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I. — DICTATURE DE LINARES

Les populations, dans leurs éléments représentatifs et les plus sains, étaient tout à fait fatiguées de cette politique de compromis, de ces népotismes arbitraires des gouvernements antérieurs. Tous craignaient pour leur sécurité et pour leurs intérêts moraux et matériels. Les instincts des masses imprudemment réveillés, il était devenu nécessaire de mettre un peu d'ordre dans l'épouvantable chaos qu'était alors le pays.

Cette mission fut confiée à Linares.

On savait que c'était un homme tenace, courageux et incorruptible. Fils d'un Espagnol et d'une Bolivieime, il avait hérité de ses ancêtres cette énergie indomptable, cet individualisme qui caractérise les Ibères.

De Cochabamba, Linares se rendit à La Paz, recevant sur tout le trajet les hommages des populations, fermement convaincues que l'entêté révolutionnaire saurait combattre les maux qui, depuis sa fondation, s'étaient abattus sur le pays, faisant de la vie publique un épouvantable tourbillon où tout sombrait : dignité, patriotisme, désintéressement, — la vie même.

Dans cette tempête de haines et d'ambitions, on était exposé de toutes parts. Les adversaires, luttant surtout pour assurer leur subsistance, employaient toutes sortes d'armes, de préférence celles qui étaient prohibées, sans respect pour les tares cachées et les secrets des familles et des individus De là, des animosités et des rancunes implacables.

Linares le voyait bien : il fallait, avant tout, relever le moral du pays. Il avait eu en mains le livre secret de la INIazorca, la société ténébreuse créée par Belzu, et, ayant découvert parmi les adhérents les hommes les

plus marquants de la République, il fut pris d'une profonde tristesse ; alors, pleinement éclairé sur son rôle, il dit : « Moraliser le pays, voilà ma véritable mission ; il n'y a pas autre chose à faire. »

Mais cet homme austère qui avait passé sa jeunesse en Europe, menant une vie méditative et studieuse, ignorait à fond l'état d'âme de ses compatriotes, qu'il jugeait à peine inférieur à celui des Européens. Cette erreur fut le point de départ des fautes qu'il commit et des contretemps qui empoisonnèrent sa vie de gouvernant.

Une fois maître du pouvoir. Linares remplit d'abord les fonctions de sa charge avec l'aide seule de son secrétaire général, don Ruperto Fernandez, avocat argentin, qu'il affectionnait particulièrement. Il gouverna trois mois ainsi, et l'un de ses premiers actes fut de dissoudre les troupes dispersées de Córdova, d'éliminer les officiers dévoués à la cause de ce chef et de réduire l'armée de 6.000 à 1.200 hommes, mesures maladroites qui lui valurent rne foule considérable d'ennemis. En effet, elles condamnaient à la misère une multitude de gens sans profession connue, qu'une maigre solde maintenait dans l'oisiveté et la corruption des casernes.

Il forma ensuite son cabinet, par un décret du 9 décembre 1857, confiant les portefeuilles aux hommes les plus éminents de son parti. Son secrétaire Fernandez prit celui de l'intérieur ; don Tomas Frias, celui des finances ; don Lucas Mendoza de la Tapia se chargea de l'instruction publique et de l'agriculture, et le général Ferez, de la guerre. Les travaux publics, de création récente, revinrent au docteur Buitrago. Il réduisit, en même temps, la dotation des hauts fonctionnaires publics, en commençant par celle du président qui, portée à 30.000 pesos sous Ballivian, fut ramenée à 18.000, et à 4.000 celle des ministres. Les subventions aux journaux furent interdites, ne servant qu'à favoriser le parasitisme des incapables et des louangeurs impudents des actes du gouvernement.

Par un autre décret du 24 de ce même mois, un Conseil d'État, composé de 18 membres, fut créé pour servir de corps consultatif au pouvoir exécutif. De plus, la République fut partagée en 24 divisions politiques centralisant l'administration, qui, par divers intermédiaires, aboutissait au pouvoir exécutif.

Peu après, en février 1858, un nouveau code de procédure criminelle fut promulgué, et l'on divisa la République en trois districts judiciaires : Sucre, La Paz et Cochabamba, et en deux autres secondaires : Béni et Cobija.

LA DICTATURE ET L'ANARCHIE

Le désordre était grand dans toutes les branches de l'administration, surtout dans celle des finances. Le Dictateur créa une commission de liquidation des crédits en retard, améliora la monnaie et s'appliqua à réaliser des économies.

Le grand problème de l'instruction et, de préférence, celui de l'éducation, ne fut pas négligé ; mais les mesures, qui furent prises à ce sujet, firent perdre à Linares une partie de son prestige et contribuèrent, plus tard, à sa chute.

Il voulut d'abord réformer le clergé, dont les vices, qui avaient soulevé auparavant la colère indignée de l'archevêque Moxo, n'avaient fait que croître depuis cette époque, en décidant de fonder dans plusieurs départements des séminaires, entretenus par les prêtres eux-mêmes, qui devaient s'y interner par groupes et s'y soumettre à une discipline sévère.

Tous ces actes, destinés à arrêter les progrès de cette démoralisation intolérable, commencèrent à lui faire perdre la confiance d'un grand nombre de ses partisans qui se crurent lésés dans leurs espérances.

Linares finit par adopter franchement la dictature. Le décret qu'il rendit à cet effet, le 31 mars 1858, ordonnait que les délits contre la sûreté de l'État seraient soustraits à la juridiction ordinaire et soumis aux mesures discrétionnaires que le gouvernement jugerait bon de prendre.

La menace était évidente, et Linares devint impopulaire.

Ce changement de l'opinion éveilla la méfiance naturelle du Dictateur. L'armée, pensait-il, devait être la première à protester ; il fallait la devancer. Il fit donc dissoudre le bataillon formé des troupes désagrégées de Córdova, que son chef, avec l'assentiment tacite du ministre de la guerre, avait peutêtre réuni en vue d'événements futurs. Le chef abandonna sa charge et le ministre de la guerre, le général Ferez, rendit son portefeuille. Linares accepta les deux démissions. Le soldat et le fonctionnaire, arrêtés aussitôt, passèrent en jugement. Le procès ne révéla aucun plan secret ; mais Linares, écoutant les perfides conseils de son ministre Fernandez, fit exiler le général Ferez, et perdit ainsi un excellent ami et un serviteur dévoué.

Les militaires, déjà mécontents de la diminution de leur solde et des ordres destinés à refréner leurs excès, saisirent cette occasion pour caresser des projets de révolte, en vue de mettre fin au gouvernement de Linares.

Le 10 août, un groupe de soldats, aux cris de « Vive Belzu ! », toujours cher à la foule, attaque une caserne à La Faz et s'achemine, ensuite, vers le Falais, dans l'intention d'assassiner le président. Linares, à ce moment,

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donnait audience au général Prudencio, qui lui ressemblait physiquement. Eu entendant le tumulte, les deux hommes se précipitèrent au balcon et Prudencio, qui devançait le dictateur, roula, mortellement blessé par une balle. La garde du Palais sortit en armes et dispersa la foule à coups de fusil.

Mais le bruit de la mort de Linares s'était répandu. Aussitôt, il donne l'ordre de rassembler les troupes sur la place et se présente devant leurs rangs h cheval, revêtu des insignes présidentiels et accompagné du ministre de la guerre. Acclamé par les soldats, il parcourt la ville et les faubourgs, suivi de son cortège, et, rentrant au Palais, il ordonne que le colonel Ortiz, chef du bataillon dissous et toujours en prison, soit exécuté à l'instant comme instigateur et complice de la conspiration avortée. Malgré les prières et les avis de ses amis, Ortiz est conduit au lieu du supplice ; mais l'officier qui commande le peloton refuse d'exécuter l'ordre verbal qui lui a été transmis, en attendant l'ordre écrit. Alors, les amis du condamné, supposant que ce contretemps était voulu, intercédèrent de nouveau pour lui, et le terrible dictateur, redevenu plus calme, condescendit à leurs prières, mais à condition qu'Ortiz serait exilé de la République.

Dix-huit persoimes se trouvèrent compromises, et parmi elles, un moine, le franciscain Porcel. Le 30 août, elles furent toutes condamnées à mort et la sentence fut soumise à la délibération du gouvernement. Dans le conseil les voix se trouvèrent partagées ; mais Linares, par son vote, confirma le jugement du tribunal. Pour que la sentence pût être exécutée, il fallait que le Père Porcel fût d'abord dépouillé de son caractère sacerdotal. L'évêque, pris d'une sainte horreur, refusa d'accomplir cet acte et s'enfuit à la campagne. Ramené en ville, il fut obligé de dégrader le prêtre, que Linares fit fusiller avec les autres condamnés, brisant ainsi l'opposition du clergé.

Celui-ci, son évêque en tête, lui devint franchement hostile. Linares, sans hésiter, donna l'ordre au procureur de la République de poursuivre l'évêque. C'était atteindre dans sa racine la religiosité du peuple et, dès lors, s'incrusta dans l'esprit de la masse « le devoir d'immoler le tyran, comme une exigence du patriotisme et de la conscience ».

Le clergé eut recours à l'appui de son plus ferme soutien, celui des plus hautes dames de la République, qui signèrent des pétitions demandant la suspension du jugement. Linares, qui prévoyait tout, feignit alors la clémence et pardonna.

Mais c'était déjà trop tard.

LA DICTATURE ET V ANARCHIE

Les deux anciens présidents, Belzu et Córdova, réfugiés au Pérou, et que la correspondance de leurs amis tenaient au fait des événements, voulurent tenter le sort des armes contre le dictateur. Avec l'aide du Pérou, ils organisèrent une expédition qui pénétra dans le territoire de la République jusqu'au Desaguadero ; mais elle dut se retirer, en apprenant que Linares envoyait des troupes pour la combattre.

Peu après, en février 1859, profitant de l'éloignement de Linares, ils envoyèrent une nouvelle expédition, commandée par le général Agreda, hier leur ennemi irréconciliable, aujourd'hui leur défenseur. Linares accourut aussitôt d'Oruro, et arriva sur les hauteurs qui dominent la ville de La Paz, en même temps que les troupes d' Agreda apparaissaient au sommet du Calvaire, colline élevée qui, de l'autre côté de la vallée, ferme aussi l'horizon de la ville.

Les deux armées, placées face à face, mais séparées par le large fossé au fond duquel se dressent les maisons de La Paz, descendirent les flancs dénudés des hauteurs pour se rencontrer sur les pentes du Calvaire. Là eut lieu, après une vigoureuse résistance, la défaite des troupes d' Agreda, qui dut s'enfuir avec son lieutenant Córdova jusqu'au Pérou.

Linares adressa à cette République une sérieuse réclamation pour la participation ostensible de ses autorités aux deux expéditions révolutionnaires. Le Pérou était alors gouverné par le vieux général Castilla qui, plus que jamais, avait la prétention d'exercer une influence sur les destinées de l'Amérique espagnole et particulièrement sur celles de la Bolivie. Linares accrédita comme ministre à Lima don Ruperto Fernandez, dont l'action se trouva paralysée par les atermoiements du cabinet péruvien et le peu de cas qu'il faisait des demandes d'explications du gouvernement bolivien. Le cabinet de La Paz fut alors obligé de demander la raison du rassemblement de troupes aux frontières des deux pays. La réponse donnée le 23 avril 1860 fut sèche, brève, cassante. On y accusait tout simplement réception des communications envoyées, ajoutant qu'il fallait, avant tout, résoudre la question des réclamations du Pérou pour la violation du territoire, lorsque Belzu fit une promenade militaire à Copacabana à la tête de ses troupes

Fernandez demanda ses passeports et, le 14 mai, le gouvernement de la Bolivie déclarait rompues les relations éntreles deux pays, se préparant, dès cet instant, à la guerre imminente, sous la vigoureuse impulsion du ministre Fernandez. Mais personne en Bolivie, pas même le dictateur, ne

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désirait la guerre, et c'est pourquoi, peu de mois après, un décret déclara rétablies les relations commerciales entre les deux pays.

Ces alarmes dissipées. Linares partit pour l'intérieur du pays, avec le désir secret de jouir des charmes de son foyer, sacrifiés depuis de longues années aux soucis de l'administration. Il vint donc à Sucre et ce furent quatre mois de plaisir et de tranquillité passés au sein de sa famille, avec la conxdction d'avoir rempli ses devoirs d'homme d'État et donné un certain éclat aux hautes fonctions de président.

Cependant des lettres anonymes, dédaignées par lui, l'avertissaient de se tenir en garde contre les machinations du ministre Fernandez. Un jeune militaire, Narciso Campero, voulut aussi lui dire quelque chose à ce sujet. Linares se fâcha. Pouvait-il douter d'un serviteur si dévoué et si reconnaissant qui lui donnait le nom consolateur de « père » ? Sa conscience lui répondait : non !

Or, les craintes de ses amis étaient fondées.

Personne n'eut osé s'insurger contre lui, car on le savait capable de noyer dans le sang toute tentative d'insubordination. D'un autre côté, on était convaincu qu'il n'avait pas d'autre préoccupation que celle de remédier au désordre épouvantable de la patrie et, bien qu'on critiquât les moyens employés pour y parvenir, on sentait devant lui une sorte de crainte respectueuse, tempérée par l'admiration.

Après quatre mois de repos à Sucre, Linares revint à La Paz pour éteindre les révoltes de caserne qu'il savait être fréquentes dans cette ville ; mais son erreur fut de croire qu'il atteindrait son but en poussant à l'extrême les mesures de rigueur.

La presse se mit à critiquer avec aigreur sa conduite comme chef du pouvoir : il lui interdit expressément l'examen des actes administratifs, la discussion des questions politiques et toute publication capable de troubler l'ordre public.

Cette mesure absurde et arbitraire répondait à la conviction du dictateur que la presse était inutile dans son pa3^s.

Il fit plus. Il ordonna de suspendre, comme inutile et peu honorable, toute subvention aux journaux. Cette décision fut fatale à beaucoup d'entre eux. El Telégrafo, qui avait eu, après La Epoca, la confiance et l'appui du gouvernement de Córdova, agonisa pendant quelques jours et cessa de paraître, faute d'argent, le 4 février 1860. Mais El Telégrafo n'était pas

LA DICTATURE ET L'ANARCHIE

mort tout à fait : un mois après il renaissait de ses cendres encore chaudes. Tout s'explique.

Le gouvernement de Linares durait déjà depuis trois ans. Quand finirait-il ? Nul n'aurait su le dire. L'armée semblait dévouée et fidèle au dictateur ; ses ennemis, découragés, se contentaient de le dénigrer dans la presse des pays voisins; il avait confiance dans ses collaborateurs, préoccupés de donner des preuves de la fermeté de leur concours.

Mais Linares changeait de plus en plus tous les jours. Son caractère, naturellement sévère, devenait sombre et renfermé. A peine parlait-il, et toujours d'un ton grave et préoccupé. Une lettre qu'il reçut dans les premiers jours d'août 1860 vint alors changer le cours de ses préoccupations.

L'homme qui l'écrivait agonisait sur son lit de douleur, après avoir joué un rôle prépondérant, peut-être le premier, dans l'histoire de la fondation de la République. Sa vie politique avait été sinueuse, rude, batailleuse. En tout temps, avec tous les gouvernements, il avait été du parti de ceux qui s'élevaient pour les abandonner ensuite, quand son ambition ou ses espérances avaient été déçues, et Olañeta, — car c'est de lui qu'il s'agit, — restait comme une énigme devant le jugement des hommes.

La lettre, pleine de fautes d'orthographe et fort incorrecte, n'était pas de la main d'Olañeta, qui l'avait seulement signée. Il demandait compte à Linares de la liberté que le peuple avait remise entre ses mains et il lui ordonnait d'abandonner la dictature, s'il ne se sentait pas capable de « relever la patrie de son abaissement ».

Olañeta mourut six jours après à Sucre, le 12 août 1860.

De quel esprit Linares accueillit-il le contenu de cette lettre accusatrice ? Il serait difficile de le dire ; mais, ce qu'il y a de certain, c'est que, depuis cet instant, il songea à modifier sérieusement son système de gouvernement, en réunissant les Chambres pour en recevoir des inspirations et des règles de conduite politique.

Des symptômes de révolution vinrent aussitôt retarder les projets de réforme constitutionnelle qu'il méditait en silence. Le 12 septembre, une conspiration fut découverte dans une partie de l'armée qui fit défection aux cris de vive Belzu ! Le dictateur fit faire leur procès aux militaires compromis et ordonna d'en fusiller treize qui avaient été condamnés à mort.

En même temps, se sentant de plus en plus fatigué et malade, il fit part à ses ministres de son désir d'abandonner le pouvoir et leur donna des

instructions pour convoquer les collèges électoraux et réunir le Congrès, devant lequel il rendrait compte de ses actes.

Il est à supposer que ces mesures durent contrarier les desseins secrets de quelques-uns de ses ministres, car, dès cet instant, il y eut quelque chose de convenu entre eux qui refroidit leurs relations avec le président. Ivinares de\'int plus méfiant et prit quelques mesures de sûreté. Le premier de l'an, aux réceptions du Palais, les témoignages de dévouement et de fidélité dissipèrent un peu sa secrète inquiétude sans lui faire abandonner, cependant, ses projets de démission. Bientôt il dut garder le lit, ne se levant que pour expédier les afíaires pendantes.

Amis et collaborateurs, vu l'absence de la famille, entouraient souvent son lit, et l'un des plus empressés était le ministre Fernandez, qui suivait avec anxiété sur le visage du malade les progrès du mal. Était-ce pour saisir avec précision l'heure où il lui serait impossible de le surmonter et où il pourrait, lui, Fernandez, réaliser impunément ses horribles et sinistres desseins ?

Le soir du 13 janvier, il se présenta comme de coutimie dans la chambre du dictateur. Linares se sentait plus fatigué que jamais. Fernandez s'en aperçut et, dans la matinée du 14, il se présenta dans une caserne, fit prendre les armes au bataillon et lui annonça le changement du gouvernement. Ses complices en faisaient autant dans les autres casernes....

Le dictateur, pendant ce temps, reposait dans son lit, quand un de ses subalternes lui apporta un pli cacheté. Linares le lut et un amer sourire phssa ses lèvres : ses ministres Acha et Fernandez, l'un son protégé, l'autre son favori, lui annonçaient que, par leur volonté et par celle de l'armée, il cessait de remplir les fonctions de président. Linares haussa les épaules et, comme s'il éprouvait une répugnance invincible à prononcer le nom du traître principal, il dit : « Il savait bien que je devais réunir le Congrès et que j'allais mettre fin au martyre de ma situation. Que n'a-t-il pas attendu ? » Au jour. Linares quitta la résidence présidentielle, suivi de ses deux ministres fidèles et au bras de la veuve de l' ex-président Ballivian, chez laquelle il trouva un amical refuge. Peu après, les ministres rebelles, constitués en Junte de gouvernement, prirent possession du Palais dont on doubla les gardes devant l'indifiérence du public, accouru à la nouvelle de la fin de la dictature.

Cinq jours après. Linares abandonna la ville. En arrivant à Viacha il

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tomba évanoui de son cheval, et les médecins qui l'accompagnaient déclarèrent qu'il allait mourir. Il parvint, malgré tout, et après un long et pénible voyage, à Valparaíso, regrettant sa patrie où il aurait voulu passer les derniers jours de son existence, déjà si courte, auprès de sa femme et de sa fille unique, séparées de lui depuis si longtemps ; mais ceux qui l'avaient renversé n'y consentirent pas. Les journalistes et les mauvais poètes ne tardèrent pas, selon leur coutume, à vanter l'attitude des ministres triomphants et à écrire des choses abominables contre le vaincu.

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