‹ Histoire générale de la Bolivie;Chapitre 11 sur 24 · V. — QUATRIEME PRÉSIDENCE DE VELASCO · texte numérisé non relu

V. — QUATRIEME PRÉSIDENCE DE VELASCO

Belzu, sachant que le peuple s'était prononcé en sa faveur, ne voulut pas recueillir tout de suite la succession de Guillarte. Il envoya donc une note à Velasco, l'invitant à se charger de la présidence.

Velasco annonça par décret qu'il reprenait le commandement et choisit pour ministres Belzu lui-même, fait général par une assemblée populaire à La Paz, et le docteur Oleñata. Un autre décret du 4 février proclama la dictature présidentielle.

Mais, si le président n'était pas disposé à se livrer à des fantaisies extravagantes et arbitraires, il n'en était pas de même de ses ministres Belzu et Olañeta. Le docteur voulait affermir le pouvoir du gouvernement par une politique de persécutions et de bannissements, tandis que le soldat s'efforçait de gagner la sympathie de ses amis et de ses ennemis en les flattant et en les soutenant. L'un était vaniteux et méfiant ; l'autre, ambitieux et profondément immoral : les deux se valaient. Olañeta eut pour lui les Chambres au congrès de La Paz, où ses amis l'emportaient par le nombre ; Belzu trouva ses meilleurs soutiens dans la presse qui, après l'avoir condamné dans un langage souvent grossier, louait aujourd'hui, outre mesure, son courage militaire et son patriotisme désintéressé. Son attitude de triomphateur exaspérait son rival et, comme les feuilles publiques ne cessaient de présenter Belzu comme un éminent homme d'État, Olañeta eut un trait mordant de bonne humeur et d'ironie ; il supplia la presse de ne pas faire son éloge, préférant ses critiques comme plus propres à l'éclairer dans la conduite du gouvernement.

Au Congrès de 1848, tenu à Sucre, le président Velasco s'éleva, dans son message, contre la domination de Ballivian et commit l'imprudence de soutenir la dangereuse théorie que les militaires avaient le devoir de protester contre toutes les tyrannies. Il terminait en exaltant Belzu, qui avait eu « la gloire de commencer la grande œuvre de la liberté de la Patrie ».

Ce congrès approuva tous les actes de la dictature de Velasco et le nomma président constitutionnel, contre l'attente de Belzu qui, désespérant d'arriver par les voies légales à la situation ambitiomiée, poussa les militaires à la révolte et se fit proclamer président par eux à Oruro.

LES CHEFS LETTRES

Belzu fit semblant d'ignorer ce mouvement ; mais le Congrès, mis en défiance, déclara traîtres les rebelles et les mit hors la loi. Cependant, se fiant une fois de plus en la parole d'honneur de Belzu, il le chargea d'aller lui-même réprimer la révolte. Belzu se préparait à partir, quand il reçut l'ordre de ne pas s'éloigner de la capitale. Il profita de l'occasion pour déclarer rompus ses rapports avec le gouvernement dont il faisait partie,

Le matin du 3 octobre, Belzu s'enfuit à Sucre et alla se mettre à la tète de l'émeute à Oruro. Au Congrès, présidé par le docteur Jose-Maria Linares, la stupeur et l'inquiétude causées par la fuite de Belzu furent grandes et, quand on sut qu'il prenait les armes contre le gouvernement, il y eut une explosion de fureur parmi les députés dont beaucoup, cependant, éprouvaient de la sympathie pour l'attitude du général.

On apprit bientôt que le capitaine Casto Arguedas avait gagné à la cause de Belzu le bataillon des carabiniers et qu'il approchait de la capitale. Alors le Congrès se dissout et Velasco s'enfuit à Poto si ; mais pour revenir aussitôt à la tête des forces restées fidèles, qui furent mises en déroute, le 13 octobre, par les troupes rebelles d' Arguedas.

Ce succès suffit à gagner le peuple à la cause de Belzu, qui entra à La Paz le 15 octobre. Dans son programme de gouvernement il déclarait accepter le pouvoir, conféré par le peuple, promettant de rendre publics tous ses actes administratifs et de n'exercer aucune sorte de persécutions contre ses adversaires politiques.

Le Lion du Nord, comme on appela Belzu à Oruro, se rendit dans cette ville, le 23 octobre, dans le but de continuer la campagne contre Velasco. Belzu était soutenu par les départements du Nord et Velasco par ceux du Sud, tandis que Linares, errant à la tête du pouvoir exécutif, excitait la haine de ses partisans contre l'usurpateur, par de violentes proclamations.

Enfin, après un certain nombre d'escarmouches en divers endroits, les troupes des deux chefs se rencontrèrent le 5 décembre, dans les campagnes d'Yamparaez, où, dans un combat furieux, qui fit plus de trois cents victimes, l'armée de Belzu resta victorieuse.

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