‹ Histoire générale de la Bolivie;Chapitre 19 sur 24 · I. — PRESIDENCE DE DON ADOI^FO BALLIVIAN · texte numérisé non relu

I. — PRESIDENCE DE DON ADOI^FO BALLIVIAN

Frías ne s'était chargé de la présidence qu'à cause de la gravité de l'heure et avec la résolution formelle de réunir au plus tôt les comices électoraux. Il le fit le lendemain même de sa proclamation comme président, par son décret du 29 novembre.

Les candidats ne tardèrent pas à se faire connaître. Le premier fut don Casimiro Corral ; puis le général Quintin Quevedo et don Adolfo Ballivian, qui se trouvait en Europe. Les généraux Ferez et Rendon posèrent aussi leur candidature ; mais ils comptaient peu d'adhérents.

Le docteur Frías accorda la plus grande liberté aux élections, laissant les groupes lutter à armes égales ; mais aucun candidat ne réunit le nombre de suffrages suffisant pour être élu. On laissa donc au Congrès le soin de choisir par le vote de ses membres le nouveau président de la République.

L'Assemblée, réunie en session extraordinaire, le 28 avríl 1873, entendit la lecture du message du docteur Frías. Puis les difficultés, surgies dans les rapports avec le Chili pour l'application du traité signé en 1866, au temps de Melgarejo, retinrent quelques instants l'attention des députés. On procéda, enfin, à l'élection du président qui, après deux tours de scrutin, désigna don Adolfo Ballivian, par 41 voix contre 19 au docteur Corral.

L'homme qui venait d'être appelé par le vote des représentants de la nation à la première magistrature de la République, était le fils aîné de r ex-président, le général don José Ballivian. Élevé en dehors du pays, généralement en Europe, il était d'un caractère réservé et assez faible, d'une culture extrêmement varíée et un peu diffuse, qui répondait à son talent d'assimilation facile, mais peu sûr. Au physique, c'était un élégant et beau

garçon, possédant les purs caractères de la race, la blancheur de la peau et la régularité des traits.

Animé d'un amour sans limites pour la liberté et pour les pratiques républicaines, sa vie morale offrait des traits de noblesse, de désintéressement et de générosité, qualités qui faisaient de lui un homme dans la belle acception du mot.

Constamment poursuivi par les gouvernements militaires, il vécut généralement à l'étranger, souvent dans la gêne, mais toujours fier et ne mendiant les faveurs de personne.

A peine arrivé au pouvoir, Ballivian voulut effacer les aigreurs de la lutte passée en oô'rant à Corral le ministère des affaires étrangères ; mais celui-ci déclina cette offre et disparut peu après de la ville.

H organisa ensuite son cabinet en y appelant les hommes les plus marquants de son parti, — Baptista, Bustillo, Calvo et Mariano Ballivian, — et réunit l'Assemblée en session extraordinaire pour discuter et résoudre de graves problèmes économiques et financiers.

Son plan était de contracter à l'étranger un emprunt important qui lui permettrait de centraliser toutes les dettes et de mettre fin à des abus ruineux et même usuriers. La majorité du Congrès se prononça contre l'idée du gouvernement, le laissant seul en présence des besoins pressants du pays, qu'il ne savait comment satisfaire. Le Congrès, en effet, se sépara le lendemain même de ce vote.

Peu de jours après, Bustillo, prenant possession de son ministère, fut consterné de voir l'état déplorable des finances publiques. Il regrettait d'avoir accepté ce poste. Le seul moyen d'y remédier et d'éviter la crise était de convoquer de nouveau le Congrès, ce qui fut fait le lo juillet ; mais, au bout de peu de jours, Bustillo mourait et le président, malade et affaibli, se sentit impuissant contre l'opposition. On ne voulait pas s'imposer de nouvelles obligations, bien qu'on connût la nécessité de se préparer à la guerre contre le Chili, qui ne se montrait pas décidé à résoudre par des mo3'ens pacifiques la question des frontières.

Ballivian se rendit à la capitale où le Congrès devait s'installer et fonctionner. Il voyagea avec une simplicité qui faisait contraste avec les marches triomphales des chefs militaires, ses prédécesseurs.

Le 8 octobre, Ballivian lut son message à l'Assemblée, causant une énorme sensation chez les députés. Atteint d'une maladie incurable, il

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lisait d'une voix affaiblie, respirant péniblement et faisant des pauses fréquentes. Il se plaignit de n'avoir pas pu obtenir du dernier Congrès l'autorisation de réaliser ses plans financiers, assurant que son gouvernement était résolu à s'abstenir de toute initiative financière, afin de rendre plus digne la politique intérieure du pays et élever sa pratique à une région de paix, de tolérance et d'harmonie.

Iv' Assemblée s'occupa d'abord de l'affaire Church, qui se trouvait en mauvaise condition, parce que les fonds n'étaient pas en rapport avec la grandeur de l'entreprise. La Chambre vota imprudemment une loi pour la continuation de l'œuvre et, après avoir approuvé plusieurs dispositions « pour sauver la situation économique du pays », elle ferma ses portes le 15 novembre, laissant le gouvernement dans les mêmes embarras qu'auparavant.

Comme dans les pays où l'initiative et l'industrie font défaut, les hommes, en Bolivie, se mirent à rechercher les emplois publics et à se lancer, de plus en plus, dans la politique. Les partisans de Corral, excités par leur chef, retiré à Puno, ne cessaient de combattre le gouvernement, prenant comme prétexte ses plans économiques. Le peuple, alarmé, recourait, plus que jamais, à la force armée, représentée par Daza, promu général de division, et qui continuait à commander le i^^^ bataillon de ligne, ou Colorados, le plus nombreux et le plus aguerri de tous ceux qui composaient la petite armée nationale.

Le président voyait avec indifférence toutes ces intrigues et, bien qu'il se sentît mourir peu à peu, il se refusait le repos que lui demandaient ses amis. Il voyait que ses adversaires voulaient profiter du mauvais état de sa santé pour troubler l'ordre, et il s'obstinait à ne pas leur céder la place. Enfin, n'en pouvant plus, il dut laisser la première magistrature au docteur Frias, président du conseil d'État, et, peu de jours après, il cessait de vivre, laissant l'impression d'un homme politique correct, mais assez médiocre. Il avait pourtant prévu les difficultés du pays avec le Chih et tenté d'en éviter les conséquences désastreuses, ce que l'empêcha de faire la coalition méprisable des politiques militants.

Immédiatement, le docteur Frias assuma la présidence effective de la République, appelant dans une proclamation les Boliviens à la concorde, et manifestant sa ferme intention de faire respecter scrupuleusement les lois, par tous les moyens.

HISTOIRE GEyERALE DE LA BOLIVIE

n. — GOUVERNEîklENT DE FRIAS

A la disparition de Morales, le docteur Frías avait refusé de se charger du gouvernement, qui lui revenait de droit ; mais en cette occasion difficile, il prit le pouvoir et se mit à administrer les affaires publiques avec le cabinet de Ballivian, dont il refusa la démission.

Frias, comme son prédécesseur, se préoccupait de la situation financière du pays et voulut exercer un contrôle sur la gestion des fonds publics dans les \'illes et les communes. Cette mesure attaquait certainement les privilèges les plus élémentaires des municipalités ; aussi ne manqua-t-elle pas de provoquer de sérieuses résistances.

La Paz, Cochabamba, et un grand nombre de communes du territoire, taxèrent d'inconstitutionnelle la disposition du gouvernement et s'organisèrent sous la direction d'opposants déterminés. Le gouvernement n'avait d'autre appui que l'armée, représentée par le général Daza et son i^r bataillon Colorados. L'autorité de ce général sur les soldats, et sa notoriété parmi les civils, lui inspiraient un orgueil sans limites.

Le danger semblait plus menaçant de ce côté et il fallait le prévenir. Frias voulut que Daza, qui se trouvait alors à La Paz, allât rejoindre son bataillon à Sucre ; mais l'ordre ne fut pas obéi. Alors Frias, laissant le gouvernement dans la capitale, se rendit à Oniro pour offrir personnellement le ministère de la guerre au général désobéissant. Celui-ci, soupçonneux et défiant, vint à l'entrevue, accompagné de son bataillon. De là, on se rendit à Sucre où, le 13 mai, fut rédigé le décret qui nommait le général Hilarión Daza ministre de la guerre en lui laissant le commandement de son bataillon. Cette concession préoccupa souverainement l'opinion publique, car elle faisait prévoir de graves événements.

Les élections législatives eurent lieu, alors, avec la plus grande probité, donnant la victoire au parti du gouvernement. Le nouveau Congrès, réuni le 10 août, procéda à la validation de ses membres, et passa ensuite à l'examen des comptes rendus ministériels. Celui des finances accusa un déficit de 219.993 pesos.

A ce moment, on apprit les incidents suscités à La Paz par Corral et ses partisans. Elu député de cette ville, Corral ne voulut pas aller occuper

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son siège, préférant rester en contact avec la tourbe qui composait son parti. Sa maison était devenue une sorte de palais du gouvernement, car il y avait des sentinelles à la porte et un mot de passe, que connaissaient seuls ses intimes et ceux qui tramaient ostensiblement avec lui la révolution.

Il fallait prendre une mesure. I^e préfet fit notifier à Corral qu'il eût à dissoudre les réunions qui se tenaient chez lui et à livrer les armes en sa possession. Corral obéit à la première injonction ; mais, quant à des armes, il déclara qu'il n'en avait pas. On dut attaquer la maison et prendre de force ce qu'on n'avait pas pu obtenir de bon gré. Corral et plusieurs de ses amis furent mis en prison.

Les partisans de Corral, bien que peu nombreux à la Chambre, prirent hardiment la défense de leur chef, qui eut le tact politique d'envoyer sa démission de député. Elle fut acceptée. On traita d'inconstitutionnels les actes des autorités de La Paz et l'on put croire à un soulèvement inévitable.

Le Congrès autorisa le gouvernement à prendre des mesures de sûreté, et se mit à discuter l'affaire compliquée des communaux indigènes. Une loi disposa que tout indigène, possesseur de terrains à quelque titre que ce fût, en était le maître absolu, avec toutes les facultés appuyées sur le droit. Une fois les titres de propriété présentés, la loi ne reconnaissait plus les communautés, etc., etc.

Enfin, et ce fut l'afíaire la plus débattue dans ce Congrès, on passa à l'examen du traité des frontières avec le Chili. On sait déjà les conventions absurdes signées, en 1866, par Melgarejo et les difficultés qu'elles avaient soulevées. Un accord plus avantageux était survenu, le 5 décembre 1872, le pacte Corral-Lindsay, qui contenait un engagement explicite de négocier amicalement et pacifiquement la revision ou même l'abrogation du traité du 10 août 1866, afin de faire disparaître tout motif de querelles futures.

Depuis, un autre traité des frontières avait été conclu entre le ministre des affaires étrangères don Mariano Baptista et le chargé d'affaires du Chili, don Carlos Walker Martínez. C'était celui qui était présenté au Congrès. On y remarquait deux points essentiels :

1° La limite entre la Bolivie et le Chili suivra le 24^ parallèle depuis la mer jusqu'à la Cordillère des Andes ;

2° Les dépôts de guano, existants ou qui seront découverts dans le périmètre dont parle le précédent article, seront partagés par moitié entre la Bolivie et le Chili.

Le traité fut approuvé, malgré l'opposition de certains représentants qui, peut-être avec l'assentiment du gouvernement, essayèrent de démontrer que le pacte, en ce qui concernait les frontières, était inexact, obscur, dangereux.

On s'occupa ensuite d'une autre affaire, non moins grave, celle relative au chemin de fer Madera-Marmore. On avait fini par s'apercevoir, qu'au fond de cette affaire, il n'y avait que les manœuvres habiles et intéressées du colonel Church. On était à peu près certain qu'il n'avait pas les capitaux nécessaires à cette entreprise ; néanmoins, la majorité ne voulut pas se rendre à l'évidence et confirma, sur tous ses points,' le contrat stipulé autrefois.

Le Congrès se sépara le 25 novembre, et, le 30, un bataillon se mutinait à Cochabamba, sous prétexte qu'il n'était pas payé régulièrement, et proclamait Ouevedo général en chef, et, deux jours après. Daza président de la République.

Aussitôt le gouvernement envoya le ministre de la guerre. Daza luimême, pour étouffer la révolte avec son bataillon. Daza eut le bon esprit de désapprouver le mouvement, bien qu'il se sentît flatté dans son amourpropre de chef militaire.

Immédiatement aussi, les partisans de Quevedo renouvelèrent à La Paz le mouvement de Cochabamba et, en l'apprenant, le général partit précipitamment pour Sucre, où il entra le 5 janvier 1875, acclamé par ses adhérents qui, maîtres de La Paz, avaient constitué leurs propres autorités.

Tout autre était la conduite de Corral, réfugié à Puno, où il apprit par des lettres de ses partisans les mouvements de Cochabamba et de La Paz, Il conçut alors le projet de se soumettre au gouvernement et de lui donner son appui, pour arranger ensuite les faits de manière qu'ils tournent à son profit.

Ses calculs étaient logiques et simples. Il ne pouvait pas s'accorder avec Quevedo, qu'il avait combattu de toutes les façons et en toutes circonstances. En défendant aujourd'hui les pouvoirs établis, il ne faisait que donner plus de relief à sa personne et désarmer ceux qui lui avaient été hostiles à cause de son opposition à un gouvernement honnête et légal.

Dans cette intention, il lança de Puno un manifeste à la nation, où il condamnait les voies de fait et promettait de se ranger du côté de la loi. Puis il se mit en route pour La Paz, où il eut une entrevue avec Quevedo,

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dont on ne connaît que les résultats. Le 8 janvier, les deux chefs publiaient en commun un manifeste, assurant ne s'être alliés que pour « sauver la nation » et exercer le pouvoir exécutif « en participation égale )\...

Frias vint aussitôt à La Paz, accompagné de son cabinet et de sa seule escorte d'aides de camp. Il avait à cette époque soixante-dix ans et, pour le moment, il représentait la plus haute figure morale du pays.

Né à Potosi en 1805, de parents riches, il avait obtenu à vingt et un ans le titre d'avocat, qu'il n'utilisa pas pour se consacrer au commerce. Peu enclin à la politique, il ne s'en occupa que parce qu'il voyait les affaires publiques devenir le patrimoine des intrigants. Son caractère et sa culture devaient le désigner pour de hautes fonctions et, après avoir rempli avec succès la représentation politique en France et au Chili, il fut successivement préfet de Potosi, sous Ballivian, et, ensuite, ministre des affaires étrangères. Belzu le laissa en exil et Linares en fit son ministre des finances. A cette époque de sa laborieuse présidence, c'était un vieillard d'une verdeur remarquable et que tout le monde admirait.

Frias par\dnt à Omro, le 11 janvier, et, après avoir rétabli l'ordre dans la ville, il poursuivit son voyage vers La Paz, que les révolutionnaires durent abandonner pour ne pas l'exposer à la fureur de la soldatesque.

Près de La Paz, à une journée de distance, le général Daza vint, avec son bataillon, se joindre à Frias, et ce fut au petit hameau de Chace ma qu'eut lieu la rencontre où l'adversaire défait dut s'enfuir après un très court combat. Les chefs se réfugièrent au Pérou et, le 19 mars, Frias fit son entrée triomphale dans la ville, où l'on fit quelques exécutions. Il en partit bientôt pour continuer la campagne contre les départements de l'intérieur.

Le Littoral, Oruro et Cochabamba s'étaient soulevés et, de tous côtés, les ennemis de l'honnête vieillard montraient leur désir de renverser son gouvernement. A peine s'était-il éloigné de La Paz que la population se mutina, le 20 mars, et attaqua le Palais du gouvernement où les ministres s'étaient réfugiés. Le combat dura toute la journée, et les amis de Corral et de Quevedo ne purent prendre le Palais qu'après l'avoir incendié.

Pendant ce temps, Frias marchait sur Cochabamba ; mais, en recevant en route la nouvelle des événements de La Paz, son indignation se fit agressive. Il fut dur dans le châtiment de la ville rebelle, et il se montra inñexible dans l'exécution des prisonniers.

La paix rétablie après « l'une des plus vastes conspirations militaires qu'enregistre l'histoire de la Bolivie », le gouvernement s'établit à La Paz pour assurer l'ordre et préparer les élections présidentielles qui approchaient.

Les peuples d'Amérique étaient fatigués de ces luttes stériles et aspiraient à une paix durable, qui permît de s'occuper de l'éducation sociale et d'exploiter les richesses du sol. Les pays voisins, où l'industrie et surtout la construction des chemins de fer étaient encouragées, commençaient à ofírir l'aspect enviable des nations organisées.

En Bolivie, il n'y avait rien de cela : les routes étaient à peu près impraticables ; les institutions gisaient à terre ; il n'y avait presque pas de probité morale, et les hommes vivaient sans connaître ces idéals qui rehaussent la dignité humaine. Tous voulaient commander, et ceux qui obéissaient c'étaient les Indiens et les Métis, masse passive, tourbe naïve, sans notion d'aucun principe, ignorante, illettrée, corrompue.

Par suite, la vie sociale était d'une monotonie accablante. Il n'y avait ni arts, ni commerce, ni industrie. Le commerce était laissé aux mains des étrangers qui amassaient, à l'ombre des révolutions et des révoltes, des fortunes respectables dont ils allaient ensuite jouir dans leur pays. Les vrais Boliviens, quand ils n'étaient pas avocats, se lançaient à corps perdu dans la politique, lui demandant la considération et souvent les moyens journaliers d'existence.

Les gens instruits ignoraient ce qui se passait au delà des frontières, et, le peu qu'on en apprenait, arrivait, non par les journaux, mais par les négociants qui, pour leurs affaires, venaient à Tacna et Arica, seuls ports de la Bolivie. De là, une vie bornée, comme morte ; une médiocrité désespérante, ne s' intéressant qu'aux choses purement personnelles ; un fanatisme pour certains chefs, et le dégoût pour les travaux agricoles et industriels.

H fallait mettre ordre à tout cela, si l'on voulait éviter la ruine ou la dissolution de la République. Pour accomplir cette œuvre, on avait besoin d'un hras fort, d'une volonté énergique et d'un patriotisme élevé et éprouvé. Le peuple, qui s'en rendait compte, crut trouver l'homme réunissant ces qualités dans le général Daza.

Daza était fier et satisfait des hommages du peuple ; mais il feignait de n'y attacher aucune importance. Il fermait aussi l'oreille à ceux qui lui suggéraient de recourir à la force pour donner satisfaction aux aspirations

^ IIO €

LA GUERRE INJUSTE

de la collectivité, et, à tout propos, il jurait spontanément fidélité au gouvernement et soumission aux lois de l'État.

Cette attitude ne dura pas longtemps. Bien qu'il eût conservé le portefeuille de la guerre et le commandement du i^^^ bataillon, les campagnes électorales, qu'allaient entreprendre quelques chefs politiques considérés, ne manquèrent pas de l'alarmer. Il posa donc sa candidature à la présidence, qui fut accueillie avec satisfaction par les classes moyennes et les masses populaires de la nation. Les autres candidats furent don Belisario Salinas, homme estimé qui avait rempli plusieurs charges; don Jorge Oblitas, l'homme de tous les compromis et de toutes les contradictions ; don José Maria Santivanez, enfin, candidat de la haute société, écrivain à ses moments perdus et patriote profondément convaincu.

Le prestige de ce dernier réveilla chez Daza des craintes que ne lui inspiraient pas les autres. Il alla demander à Frías son appui ; mais le président, respectueux de la légalité, le lui refusa catégoriquement et lui dit que, pour la correction des actes administratifs, il était convenable qu'il abandonnât le ministère de la guerre et le commandement de sou bataillon.

Daza le comprit ainsi et renonça au portefeuille; mais il refusa d'abandonner le commandement de son bataillon, montrant en cela ses intentions secrètes. Appuyé par ses soldats, il se sentait fort et était capable de tout. Cependant, feignant la soumission et le respect des pratiques républicaines, il restait impassible devant les manœuvres de ses adversaires.

Mais il n'eut pas la patience d'attendre la date des élections. Son attitude devenait provocante et ses amis ne cachaient pas qu'ils préparaient une révolution. On conseillait à Frias d'arrêter le soldat et de l'envoyer en exil ; mais le président ne voulut pas faire ce coup d'État.

Il décida qu'il valait mieux envoyer une circulaire privée aux préfets, leur recommandant le respect des décisions des corps électoraux. On cro^-ait que ceux-ci se prononceraient pour le candidat Santivanez, qui venait de recevoir l'adhésion de Salinas et de son parti. Daza connut ce document, et résolut d'agir pour son propre compte, ayant reçu, de son côté, l'adhésion d'Oblitas et de son groupe.

Ce personnage horrible avait fait exprès le voyage de Cochabamba dans le seul but d'ofírir son concours à Daza et le décider à agir sans attendre l'épreuve de la lutte électorale.

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