I. — PRESIDENCE DE BEI.ZU
Manuel Isidoro Belzu était né en 1808, dans un village des Andes, et, très jeune, il se voua à la carrière des armes, la seule qui, dans ces temps troublés, pouvait lui offrir de larges perspectives. Physiquement, c'était un homme grand, au teint brun, la barbe noire, l'air tout à fait martial.
Aimant peu, et même pas du tout l'étude, il avait un talent naturel et le don de découvrir à l'attitude, aux gestes et aux paroles de ses interlocuteurs, leur secrète intention, se trompant rarement dans ses jugements sur les hommes, presque toujours défavorables et d'un pessimisme désolant.
Extrêmement vaniteux, il avait une haute idée de sa personne et il aimait à surcharger ses uniformes de général d'éclatantes broderies d'or, à monter des chevaux ardents et à être suivi de longs et brillants cortèges.
ly'un de ses premiers actes fut d'élever en grade les militaires qui avaient fait la révolution en sa faveur, de remettre en vigueur la constitution de 1839, ^^ nommer l'Argentin don Juan Ramon Munoz Cabrera son secrétaire général d'État, et, enfin, de publier un décret qui défendait et punissait, selon le code militaire, l'usage trop répandu des dénonciations anonymes.
Malgré la popularité qui porta Belzu à la présidence, des révoltes et des protestations ne tardèrent pas à se produire, suscitées par les partisans et les amis de Ballivian et, surtout, par ceux de Velasco. Ce dernier, impuissant à rentrer en possession de la présidence, eut la faiblesse et l'imprudence de demander son appui à don Juan Manuel Rosas, le tyran de l'Argentine, qui, naturellement, le lui refusa.