre et un système de lois , qui , en introduisant la discipline civile , ne blessaient ni les droits de la religion ni ceux de l'humanité. Un prince si puissant , une repu'
ie eommeneement de la domination des Franajuigu'à la naistanee de Cha rlet-Quint , peut-on dire que Pétat de la Belgique ait été le plui floritiantf le* mœurs publiques les plui saines\et ie peuple le plus heureux? Le mémoire couronné re'pond que ce fui pendant le règne de Philippe- le-Beau^ archiduc tt Autriche^ duc de Bourgogne^ souverain des Pays-Bas^ etc., et l'auteur , M. Pluvier , après avoir tracé le tableau des principales révolutions arrivées dans le gouvernement, les mœur ' et rëtat des peuples belges depuis le commencement du cinquième siècle jusqu'à la fin duquinziéme, s^arréte au régne de Philippe, et donne ce qu'il appelle la démonstration historique de sa réponse , qui n'en est que le développement fonde' sur les faits.
ao4 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
blique si opulente , une législation si sage , qui n*avait pour base que la raison et rhumanité, dârent nécessairement opérer le bonheur de la nation. Un pouvoir limité, une sage économie, une législation raisonnable, adaptée aux mœurs et aux besoins de la nation , c^est sur ces trois bases cpie reposent lesfondemens des empires, et il faut qu'une heureuse harmonie les cimente pour en assurer la solidité ; or , si cette harmonie n'a jamais été sisolidement établie dansles Pays-Bas que sous le règne de Philippe*le-Bel , il faut en conclure avec l'auteur couronné, dont le raisonnement est la conséquence des faits, quec'est précisément à ce temps-là qu'il faut fixer Tépoqne de la prospérité et delà gloire de la Belgique.
Une mort prématurée enleva Philippe le 25 septembre 1 5o(> à Burgos, où il fut enterré.
HUmËME iPOQUE. loS
Les états de Brabant envoient ane dqintatîon & Teoiperear Maximîlien pour l'engager à se rendre aox Pajs-Bas. Il nomme Hargnertte, sa fille, gonyemante de ces provincei. -— Éducation de Charies-Qaint ; son gouyemear,son prëceptear^n inauguration.il obtient lasoayerainetë de la Frise ; il monte sur le trône d'Espagne ; û se rend mattre d^treeht. — ^11 part pour l'Espagne^Moit de Mazimilien ; son portrait. Charles loi succède à l'empire. Il revient ans Pajs-Bas. Il confirme sa tante Marguerite dans le gouvernement et lui donne un eonaeil : il doniie le commandement des années an comte de Nassau. H est couronne' à Âix-la-Chapelle.
La mort de Phillppe-le-Bel avait livré la Belgique aux attaques de ses voisins. Le duc de Gueldre,aidé des Françaisyétait entré dans la Campine et dans la Hesbaie, qu'il livra i la dévastation, au pillage et aux flammes. Les états de Brabant, pour arrêter les maux dont ils étaient accablés, . et prévenir ceux dont ils étaient menacés, envoyèrent une députation à Tempereur Maximilien, pour le supplier de se rendre aux Pays-Bas (a) , afin de pourvoir i leur gouvernement et de veiller à leur défense. Jean Hautbem, chancelier de Brabant , qui était à la tête de la députation , porta la parole : « Nous supplions instamment Votre Majesté, » dit-il entr'autres , d'oublier les outrages qu'elle a es- « suyés ; c'est à la populace seule qu'il faut attribuer ces n excès. C'est avec raison qu'on a dit , ajouta-t-il, en citant n Hésiode et Tite-Live, que le peuple ne savait garder
(a) Heuter.^lib. 7.
ao6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
» de milieu dans sa conduite ; aussi impétueux , aussi • M cruel , quand il domine , que lâcLe et rampant , quand » il craint. Le Belge reconnaît qu*il est soumis au gouver- M nement monarcLique ; mais ce gouvernement ne sera son lide et durable, qu'autant que le prince confiera le dépôt ^ de son autorité à des ministres qui sauront mériter la v confiance de la nation par leurs talens et leurs vertus. » Le Belge , naturellement généreux, sait mépriser la vie n et braver la pauvreté. Si Ton veut, le ravaler à la vile » condition d'esclave , il est prompt à se roidir , à se sou- >• lever et à se venger ; mais si on le gouverne selon les » lois , avec douceur et modération , comme il convient » à la dignité de Thomme , il n^est point de peuple plus » fidèlement attaché à ses souverains, n L'orateur termina son discours par les instances les plus vives et les motifs les plus propres à engager l'empereur à se rendre aux vœux des Belges. Ce prince promit que , dès que les afiaires le lui permettraient , il se rendrait aux Pays-Bas. En attendant , il nomma pour gouverner ces provinces pendant son absence , sa fille Marguerite , veuve de Philibert II , duc de Savoie , et il donna à son petit-fils Charles , âgé de six ans, pour gouverneur, Guillaume de Croy, seigneur de Chièvres , et pour précepteur , Adrien Floriszoon (a) , né à Utrecht , docteur de Louvain.
Charles n annonçait pas dans ses premières années cet esprit vaste et ferme , qui le rendit dans la suite', sous le rapport politique , un des plus grands princes qui aient paru sur la scène du monde. Il montrait un goût décidé
(a)Ce8t-à-dire, fils de Florif . Son père était tisserand, fç^
HDITIEMË ÉPOQUE. 307
pour lesexercices militaires, et par un effet naturel de cette passion , une aversion marquée pour les sciences et les lettres. ChièrreSySans contrarier brusquement son penchant» parvint à lui inspirer le goût de 1 étude. Il Finstruisit avec soin dans la science du gouvernement. 11 lui fit étudier rhistoire et les langues , et Faccoutuma insensiblement an travail. Il Tengagea à assister aux délibérations de son conseil pour se former aux aflaires.
Dès qu'il eut atteint l'âge de quinze ans , Maximilien lui remit les rênes du gouvernement des Pays - Bas. Il fut inauguré duc de Brabant en janvier 1 5 1 5 , comte de Flan* djre en avril , et successivement comte de Hollande et de Zélande. Joris de Saxe , seigneur de Frise , lui céda la sou- Teraineté de cette province , et lui fit prendre possession de Leenvraarde, Harlingen et Franeker, par Florent d'Egmont , stadhouder de Hollande.
La mort de son aïeul maternel Ferdinand«le-Catboliqne, arrivée le a3 janvier i5 16, lui donna la souveraineté de FEspagne. Il fut proclamé roi de Castille du consentement du pape , de l'empereur et des Espagnols ; mais il ne fut reçu roi d'Ârragon qu'après la mort de sa mère Jeannela-Folle. n se rendit maître d*Utrecht en 1 5 17. Il en fit nommer évéque Philippe de Bourgogne , amiral de Hollande 9 bâtard de Philippe-le-Bon , et il en fut reconnu avoué. Ce titre dérogeait peutêtre i sa dignité ; mais il lui donnait sur cette province l'autorité qu'il cherchait.
Après avoir terminé toutes ces grandes affaires , il fit les préparatifs de son départ pour l'Espagne. Il rétablit Marguerite , sa tante , dans le gouvernement des Pays-- Bas , et lui adjoignit un conseil. Il s'embarqua sur la fin de
ao8 HISTOIRE GÉNÉRALE OE LA BELGIQUE.
septembre « accompagné d*uii grand nombre de seigneurs belges et allemands, de soixante gentilshommes de sa maison , de cent gardes à cheval et de trois cents officiers ou domestiques.
La mort de Maximilien, arrivée le 12 janvier iSig , lui ouvrit la succession de T Autriche et le chemin de Tempire. Ce prince laissait cette vaste monarchie dans la plus grande agitation. Dans tout le cours de sa carrière bizarre, Mazimilien avait été mêlé dans toutes les affaires de TEurope. Décoré dû titre le plus éminent , il joua toujours le . rôle d'acteur subalterne. Il s*allia et se brouilla successivement avec la France et les Vénitiens , avec le pape et les Suisses. Il fut le premier à les armer , et le premier à les abandonner. Cette conduite incertaine était un eflfet naturel de son caractère. Né avec un esprit ardent et une amie faible , sa légèreté et sa timidité l'empêchaient de poursuivre avec fermeté les projets imaginés* dans les premiei*s mouvemens de son ardeur.
Les électeurs, assemblés pour le choix d'un chef, étaient partagés entre deux concurrens , François , roi de France , et Charles , roi d'Espagne. Ce dernier se présentait comme le défenseur naturel de l'Allemagne contre les Turcs paria situation desesétats. Il appuya cette raison, la plus propre sans doute à faire impression sur les électeurs, des droits qu'il tenait d^ sa famille, qui avait occupé pendant une si longue suite d'années le trône impérial. Les électeurs,embarrassés sur le choix, parce qu'ils avaient l'un et l'autre à ménager, ofiOrirent, pour se mettre à Taise, la couronne à Frédéric , électeur de Saxe , qui la refusa , et donna sa voix à Charles. Les autrôs électeurs suivirent
HUmÈME ÉPOQUE. 909
Bcm exemple ^ et Charles fut ëlu. Les dlfTërentes villes des Pays-Bas firent ëclater leur joie à roccasion de œ grand évënement par des réjouissances pubUcptes , des prières solennelles, des processions, et les ëtats lui firent un don de deux centmille eouronnespour les frais du couronnemeiit.
Dès que la saison lui eut permis de s'embarquer , il partît de l'Espagne pour se rendre aux Pays-Bas. Il mit à la Toile le 20 mai à la G>rogne, et prit terre à Flesslngue le i^ juillet, ntraversala Flandre et se rendit iBmxelles, où les envoyés des él^teurs l'attendaient.
n fit expédier le g octobre des lettres par lesquelles il confirma Sforguerite dans le gouvernement des Pays- Bas , et lui donna un conseil , présidé par les évéqnes dUtrecht et de Li^ge. Il lui subordonna le conseil de Malinea , la cour de Hollande et les tribunaux des autres provinces. Ces diilerentes dispositions étaient autant d^'infiractîoBs aux privilèges de ces corps. Il donna le commandement des armées au comte de Nassau ^ stadbouder de Hollande.
Après avoir ainsi réglé les a£hires des Pays-Bas , il se rendit i Aix-la-Chapellei où il fitsop entrée le %o octobre, n y fut solemokellement couronné , et revint apx Pays- Bas* ^
ai* HISTOIRB GËNÉBALB DB LA BEtGlQUB.
Guerre entre Charles-Quint et François I«r.— Re'union au Toumaisis à la Flandre—ligue contre la France.Bataille .4e Pavie : François y est fiiit prisonnier. Traité de Madrid.— La guerre recommence. Traité de Cambrai. — Invasion des Turcs dans la Hongrie et TAutriche. — Marie succède à Marguerite dans le gouvernement des Pays-Bas.
Chaiiles et François , en se disputant l'empire , avaient conserve tous les dehors d'une amitië mutuelle. On sait ce que ' sont ces amitiës. François , humilie de la pré- ^^rence que son concurrent avait obtenue, ne .cliercliait que l'occasion de se venger de ce qu'il regardait comme une injure et un affront. La guerre fut donc allumée. Les deux jeunes rivaux , domines par la même ambition , déploient pour la satisfaire , des qualités différentes. Cbarles était déjà connu par une politique adroite , qui approchait de la fourberie, et François, par une bravoure, qui tenait de la témérité. L'empereur s étant i*endu maître en i5ai de la ville de Tournai, la réunît avec le Toumaisis au comté de Flandre (a).
Léon X occupait dans ce temps le trône de l'église. Après la mort de ce pontife , qui , par sa conduite équivoque et artificieuse*, avait amusé alternativement les deux
{a) Cette réunion n*a en lieu que relativement au ressort en matière judiciaire et aux appels des sentences des juges de Tournai , dont le conseil de Flandre, séant à Gand, avait la connaissance, et qui , de ce conseil, étaient portées au grand-conseil de Malines.
HUITIÈME ÉPOQUE. au
rivaux par des promesses, Charles, pour avoir un pape dévoue à ses intérêts , fit élire son précepteur , qui prit le nom d* Adrien Y I , et devint esclave des volontés de son élève. Les princes et les peuples les plus puissans formèrent une ligue terrible pour accabler le roi de France. Le pape, l'empereur I le roi d'Angleterre , le duc de Milan , Venise^ Gènes , Florence, unissent leurs armes contre ce monarque , et ritalie devient le théâtre où se signalent les armées des deux rivaux. Les Français forent la victime de Vimprudente ardeur de leur roi , qui fut battu et pris à la fameuse bataille de Pavie en iSiS , où les Français furent mis dans une déroute générale. Le roi , épuisé de fatigues, affaibli par ses blessures, abandonné de ses gardes, renversé de son cheval, se trouvant au milieu dun peloton de soldats espagnols , se débattit et se défendit long- temps à pied avec un courage héroïque , qui étonnait et irritait ces soldats, à qui il était inconnu. Forcé enfin de se rendre, il aperçut par hasard près de lui Charles Lannoy (a), l'appela et lui rendit son épée. « Monsieur de Lannoy , I» dit-il en italien, voilà Tépée d'un roi qui mérite d'être n loué , puisqu'il s'en est servi pour répandre le sang de » plusieurs des vôtres, et qu'il nest pas prisonnier par « lâcheté i mais par malheur. » Lannoy se mit à genoux et reçut avec respect l'épée du roi ; u Sire , dit-il , en lui » baisant la main, je prie Votre Majesté d'agréer que je lui V donne la mienne , qui a épargné le sang de plusieurs des
(a) Cetâit od seigneur d'ane des plus illustres maisons de Flandre , cheyalier de la toison d^or en i5i6, gouyerneur de Tournai en i5ax, viceroi de Naplesen i523, chargé du eommandement des armées impe'rialet eiiiS23.
aia HISTOIRE GÉNÉRALE D£ LA BELGIQUE.
» vôtres. Il ne convient pas qu'un oflScier de l'empereur
» voie nn roi dësarmë, quoique prisonnier.» S'il y a de la dignité dans cette réponse, ne pourrait-on pas dire qu'il
y a aussi un peu de malignité par le contraste remarquable qui se trouve entre cette pbrase et celle du roi?
François, ennuyé d*une rigoureuse prison, qui lui avait occasionné une maladie mortelle , fut forcé de plier son courage aux circonstances. Il consentit à accepter' les conditions humiliantes que Gharles-Quint lui prescrivit. Il s'obligea parle traité de Madrid, en 1 5^6, de restituer à Tempereur dans six semaines, à dater du jour de son élargissement, le duché de Bourgogne et le comté de Gharolais avec les autres dépendances de ce duché. Il consentit à livrer au moment de son élargissement , aux oflSciers de Tempereur, les deux fils aînés de France avec douze autres seigneurs , pour être gardés comme otages , jusqu'à ce que le roi eût fait ratifier le traité parles états de son royaume, et il renonça à toutes ses prétentions sur les états de l'empereur en Italie, en Flandre et en Artois.
François , rendu à la liberté, refusa de remplir les conditions du traité de Madrid , sous prétexte qu'elles étaient forcées. Mais Charles était inflexible sur leur exécution. François, qui avait attiré If roi d'Angleterre Henri VIII à son parti , déclara la guerre à l'empereur, et l'Italie devint derechef le théâtre des plus sanglantes hostilités. Le traité de Cambrai en suspendit le cours. Il fut conclu le 5 août iSag, entre deux femmes , Marguerite d'Autriche, duchesse douairière de Savoie , pour l'empereur, son neveu, et Louise de Savoie, duchesse douairière d'Angoulême , pour le roi , son fils. Charles s'y réserva le droit de
HUITIÈME ÉPOQUE. aiS
poorsalvre par les voies judiciaires les prétentions <{a'il arait sur le duché de Bourgogne , dont la restitution , stipulée par le traité de Madrid^ fut révoquée par celui de GimbraL François consentità payer pour ses deux fils, otages en Espagne, une somme de deux millions d'écus d'or au soleil, et promit qu'avant leur élargissement il rendrait tontes les villes qu'il tenait encore dans le Milanais, qui fui donné i François Sforce. Il confirma la renonciation qu'il avait faite par le traité de Madrid , â ses droits sur les oomtâ de Flandre et d'Artois, sur les villes et chfttellenies de Lille , Douai et Orchies. Il consentit a ce que la ville de Tournai et la province de Tournaisis restassent incorporées an comté de Flandre.
Lesembarraset les soucisdont Gharles*Quintétait environné dans ce moment, avaient contribué à accélérer la conclusion de ce traité. L'invasion que les Turcs venaient de faire dansla Hongrie et rAutriclf^ le forcèrent à aliandonner tons les autres soins pour voler au secours de ces provinces , attaquées par un ennemi , qui devenait tous les )ours plus formidable, et il força cette même année Soliman à lever le siège de Vienne.
Marguerite , gouvernante des Pays-Bas , mourut k Malines^ le3o novembre i53o , âgée de Soans (a}« Marie, veuve de Louis, roi de Hongrie , sœur de Gharles*Quint, lui succéda dans ce gouvernement.
(c) SoD eoeor fiit déposé dans relise des AnnoociadeB à fim^s , et Mm cmps liil tmuporté an coorent de S& £f iodas de Tolentinrlès-
ai4 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
Smeate à Bruxelles (a).
Le 5 aoât i53a, yers midi , une troupe d'hommes et de femmes de basse condition et de la classe indigente s'étant rassemblés à la Hallcr aux-Bleds sous pre'texte qu'ils étaient renchéris , commencèrent par se jeter avec une sorte de fureur sur un marchand de Malines , qu'ils maltraitèrent rudement à coups de pieds et à coups de poings , et se portèrent à l'instant aux maisons de quelques marchands de grains de Bruxelles , où ils pillèrent et emportèrent non-pseulement tout le grain qu'ils y trouvèrent , mais encore tous les meubles , brisèrent les portes , les fenêtres, comme dans une ville prise d'assaut, n'alléguant et ne
(a) Cet ëyénemept n^a été raconté pipr aucun historien. Il est consigne avec tous ses détails dans un dociiment déposé aux archives 4e Bruxelles, intitulé: Copie delà remission, quittance, pardon et abolition de ceux de la ville de Bruxelles^ à cause que au mois d'août XF*- XXXII y Us auraient perpétré certains abus par manière de comm<h fior^ et pilleries de maisons d*a'4cuns ^narchands de bleds de ladUt ville, et autrement, contre la hauteur et la fie de Vempereur, Cette pièce n'est pas connue. Elle est surtout intéressante sous le rapport des mœurs, des usages et de la législation du temps. J^ai conservé aussi religieusement qu*il est possible les propres expressions de Tacte, même les mots sursinnés, parceque d*abord il est très-nettement et très-soigneasèment rédigé, et que ces vieux mots ont souvent une énergie et une précision particulières; que d^aiUeurs, en conservant ce langage*, U couleur de l'époque est présentée avec plus de vérité et de naturel.
HXJITliME ÉFOQITE. ai&
répétant antre chose sinon quMls étaient la canse de la cherté et de la disette. Cette émeute dura toute la journée, sans qu'aucun des Toisins, qui étaient témoins de ces excès , et qui , au commencement , auraient pu facilement les empêcher , eât seulement fait semblant de résister. Ce ne fut que le soir que le lieutenant-amman , nommé Jean de Waelhem ( l'amman était absent ) se rendit , acc^ompagné des sergens et des officiers de police , dans Tune de ces maisons , pour tâcher de faire cesser le désordre. II chercha d'abord à adoucir cette populace furibonde par de bonnes raisons et des paroles honnêtes , et à rengager à se retirer et i s'apaiser. Mais le nombre des pillards s'étant considérablement accru pendant toubs la journée , ils détinrent plus entreprenans et plus insolens , et se voyant ainsi en force , il ne fut plus possible de les arrêter , et le pillage continua toute la n«lt>
La reine de Hongrie, gouvernante àe9 Pays-Bas, ayant appris ces désordres le soir au retour de la chasse , donna sesordresàPamman , qui, en conséquence , le lendemain 6, se transporta sur les lieux , accompagné des officiers sermentés , et fit saisir et arrêter quatorze ou quinze de ces maKaiteurs , et les fit déposer daof les prisons de la TÎUe. Un autre , qui accourait au pillage avec trois sacs , fut arrêté par un des domestiques de la cour et conduit dans les prisons du palais. Ces délits étant , selon Ifk Jurisprudence de ce temps , considérés comme crime de lèsemajesté , la gouvernante jugea que la connaissance de Vaflkire était de sa compétence et de celle de son conseil , et pour cette raison envoya plusieurs messages aux bourgmestres, échevînset conseillers de la ville pour les requé-
rir de lui liv]ifer les prisonniers, Mais ceux de la commux&e as$emblës;{grmësetembâtonnés Tempéchèrent de fait ; et ayant ouvert la prison de force , ils délivrèrent les prisonniers contre le gré de Tamman et des magistrats ; il restérenten armes sur la place et dans les rues environnantes.
La gouvernante voyant ces dispositions hostiles, et pour éviter un plus grand mal , envoya sur la place deux chevaliers , qui étaient les sieurs de Sampy et de Berghes pour ramener ces mutins à la raison et les engager à se $épfirep et à £|e retirer paisiblement chacun ji leur demeure, en leur représentant que s*ils avaient quelques griefs ou doléf^nccHS qui fussent raisonnables , ils pouvaient les exposer à la gouvernante , qui les examinerait comme il appartiendrait* Ceux-ci répondirent hautement qu'ils voulaient ra^voir leur bourgeois qui était détenu à la prison de la courj, et cependant ils se séparèrent.
Après que les seigneurs de Sampy et de Berghes se farent retirés , k commune invita trois officiers s^mentés de vouloir se rendre auprès de ]a reine pour la prier d'or<r 4onner la mise en liberté de lem* bourgeois. Ces officiers se firent accompagner d'un certain nombre d'habitans de la ville, (|ui les conduisirent , toujours armés et embâtonnés, jusqu'aux bailles et à la porte de la cour , qui était gardée par les archers de I4 reine. Trois députés de la ville seulement y entrèrent , et demandèrent & la goaverpante qu'elle voulût leur faire rendre le prisonnier et leur accorder en outre quelques points et articles ; qu'au moyen de ces concessions , ils se sépareraient et se dissondraient, La princesse leur remontra derechef leurs torts. Mais enfin voyant qu'ils s'obstinaient de plus en plus, elle
BUrriËHE ÉPOQUE. ai9
princesse répopdit qae comme ces offenses toncbaient grandement les droits , hauteurs et seignenries de l'empercar , elle ne pouYait se dispenser de porter à sa connais» sance tontes les circonstances de cette émeute , afin qu'il pât en ordonner â sa Tolonté , et qu'A cet effet elle lui enverrait la requête et l'acte. E31e le fit ainsi.
Après que l'empereur eut tout vu et tout examine en son conseil , il ne put assez s'émerveiller ( ce sont les termes de l'acte ) qui avait pu poiter les habitansde Bruxelles a se soulever ainsi sans aucune cause , raison ni occasion contré son autorité , en son absence et dans le temps qu'il était â la tête de ses armées pour la défense de la chrétienté ; qu'alors ils devaient plutôt s'empresser de lui prêter secours et assistance , comme ont fait plusieurs autres de ses sujets; qu'au lieu de cela , ils avaient suscité une émeute ^ qui non-seulement exposait les habitans de Bruxelles an danger d'une ruine certaine , mais qu'ils donnaient un exemple qui pouvait engager les autres villes à faire de même ; qu'il avait d'autant plus sujet d'être mécontent de leur conduite, que la ville de Bruxelles avait reçu de lui pins de biens , d'honneurs et de profits qu'aucune autre ville des Pays-Bas*
11 adressa aux habitans de Bruxelles des lettres conçues dans ce sens , par lesquelles il leur témoignait tout son mécontentement , et leur déclarait <|u'il entendait qu'ils lui fissent une réparation de leurs oflènses, comme ils l'apprendraient plus au long par Torgane de sa sœur.
Les babitans de Bruxelles envoyèrent donc une nombreuse députation àBinche , où Marie s'était retirée , en attendant la décision de l'empereur.
aao HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
Ces députés réitérèrent leurs excuses et leurs promesses de rentrer dans le devoir • La prin^cesse leur représenta assez sévèrement qu'ils nepottvaiebt ignorer qu'ils n'eussent grandement failli ; que quand ils se.mettraient en devoir de faire les réparations que tous bons sujejU^ sont tendus de faire , et qu'ils seraient autorisés, à traiter , elle interposerait sa médiation pour engagera l'empereur à. les recevoir en graoe et à préférer miséricorde à rigueur de justice.
Sur cette déclaration.» ceux de Bruxelles envoyèrent à Mons f où la reine était allée , u^e nouvelle députatioa munie de plein pouvoir et de procuration spéciale pour traiter des. réparations honorables et profitables.de leurs offenses. La reine , ayant examiné leurs poi^voirs , commit plusieurs membres notables de son conseil pour entendre les offres et propositions de ceux de Bruxelles, qui prièrent les commissaires de la reine de les appuyer et de les assister , afin de pouvoir obtenir leur grâce.
Les députés de Bruxelles , suivant leurs instrucf;ions , présentèrent à la gouvernante une requête contenant les motifs qu'ils disaient être propres à leur justification et à atténuer leurs torts, se remettant néanmoins au bon plai* sir de la reine.
Après les diverses ouvertures faites de part et d'autre , les informations prises sur l'objet, le compte rendu par les députés de Bruxelles au corps et communauté de la ville, le rapport fait à la gouvernante , les députés des deux parties firent (a) , sous la réserve de l'approbation de l'em-
(a) La commission de la part de Temperear était composée de Varcheyèque de Palerme, chef du conseil privé, du marquis d^Aerschot, pre-
|iiereiir , un accord portant <jae les députés de Bruxelles se rendraient tous auprès de la reine en la grande salle de sa cour à Mons, à huis ouvert, en la présence des chevaliers de l'ordre ^ des conseils établis aufHrès d elle , des conseiUers de Mohs^t des gentilshommes et bons personnages de sa cour , Ie3i décembre, à dix heures du matin, et là, étant tous à genoux , têtes nues , diront ou feront dire par leurs pensionnaires , que comme rf^présentant le corps et communauté de la ville de Bruxelles, et en son nom, ils sont amèrement déplaisans des olfenses commises contre les hauteurs , autorités et prééminences des majestés impériale et royale , tant pour n'avoir, pas empêché les pillages, foules et oppressions , que pour avoir délivré les prisonniers et extorqué l'acte ; crieront merci et demapderont pardon, rendront en tonte humilité ledit acte pour, en leur présence , être cassé et annulé ; déclareront qu'il leur déplait de l'avoir extorqué et surtout d*en avoir fait usage ; <pie jamais ils ne s'en serviront de quelque manière que ce soit ; que dorénavant ils se régleront selon les ordonnances précédentes on celles qui dans la suite émaineraieDt de sa majesté impériale ; qu'ils se conduiront avec une entière obéissance et emploieront tous leurs soins et tout leur pouvoir pour prévenir le retour de semblables désordres, et exposeront corps et biens pour le service de sa majesté ; que quand il plaira à la reine de venir i
mier cbef, da comte d^Hoochutrate , chef des finances, do sieor de Berghes, chevalier de l'ordre, du chancelier de Brabant et du sienr de NeufViUe, tre'sorier ge'ne'ral des finances; et la dépatation de la pArt de la Yille, de trois ëcheTÎns,de deux reeeyears,de deux membres da fau^ge conseil et des délégués 'des Mtions. - '
an HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
Bruielles , et qu'elle sera arrivée près de la ville , se rendront au-devant d*elle jusqu'à l'ëglbe paroissiale de S^ Gilles hors la porte de Halle ou autre porte au choix de la reine , cinq bourgmestres , deux ëchevins , deux conseillers et deux receveurs pour le premier membre ; dix-huit personnes qui ont été autrefois de la magistrature , du conseil de la ville , ou receveurs , pour le second membre , et douze de chacune des neuf nations pour le troisième , faisant ensemble cent trente- trois (a) , représentant tout le corps et communauté de la ville , qui tous seront en longues robes noires, déceintes, ayant chacun une torche ardente à la main , pesant chacune deux livres, et se mettront à genoux, têtes nues , pour bienueigner (i), recevoir et accueillir la reine et la remercier en toute humilité de ce que si bénignement elle les a pris en grâce pour sa majesté impériale , et la reconduiront jusqu'à sa cour à Bruxelles et porteront les torc.hes à sa chapelle , pour être distribués par l'aumônier de la reine aux églises de Bruxelles.
Et quoique les habitans de Bruxelles , pour leur offense , qui n*est pas moindre que crime de lèse-majeste , aient forfait tous les privilèges , statuts et ordonnances qui sont en leur faveur, et que sa majesté impériale puisse à juste titre les révoquer et rapporter , toutefois les commissaires de Tempereur , toujours sous son bon plaisir, sont conv.enus avec les députés de Bruxelles que la ville jouirait de
{a) L*acte porte trente-troi8;\;ependant le nombre monte ici à trenUaept.
(h) Féliciter , saluer. Ce mot se trouve dans Marot.
HUITIÈME ÉPOQUE. aaS
cesprWUëges, statuts et ordonnances avec leschangemens, modérations et réserves qui suivent.
Quant aux homicides commis ou qui pourraient l'être dans la ville , ou sur la personne d'un de ses bourgeons , qaelque part que ce soit , comme ceux de Bruxelles ont soutenu que sa ma)esté y en accordant rémission aux cou« pables , ne pouvait leur permettre de rentrer dans la ville, ' il est convenu que l'empereur et ses successeurs les ducs et dacbesses de Brabant, la reine régente et autres rëgens , gouverneurs ou lieutenans accorderont, toutes les fois'que le cas arrivera , rém ission entière ; et la grâce ainsi accordée aura lieu aussi bien dans la v ille pour en avoir la jouissance, que debors ;
Que dorénavant , quand une personne sera prise et appréhendée en ladite ville pour homicide dans les cas prévus i l'article précédent , laquelle , après son aveu et condamnation , devait , selon les anciens privilèges , être exécutée dans les vingt*quatre heures , sa majesté et ses successeurs , la reine régente et les autres régens ou gouverneurs pourront faire grâce aux condamnés quand le cas y sera disposé , et toujours quand il leur plaira ;
Que quand un bourgeois de Bruxelles avait commis quelque crime ou délit , quoiqu'il fût suffisamment constaté par deux , six ou plusieurs témoins , toutefois on ne pouvait , selon les privilèges ou droits de la v ille , procéder à la condamnation ou exécution corporelle contre lui , si le prévenu n'avait pas avoué et reconnu le délit; lesquels privilèges ou droits sont et demeureront casséset révoqués ; ils est cependant convenu entre les commissaires et les députés que pour pouvoir procéder à la condamnation ou
exëoution criminelle et corporelle d'un bourgeois haJbitant de Bruxelles , qui ne voudrait pas avouer et reconnaître son dâit, il suffira qu'il soH prouvé par trois t^dins qui aient , selon le droit , les qualités l'equises pour témoigner «t&irefoi , ou qu'avec deux semblables témoins , il y ait ilme et indices Violens contre le délinquant ;
Que sa majesté ou ses successeurs et ceux de son con-^ seil , ainsi que les officiers du conseil de firabant auront et prendront dorénavant Tapprébension , connaissance et judicature des bourgeois de 'Bruxelles prévenus de crime de lèse-majesté ou autres délits appartenant de droit et raison à leur connaissance ;
Que l'empereur et ses successeurs , la reine régente ou leurs régens et gouverneurs, pourront , toutes les fois que bon leur semblera , rappeler les bannis de la ville et les y rétablir , et pardonner les crimes et délits pour lesquek ils auront été bannis.
Toutes ces dispositions sont terminées par une clause portant qu'elles seront exécutées nonobstant aucuns droits^ statuts, privilèges, ordonnances ou usages contraites , lesquels sont cassés , révoqués , abolis et éteints.
En conséquence de ces arrangemens , la reine, comme régente, à sa prochaine arrivée à Bruxelles , accordera Témisfiion et introduira les bannis ; droit qu'elle conser^ vera toujours dans la suite.
Quant aux autres privilèges, droits, statuts, ordonnances et usages de la ville, qui pourraient être préjudiciai^les 4 la hauteur de sa majesté et de ses successeurs , contraires «u bien public^ à la justice, à lapolice et aux prérogatives
HUITU^E ÉPOQUE aaS
des officiers de sa ma\esté , auxquds ceux: de Bmxellies ne' Teolent permettre.de prendre et appréhender dans la yiUeaucnn boni^eois^ de lesmettre et tenir en prison, poar dei cas appartenant à leur compétence , il est convenu ' 'que' l'oii prendra à ce sujet des informations dans le; ttrmede six mois, furochainem^ent venant ^, afin que- d'après céw informations , et surtout après avoir entendu ceuk. àè' Bcnxelles , cen pri villes soient changés , altéré?, niodérés et réduits à. la raison, afin de:nJettré ovdveii'la jns<9' ttce et à la police de lai ville et ordoniler.çe que Toii. l'on trouvera le mieux convenir pour la conservation de ; la hauteur de sa nia)estéet.le.bien de la vilk* .
Les autres privilèges, statuts , ordonnances et usagée* qui ne répugnent ni à Tune ni à Tautre , demeurenont dans leur force et vigueur. ...
Il est statué ausurplu^que ceux de firuxelles paieront la somme de quatre mille carolus d or en une fois , ou 'en ' deux termes , la knoitié au i^*^ de mars'^ l'autre au i^>^ de» juin prochain , pour endédommager eten indemnisefle^ lieutenant-amm^n et autres , et knr être distribués com-' me la reine l'ordonnera; •
Que pour amende et r^aration profitables, ceux de Bruxelles tiendront dqpréikavant sa majesté impériale et sessuêcesseurs déchargés de certaine renie héritable de , six cents écus d'or par an , que ceux de Bruxelles ont , A la requête du duc Charles de Bourgogne , aïeul de sa ma^ jesté , vendue sur son domaine de Bruxelles, et qui restera à la charge de la ville ; qu'ils restitueront en mains du receveur de l'empereur an quartier de Bruxelles les lettres de sûreté et indemnité qu'ils en ont reçues du duc Char-
aa6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQ13E.
les , données le 3 de )um 147a ^ Arras , pour être remises par ce receveur aux gens de la chambre des comptes de Bmelle et y être cassées , comme étant acqnitées et déchargées.
Ce long arrangement fut fait à Mons le 27 décembre i53a , et muni du^eing manuel des commissaires et des députés.
A la suite de cet acte , ceux de Bruxelles a)Outèrent qu'ils suppliaient e(n toute humilité qu'ayant égard au déplaisir et repentance qu ils ont de leurs fautes et au bon et ferme vouloir qu'ils ont de prévenir dorénavent de semblables excès et d'obéir à l'empereui* et le servir de corps et de biens , il lui plaise en agréer et accepter les articles qui précèdent, et leur en faire dépécher ses lettres patentes.
L'empereur, inclinant favor^lement a leur demende leur fit dépécher ces lettres en due forme , données à Mons au même mois de décembre , sans indication de jour , et munies du sceau impérial. Ces lettres sont textuellement insérées dans le document officiel , qui rapporte toutes les cirsconstances de cette aflaire et les articlesde la n^ociation qui l'a terminée. Ellles portent que l'empereur impose sur toute cett aflaire un silence perpétuel à son procureur général de Brabant et à tous ses autres officiers et justiciers. C'est probablement pour cela cpi'elle était restée inconnue et ensevelie dans l'oubli.
BUITIÈMB ÉPOQVE. 907
ReToltedes Gantois (a).
' La reîne Marie avait demandé une contribution de douze cent mille francs pour les frais de la guerre contre la France. Pour subvenir à cette somme^ elle avait établi des droits sur les marcbandises dans les villes et des taxes sur les cbemins dans les villages. La Flandre était imposée à un tiers dans la répartition de cette contribution. Les villes de Bruges , d'Tpres et le Franc y avaient donné leur consentement; mais Gand l'avait obstinément refusé. Les Gantois soutenaient, en s'appuyant sur leurs anciens privilèges, qu*on ne pouvait imposer aucune taxe sur leur ville , qu'ils n'y eussent expressément donné leur consen« tement. La reine prétendait de son côté que le subside ayant été accordé par les états , dont la ville de Gand était membre , cette ville était liée par la résolution de ces états , et qu'en principe de gouvernement et d'adminis* tration , la volonté du petit nombre devaitcéder au jugement et a la volonté de la pluralité. Elle tâcba cependant de les gagner par la douceur; mais voyant qu'elle ne pourrait par ce moyen parvenir à vaincre leur obstination , elle en fut tellement irritée , qu'elle donna l'ordre d'arrêter les Gantois qui se trouvaient à Bruxelles , à An-
(a) Mémoire de Jeao de HoUander. lloynckt de Papendreckt. AnnaL heig.j ton. 3. Pont Heuter. Rêrumhelg,^ lib. ii.
laS HISTOIRE GÉNÉBALE DE LA BELGIQUE,
vers, àMalines et dans les autres villes. Cette violence, comme Tobserve Robertson , n ëtai t pas propre à en imposer à des hommes agités par toutes les passions fougueuses qu'inspirent le ressentiment de Foppression et l'amour de la liberté.
Les magistrats députèrent à la gouvernante au mois d'août 1 537 , un de leurs syndics , nommé Lieven Blom , génie turbulent et audacieux, avec une requête par laquelle ils réclamaient l'élargissement de leurs concitoyens. La gouvernante proposa de traiter Paflaire en justice réglée, soit au grand-conseil de Malines, soit au conseilprivé à Bruxelles , promettant de s'en tenir à la décision de l'un ou l'autre de ces tribunaux, à condition cependant que , dans l'intervalle , les Gantois paieraient leur contingent dans la contribution. L'élargissement des Gantois arrêtés ne leur fut promis qu'à cette condition.
Les états de Flandre adressèrent le 24 septembre une requête à la gouvernante pour lui démander un sursis pendant lequel on renverrait l'affaire à la connaissance et à la décision de l'empereur , qui était en Espagne. La reine leur accorda un délai de trois mois. Les indomptables Gantois firent le 3 1 décembre une protestation formelle contre la démarche des états , en alléguant que ce terme était trop court pour laisser à l'empereur le temps de s'instruire pleinement de tous les détails d'une affaire aussi grave et aussi délicate. Ils demandèrent donc une prolongation , et firent insérer leur protestation dans les registres publics. Ils offrirent cependant à la reine , selon l'ancien usage , au lieu d'une contribution en argent , un contingent en hommes , qui serviraient dans les armées impé-
HumiafE ÉPOQUE. 239
rîales, en marcbant sous le grand étendard de la trille.
En même temps, ils avaient envoyé des émissaires anx autres viUesde Flandre^afin de les engager àse joindre àenx pour soutenir une cause qui leur était commune , contre les entreprises d'une femme, qui ne coonaissait pasia force de leurs privilèges, ou ( ce qui était encore plus choquant ) qui affectait de les mépriser. Les principales villes refusèrent de se liguer contre la gouvernante. Mais les petites , celle d' Audenarde en tr autres , se réunirent aux Gantois. Toutes les villes s'entendirent cependant pour prier la gouvernante d'accorder aux Gantois la permission d'envoyer une députation en Espagne,afin de (aire valoir leurs titres et leurs droits auprès de l'empereur. La reine y consentit. Cbarles reçut les députés avec hauteur , et leur enjoignit d'obéir à sa sœur coihme à lui-même. C'est à peu près toute la réponse qu'il leur donna. Mais il écrivit le 3i janvier i538 au magistrat de Gand pour l'engager à suivre l'exemple des autres quartiers, et le renvoya pour l'examen des titres sur lesquels les habitans se fondaient , devant le grand-conseil de Malines , qui juges que la prétention des Gantois était mal fondée, et leur enjoignit de payer saus délai leur part dans la taxe.
Le magistrat avait arrêté d'envoyer une députation de douze habitans notables à la gouvernante , qui était en France. Marie, ayant appris cette résolution, leur fit intimer la défense de partir. Elle connaissait l'esprit remuant des Gantois , et elle croyait entrevoir dans cette démarche un motif caché. Elle craignait que leur voyage n'eût un autre but que celui qu'ils annonçaient , et que leur séjour en France ne leur facilitât les moyens de tramer quelque
!i3o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
intrigue plus aisément que par des lettres et des correspondances secrètes. Pontus Heuterus , historien digne de foi , rapporte en eâTet que les Gantois avaient envoyé des lettres et des émissaires a François I*'^ pour lui offrir la souveraineté de la Flandre , s*il voulait leur accorder sa protection en qualité de seigneur suzerain. Cette offre était séduisante sans doute, et flattait l'ambition de François. . Mais après y avoir mûrement pensé , il considéra cpi'il serait imprudent d accepter une offre qu'un peuple , toujours prêt à changer selon les circonstances , pouvait révo* quer avec autant de légèreté qu'il l'avait proposée, surtout étant à la veille de conclure une paix avec l'empereur, qui paraissait disposé à lui accorder l'investiture du Milanais pour un de ses fils. 11 rejeta donc cette offre et instruisit lempereur de toute cette trame : il lui renvoya même les lettres qu'il en avait reçues. Mais Jean de Hollander ne parle pas de ce fait , et l'empereur , dans la
sentence qu'il prononça contre les Gantois , n'en fait aucune mention. Il parait cependant que ce grief était assea important pour y être inséré , puisqu'il ne pouvait que contribuer à agraver les torts des Gantois. Mais qui nous dira s'il n'avait pas des raisons particulières pour garderie silence sur ce point? Au reste, Du Bellay, dans ses mémoires , Sandoval , dans son histoire , rapportent ce fait, et Robertson , s'appuyant de l'autorité de ces deux écrivains , le rapporte également sans manifester le moindre doute sur son existence.
Marie , à son retour , fit conformément aux ordres de l'empereur , exécuter les villages et les petites villes du quartier de Gand. Quand , au mois de juillet de cette année , le magistrat eut appris que cette princesse avait re'-
HUITIÈME ÉPOQUE. aSi
solu d'affermer les droits ou accises , il convoqua une as* semblée générale pour délibérer sur le parti qu'il convenait de prendre. Les bourgeois aisés étaient disposés à se soumettre pour éviter un plus grand mal ; nuis les métiers opposèrent une résistance prononoée â tout ce qui serait ordonné par le gouvernement , et il fut résolu d'à** bord qu'on marcherait au secours des paysans à main ai^
Les tisserands s'animant , s'échauffant de plus en plus, poussèrent la cbose à la dernière extrémité : ils demandé* rent la réforme du gouvernement.
La gouvernante était sur le point de partir pour la Hollande, quand elle apprit cette délibération bardie. Elle ne céda cependant pas : elle se contenta d'écrire qu'elle aviserait à son retour aux moyens de rétablir Tordre , et elle n'ordonna fMis moins que Ton continuât les exécutions avec activité.
Pour animer le peuple , les meneurs firent circuler le bruit que le magistrat avait supprimé une partie de leurs privilèges , et en avait altéré une autre.
Le peuple exigea que Ion réimprimât les prl vilt^es en langue vulgaire, surtout une chartre ou titre connue sous la qualification de rachat de la Flandre.
Un bruit assez étrange s'était répandu et accrédité depuis long-temps à Gand. On disait qu'un de ses comtes avait joué ses états contre un comte de Hollande , et que la ville lui avait prêté Targent dont il avait besoin pour les racheter ; qu'en reconnaissance, il s'était engagé à n'exiger aucune contribution que du consentement des Gantois. Ce conte populaire , fondé, comme tant d'autres, sur une vieille tradition , avait été répété au hasard par les chroni-
a3a HISTOIRE GÉNÉRALE 0£ LA BELGIQUE.
quenrs. On fit toutes les perquisitions possibles pour re» trouver ce titre. Le peuple^ toujours aveugle dans ses fureurs, accuse' le magistraJt d'avoir détourné cet acte ,' et traîne dans les prisoh^ceijLX de ce corps qui n'avaient pas eu le temps de se sauver. Us eurent beau protester qu'ils n'avaient aucune connaissance de ce titre; on ne les appliqua pas moins à la question pour arracher leur aveu. L'an* cien grand-doyen , nommé Lievin Pyl fut si cruellement tortiùré q[u'on dut le reporter dans un fauteuil : comme il avait persisté dans ses dénégations, on le remit à la ques* tien dès qu'il fut un peu rétabli. Il résista à tous les tourmens ; et comme on n'en put tirer aucun aveu , on finit par lui couper la tête. Après* toutes ces iniques procédures , il se trouva que ce titre n'avait^jamais existé.
La gouvernante , ayant appris ces excès , se rendit à Ma* lines , où elle convoqua les trois quartiers fidèles pour demander leur avis sur la manière dont il fallait traiter les rebelles. Ceux-ci lui conseillèrent les voies de douceur , et elle prit le parti d'envoyer à Gand Lambert Beyaerde , président du grand conseil , avec Adolphe de Bourgogne, seigneur de Beveren. Mais ils trouvèrent le peuple toujours plus furieux. Il venait de mettre à six cents florins la tête des magistrats fugitifs, et demandait à grands cris qu'on en nommât de nouveaux. Les envoyés alléguèrent que leurs instructions ne leur donnait pas ce pouvoir t. Ils furent arrêtés et gardés à vue dans'leurs maisons en attendant le retour des courriers qu'on avait envoyés à la gouvernante pour lui demander qu'elle abolît Tordonnance par laquelle Maximilien et Philippe avaient annulé les privilèges de la ville , appelés fa paix de Cadsant , et les
HCiritME ÊPOQUfi. 333
lettres patentes de Charles-Qaint , dites la peau de veaUf qui confîmiaient cette ordonnance ; ^'on sopprimit les tribunaux des petites TÎlles pour donner plus d'importance à celui de leur ressort , et cju'ils pussent lever autant de soldats ({ulls Tondraient sous le nom de chaperons blancs , dénomination chère aux Flamands. Ils insistaient si opiniâtrement sur ces articles, <|ue la gouvernante , sa* cbantque la vie des deux employés était menacée, expédia une ordonnance par laquelle elle leur accordait leurs demandes , mais en protestant de la Tiolencequi lui avait été faite ; et elle transcrivit l'acte de sa main sous le sceau , afin qu'on pdt le lire en Atant la cire. Cependant les Gantois ne rendirent les deux envoyés de la gouvernante que quand leurs courriers furent de retour.
L'insolence de la populace augmentait en raison de la condescendance de la gouvernante. Déjà les mutins menaçaient les châteaux, et celui deGaveren était investi. La gouvernante pourvut a leur défense et à leur approvisionnement. Bille fît des levées d'hommes pour y placer des garnisons.
Dans ces entrefaites, le comte de Rœulx, stadbouder de Flandre, arriva d*Elspagne avec les ordres de rempereor. La gouvernante , craignant qu'on ne lui imputât ce que ce comte pourrait leur dire de désagréable , le fit prier de se rendre directement à Gand avant de la voir , afin qu'on ne pût pas la soupçonner de l'avoir prévenu ou in* fluencé. Il y alla donc directement et y trouva le peuple en armes , disposé à tout refuser et à tout oser. Il crut devoir tenter les voies de douceur. Il offrit la paix , à condition qu'ils poseraient les armes, qu'ils laisseraient aflêrmer
a34 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
lesaccises et rouvrir les tribunaux. La commune demanda huit jours pour délibérer. Le stadhouder n*en accorda que trois. Les crocbeteurs , iresers^ nom que la faction sVtait donne , rompirent les négociations. Les hommes sages représentèrent à ces fougueux le danger auqnelîls s'exposaient en résistant aux ordres die l'empereur ; mais ils étaient devenus entièrement sourds à la voix de la raison : ils criaient que ces ordres ne venaient pas de l'empereur ; que la gouvernante s*appuyait de son nom pour accomplir le projet qu elle méditait de détruire la liberté.
Les esprits s'écbauilèrent, et les deux partis coorarent aux armes. Les échevins saisirent un moment de tumulte et de confusion pour ouvrir les prisons et procurer l'évasion des magistrats arrêtés. Le stadhouder se sauva avec eux.
La gouvernante informa l'empereur de tout ce qui s'était passé. Il trouva que les circonstances étaient si graves et si urgentes,qu*il résolu t de venir lui-même aux Pays-Bas. Son embarras était de choisir la route la plus sûre et la moins longue.
n voyait des inconvéniens et des dangers de tous les cAtés. La France lui offrait un passage plus court. Il conçut l'idée singulière et en apparence insensée , comme dit Robertson , de prendre cette route. Tous ses conseillers la désapprouvaient comme inconcevable , comme téméraire. Us lui représentaient que sa demande , si elle était réfusée , comme on devait s'y attendre, l'exposait i un affront , et si elle était accordée , à un danger imminent. Ces raisons ne lui firent pas asses d'impression pour rengagera renoncera son projet. Il connaissait d'ailleurs la loyauté du roi. Un officier espagnol lui ayant dit cpie , si
HtimBME ÉPOQUE. d35
les Français ne le retenaient pas prisonnier , ils seraient bien faibles on bien aveugles[: « Ils sont l'un et Tautre, » reprit-il, et c'est sur cela que je me fie ». Il communiqua sa résolution à Tévéque de Tarbes, ambassadeur de France à sa cour , et il envoya à Paris son premier ministi^e pour demander au roi la permission de passer par ses états, en lui promettant que laflaire du Milanais se terminerait à sa satisfaction. Il le priait en même temps de se contenter de cette promesse, sans insister sur leurs anciens engagemens , afin que cette cession qu'il était disposé à lui faire, ne parut pas arrachée par l'intérêt et la nécessité, mais plutôt dictée par Tamitiéet la justice. François se laissa prendre à ce langage perfide ; il ne pouvait soupçonner idans un autre un détour dont il était si incapable lui*méme , et il consentit généreusement à la demande.
Charles se mit donc en marche avec un simple sauf-conduit. Son cortège n'était guère composé que de cent personnes. François , dès le premier avis qu'il reçut de son départ , donna des ordres sur la toute la route pour qu'on lui rendit les mêmes honneurs qu'à lui-même , et chargea le dauphin et le duc d'Orléans d'aller le recevoir à Bayonne , avec un cortège nombreux de seigneurs. Ces deux princes ofiHrent dépasser en Espagne et d'y rester pendant tout le temps de son séjour en France. L'empereur le refusa , disant que la parole du roi lui était un garant suffisant, et pour prouver combien il y avait de confiance , il ne mena a sa suite que le monde qui lui était strictenient nécessaire pour son service. Le roi , convalescent d'une grande maladie ^ vint le recevoir à Châlellerault.
936 BISTOIRE GÉNÉBAUS DB LA, BELGIQUE.
L'entrée des deux monarques à Paris fut magnifique. L'empereur fut reçu à la porte S^ Antoine sons iin ricbe dais , porté par quatre des plus notables habitans. Les mes étaient tendues des plus belles tapisseries, et Ton yo fit de tous c6tés Taigle impériale, les aimes d'Espagne et la croix de Bourgogne , avec des devises analogues 4 Tév^ne^ ment. Les compagnies bourgeoises en babit de velonis marchaient en avant, et le conduisirent an pied de Teaca* lier du Louvre, où la reine , sa sœur , l'attendait pour le mener à son appartement. A table , le roi ne voulut pren* dre que la seconde place , en laissant même un intenralle entre les deux.
Tous ces honneurs , toutes ces déférences , toutes ces caresses ne rassuraient cependant pas trop l'empeiiear.Ilne resta que six jours à Paris , et il aurait déji voulu être aux Pays-Bas. Il montrait une extrême impatience de conti» nuer son voyage, et cette impatience provenait plus encore peut-être de la crainte du danger auquel il était exposé,qne de la nécessité de sa présence dans la Flandre. U craignait toujours que le roi ne vint à connaître ou à pénétrer ses artifices, et que , si enfin il était déçu , le motif d'intérêt ne l'emportât sur le sentiment de l'honneur. II avait été averti sous main que quelques seigneors avaient conseillé au roi de saisir cette occasion pour Ini faire annuler le traité de Madrid et lobliger à lui dcm» ner dans ce moment l'investiture du duché de Milan. U s'en trouva même qui étaient d avis de s'assurer de sa per» sonnepourTy forcer. Le roi, croyant qu'il ne serait pas généreux d'abuser de la situation de ce prince , répondit que ce n'était pas dans ce moment qu'il devait le sommer
HUITIÈME ÉPOQUE. a37
de tenir sa parole. Mais quand il fut arrivée Valenciennesi où il était librej'ambassadeur de France le pressa d*accom* plirsa promesse. Il répondit froidement qu'il ne pouvait donner de réponse sur cet objet sans avoir pris Tavis de son conseil et obtenu l'aveu de son frère.
Pendant que l'empereur faisait ce grand trajet , celui-ci lui avait amené deux régimens d'infanterie alkmande i Bruxelles. Gbarles , s'étant mis à la tête de cette petite troupe , marcba sur Gand. Les habitans consterna à Tapprocbe du danger , qui Ipur avait dessillé les yeux , en* voyèrent une députation à l'empereur pour implorer sa clémence, disant qu'ils étaient prêts à lui ouvrir les por* tes. Il répondit qu'il ne voulait paraître au milieu d'eux qu'en juge et en souverain, avec le sceptre et l'épée, et il se mit en marcbe. Il entra dans Gand le ^4 février 1 54o, jour anniversaire de sa naissance , accompagné de sa sceur Marie et de presque tous les seigneurs belges , qui lui avaient amené qninze cents cbevaux.
Âpres avoir fait mettre des gardes à toutes les portes et
à toutes les avenues de la ville , il manda devant lui les membres de la noblesse et du conseil de Flandre. Il était assis entre le roi des Romains et la reine de Hongrie et entouré des cbevaliers de la toison d'or et de son conseiL L'orateur de la députation fit un long exposé de toute l'aflaire et un dénombrement détaillé de toutes les sommes qu'on avait exigées de la ville depuis l'avènement de Charles à la couronne , et finit par demander la suppression du nouvel impôt comme étant contraire aux privilèges des babitans. Il s'appuyait notamment sur la cbarte du comte Gui de i3^], sur celle du comte Louis de Neyers
a38 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE,
de 1 334 , et le grand privilège de la ducbesse Marie de j 477 • Ces princes leur avaient promis qu'ils n'exigeraient aucune contribution que du consentement des habitans , et que celui des autres membres ne pourrait leur porter préjudice. L'empereur ordonna à son avocat fiscal de repondre. Ce magistrat démontra que Torateur avait fait Une fausse application des dispositions des deux premières ordonnances ; que la troisième était vicieuse dans son principe^ parce qu'elle avait été extorquée par la force àuneprinOesse en âge de minorité, que les Gantois tenaient prisonnière dans leur ville après la mort de son père; qu'elle-même avait protesté contre cette violence; et du droit passant au fait ^ il ajouta que si l'empereur avait exigé des contributions plus fortes que par le passé , on devait considérer les circonstances qui le forçaient d'entretenir de plus grandes armées pour la défense de ses sujets ; qu au surplus , il avait toujours ménagé Gand, tellement que la ville n'avait supporté que le sixième des charges de la province. Enfin ^ après avoir articulé , discuté , exagéré même les griefs allégués à la charge des Gantois , il les déclara coupables du crime de lèse-majesté et conclut à la peine de mort^ à la confiscation des biens et à Pabolition des privilèges.
L'avocat des Gantois fit une réplique bien pTateei bkn froide , sans vigueur et sans énergie , dans laquelle il ne chercha plus qu'à exciter la commisération du monarque irrité.
Après avoir mûrement examiné les chefs d'accusation et les moyens de défense , l'empereur fit prononcer le 3o avril une sentence foudroyante , par laquelle , de l'avis
HUITIÈME ÉPOQUE. aSg
des cbeyaliers de la toison d'or , desprésidens des diverses cours et des maîtres des requêtes, il déclara la ville et le peuple de Gand criminels de lèse-majesté ; qu'en consë* quence , ils étaient dépouillés de leurs libertés , immunt* tés, privilèges et coutumes; que leurs biens, revenus, maisons , armes , canons et autres semblables munitions ou attirails de guerre , appartenant à la ville ou au métier des tisserands, ainsi que la docbedutocsinappdée Holandy seraient confisqués au profit de l'empereur; qu*il leur serait interdit de fondre à l'avenir des canons ; quelesmagirtraU. syndics, g«fl5«r. avec tente des plus notables bourgeois et le doyen des tisserands, vêtus d'une robe noire traînante ^ tètes nues , six de chaque métiers, cinquante de celuides tisserands et cincpiante des crocbeteurs ( kresers ) , ces derniers vêtus d'une simple robe de toile , la corde au cou (a) , demanderaient publiquement pardon k genoux et k haute voix , par l'organe du syndic, des attentats commis contre la personne de l'empereur et de la reine ; que la ville de Gand, sans compter la sommç i laquelle elle était taxée , paierait celle de cent cinquante mille florins une fois , outre ceUe de six mille florins tous les ans k perpétuité.
n fit en outre publier dans l'après-midi un édit qui abo-
(a) Noui remarquerons , disent les auteurs de Thistoire générale de^ ProTÎnees-Unies , une contradiction dam Hojrnckt de Papendrechi , qui avance ^ue c*ett une erreur de supposer cet équipage, tandis qtCU est expressément porté dans la sentence , dont il est VédUeur. Cette contradiction peut s^expliqner. Elle ne peut résulter que d'un mal-entendu. Cest une erreur d'avancer que les magistrats, nçtableset métiers aient dd paraître ayec la corde au cou ; ce ne sont que les kresers qui ont subi cette ignominie. Ost ce que porte la sentence.
34o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
lissait l'ancienne (orme d*adminislration et prescrivait le nouveau mode de gouvernement qu'il imposait à la ville de Gand. Il porta le même édit contve la ville d'Audenarde, parce c{u'elle avait tenu leparti des rebelles, et il fit trancher la tête A vingt-six des principaux che£sde la sédition. Un grand nombre d'autres eurent leurs biens confisqués et furent condamnes à des pèlerinages lointains; les uns y périrent ou y restèrent ; les autres , étant revenus avec un certificat constatant qu'ils avaient accompli knr voyage y furent éloignés de toutes les fonctions publiques pour toujours. L'empereur , voulant au surplus que les Gantois eussent constamment devant les yeux un monument de leur faute et de leur punition , fit construire à leurs frais une citadelle pour les tenir sous le joug. On leva à cet effet sur les babitans une somme de quinze mille florins par forme d'amende.
Dès que Cbarles fut libre , et qu'il n'eut plus de raison 'de cacber sa duplicité sous le voile dont il avait couvert ses intentions secrètes sur le Milanais , il donna des réponses évasives aux ambassadeurs français ; et quand , pressé par leurs instances réitérées pour en obtenir uile réponse positive , il vit qu'il ne lui restait plus de subterfuge pour échapper à leurs poursuites , il leva le masque ; il refusa nettement de se dépouiller d'une possession si importante ; il nia même d'en avoir jamais fait la promesse.
» De toutes les actions qu'on peut reprocher à Charles, » ^tRobertson, ce trait de mauvaise foi est sans contredit » le plus flétrissant pour sa gloire. Quoique ce prince n'eut n jamais été fort scrupuleux sur les moyens qu'il employait » pour arriver à son but, et qu'il nese piquât pas d'observer
» toujours les principes exacts de riionneur et de la » loyauté , cependant il n'avait encore jamais violé ou- M vertement les maximes de cette morale relâchée que » les rois se sont crus en droit d^adopter pour règle de leur
• conduite. Mais dans cette occasion , le dessein réfléchi » qu'il forma de tromper un prince franc , ouvert et gène- A reux , et les artifices bas quMl employa pour y parvenir; )> Tinsensibilité avec laquelle il reçut toutes les marques » de son amitié,, et Tingratitude dont il les paya, étaient
• aussi indignes de son caractère que peu proportionnés » à la grandeur de ses vues »? Si, aux yeux de la politique, François a peut-être fait une grande faute dans cette circonstance , ne peut-on pas dire qu^aux yeux de rhonueur et de la niorale , Charles en a fait une plus grande , d un autre genre? Je blâme donc avec Robertson la perfidie de celui-ci; mais je ne puis convenir que la crédulité de François excite le mépris. Le mot me parait très-impropre. Je dirai au contraire que la faute de lun Vhonore en quelque sorte, et que celle de l'autre le ravale et le dégrade. Il eât acquis plus de vraie gloire , s il eût déployé un zèle moins acerbe contre les protestaus et tenu une conduite plus franche avec les catholiques.
34a HISTOIBE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
ParaUéle des Mges et des Et]MigiioU.->-Latlier : le pape condamne set proposUioDB. Reponse.de Luther. Diète de Wornu. Édit de Temperewr contre Luther.-^ommencement de Tinquisition. Peines contre les hérétiques. Diète d^Augshourg. Protestons, De'cret contre les Luthériens. Ligne deSinalkalde.-^Ferdinandéitt roi des Romains.^^har-' les-QuitttTÎent À BnULelles: il nomme sa sœur liargaeritegoayeraante» et lui donne un conseil. Règlement pour la forme du gouyernement. Il renouyeUe les peines contre les protestans. Diète de Nuremberg ; il accorde la liberté de conscience aux protestans d^ Allemagne, et renouyelte les édits contre ceux des Pays-Bas. Ordonnances générales, Tune concernant les délits et les peines, Tautre touchant les formes de procédure* Nomination d^un grand inquisiteur. Remontrances des magistrats d'Anyers : réponse du président Viglius. La gouyernante les appuie. Exécutions, supplices.
Dàs le commencement du règne de Charles, la défiance s'était emparée de l'esprit des Belges» Habitués à ungou» Temement libre , où le souverain n'était que le premier citoyen , ne possédait d'antre revenu qne celui <jue les provinces lui accordaient, n'avait d'autre armée que celle que la nation entretenait, les Belges se voyaient avec peine soumis à un prince élevé en Espagne, où les peuples, obéissantaveuglément àun maître absolu, ne connaissaient d'autre loi que sa volonté. Charles avait pris dans ce pays ' les principes et le goût du gouvernement absolu , et s'était habitué à mépriser les droits des peuples et des individus.
Deux nations aussi opposées de caractère que les Belges
HUITIÂME ÉPOQUE. «43
et les Espagnols , ne poui^aient se convenir ni s'enten* dre (a). Les Belges pooTâient aisément fraterniser, pour ainsi dire, avec les nations voisines, sorties d'une même origine. Entre les Espagnols et les Belges, au contraire, il n'est prescpe pas de point de contact : ils se choquent et se repoussent. Les Belges sont laborieux ; ils cultivent les arts de la paix. L'amour du gain les portent i l'aimer^ parce qu'elle leur laisse la liberté de se livrer au commerce; mais cette inclination pacifique n'est pas telle qu'elle les rende insensibles aux outrages. Il n'est pas de peuple plus éloigné de l'esprit de conquête; mais ils défendent courageuiement leur territoire. C'est pour le mettre i l'abri des invasions qu'ils oat des villes très*nombreuses , resserrées dans l'espace étroit qu'ils occupent , défendues par leur situation naturelle , c'est-à-dire , par la mer et lés grands fleuves , et par leur nombreuse population , considérablement augmentée par tons les étrangers qui s'y fixent. Ainst,après qu'ils furent délivrés des incursions des brigands du nord , ils ne purent être vaincus ni ruinés par des armées étrangères. L'Espagnol, au contraire, ayant souvent ckttngé de maître , a contracté dans ses mœurs, sous ces diverses dominations , des traits du caractère des vainqueurs, qpoi ont altéré plus ou moins le caractère natM»ial , de sorte qu'il n'est qu'un mâange de ceux des différentes nations auxquelles l'Espagne aété asservie. Après
(a) Je présente ici le parallèle que fait Grotius, (Annal.^ lîb. i , p. 4 et 5 ) des Belges et des Espa gnols. Depuis Te'poque à laquelle ce paraUéle se rapporte , le temps et les éTënemens y ont spporte' plusieurs changenieBs.
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en avoir reçu des modifications , les auteurs anciens et modemei ont peint les Espagnols comme le peuple le plus patient dans les travaux, le plus Intrépide dans les dangers, également avide de gloire et de richesses, portant la fierté au point de mépriser toutes les autres nations , attaché à la religion , sensible aux bienfaits , mais si vindicatif et si emporté dans la victoire , qu'à l'égard d'un ennemi , Il ne se croît plus lié par la conscience ni par l'honneur. Ces vices sont étrangers aux Belges; ils sont rusés sans être trompeurs. Placés entre les Français et les Allemands , leur caractère participe de celui de ces deux peuples , tellement qu'ils ont peu de leurs vices et beaucoup de leurs vertus. On ne les trompe pas aisément, on ne les Insulte pas Impunément. Us ne le cèdent pas aux Espagnols du côté de la religion ; et ce qui le prouve , c*est que, dès qu'une fois Ils eurent embrassé le christianisme, les armées des Normands n'ont jamais pu les faire changer de culte. Us sont restés si fermement attachés à la foi de leurs pèrçs, qu'ils ne se laissèrent entraîner dans aucune des erreurs condamnées par l'église , et ils furent si prodigues de pieuses libéralités, qu'il devint nécessaire de prescrire des bornes à l'avidité des prêtres. L'attachement et le respect pour le souverain est en général commun aux d^ux peuples , avec cette différence que les Belges mettent la loi au-dessus du roi ; et c'est ce qui, dans les diflerens temps a donné lieu aux troubles qui, ont si souvent agité ces provinces. Les Castillans sont moins servilement attachés au gouvernement monarchique que les autres Espagnols; et quoiqu'ils aimeut la liberté, ils ne la souffrent qu'avec peine dans les autres. C'est ce qui fait
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qu'ail' prince ,'chargé du gouvernement des deux peuples à la fois , a beaucoup de peine à partager ses soins entre eux, les Belges ne pouvant souffrir qu'aucun autre peuple soit plus favorisé qu'eux, et les Espagnols qu'aucun le soit seulement autant. Les premiers ne se cLoquent que de la supériorité des droits dans les autres ; les seconds s'offensent même de l'égalité. Les Espagnols accoutumés dans ce temps à régenter, pour ainsi dire, l'Italie, 'à dévaster l'Amérique , voulaient exercer le même empire et les mêmes, violences dans la Belgique , qui était habituée de tout temps à reconnaître dans ses princes une autorité limitée par les lois et le pacte solennel qui accordait au souverain et à la nation des droits communs et Içur imposait des devoirs réciproques.
Les Belges s'aperçuitent bient ôt que leur pays n'était plus quune province espagnole. On concevra aisément que la grande révolution religieuse qui commença à cette épb* que, fut accueillie dans les provinces septentrionales des Pays-Bas , si Ion fait attention que la nouvelle doctrine de Luther, qui , permettant l'esprit d'examen , la liberté d'opinion et l'usage de la raison, était plus favorable à la liberté, que la religion catholique, qui exige une soumis* sion aveugle à l'autorité. C'est par cette raison que , dès le principe , les idées de réformation trouvèrent si aisément UQ grand nombre de partisans dans ces provinces.
Luther acquit donc d'abord une grande prépondérance sur les esprits. Il en imposa par son audaee, qui augmen* tait en raison de l'accroissement de son crédit. L'électeur deâaxe,Frédéric,qui avait, comme onl'a vu,puissauiment
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contribué à Vélectioa de Charles , protégeait hautement Luther, et Charles, qui avait de si grandes obligations à ce prince , était forcé d'employer à son égard les ménagemens qu'exigeait la politique autant que la reconnaissance*
Le pape , qui « dans le principe , avait cru qu'il était prudent d'agir avec modération , avait tâché d'engager Luther à se rétracter. Cette démarche ne fit que le rendre plus entreprenant, plus arrogant et plus obstiné. Le pape publia le i5 juin iSao une bulle par lacpielle il condamne les propositions de Luther, qu'il réduisait a quarante. Cependant^ avant de lancer cette bulle, il lui accorda soixante jours pour se rétracter. Celui-ci , loin de s'y montrer disposé , ne connaissant plus de bornes, publia pour réponse son fameux livre de la Captivité de JSabjlone, dans lequel , sous cette dénomination allégorique, il attaque violemment Féglise de Rome et le gouvernement du pape , qu'il soutient être le règne de Babylone. C'est dans cet ouvrage , où substituant $e& opinions à ce qu'il appelai!; les superstitions romaines ^ il met toute ta doctrine au grand jour. Le pape lança une seconde bulle , du 3 janvier 1 5a i , contre Luther et ses adhérens , qu'il déclara hérétiques.
Charles se trouvait dans ce qu'on appelle une fausse po> sition. Il accordait en Allemagne , où la fermeté des princes le forçait à des ménagemens, le libre exercice du culte dont il voulait empêcher l'introduction dans les Pays- Bas, parce qu'il craignait que les idées de liberté, dont la réferme religieuse avait développé le germe dans tous les esprits, ne s étendissent à la liberté civile , et que l'es-
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• prit d'esamea, que la réforme aotor isait dans les matières de relî^^on, n'exerçftt sod iavestigation sur les aflhires du gouTernnoeuti et qu'après avoir attaqué et nié le droit diybk de la papauté , les nombreux partisans des nouvelles doctrines ne discutassent et ne contestassent enfin celui de la monarchie, qu'on faisait dâriver delà même source.
Il convoqua donc une diète à Worms , où il ordonna à Lutlier de se rendre dans trois jours , sur la foi d'un saufconduit, par leque} il lui promettait une entière sûreté. . n y parut le ij avril, et refusa fermement de se rétracter. L'empereur , de Tavis des [nrinoes et de son conseil , porta le 9 mai un édit , où il déclarait que , voulant satisfaire à ce qu'il devait à Dieu , à l'église et au pape , il tenait Martin Luther pour hérétique obstiné et notoire* U défend en conséquence k tous, sous peine de lèse-majesté , d'entretenir avechiiaucune communication ou de lui donner aucun asile ou protection^ ou enfin d'adopter ses erreurs ; il ordonne à ceux qui les auraient embrassées , de rentrer dans le giron de l'église, sous peine d'être punis conformément aux lois ^il prononce contre les coupables la confiscation de leurs biens, pour être partagés par tj^rs, au fisc , aux juges et au dénonciateur ; il défend de lire ou de garder aucun de ses ouvrages , et ordonne aux magistrats de les condamner au feu j il défend enfin d'imprimer, vendre ou distribuer aucun livre en matière de foi sans la permission de l'ordinaire, et en autre matière, sans l'autorisation de l'empereur.
Il fi t publier cet édit dans les Pays-Bas, sans en faire part aux états , et la gouvernante était chargée de son exécution. Le conseiller de Brabant Van der Hulst fut chargé
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de rechercher lei sectaires. Cest le commencement de Tinquisition aux Pays-Bas (iSaa). On soutint qa il n'appartenait qu'au pape d'e'tablir ce tribunal. Adrien VI , le précepteur de Gharles-Quint, qu'il était parvenu à faire élire à la place de Léon , mort le i^"^ décembre précédent, donna son approbation à cette institution , et adjoignit à Van der Hulst un certain nombre dé théologiens en qualité d'assesseurs. Le président du conseil de Malines fut chargé de présider ce nouveau tribunal. Le pape Clément VU, qui avait succédé à Adrien , mort le 4 septembre i5a3 , croyant que la juridiction dont Van der Hulst était investi, ne pouvait convenir à un laïque , la lui ôta , et la confia à révéquedeLiége,ÉrarddelaMarck, qui trouvant cette charge trop pesante pour ses forces, représenta à l'empereur qu'il ne pouvait plus y suffire, d'autant plus que le nombre des sectaires augmentait de jour en jour.tLe pape, sur la demande de ce monarque, nomma trois inquisiteurs pour les Pays-Bas ( 1 52^): le prévôt des chanoines réguliers d'Âspres, pour la Flandre ; le prévôt des écoliers de Mons, pour te Hainaut et les provinces voisines , et le doyen de S^ Pierre à Louvain pour le Brabant , la Hollande , la Zélande et la Frise. Ce dernier était un homme d'un caractère dur, âpre théologien, prêtre impitoyable, tel enfin que Charles le voulait pour remplir à son gré cette charge dans les circonstances.
L'empereur, craignant que les progrès que l'hérésie fai* sait tous les jours en Allemagne , ne s étendissent de plus en plus aux Pays-Bas, où les esprits en général y étaient très-disposés, crut devoir prendre des mesures plus: sévères. Il s'était borné aux peines pécuniaires ; mais comme
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elles n'avaient pu arrêter le coors an mal ; qu'an contrai* re , il allait tonjonrs croissant , il pensa qn*il iallait veooo» rir i nn remède pins violent ; il prononça la peine de mort (1529).
! Les sectateurs de Lnther , ayant profite des embarras de l'emperenr, ne gardaient plos de mesures* Us avaient ouvertement proclame leur doctrine. Une grande partie de l'Allemagne avait secoua le joug de Tëglise romaine. La messe était abolie dans plusieurs provinces. L'emperenr, alarmé de ces succès eflrayans , se rendit à Angsbonrg pour y assister en personne i la diète qui y était convoquée pour le 8 avril i53o« U y arriva le 8 juin. L'on- Yerture s*en fit le ao. Les protestons (a) y rent cette fameuse profession de foi, si connue sons nomination de confession 4t jiugsbouf^ j en dix -sept articles , composée par Mélancton , zélé disciple de Lu* tber, et demandèrent, ou plutôt exigèrent de pouvoir la
suivre ouvertement.
L'empereur, ayant tenté inutilement d'engager les protestans à se relâcber sur quelques articles, lança enfin un décret violent contre les Lutbériens, qui publièrent une apologie. On ne leur signifia pas moins le décret* Ceux-ci , voyant qu'on voulait les réduire par la foroe, déparèrent que leur conscience ne leur permettait pas d'obéir aux volontés de l'empereur, et ils se r e tir ère n t^ Charles fit alors publier l'arrêté de la diète , auquel on
[a] Les protestans forent ainsi appelés , parce qa*ils aTaient fait ane protestation solennelle contre le décret lancé par la diète de Wom» en i5a4 contre Luther. Cette dénomination deyiai commone à tontes les sectes séparées de Téglise romaine
aSa HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
ajouta de nouvelles dispositioa» ^ toutes conçues dans les termes les plus forts, et il forma une ligue avec Ferdinand, son frère , et les princes catholiques. Les protestans , de leur côte, assemblés à Smalkalde, petite ville de la Franconie, formèrent une ligue opposée , qui prit le nom de cette ville.
Charles , dont l'ambition croissait dans la même proportion que sa grandeur et sa puissa|ice , dit Robertson , avait formé le projet de rendre la couronne impériale héréditaire dans sa famille , en faisant élire son frère, Ferdinand, roi des Romains. II y parvint en effet. Ferdinand fut élu à Cologne , malgré la protestation de l'électeur de Saxe et l'opposition des protestans , et couronné quelques jours après à Âix-Ia-Chapelle.
L'empereur revint à Bruxelles dans le mois de janvier 1 53 1, avec Marie, sa sœur, veuve de Louis , roi. de Hongrie. Les états lui envoyèrent une députationpour le complimenter. Van der Goes, avocat général de Hollande, porta la parole en hollandais, et (ce qui est digne de remarque) l'empereur répondit en wallon (a), c'est-à-dire, en français du temps.
Avant de partir pour son expédition contre les Turcs , Charles nomma' sa sœur Marie pour remplacer dans le gouvernement des Pays-Bas Marguerite, morte à Malines leay novembre i53o, après avoir gouverné ces provinces avec autant de modération que de sagesse pendant près de treize ans. Il lui donna un conseil privé , composé des seigneurs du pays^ auxquels il adjoignit quelques che va -
(a) Regîst. Âert Van der Goes , p. i53.
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lieni de la toit on d*or et quelcpies membres du conseil d*état. L'archevêque de Palerme en fut le président*
Après avoir établi celte forme de gouvernement, il publia un long édit, dont tous, les articles ( il en contenait quarante-quatre) tendaient à corriger les nombreux abus qui s'étaient introduits dans l'administration de la )ustioe par la négligence des magistrats et les malversations des subalternes. 11 y renouvela les condamnations portées contre les sectaires , et en ordonna la rigoureuse exécution.
Cependant il fut forcé de tenir une conduite opposée «outre ceux d'Allemagne , quand il apprit que Soliman rassemblait des forces considérables pour venger laffiront que ses armes avaient reçu devant Vienne. Il se vit donc obligé par les circonstances de ménager et , pour ainsi dire, de caresser un parti qu'il aurait voulu abattre , et il conclut le 1 2 juillet 1 532, à Nuremberg, avec les protestans, un traité qui fut ratifié le a août à Ratisbonne, par lequel il leur accorda la liberté de conscience. Les proiestans, par reconnaissance, lui accordèrent des secours considérables , consistant en quatre-vingt mille hommes et trente mille -chevaux que l'électeur de Saxe conduisit en Hongrie* L'empereur, aidé de ces puissans renforts , se mita la tête de son armée, et força le redoutable Soliman à la retraite.
Cest bien sans doute contre son inclination qu'il avait du &ire cette concession aux protestans d'Allemagne ; mais il n'en fut que plus sévère contre ceux des Pays-Bas , et Ion eut dit qu'il voulait se venger de la condescendance dont il avait été forcé d'user à l'égard des uns , par la rigueur qu il déployait contre les autres. Craignant donc
a54 HISTOIRE GÉNÉRAI^: DB LA BELGIQUE.
Les poursuites contre les hërëtiques étaient réservées aux archevêques, évéques, archidiacres, abbés, chapitres, officiant et inquisiteurs.
Ceux qui auront été condamnés à la prison perpétuelle ou admtà à la rétractation , et qui depuis se seraient rendus coupables d'infraction aux édits , auraient excité des troubles ou des mouvemens séditieux , auront leurs biens Cbnfisqués>
Tous ceux qui connaîtront un hérétique, seront obligés de le dénoncer aux inquisiteurs , aux évéques et aux curés. Celui qui le recèlerait , sera considéré et puni comme fauteur d'hérésie.
Le dénonciateur aura la moitié des biens du prévenu qui aura été condamné, si ses biens n'excèdent pas k valeur de cent livres de Flandre ; s'ils passent cette somme, il aui'à la moitié de l'excédent.
Celui qui donnera connaissance des conciliabules ou réunions secrètes , quand même il en aurait fait partie , jouira de l'impunité ; s'il n'y a pas pris part , il aura pour récompense la moitié ou la dixième partie des biens des coupables , selon le montant de ces biens.
Les juges provinciaux devront connaître de tous ces délits par droit de suprématie , et les magistrats muni* cip^ux pourront exercer les poursuites par droit de prévention. Les biens seront conGsqués , déduction 'des frais.
Ces juges ne pourront arbitrer ou mitiger les peines. S*i1s se le permettaient , ils seront destitués de leurs offices ou dignités , et déclarés inhabiles aux fonctions de la ma* gistrature et punis arbitrairement.
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nemis de la religion et de l'état, perturbateurs du repos public, incapables de tester, inhabiles à aliéner. Lesparens étaient non -seulement exclus du droit de succéder aux biens des condamnés , mais même de les racheter.
La peine de mort était prononcée contre les coupables. Les hommes étaient condamnés à ayoir la tête tranchée , les fenunesàêtre enterrées vives, les contumaces, à être, brûlés vifs , tous à avoir leurs biens confisqués* •
Il est défendu de recevoir ou loger les sectaires , de leur fournir des vêtemens ou des alimens • sous peine d encourir les mêmes punitions <]ue les coupables. Il est enjoint de les dénoncer aux magistrats et aux inhibiteurs.
Les relaps étaient punis de la même peine de mort et de la confiscation des biens ; les suspects , comme ceux qui s'étaient rétractés , étaient inhabiles à exercer aucun emploi , office ou dignité ; les étrangers ne pouvaient être admis dans une ville sans un certificat du curé , et à ce défaut , ils étaient considérés comme suspects et traduits devant les tribunaux.
n était recommandé aux avocats et aux juges de déployer la plus grande énergie pour provoquer la punition des crimes dont la connaissance appartenait aux tribunaux laïques ; sinon , ib seraient destitués et punis arbitrairement.
Ils étaient obligés de prêter aide et assistance aux inquisiteurs contre ceux qui seraient appelés en justice ou menés en prison. Les employés du fisc qui montreraient de la négligence , ou affecteraient de la dissimulation dans leurs opérations , seront livrés aux tribunaux*
i56 HISTOIRE GÉNÉRALE. DE LA BELGIQUE.
Les libraires devront jurer Tobservation de ces dispositions.
Il est défendu d'ouvrir des écoles publiques sans la permission des magistrats ou'du curé, sous peine d'une amende de douze carolus ; du double et du bannissement en cas de récidive. Les maîtres devront être de bonne répntatioQ. Les livres destinés à la jeunesse devront avoir été soumis à Fexamen de T université de Louvaiu.
Toutes ces dispositions sont irrévocables ; et afin qu'elles ne tombent pas en oubli ou en désuétude , la publication en sera renouvelée tous les trois mois. Le ma« gidtrat qui négligera cette formalité ^ paiera dix carolus an fisc ; le double pour. la seconde fois , et pour la troisième il encourra les peines prononcées contre les magistrats prévaricateurs.
Cette longue ordonnance était véritablement un code des délits et des peines. On en attribua la rédaction à Yi* glius , chef et président du conseil privé (a). L'empereur en porta une autre sous la date du 39 juin de la même année , qui était comme le code €le procédure , traçant les formes et les règles que les magistrats devaient suivre dans l'instruction des procès.
Les inquisiteurs et les commissaires devaient visiter les différentes provinces confiées à leur surveillance , aidés d'un secrétaire ou tabellion , aux dépens de la caisse publique. Us étaient chargés de prendre soigneusement des informations, non-seulement sur les hérétiques reconnus , mais sur les individus suspects ou fauteurs d'hérésie ou
{a) Cette ordonnance a été imprimée en entier avec plusieura autres k Gand, en iSSg , chez Van den Steen.
HUITIÈME ÉPOQUE. aS?
Tcceleura d'hérétiques. lis devaient consulter sur ce point les magistrats ou les hommes connus par leur piété ou leur probité. Les secrétaires étaient chargés de tenir note par écrit du résultat de ces informations dans un' ca« hier séparé.
Les inquisiteurs devaient faire prêter serment aux témoins et leur faire promettre de déclarer en conscience tout ce qu'ils savaient, et de répondre de. même à tout ce qui leur serait demandé. Ds étaient obligés de les avertir sérieusement qu'ils ne devaient écouter dans leurs d^>ositions ni les mouvemens de la haine ou de l'envie, ni de quelque autre passion.
Celui qui aurait ainsi fait une fausse déposition par passion , serait livré aux tribunaux.
Celui qui ne voudrait déposer qu a condition que*son nom ne fût pas inséré dans le cahier des in£[»rmations , ne serait pas admis en témoignage.
Les dépositions seront tenues secrètes.
Tous ceux qui seront mandés devant les inquisiteurs, de quelque état ou condition qu'ils soient, seront tenus d^ob* tempérer à la sommation.
Celui qui aura apporté de la mauvaise volonté, qui aura usé de détour ou de réticence dans sa déposition , sera admonété par les inquisiteurs. Si, après cet averUssement , il n'y met pas plus de franchise , il sera considéré comme fauteur d'hérésie et traduit en justice. Il pourra être puni d'une peine arbitraire.
Les présidens, conseillers , juges, officiaux, magistrats, sont obligés de prêter aide et assistance aux inquisiteurs , tabellions et autres , et d'empêcher qu'on ne les insulte y. 17
a58 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
ou qu'on ne les trouble dans l-ezercice de leurs fonctions ^ et de punir sëvèrement ceux qui oseraient se livrer à ces excès. Le magistrat qui aura négligé de Jes réprimer , sera puni comme fauteur.
Ceux qui , d'après les dépositions ou autres preuves légales, seront convaincus d'hérésie , seront emprisonnés. Les ecclésiastiques seront envoyés dans la prison du conseil provincial ou de lordlnaire* On devait instruire leurs procèssans bruit et sans formalité extérieure. Les magistrats qui auront apporté de la négligence ou de la mauvaise volonté à protéger les inquisiteurs dans l'exercice de leurs fonctions ou pour l'exécution de leurs jugemens» seront également punis comme fauteurs.
Quand le procès sera suffisamment instruit , les inquisiteurs requerront quelques membres duconseilsouveraln pour intervenir au jugement.
Ceux du conseil provincial sont également obligés de prêter leur ministère aux inquisiteurs toutes les fois qu'ils en seront requis par ces derniers.
Si l'un ou l'autre des conseillers le refuse , ou ne le fait qu'avec peine, les inquisiteurs le ^énonceront à la gouvernante ou au conseil privé.
La compétence est déterminée par l'ordonnance , c'està-dire, que les cas sont prévus où les juges laïques pourront instruire et juger lafTaire , ou devront la renvoyer au juge ecclésiastique , et ceux où l'individu doit être jugé suivant le droit commun ou les édits spéciaux , selon que d'après les Informations , il est reconnu coupable ou seulement suspect. Cest à l'inquisiteur à voir et à décider si , d'après cet examen , U y a lieu à des poursuites ultérieures.
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Il est ordouaé aux couseils provinciaux, sous peine d'encourir rindignation de sa majesté , de n'apporter aucun empêchement aux inquisiteurs dans l'exercice de leurs fonctions ; et s'il survenait quelque difficulté entre les iiiq[iiisiteurs et les conseillers , on la portera à la connaissance de la gouvernante.
Il est paiement enjoint aux officiers judiciaires etépiscopauxdene troubler ni inquiéter les inquisiteurs , qui , le cas échéant , les menaceront des censures ecclésiastiques et réclameront la protection de la gouvernante, et celle-ci soutiendra les inquisiteurs , et prendra toutes les précautions , afin qu'une si sainte opération n'éprouve aucun retard.
De leur côté, les inquisiteurs ne troubleront pas les jnges dans leurs fonctions.
Les inquisiteurs s'informeront de la conduite, des opinions religieuses et du savoir des curés. Ceux qui entretiendront publiquement des concubines , ou qui , par leur conduite scandaleuse , se montreront indignes de remplir leur ministère ; ceux qui , par leur ignorance , s*en montreront incapables , seront , sur le rapport des inquisiteurs , destitua deleurs places par les évéques et les officiaux, qui les remplaceront par d'antres plus propres a les remplir.
On prendra garde dans ces cbangemens à ne pas porter atteinte aux droits de présentation et de collation. Si les évéques et les officiaux refusent de fsiire droit à la réquisi tion de Tlnquisiteur , celui-ci aura recours à l'autorité de la gouvernante.
Les inquisiteurs étaient également chargés de prendre
!i6o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
des informations sur la réputation et la conduite des maîtres d'ëcoles , sur les livres qu'ils mettent dans les mains des enfatts. S'ils trouvent quelcpie abus ou quelq[ue défaut qu'il importe de corriger , ils en préviendront ceux qui sont chargés de la surveillance de ces écoles , afin qu'ils fassent disparaître ces abus , ou , slls le croienit nécessaire, qu'ils renvoient le mattrè.
Enfin, les inquisiteurs exerceront une surveillance particulière sur les livres , et empêcheront qu'on n'en imprime ou qu'on n'en distribue de condamnés* ou de suspects. Us prendront m:éme des renseignemens sur la conduite , les habitudes et les liaisons des imprimeurs et des libraires.
Les inquisiteurs veilleront surtout avec le plus grand soin à ne pas rendre toutes ces opérations plus difficiles qu'elles ne le sont par elles-mêmes, en pressurant et en écorchant te peuple (a). Qu'ils bornent leur attention à ne remédier qu'aux maux qui ne pourraient subsister qu'au détrinietit de la religion et de l'état , et que tout le*" monde soit bien convaincu que ce n'est pas l'intérêt particulier que l'on cherche ici , mais le bien de la religion , et que l'on n'a pour but que d'écartei'la contagion du sol des Aiys-Bas.
L'empereur nomma grand inquisiteur Ruward Tapper d'Ënkuysen , et le pape le confirma par une bulle , en l'exhortant à remplir ponctuellement les fonctions de
(a) Si ces mots dérogent un peu à la dignité de l'histoire, je croit qu'ils rendent exactement le sens de ^a loi. Burgundus traduit: ne emungant et degluhant populum.
HUITIÈME ÉPOQUE. a6i
son ministère. Cet homme , fanatique fougueux , déjà trop disposé par kii*m^me à outrer plutôt qu'à tempérer les mesures rigoureuses ordonnées par les édits , employa, pour fajre preuve de zèle , le fer et le feu , afin d'arracher le secret de tous ceux qui pouvaient paraître suspects. Oa ne parla pins que d'emprisonnemens, de tortures , de supplices.
Les Belges ne virent dans le fond et la forme de toutes cesdispositioas qu'autant d'atteintes portées à leurs droits les plus plus sacrés. Les magistrats d'Angers, prévoyant que l'exécution de ces odieuses mesures allait entraîner la ruine totale de leur commerce, en chassant tous les marchands étrangers , députèrent à la gouvernante Jac* ques Masitts, pensionnaire 4e la viIle,ponr lui représenter que les étrangers , au seul nom à* inquisition , n'oseraient fmtrer dans le port ; que dé}à il ne se faisait phis d'affaires, que les manufactures étaient désertes, la circulation arrêtée ; que les Flamands , accoutumés à un gouvernement fondé jsurleslois, ne pouvaient sovjSrirla domination espagnole; que lepeuple était réduit au désespoir; queles étrangers,se voyant eux-mêmes exposés à ces persécutions sur les plus léffsn soupçons , svar les plus simples dénonciations , oesseraient toutes leurs communications avec un pays où ils ae p<»uncaient aborder qu'en s exposant aux plus grands dangers; que les négocians du pays seraient forcés de transporter leur commerce dans d'autres contrées.
Le président Viglius fut chargé de faire la réponse (a) , dans laqueUe il n'apporta que des raisons vagues , qui ne
(a) Viglius, Epiit. stl. , n*. \lifi , p. 348-
a63 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE. '
détruisaient pas les faits sur lesquels les représentations des Anversois étaient fondées. Il disait que Fétablissement de l'inquisition était nécessaire poiir le maintien et la défense de la religion ; qu'on avait tort de peindre ce tribunal sous des couleurs si noires ; que l'empereur n'ayait aucunement l'intention de gêner le commerce ni de scruter la conscience des étrangers ; qu'il avait le droit de veiller ausalutdeses.sujetset de s'assurer des principes et de la conduite des étrangers qui venaient s établir dans son pays; qu'autrement , ce serait ouvrir la porte à l'erreur et favoriser l'hérésie , dont déjà les progrès n'étaient que trop rapides.
Ce n'est , comme on voit , que par l'intention que Viglius voulait justifier l'empereur. Mais les mesures étaientelles moins terribles? les faits étaient -ils moins réels? Aussi cette réponse n'eut d'autre effet que d'attirer la haine publique sur Viglius, qui déjà passait pour être l'auteur de l'édit. Il voulait soutenir son ouvrage, disait-on. Cependant , si l'on en croit ses lettres (a) , il faisait tous ses. efforts pour modérer le zèle de l'empereur, qui , sans cesse obsédé par son confesseur , entouré de ses moines , se laissait entraîner par leurs conseils et leurs instigations. * «c II proteste qu'il a toujours été l'ennemi des remèdes )» violens ; qu'il a toujours fait son possible pour adoucir n les supplices et graduer les délits ; mais le conseil avait » été d'avis qu'il fallait sévir contre l'hérésie en général ; » qu'après tout, l'édit dont on faisait tant de bruit , n'était » que le renouvellement des anciennes ordonnances. Le
{a) No. 148 sup. ,p. 34B, et no. 149 ) page 35i.
HOITIÈME ÉlOQOE. 363
» coup était porté. Ea bonne politique , un souverain ne » pouvait faire un pas rétrograde sans compromettre sou » autorités A la vérité , il eût été à souhaiter que l'em- » pereur eût consulté les villes avant la publication. » Maintenant, il n'y a plus d autreremède que d'enjoindre » aux inquisiteurs de se conduire avec prudence et mon dération. »
C'est ce que la reine Marie tâcha de faire. Lesremon. trances du magistrat d'Anvers lui paraissaient d'une nature si grave , qu'elle prit le parti de se rendre à Augsbourg pour engager.ellë-même l'empereur ire venir à des sentimens plus modérés. EUe lui remontra avec tant de force et dfe raison les fùneste^conséquence»4{u'»itrainerait l'exécution littérale des placards, qu'elle lé détermina ( mais ce ne fut pas sans peine ) à y apporter quelques adoucissemens , du moins à. l'égard des négocians étrangers. L'inquisition ne fut pas abolie , quoique Metereu le dise ; mais les noms âHnquisition etdlinquisiteurs furent supprimés , et Ton y substitua celui de juges ecclésiastiques. Dans le vrai., ce n'était qu'un changement , non encore dans la forme , mais seulement dans les mots , puis que l'édit subsistait dans toute son étendue pour le fond. Mais (et c'était un point essentiel ) on prononça des peines contrie les calomniateurs. Cétait du moins le moyen d'arrêter le débordement des fausses dénonciations et la multiplication des procédures injustes.
Les Belges furent si touchés des démarches et des efforts de cette bonne princesse , qu'ils ne refusèrent aucune des demandes quelle leur fit au nom de l'empereur. Les Espagnols , au contraire , furent si mécontensde sa conduite.
d04 HISTOIRE GÉNÉRALE OE LA BELGIQUE.
iqu'ils en adressèrent des plaintes à lempereur , en la signalant comme hérétique elle*méme.
Cependant les rigueurs , les exécutions , les supplices continuaient toujours. Meteren (a) dit que cinquante mille hommes ont péri sous le règne de Gharks-Quint par la main du bourreau pour causede religion.Grotius en p(»*te le nombre à cent mille (&)•
' ■ ' I ' I H'I I III ■ ■ I ■ ■ I II I ■■■ Il II M
La' guerre reoommeiMe : elle eflt terminée par le traité de Crépy en LaoQOtt. — Mort de François I*'. — Bataille de Muhlberg. — Maurice, électeur de Saxe, se ligue avec Henri II , contre Chàrles-Quint. ' — Revers de l'empereur.
L'empereur, bravant toutes les lois de Thonneur et de la probité , avait donné le Milanais à son (Ils Philippe II. François P'. , indigné d'être le jouet de l'odieuse politique de son rival , qui. avait éludé sans ménagement , qui avait nié sans pudeur les promesses solennelles qu'il lui avait faites , était presque décidé à rompre la trêve de Nice , pour en tirer une vengeance éclatante. Un nouveau sujet de plainte lui en fournit l'occasion. Le marquis de Guasto , gouverneur du Milanais, pour l'empereur, avait fait assassiner deux ambassadeurs que le roi envoyait, Vun , à la Porte , l*autre , à Venise. Le roi tftcha d'inté-
(a) Liv. I ,p. lo. V (&) Annales , Kb. \ , p. la.
fl€ITiàll£ EPOQQE. i65
reiser TEorope â sa juste Teogeance. Les dëmentit , les défis , les injures le^ plus ridicules et les plus grossières se renouTelèrent , et la guerre se ralluma et se continua pen* dant les deux années i54a «t i543 : elle s^étendit dans la Flandre , le Brabant , le Piémont , la Picardie , et le Luxeqabourg : ce duché iut con<iuis a la France par le duc dOrléans.
Le traité de Crépy en Laonois , conclu en 1 544 • termina cette guerre. Le roi y renonça ( art. !)C| ) à ses prétentions sar le duché de Gueldre et le comté de Zutphen , et rempiyrettr (art. a6) à ses droits sur le comté de Bourgo« gne. Ils arrêtèrent que lempereur donnerait en mariage au duc d'Orléans y second fils du roi , ou la fille aînée de l'empereur , avec les Pays-Bas et la Bourgogne 9 àovït oe^ pendant le duc d'Orléans ne jouirait iju après la mort de Tempérer 9 ou la seconde fille du roi Ferdinand^ son frère 9 ^vec le Milanais ; et (art* ^4 ) V^ 9 dans le cas où la fille de l'empereur mourrait sans enfans ^ sa dot retournerait à l'empereur ou à. ses héritiers, et que les cluMs seraient remises dans l'état où elles étaient avant la guerre, c'est-à-dire , que le roi et l'empereur conserveraient leurs anciennes prétentions, l'un, sur le Milanais, et l'autre , sur la Bourgogne. La mort du jeune duc d'Orléans déconcerta toutes ces mesures.
Chartes-Quint continuait à employer toutes ses ruses politiques pour assouvir son ambition , en opprimant l'Europe* François P'. , que ses fautes et ses malheurs avalentrendu plus circonspect , faisait tous ses efforts pour sauver l'Europe , enababsant son rival. Il rétablissait ses finances,, augmentait ses troupes , remplissait ses maga-
a66 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
sins et ses arsenaux : il négociait avec le pape et lesprotes' tans , avec Venise et Soliman , avec l'Angleterre et le Danemarck. Sa mort dissipa les craintes que ses grands projets et ses grandes mesures avaient inspirées à Tempereur. Charles , délivré d*un rival qui était devenu plus i^edoutable depuis qu'il était devenu plus sage , tourna toute son attention à exécuter ses desseins contre les protestans d'Allemague , qu'il dé&t à la fameuse bataille de Muhlberg , ^où il fit prisonnier Jean - Frédéric , électerfr de Saxe , qui fut conduit à Bruxelles. Les troupes belges , commandées par Maximilien d'Egmourt , comte de Buren, se signalèrent pendant cette guerre.
Les insultes , les exactions et les contributions arbitraires dont l'empereur accabla le corps germaiiSqiie et la ligue protestante, inspirèrent un mécontentement général, qui annonçait une révolution^ L'îndéceiice révoltante avec laquelle il traînait de ville en ville les principaux princes d'Allemagne , qu'il tenait dans ses fers , avait excité l'indignation de tous les princes de l'empire, qui croyaient que les insultes feites aux membres retombaient sur tout le corps. Maurice , électeur de Saxe , le plus puissant et le plus rusé des princes d'Allemagne , méditait le projet , sinon d'abattre , du moins àe contrebalancer l'énorme puissance de Charles -Quint, Il forma secrètement une ligue avec Henri II, successeur de François I**", qui, avec les mêmes sentimens que son père contre l'ambitieux Charles-Quint , avait le même intérêt et le même désir d'arrêter ce torrent dévastateur.
Dès que Maurice eut fait tous les préparatifs pour frapper le coup qu'il méditait , il leva le masque , sous lequel
HUITIÈME ÉPOQUE. i&j
îl avait adroitement caché ses projets. Il publia un manifeste , dans lequel il exposait les motifs de sa conduite , dont les principaux étaient , disait-il , raffermissement de la religion protestante , le maintien de la constitution et de la liberté germanique et la délivrance des princes prisonniers. Ce manifeste fut immédiatement suivi d unesemblable déclaration de Henri II , dans laquelle ce monarque , qui y prenait le titre de protecteur des libertés de C Allemagne et de ses princes prisonniers , y alléguait les mêmes motifs de ses démarches , que Télecteur de Saxe. Les villes de Metz , de Toul et de Verdun , appelées les Trois-Évéchés , qui dépendaient de l'empereur , tombent au pouvoir de Henri «qui marchait pour faire sa jonc-* tien avec les princes allemands. L'empereur, forcé de fuir, cherche une retraite dans les rochers des Alpes ; mais le' roi , obligé de repasser en France , à cause des ravages que la reine de Hongrie faisait sur les frontièi*e8 de la Picardie , fut tout-à-coup abandonné de ses alliés. L'empe- ' renr 9 profitant de la dissolution de la ligue et de l'embarras du roi, rassembla toutes ses forces pour reprendre lesTrois^ Évéchés. Il vint assiéger Metz sur la fin d'octobre i55a avec une armée de soixante mille hommes. La sage prévoyance , les mesures vigoureuses et la défense héroïque de François de Lorraine , duc de Guise , qui s'était chargé de défendre cette place, forcèrent l'empereur de lever précipitamment le siège , après un terme de soixante-cinq jours , pendant lequel les maladies lui avaient emporté la moitié de son armée : il se vengea de ce revers par une plaisanterie. Je m aperçois , dit- il , que la fortune res^ semble aux autres femmes : elle abandonne les vieillards pour accorder sesfaueurs aux jeunes gens .
a68 HISTOIRE OÉKÊtALfi DE LA BELGIQUE.
«■*iW
«mtAiPivaii oaïaiiluta.
Guerre entre la France et l'empereur dans les Pays-Bas. Siège et prise de Térouanne. Prise d'Hesdin. —Prise de Marienbourg, de Bouyîgnies, de Dînant, de Bincbe. — Deyattatioii du Cambrésis et de TArtpié*. BaUîUe de^ RentL —Fondation de Charlemoat et de Philippeville. — Combat nayal.
L'sMFBREUR, qul brûlait de venger lafiroiit qu'il avait reçu devant Metz ^ ouvrit la campagne dès le commencement du printemps ( 1 553) par le siège de Térouanne , une des plus anciennes villes de la Belgique, dans TÂrtois, sur la Lys , au pays des anciens Morins , dont elle portait le xK>m (a). C'était le boulevard des Flamands contre la France. l»es habitans de cette ville , entièrement dévoués aux Français , avaient , depuis plusieurs années , exercé daâreux brigandages dans la Flandre. Les fortifications étaient dans un très-mauvais état. Le roi Henri , à qui ses succès avaient inspiré une aveugle confiance , n'y avait laissé qu'une faible garnison , qu'il se contenta de renforcer, en y. envoyant une troupe de jeunes seigneurs , plus faits aux manières des cours qu'aux fatigues des camps et au maniement des armes. Le roi avait confié la défease de la place au seigneur de La Marck , duc de Bouillon ^ et au seigneur d'Erse, vieil officier, qui partagèrent le commandement avec le jeune Montmorency, fils aine du connéta-
[a) Cwitai Morinorum.
HUITltlIE ËPOQtIB. a6o
ble. L'armée de Peinpereur,desthiée à former lesiëgedeTë* roaanne , était à peu près de qnarante mille hommes, rassemblés dans les environs de Mons. L'empereur, qui était alorrincommodé,se rendit dans cette ville, pour faire la revue de l'armée, et il en donna le commandement à Adrien de Croy, seigneur duRŒuht,qui,à son arrivée sous les murs deTérouanne , commença à faire battre les fortications et les retranchemens par une formidable artillerie. L'empereur,pour le renforcer, envoya Ponce de Lalain , seigneur de Bugnicourt , avec des troupes fraîches . Le siège commença le 1 3 d'avril , et la ville fut vivement battue de deux côtés. Le duc de Vendôme, pour forcer les impériaux k lever le siège , arrivé à la tête d'une puissante armée sur les firontières de la Flandre, menaça de faire une invasion dans cette province. Mais Lalain n'en poursuivit pas moins vigoureusemement le siège , et ayant fait une large brèche aux remparts , il ordonna l'assaut. Les Belges escaladèrent les murs avec ^un courage qui tenait de la fureur : les assiégés leur opposèrent la plus ferme résistance : un grand nombre de braves tombèrent également des deux côtés , et le seigneur d'Esse fut tué dans cette terrible attaque. Montmorency, qui le remplaça, rétablit lé combat, qui duradliL heures avec un égal acharnement. Les assiégeans sonnent le retraite (c'était sans doute un stratagème) ; et en feignant de se retirer, ils vont , avant que les Français eussent le temps de s'en apercevoir ni même de s'en douter, placer une batterie à un autre endroit des remparts et y donnent un second assaut. Les Français , après avoir fait une vive résistance et essuyé une grande perte, sentant enfin qu'ils ne pourraient soutenir une dou-
n'jo HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
ble attaque , arboi*èrent le drapeau blanc sur une desbrè' cbes. Les députes qu'ils envoyèrent pour traiter des conditions de la reddition de ]a place , n en obtinrent qu'une de toutes celles qu'ils proposèrent ; c'est que les babitans auraient la vie sauve. Les assiégeans qui combattaient sur la seconde brèche, ignoraient que les autres étaient maîtres d'une partie de la ville , et ils continuaient l'assaut avec tant d'acharnement , que les Français furent enfin forcés de rendre les armes. La garnison fut passée au fil de l'épée, et la ville livrée au pillage.Ge fut le i o août qu arriva cette funeste catastrophe. Montmorency y fut fait prisonnier avec quelques officiers de distinction. L'empereur fît détruire les fortifications et raser la ville , dont il ne resta que le nom et la place , et il dispersa tous les babitans dans les villes voisines (a).
Charles-Quint, ne voulant pas laisser échapper le moment favorable où la prise et la ruine de Térouanne avaient porté la terreur chez les Français , confia le commandement de ses armées à Emanuel- Philibert, duc de Savoie. Ce n'est pas que Lalain , qui avait si bien conduit le siège de Térouanne, eût mérité d'en être dépouillé; mais l'empereur, en le lui retirant , suivit plutôt les règles de la politique, qu'il n écouta le sentiment de la reconnaissance : il ne conféra cette charge au duc de Savoie qu'à
(a) La date de la triste catastrophe de cette ville est consignée dans ce chronographe DeLetI Morlnl, Son éyéché , qui était un des plus anciens de la cbrétienté , puisque son premier évêque S^ Antimonde, envoyé par St Rémi pour convertir les Morins, occupait ce siège dés Tan 5oo, fut divise' , en lôSg, en trois diocèses , qui sont ceux de Boulogne, de S* Omer et d'Ypres.
cause de la splendeur de sa maison . et II crut qoe llionnenr de FEmpire exigeait que ses armées eussent k leur tête un prince souverain plutôt qu'un simple seigneur. Le brave Ijalain , plus attaché â Thonneur de son mattre qu*i celui de sa place , la céda généreusement au duc. L'armée impériale , ayant à sa tête son nouveau chef , vint investir Hesdin sur la Gauche, en Artois. Cette ville, qui fut prise d'assaut le a8 juillet^ subit le sort de Térouanne ; mais elle fut rebâtie l'année suivante, avec un fort , à une lieue de la situation du vieux Hesdin.
L'empereur venait de marier Philippe , son fik , à Marie, reine d'Angleterre. Ce mariage avait inspiré de justes alarmes au roi de France , qui sentait combien une si grande aUiance pouvait accroître les forces et Tinfluence de son ennemi , dont les Anglais seraient forcés de servir les projets ambitieux ; et les suites qu'il craignait d'une alliance qui dédommageait l'empereur des pertes qu'il avait récemment essuyées en Allemagne , le déterminèrent à repren* dre les hostilités. Ce n'est pas qu'il prétendit ni même qu'il espérâtde réduire l'empereur par la force des armes ; mais il voulait profiter du moment où Charles , réduit â ses propres forces , de vait être mieux disposé à entendre des propositions raisonnables de paix, avant que Marie eut eu le temps^ de lui envoyer des secours , qui , en le rendant plus puissant , l'auraient rendu plus audacieux pour combattre et plus intraitable pour négocier. Henri fit donc tous ses efforts pour réunir en diligence sur les frontières des Pays-Bas , une armée formidable , dont une partie se dirigea spr lé Hainaut et le pays de Liège, et une autre sur les Ardennes. La campagne s'ouvrit par lésine
de Marienbourg^. Cette ville situëe dans l'entre-Sambreet-Meuse, à six lieues de Rocroi, et àdeux de Philipperille, nëtait qu'un village, appartenant à l'évéque de Liège, Marie, reine de Hongrie, sœur de Charles- Quint, gouvernante des Pays-Bas, cfaarmëe de l'agréable situation de cet endroit , avait engagé Tévéque de Liège à le lui céder pour la baronnie de Herstal. Il accepta cette offire ; et la reine, ayant fait entourer ce village de murailles en 154^9 en avait fait une ville , à laquelle elle donna son nom. Elle était si bien fortifiée, qu'elle passait pour imprenable ; mais n*étant défendue que par une faible garnison, elle se rendit le 26 juin 1554) au bout de six jours, sans qu'on ei\t tiré un coup de canon. Les Français pillèrent la ville et brillèrent le palais de lareine de Hongrie.
Le corps , qui s'était avancé dans les Ardennes sous la conduite du comte de Nevers , attaqua le château d'Orchimont près de la Semoi , situé sur une hauteur environnée de gorges ou plutôt de précipices. Ce château, dans les temps anciens , était entoui'ë de murs , dont on trouve encore les vestiges. Le duc l'ayant emporté , se dirigea sur les villages de Gédinne et de Villerzies, ou l'on avait placé des garnisons, qui s'enfuirent à l'approche du vainqueur.
Le roi de France , informé de ces heureux succès, vint dans les Pays-Bas pour se mettre à la tête de son armée, et es deux corps s'étant réunis le 3o juin , dirigèrent leur marche sur la Meuse. Le duc de Nevers attaqua et emporta la petite ville de Bouvigné le 8 juillet, à trois heures après-midi. Les Français firent un afireux carnage des malheureux habitans , dont une partie périt dans la Meuse; et ceux qui avaient gagné l'autre bord, ayant été
pris pftr les troupes du duc de Nevers , furent , par le droit de la guerre , condamnés à être pendus , parce qu'au lieu d'ouvrir leurs portes , ils avaient témërairement attendu Tattaque. Ce siège est mémorable par un trait extraordinaire de dévouement et de désespoir. Les braves qui défendaient Bouvignp s, s'étaient jetés dans la tour du fort de Crevecœur (a). Trois jeunes dames , remarquables par leur rang et par leur beauté, voulant partager les dangers et le sort de leurs époux , qui étaient des chevaliers les plus distingués du pays, les suivirent dans le fort où elles enflammèrent par leur présence et par leur exemple le courage des assiégés. Le d^'sir de venger la mort de leurs maris, tués sous leurs yeux , ne fit que ranimer leurs for* ces. Mais les braves dont elles avaient secondé et soutenu la valeur par tous leurs efforts, étaient presque tous tom* bés aux côtés de ces héroïnes ; et comme elles crurent s'apercevoir que les ennemis voulaient les avoir en vie , craignant de devenir les victimes de leur brutalité , elles ne prirent conseil que de leur honneur et de leur désespoir : elles montèrent au sommet de la tour, d'où, se tenant étroitement embrassées , elles se précipitèrent dans les flots de la Meuse ,à la vue des assiégés, frappés de terreur et d admiration {b).
Le sac de Bouvîgnes avait été terrible : la plupart des bourgeois avaient été massacrés. Ceux qui avaient échappé
(a) Cestane espèce de tonr fort élevée, que ceux de Bourignes, à Vocr casion d'une victoire qu*iU remportèrent en iSao sur les Dinantais, avaient construite sur le bord de la Meuse, et à laquelle, pour piquer et insulter les Dinantais, ils donnèrent le nom de Crevecceur.
(h) Je n'oserais assurer que cet événement soit bien exact dans Umtes V. 18
^ la foreur de rennemi, s'étaient retirés à Dinantet dans les villages circon voisins du pays de Liège. L'empereur, pour les engager à revenir, leur accorda plusieurs privilèges , comme franchise et exemption de tous tonlieux , grâce et quittance de toutes aides , maltâtes , gabelles et autres impôts pour un temps limité , et il leur en avait fait expédier l'octroi. Gependantla ville ne put de long- temps se relever et se repeupler. Les fugitifs y revinrent à la vérité en assez grand nombre , et déjà ils avaient commencé à y rebâtir ; mais cette mailhcui^euse ville ayant perdu toutes ses ressources , n'offrait presque plus de moyen d'existence pour les habi tans (a) . Ils furent donc forcés de V abandonner de nouveau l'un après Tautre , tellement qu'elle était devenue presque déserte. Ceux qui restèrent étaient
ses circonstances. Il n'est , du moins, atteste' par aucun document historique ; iln'est fondé que sur la tradition} mais il est certain que cette tradition est appuyée sur un fond vrai ; car on- voit dans un registre aux rentes , appartenant au cure' de Bouvignes , qu'une messe a e'té fondée pour trois femmes qui ont pe'ri dans ce siège. On y voit un muids pour Vobit des trois JîUes de Crevecœur. Dans uq autre registre aux recettes de la cure de Bouvignes , dépose aux archives de la paroisse , on voit à la page 191, qu*on doit au marguillier deux setiers pour V annwei^saire des trois filles tuées au fort de Cret^ecœur; et à la page a3i, qu'on doit un muids d'e'peautre au pasteur êeuipour Canniversaire des filles tuées au fort de Cret^ecœur. Le fait est donc constant ; mais quel est le genre de mort 7 quelles sont les circonstances du fait? Cestjce que Ton ignore. Elles ont pu être dénature'es en passant de bouche en bouche , et l'amour du merveilleux a pu les défigurer et les embellir. Cet anniversaire se paie et se chante encore aujourd'hui.
(a) Mémoire présenté à la ville de Bouvignes par les jurés. Archives de Dînant , liasse a5.
forces pour vivre de se livrer aux plus rudes travaux de la campagne, comme au sart, aux défricbemens. Maislear, principal commerce fut entièrement anéanti. Avant le funeste événement qui lavait ruinée , cette petite ville florissait par ses manufactures de chaudrons et autres us* tensilesde cuivre. On y comptait deux cents maîtres batteurs qui donnaient du travail à deux fqis autant de më nages , qui , après le sac , durent en grande partie abandonner leur terre natale , où , littéralement parlant ^ ils n'avaient plus ni feu ni lieu. La viUe de Dînant ^ lancieniie rivale de Bouvignes , se peupla et 8*epvii:hit dans la suite à ses dépens , en attirant tout son commerce.
Le duc de Nevers , croyant que Tépouvante qu'avait inspirée aux habitans de Dînant la triste catastrophe de Bouvignes, les engagerait à se rendre , leur 6t demander par un héraut, si , dans cetfe gufsrre , ils ]i^oulaient garder la neutralité (leur attfsiçhement prononcé à lempereur était connu ) , et il en reçut pour réponse un ipot qui inspire l'horreur : ils répondirent qiie si on leur apportait le cœud^ ou le foie du roi de France ou du duc de Nevers « ils le feraient volontiers rôtir pour en faire un bon déjeûner. Us Ile se contentèrent paç de Tinsulte faite à l'envoyé ; ils joignirent la violence à l'outrage. Le duc de Nevers, indigné du traitement fait à son député , ne pensa qu'à en tirer une vengeance éclatante. Il résolut donc de former lesiégedeDinant , et à cet effet, il fit avancer contre la ville quinze canons d'un cAté , et quinze de Tautre. La citadelle ayant été battue sans interruption pendant deux jours, offrit une large brèche, et les assiégés, après avoir opposé une vive résistance, voyant cependant qu'ils étaien
sans moyens de dëfense , sans espoir de secours , consentirent à se rendre , ne demandant que la conservation de leurs yies et de leurs propriétés. Cette condition fut accordée ; mais le soldat, violant la foi du traité , mit la ville au pillage ; les églises mêmes, où les femmes s'étaient ^éfu* giées «vec leurs enfans, ne furent pas épargnées; et tous les mallieureux^qui y avaient cherché un asile , en forent impitoyablement arrachés , pour être traînés à la suite du vainqueur.
L'empereur voyant que le roi de Finance , devenu maître de la Meuse, pouvait aisément s'emparer des forts et des châteaux situés sur lesbords de ce fleuve , rassembla des forces considérables à Namur, et en confia le commandement au duc de Savoie.
Le roi , de son côté , informé de cette disposition de l'empereur, partit de Dinant le i3 juillet, traversa la Meuse, et après avoir passé la Sambre , vint camper à deux lieues de Namur ; mais voyant que l'empereur re cevait tous les jours de nouveaux renforts dans cette ville, il crut qu'il serait impi^udent d'en rester à une si petite distance , et il vint camper devant Marimdnt, château magnifique sur la Haine, à quatre lieues de Mons, bâti en i548, par la reine de Hongrie , qui en faisait ses délices : le roi ordonna qu'on le réduisît en cendres. Cette triste expédition était, comme l'atteste l'inscription que le roi fit mettre sur les ruines du château (a), un acte de représailles de ce que la reine avait fait brûler deux
(a) Souviens-toi de Folemhrajr , reine insensée
HUmËBlE ÉPOQUE. 377
ans auparavant la maison royale de Folembray , en Picardie^ bâtie par François h'.
Le roi se porta de Marimont snr Binche, qni n en est éloignée que d'une lieue. Cette ville, qni était très^mal fortifiée, fut obligée, après une légire attaque, de se rendre à la discrétion du vainqueur. La garnison et le peuple qui s'était imprudemment joint â elle,furent désarmés : les officiers et les principaux babitans, qni y furent pris, n obtinrent leur délivrance qu'au moyen d'une forte ran* çoB. La ville fut livrée au piUage et aux flammfis.avec le beau palais que la reine Marie y avait fait bftiir. Cette troupe d'incendiaires , poursuivant le cours de ses bri^ gandages, laissa des traces de ses fiirenrs sur toute la route qni conduit de Bincbe à Maubeuge et à Bavai, et. après avoir mis le feu à ces deux villes , eUe vint se poster entre Valenciennes et le Qnesnoi. Mais les vivres commençaient à lui manquer , et le roi , informé que les troupes impériales arrivaient de toutes paris , prit le parti de rentrer en France , et étant arrivé sur la fin de juillet à Crevecœur, dans le Gamlx^sis, sur l'Escaut, il s'y arrêta pour rétablir son armée. Celle de l'empereur, toujours marcbant sur les traces de délie du roi., vint camper également sur l'Elscaut, dans les environs de Cambrai. Cette position lui était d'autant plus favorable , qu'elle pouvait tirer de cette ville les vivres et les denrées nécessaires à sa subsistance et à son entretien. Le roi, craignant la supériorité des forces de l'empereur, se tint constamment dans son camp^ parce qu'il sentait le danger auquel il serait exposé, s'il osait se hasarder en plaine contre des forces supérieures. Ce ne fut que le 2 du moi-
l^B HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
(Vaoût qu'il abandonna sa position ponr diri|;er sa route sur Bapaume , et il suivit sur cette route le plan de dévastation etd*inceddie qu'il avait si cruellement exécuté dans lé Hainaut : ses trotipes brûlèrent toutes les places ouvertes de la partie de l'Artois qu'elles dârent traverser, et pillèrent le pays avec une cruauté et une licence qu'on attrait plu« aîàément pardannées à une horde de brigands, qu'aune troupe de soldats disciplinés. Cependant Henri, qui croyait que $ pour son honneur, il devait faire une conquête qui répondit à la grandeur de ses ptojet3 et de ses préparatifs^ investit Rexxti, petite ville située sur les confins de l'Artois et du Boulonnais , importante par sa position , tant pour les Français y parce qu'elle leur assurait l'Artois ; que pour les Impériaux , parce qu'elle leur ouvrait le Boulonnais. La ville , aussi bien fortifiée que bien défendue, ne put néanmoins faire une longue résistance aux attaques impétueuses d'une nombreuse armée. L'empereur^ attaqué dans ce moment d'un violent accès de goutte , qui ne lui permettait pas de supporter le mouvement de la litière, se mit cependant à la tête de son armée, considérablement grossie par les renforts qu'elle venait de recevoir. Il cherchait tous les moyens d'éviter le combat^ et il espérait qu'il pourrait. parvenir à délivrer la ville (c'était tout ce qu'il Voulait), sans s exposer au danger d'une action générale* Mais la dispute d'un poste dont les deux partis voulaient s'emparer, engagea le i3 août un combat opiniâtre , dans lequel les Impériaux furent repoussés; Les t'rançais n'en furent pas moins forcés de kver le siège. La perte réunie des Français et des Impériaux fut évaluée à dix-sept cents hommes.Les deux partis s'attrî*
huèrent la irîctoire,et rempei*ear, qui dti moins atait rem* pli son but principal , s avança dans la Picardie , où ses troupes mirent tout à feu et à «ang , pour se venger des ravages que les Français avaient exerces dans le Haiaaut et dans l'Artois .G^est à quoi aboutit cette affreuse campagne ; et cette manière honteuse et barbare de faire la guerre ne fut pas plus avantageuse au roi qu à l'empereur.
Le roî jeta de fortes garnisons à Marienbourg et i Mézièl*es , et pouvut ces deux places de vivres abondans» parce qu'il prévoyait que ce serait sur ce point que l'empereur porterait ses forces. Charles , craignant que Henri , maître de Marienbourg , ne fit des incursions dans le Hainaut et le comté de Namur, fit bâtir deux villes pour prote'ger ces deux provinces, Gharlemont et Philippe ville; Gharlemont , qui est plutdt une citadelle qu'une ville, situé sur le sommet d'une montagne escarpée , contre Givet , et qui tire son nom de son fondateur et de sa situation (a) , à trois lieues de Philippeville et sept de Namur; Philippeville, k laquelle il donna le nom de son fils, située à l'endroit où était le village de Gorbigni, entre Sambre et Meuse, dans le comté d^Agimont, à Cinqlieues de Maubeage et sept de Namur.
Ces deux villes furent bâties, pour ainsi dire, sous le canon des Français, et ce ne fut que quand ils eurent vu ' que leurs efforts étaient inutiles pour empêcher les travaux, qu'ils se retirèrent en France. Mais les Belges éprouvèrent au mois d'août un échec sur mer. Une flotte française , composée de vingt-six vaisseaux de guerre, sortie du port
(a) Carolimonsy montagne de Charles.
a8o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
de Dieppe, rencontra vingt-quatre vaisseaux belges, chargés de marchandises , qui retournaient dans leur pays , et les attaqua. Les Belges se défendirent vaillamment; mais , quand ils eurent vu le moment où ils allaient succomber, ils prii*ent une terrible résolution, qui ne put leur être suggérée que par le désespoir : ils attachèrent tous leurs vaisseaux les uns aux autres avec des espèces de grappins« Les Français , ne pouvant pénétrer, ni deviner, ni supposer même Tintention des Belges , ni le but de leurs manœuvres , ne s'étaient pas i^etirés. Les Belges mettent à l'instant le feu au magasin à poudre^ eties Français, comme les Belges, hommes et vaisseaux, furent enveloppés et emportés dans cette épouvantable explosion. Il n'échappa des deux cAtés qu'un très-petit nombre de vaisseaux. Ceux des Belges qui n'étaient pas assez fermement accrochés ^ échappèrent à la destruction commune, et se retirèrent en Hollande dans le plus grand délabrement. Le vaisseau amiral des Français , comme celui des Belges, périt avec tous les officiers qui s'y trouvaient. Les vaisseaux français , qui échappèrent à la destruction, conduisirent à Dieppe les débris de cinq vaisseaux belges , brûlés et vides , qu'ils étalèrent comme des marques de leur triomphe.
Abdication de Charles-Quint; son départ pour l'Espagne.
Cbakles n'avait plus qu'un désir, et c'était ce qui pouvait couronner sa gloire en réparant ses torts : il voulait pacifier l'Europe , après l'avoir troublée pendant tout le cours de son règne , et c'est ce qu'il entreprit avant de réaliser son projet d'abdication.
Il avait nommé , de concert avec le roi Henri II , des commissaires pour traiter d'un échange de prisonniers. Les conférences se tinrent i ce sujet à l'abbaye de Yaucel les près deCambrai , et Ton y traita d'un plus grand intérêt : on proposa de conclure une trêve de cinq ans.
Ce fut pendant ces négociations qu'il exécuta le projet qu'il avait conçu , de renoncer aux monde et aux grandeurs. Il avait déjà cédé les royaumes de Naples et de Sicile à Philippe » son fils , et il lui remit les provinces bel giques et la Franche-Comté dans une assemblée des états-généraux , tenue au palais de Bruxelles , le a5 octobre 1 555 , à trois heures après-midi. L'empereur était assis entre le roi Philippe , son fils , et la reine Marie, sa sœur. Philippe Brussellius, conseiller-d'état, prononça, au nom de l'empereur, un discours qui portait en substance que , • depuis le moment où l'empereur avait été chargé par son » auguste aïeulj l'empereur Maximilien,dtt gouvernement » des provinces belgiques , il s'était fait une occupation » constante et un devoir sacré de veiller avec une soUici-
a82 HISTOIRE GÉNÉRALE DE L4 BELGIQUE.
» tude pateraelle au sort des peuples que la Providence » avait confiés à ses soins, et qu'il n'avait cessé daus toutes « les circonstances de leur donner les preuves les moins » équivoques et les plus multipliées de cet amour qu'il » leur portait. Ces sentimens précieux , ajouta-t-il, que M la nature avait gravés dans son cœur, étaient encore for- )i tifiés par l'exemple de ses ancêtres : il se rappelait sans Il cesse que le ciel , en le faisant naître dans ces provinces , » lui avait en quelque sorte imposé l'obligation de faire » leur bonheur. Son attachement pour les Belges , qu'il I» regardait comme ses concitoyens et qu'il chérissait » comme sesenfans, lui firent souvent sacrlâer ses intérêts )» et sa gloire au désir de les rendre heureux ; et si les be- » soins des autres états soumis à son empire , le forcèrent » quelquefois i vous abandonner, il revenait toujours au » milieu de vous avec le plus vif empressement et la plus » douce satisfaction. C'est au milieu de vous qu'il a passé » la plus grande partie de sa vie glorieuse ; et s'il lui était » libre de céder aux mouvemens de sa volonté, c'est au » milieu devons qu'il désirerait de la terminer. Mais ses » forces épuisées par les aus et les travaux, ne lui périt mettent plus de vaquer aux affaires publiques , et il se » voit forcé d'abandonner un sceptre dont ses mains dé- » faillantes ne sauraient plus soutenir le poids avec la force » et la dignité qu'exige cette auguste charge. L'Espagne, » qu'il a quittée depuis douze ans , le rappelle à grands n cris dans son sein : il n'a pu se rendre au juste désir et aux » plaintes réitérées de ceroyaumë, parce qu'il sentait que » sonélotgnement devait nécessairement nuire à vos inté- » rets. Ce motif est maintenant détruit par des raisons
HUITIÈME ÉPOQUE. a83
» supérieures et prëpondërantes. Les infirmités dont sa » majesté est accablée, ne lui permettent plus de suppor« » ter les intempéries de ce climat. Elle a donc pris la réso- » lution de partir cet hiter pour l'Espagne, et de remettre » la.souTerainetédeces provinces à son fils. Cest avec un » regret amer queFempereur se voit obligé de vous quitter; >» mais, dans les regrets que cette séparation lui fait res* » sentir, il éprouve un puissant motif de consolation, c est » qu'il remet le sort de ces provinces , qui ont toujours n fait le plus cher objet de son amour et de sa sollicitude » paternelle, dans les mains d'un fils qui sera fidèle aux » principes d*équité et de bienveillance qui ont signalé » celui du père. Les peuples sont souvent exposés à une » • infinité de dangers , quand ils sont livrés à Fines périence » indocile d'un jeune monarque. Mais l'empereur a su , M dans sa haute sagesse , trouver le moyen d'écarter ces 9 maux de son peuple chéri. S'il atait remis dans le même » moment tons ses vastes états à son fils, ce jeune prince » aurait pu succomber sous un fardeau dont il n'aurait » pas encoreessayé la chai^e:il a commencé par lui confier 1* un petit nombre d'états , pour le former et le façonner » insensiblement au grand art de régner.
» Les grands talens qu'il a déployés dans le gouverne- » ment des états dont l'empereur lui a confié le soin, sont » un sâr garant du sort heureux qu'il vous prépare. Cet » espoir est d'autant mieux fondé, queleroiest maintenant » parvenu i cet âge de maturité où Ton n'a plus à craindre » les écarts et les inconséquences de la jeunesse. C'est donc » pour le bonheur commun de son fils et de ses sujets que » l'empereurvous décharge aujourd'hui du serment de fi«
a84 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
M délité que vous lui avez prêté , et 'qu^il remet , en pré- 1» sence de cette illustre assemblée , dans les mains de soa » auguste fils, que vous voyez assis à ses côtés, les provinces » des Pays-Bas , pour les posséder aux mêmes titres et aux )» mêmes conditions que ses ancêtres. Il est donc de votre » devoir de prêter à votre nouveau maître , en ce jour où » Tempereur lui transmet sa puissance , le même serment » que vous lui feriez , si le ciel avait disposé des joui*s de n sa majesté.
» L'empereur me charge au surplus de vous remercier » de toutes les marques d attachement que vous lui avez si » fréquemment et si amplement données : il emporte dans 1» sa retraite le souvenir des services et des secours que, » dans tant d'occasions , il a reçus de votre libéralité et de s» votre dévouement.En vous quittant, il veut, pour la der- » nière fois, vous adresser les avis salutaires que lui inspive » le désir de votre bonheur et de votre salut. Pratiquez fi- » dèlement les commandemens de Dieu; respectez inviola- » blement le culte et les dogmes de la religion et de l'église » catholique. Ayez toujours ces derniers avis de votre » mattre gravés profondément dans vos cœurs ; et comme » ces provinces ne sont que les membres d'un même corps, » évitez soigneusement les haines etles dissensions ; aimez » Tunionet la concorde. Si vous suivez ce grand principe, » vous saurez résister aux ennemis les plus puissans;si » vous le négligez , vous serez continuellement exposés » aux insultes et aux coups du moindre de vos voisins. »
Après ce discours, l'orateur donna lecture de l'acte de i^signation par lequel l'empereur abandonnait à son fils tous ses domaines , sa juridiction et son autorité dans les
UUfTHËME ÉPOQUE.
P^s-Bas, déchargeant ses sujets de robëissance qu'ils lai devaient , pour la transporter à Philippe , son l^^itime héritier^ à condition qu'ils le servissent avec te zèle et la fidélité qu'ils lui avaient toujours montrés à lui-même depuis tant d'années qu'il les gouvernait.
Alors Fempereur, qui ne se soutenait sur ses jambes qu'avec peine , s'appuyant d*une main sur un bft ton , et de l'autre , sur l'épaule du prince d'Orange , se leva de son siège y et lut lui-même à rassemblée (car il tenait un papier à la main) un discours en français (a), conçu, sinon en ces termes , du moins en ce sens : •
M Vous venez d*entendre par l'organe de mon conseiller- » d'état, mes sentimens et mes intention^, qn'it vous a » fidèlement exprimés. J'ai cependant encore quelques rén flexions à VOUS communiquer.
n Vous le savez : dès Tige de seize ans , monté au tr6ne » d'Espagne après la mort de mou aïeul maternel ; dès » l'âge de dix-huit , parvenu à l'empire après celle de mon » aïeul paternel , je me suis entièrement dévoué aux soins M du gouvernement , et je n'ai donné que la moindre « partie de mon temps au repos, encore moinsaux plaisirs. i> J'ai fait neuf voyages en Allemagne, six en Espagne , 1» sept en Italie, dix dans la Belgique, deux en Angleterre, » deux en Afrique ; j'ai traversé huit fois la Méditerranée, » trois fois TOcéan. Ck>mme ces fréquentes absences, » qu'exigeaient le besoin de mes vastes états et le bien de » mes fidèles sujets , pouvaient vous être préjudiciables ,
{a) Le français était dés-lor» fort usité dans la Belgique. C'était la langue du gonremement.
a89 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
n j*ai confié le gouvernement de ces provinces à la reine n ma sœur, que vous voyez à mes c6tës ; et qui peut mieux n que vous, rendre témoignage à la sagesse de son admi- M nistration? J'ai été engagé dans une longue guerre , et n j'atteste le ciel que j'y ai été entraîné non par goût ou par 1» ambition, mais par force et par nécessité, pour soutenir » la dignité de mon trône et défendre les droits de mes ^ peuples contre les injustes entreprises de mes ennemis; n et si dans ce moment où j'abandonne les rênes du gou- » vernement , une chose me laisse des regrets , c'est de » n'avoir pu , avant de descendre du trône , mettre fin à » cette guerre qui désole encore l'Europe. Les infirmités » dont vous me voyez accablé , sont tout à la fois les effets » et la preuve des inquiétudes et des fatigues que m'ont » causées tant de travaux si pénibles . tant de guerres si » pesantes. Déjà depuis long-temps je méditais le projet de » me décharger d'un fardeau que je ne puis plus suppor-* n ter ; mais Tinfirmité de ma mère 'et la jeunesse de mon » fils en ont retardé l'exécution. Tant que ma santé m'a » permis de remplir mes devoirs, et que mes forces ont pu n suffire au pénible gouvernement de tant de vastes éUts , :• jamais je n^ai craint le travail; jamais je ne me suis plaint n de la fatigue. Mais au déclin de mes ans, ma vigueur » épuisée par les crises douloureuses d'une maladie incu- » rable , m avertit qu'il est temps que je quitte le monde. n Je ne suis pas assez jaloux de régner pour vouloir tenir » le sceptre d'une main débile , quand je sens que je ne )» puis plus proléger mes sujets , ni veiller à leur bonheur. H Les motifs qui m'avaient forcé de différer l'exécution » de mon projet, ont cessé : mon fils est maintenant par-
UUmËME ÉPOQUE. 387
)i venu à Tâge ou il peut dignement me remplacer; et c'est 1» à ce prince qui , à la force de la jeunesse joint l'expérience )t et la maturité que donnent les années , que je remets » la souveraineté de ces provinces. Si , durant le cours » d'une longue administration ; si , dans l'embarras des » grandes affaires qui ont absorbé toute mon attention « n j'ai commis quelque faute ou fait quelque injustice in- » volontaire , j'en demande pardon à mes sujets , et je leur » promets de conserver toujours une vive reconnaissance » de leur fidélité et de leur attachement. Ce souv/enir me » suivra dans ma retraite comme ma plus douce consolait tion et comme la plus flatteuse récompense de mes tra- » vaux ;et les derniers vœux que je forme en vous quittant, n n'ont pour objet que la prospérité de mes peuples. »
Après avoir exprimé de cette manière ses sentimensata
états, il fit un dernier effort pour manifester ses intentions
à son fils , qui était toâibé aux genoux de son père , et
baisait sa main, u Si je ne vous laissais , dit-il , que par
» ma mort ce ricbe héritage , que j'ai si fort accru , vous
» devriez quelque tribut à ma mémoire ; mais lorsque je
» vous résigne ce que j'aurais pu conserver encore , j'ai
» droit d'attendre de vous la plus grande reconnaissance^
» Je vous en dispense cependant « et je regarderai votre
» amour pour vos sujets , et les soins que vous prendrez
» pour assurer leur bonheur, comme les plus fortes preu-
M ves de votre reconnaissance* C'est à vous à justifier la
» marque extraordinaire que je vous donne aujourd'hui
» de mon affection paternelle , et à vous montrer digne
» de la confiance que je vous témoigne. Conservez un res-
» pect inviolable pour la religion ; maintenez la foi catho-
a88 HISTOIRE GÉNÉRALE D£ LA BELGIQUE.
» lique dans sa pureté. Que les lois de voti'e pays vous n soient sacrées ; n attentez ni aux droits ni aux privilèges » de vos sujets ; et si jamais il vient un temps où vous dén siriez jouir, comme moi , de la tranquillité d'une vie pri- I» vée, puissiez- vous avoir un fils qui mérite par ses vertus M que vous lui résigniez le sceptre avec autant de satisfac- » tion que j'en goûte à vous le céder ! »
A peine ^empereur eut-il fini ce discours , qu'il se jeta sur son siège : la respiration lui manquait; la pâleur de son visage marquait la faiblesse que lui avait causée la fatigue d un si long effort. Tout l'auditoire fondait en larmes , etHeuter, prévôt d'Ârnhem (a), qui était présent à cette imposante cérémonie , rapporte que les pleurs inoodaient aussi son visage. L'admiration et lattendrissement Mtaient emparés de tous les spectateurs , qui éprouvaient le plus vif regret de perdre un prince qui avait toujours prodigué à ses chers Belges (c'était ainsi qu'il les appelait) les marques les plus touchantes d'une Bienveillance particulière, et ces sentimens se manifestaient si sensiblement par le silence , par les larmes , par les sanglots des spectateurs , qu'ilarracha également des larmes à l'empereuretà la reine , sa sœur.
Jacques Masius (de Maës),éclievin d'Anvers, homme de loi, qui dans ce temps passait pour fort éloquent, avait été chargé par les états de répondre à l'empereur au nom de l'assemblée, et il exprima, dans un discours soigné, tout le respect et la reconnaissance dont les vertus et les bienfaits de
{a) Cest lai qui est connu comme historien sous le nom de Pontus Heuterus^ souvent cité dans cet ouvrage.
HUinàME ÉPOQUB. ^
Tempereur laissaient dans tous les cœurs des soavenirssi touchans, et les regrets de son départ y imprimaient des traces si profondes : il déclara que les ëtats reconnaissaient Philippe y son fils , roi d'Angleterre et de Naples « poi|r leur légitime souverain « et il lui adressa des protestations de soumission, de fidélité et d'attachement, en lui pto* mettant qu'ils le serviraient avec tout le zèle qu'ils avaient toujours témoigné à son père , et qu'ils le seconderaient de tous leurs efforts par tous les moyens qui pourraient con* courir à maintenir, par un heureux concertentre le prince et les sujets , le règne de la justice et des lois , et à conserver la pureté de la foi catholique. Il finit par oflrir i Tempe* reur les vœux les plus ardens pour le succès de son voyage et la prospérité de ses jours.
Quand l'orateur eut terminé son discoursje roi Philippe, se levant de son sic^ , se mit à genoux devant son père , et lui dit d'une voix basse : « Je ne pourrais, sans manquer au » devoir sacré de la piété filiale , résister aux volontés de » votre majesté. C'est donc pour satisfaire à ses ordres que » je reçois avec le respect que je lui dois, la chai^ qu'elle » m'impose, et je la supplie d'agréer l'expression de ma vive » reconnaissance et l'assurance solennelle que j'emploierai « tous mes efforts et tous mes soins pour le maintien delà » justice et des lois et pour l'exaltation de larel^oncathonlîque. M
Le prince, qui entendait mieux la langue firançaise qu'il ne la parlait , se levant et s'adressant à l'assemblée , lui té* moigna le regret de n'être pas assez familier avec cette lan« gue, pour exprimer dans une circonstance aussi solennelle , toute l'affection qu'il éprouvait pour ses fidèles T. 19
ago HISTOIRE GÉNÉHALE DE LA, BELGIQUE.
Belges, et il chargea Granvelle, e'véque d*Arras , d'être * son organe. Granvelle, dans un assez long discours , après avoir protesté du zèle de Philippe pour le bien de ses sujets, assura qu'il était fermement résolu de consacrer, à l'exemple de son père , tous ses talens et tous ses momens à faire le bonheur des Belges, en les traitant avec des égards distingués«
Après que Granvelle eut fini de parler, Marie, reine douairière de Hongrie , donna sa démission de la régence des Pays^as, 'dont elle avait été chargée par son frère pendant l'espace de vingt-cinq ans.
La cérémonie étant terminée , l'empereur sortit de la salle, soutenu par le prince d*Orange, et la séance fut levée.
Le jour suivant, les membres des états , convoqués par le roi, se réunirent dans une vaste galerie du palais, à neuf heures du matin. Le roi entouré des chevaliers de la toison d'or, et assissur un siège magnifique, fit le serment accoutumé de maintenir les droits, coutumes et privilèges des provinces ; et les députés des états, au nom de leurs provinces , lui jurèrent obéissance dans l'ordre suivant. Ceux des provinces ayant le titre de duché, c'est-à-dire , du Brabant, du Limbourg, du Luxembourg et deGueldre, y furent admis les premiers , et ceux des provinces ayant le titre de comté , c'est-à-dire , de Flandre , de Hainautet deNamur, y furent appelés les seconds.
L'empereur convoqua, au même palais à Bruxelles, le 17 janvier i556, une seconde assemblée , dans laquelle il remit à son fils la monarchie d'Espagne avec toutes les provinces qui en dépendaient tant dans l'ancieu que dans le nouveau monde .
HUITIÈME ÉPOQUE. agi
La trêve proposée dans les conférences de Y aucelles , y fut conclne le 5 février de cette année , et la principale condition en était que les deux monarques conserveraient pendant sa durée , qui devait être de cinq ans , leurs conquêtes respectives.
L'empereur, qui attendait en Zélande un vent favo^ rable pour s'embar^er, partit le 17 septembre pour l'Espagne avec ses deux sœurs, Marie/reine de Hongrie y et Éléonore , reine de France : il embrassa son fils au mo<nent de son départ, en l'exhortant derechef, pour la dernière fois, & maintenir la religion catholique dans toute sa pureté, et à respecter in violablement les droit&et les privilèges des Belges.
Ihtrigitbs du pape Paul IV pour rallumer la guerre : il enroîc le cardinal Carafla en France. — Les hostilités recommencent- — Le pape abandonne le roi de France. — Ligue de l'Angleterre et de TEspagne contre la France. — Siège et bataille de Saint- Quentin. — •- Philippe II bâtit TEscurial. — Prise de Calais, de Guines et de Thionville.— Bataille de Gravelines.— Mort de Charles- Quiût.
La ti'ève de Vaucellcs , ménagée par Gharles-Quint , semblait pi^omettre à l'Europe une paix durable ; mais le pape Paul IV employa tous les ressorts de sa politiqtie ar* tificieuse pour réveiller les querelles des princes et renouveler les maux 'îes peuples. 11 envoya en France , avec la qualité de nonce, son neveu, le cardinal' Garaflk , qui» par son adresse et ses intrigues , sut mettre dans ses inté-
i^êtfi le duc et le cardinal de Guise. Ces sujets ambitieux, ennemis d'une tranquillitë qui entravait leitrs projets orgueilleux , ayant à leur tour gagné la fameuse duchesse de Valentinois, plus connue sous le nom de Diane de Poitiers , maîtresse de Henri II , firent valoir des raisons que la bonnedbi réprouve, et que le bien public condamne. Le brave connétable de Montmorency , qui avait déterminé le roi à conclure la trêve de Vaucelles , fit tous ses efforts pour Tengager à rejeter les propositions insidieuses de Fambitienx pontife ; mais l'adresse des G uiseetJ ascendant de Diane furent plus puissans sur l'esprit du monarque, que les raisons du connétable. Henri avait juré la paix ; mais qu'importent en politique les sermens , quand l'intérêt psorle ? Il n en coûta au nonce , que la peine de délier le roi de son serment , et les hostilités recommencèrent. Henri II envoya deux armées ; l'une en Italie, commandée par le duc de Guise, et l'autre en Flandre , commandée par le connétable de Montmorency. Le ducd'Âlbe, qui commandait les troupes espagnoles en Italie , ayant porté la terreur aux portes de Rome , força le vieux pontife à lui demander une trêve. L'arrivée du duc de Guise ranima son audace en réveillant ses espérances , et il lança des anathêmes. Mais l'habileté du duc d'Âlbe et les revers du duc de Guise, forcèrent le pape d'abandonner le roi, dont il avait imploré le secours.
Lestarmes de Henri éprouvêremtdans la France les plus terribles revers. Philippe H , qui av^it épousé Marie , reine d'Angleterre , qu'il méprisait et qu'il maîtrisait , était parvenu k engager les Anglais , qui le détes-
HTJITICMB ÉPOQUE .^
Paient cependant , à former une ligue avec les Espagnols contre la France. Une armëe formidable , dont Philippe avait confié le commandement à Emanuel -Philibert^ duc de Savoie , qui avait remplacé là reine de Hongrie dans le gouvernement général des Pays-Bas , pénètre dans la Picardie. La fleur de la noblesse française accourt avec son connéGd>le pour arrêter la marche des Espagnols. Le duc de Savoie fit le siège de Saint-Quentin. Cette place , dont on n'avait pas prévu le siège , était dépourvue de troupes et de munitions ; mais elle était défendue par ce brave amiral Coligni , qui déjà était Tes* poir des protestans, dont ilfutdans lasuite le plus ferme appui. Philippe veillait sur les opérations de cette guerre , et en laissait au duc de Savoie toute la direction* Effrayé desprodiges que faisaient les habitans animés par le jeune, héros qui défendait leur ville , il craignait d'être obligé de lever honteusement le siège. Mais rimpétueux Montmorency parait sous les murs de Saint- Quentin, et présente imprudemment la bataille aux ennemis avec des forces* inférieures» Les Français déployèrent sans succès leur bravoure ordinaire, dans cette fatale journée , où le g^nie du général espagnol triompha de la valeur emportée du connétable. Une sanglante défaite , dans laquelle Montmorency tomba au pouvoir des Espagnols , moissonna la plus grande partie de cette valeureuse noblesse , qu'il avait amenée dans une autre espérance. Lamoral , comte d!Egmont , qui commandait sous les ordres du ducde Savoie , eut la principale part à la gloire de cette journée , dont il décida le succès à la tête de la brave cavalerie des Pays-Bas , connue sous le nom
99i HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
degens d'armes d*or dona ance, qui avaient si souvent contribue aux victoires de Gbarles-Quint.
La prise de la ville fut presque le seul fruit de cette vie toîre , qui ne coûta pas cent hommes aux Espagnols. La terreur était dans Paris , et la France , ouverte de fons les côtes , croyant voir dans ce funeste événement le ren- Tcrsement prochain de la monarchie , ne dut en eflet son salut qu'à la timide circonspection de Philippe, qui, au lieu de s'obstiner nu siège de Saiût- Quentin , aurait du , suivant l'avis de son général , profiter de la consternation de Paris ^ pour marcher sur cette capitale, et probablement, dans le premier moment de désordre et de terreur, ill'aurait emportée sans résistance et sans difficulté. Ce fut le 10 du mois d*août , jour de S^ Laurent , que se donna cette mémorable bataille de Saint-^Quentin. Philippe ( ce fait donnera une idée de sa dévotion) , en mémoire de ce grand jour , fit vœu de bâtir une église , un monastère et un palais , qui serarent consacrés au saint martyr : il ordonna que tous ces édifices pussent la forme d'un gril, pour rappeler l'idée de Tinstrument du supplice de ce saint (a). C'est à ces édifices qu'il donna le nom de KEscurial, devenu la résidence des rois d'Espagne*
Ce funeste événement avait déterminé le roi Henri à rappeler d'Italie le duc de Guise , pour la défense du royaume,dont il fut nommé lieutenant- général.Cet habile capitaine , méditant une expédition digne de son génie , rassemble , avec une étonnante rapidité , les débris de
(a) Il avait été étendu sur un gril ardent par ordr« du préfet de Rome, le 10 août a58.
flUITIËMB ÉPOQUE. a^
l'armée vainctie: il déconcerte, eales trompant par de fausses marches , les combinaisons des Espagnols ; il rallentit leur ardeur , en les haroelaot par des escarmouches continuelles , et il se jette brusquement sur Gtlais. Cette place , qui , depuis trois sièdes , offrait aux Anglais une porte pour entrer dans le continent , fut emportée an ]x>nt de huit jours , par une attaque aussi vivement que sagement combinée. La prise de Guines suivit celle de Calais, et les Anglais furent entièrement chassés delà fr ance. Le repos de VhiTer laisaa.au duc de Guise le temps de préparer de nouvelles entreprises , et il prit , dans la campagne suivante , Thionville , qui soutint nn siège de trois semaines. Mais le maréchal de Termes fut moins heureux que le duc de Guise; il fut battu et ^is â la bataille de Gravelines , par le comte d*Ëgmont , qni commandait Tarmée espagnole. Cette seconde défaite obligea les Français à penser a la paix.
Cependant Charles-Quint , qui « selon l'expression d'une pièce citée par Balzac , avait voulu mourir sous Tempirede son frère et sons le règne de son fils , s'était retiré an monastère de S^ Just, dans TEstramadsixe. Cest là que ce monarque ^ qui pendant cinquante ans avait été Tarbitre ou plutôt le dominateur de l'Europe , dépouillé maintenant de l'éclat du trône, et tombé dans l'obscurité et les ennuyeuses minuties du cloître , tachait d oublier le trône et le monde avec leurs vaines chimères. Il s'occupait dans cette solitude à planter des choux, faire des horloges et à chanter des psaumes. Accablé de goutte, dévoré de chagrins et probablement d'ennuis , peut-être tourmenté de regrets , il perdit la
ag6 HISTOIRE GÉNÉRALE DB LA BELGIQUE.
tête ; il conçut et exécuta l'idée singulière de faire célébrer ses obsèques dès son vivant. En conséquence (a) , il se fit élever un tombeau dans la chapelle du couvent* Ses domestiques y allèrent eu procession funéraire , tenant des cierged noires dans les mains , et lui-même suivait enveloppé d*un linceul. On Tétendit dans un cercueil avec beaucoup de solennité. On chanta l'office des morts. Charles joignit sa voix aux prières qu'on récita pour le repos de son ame , et mêlait ses larmes avec celles que répandaient les assistans , comme £'ils avaient célébré de véritables funérailles. La cérémonie se termina » suivant l'usage , par jeter de l'eau bénite sur le cercueil , et tout le monde s étant retiré , les portes de la chapelle furent fermées. Charles sortit alors du cercueil, et se retira dans son appartement, plein des idées lugubres que cette solennité ne pouvait manquer d'inspirer. Soit que la longueur de la cérémonie l'eût fatigué, soit que cette image de la mort eût fait sur son esprit une impression trop forte , il fut saisi de la fièvre le lendemain. Son corps exténué ne put résister i la violence de l'accès , et il expira le a i septembre 1 558 , Agé de cinquante-huit ans, six mois et vingt-cinq jours»
(4) RoberttoB.
HVITIEHE EPOQUE