‹ Histoire générale de la Bolivie;Chapitre 20 sur 24 · III · texte numérisé non relu

III

Daza suivit le conseil d'Oblitas. Trois jours avant l'élection, le 4 mai 1875, il fit placer des sentinelles aux portes du Palais, avec ordre de ne laisser sortir personne. Quelques instants après, le président et ses ministres étaient mis au secret ; mais, sur les instances du ministre des États-Unis, Frias fut conduit au couvent des Récollets. Il put quitter secrètement sa prison et se réfugier au Pérou où il eut la faiblesse de solliciter l'appui de Quevedo et de Corral. Voyant qu'il n'y avait rien à faire et que les populations s'attachaient aux pas du vainqueur, il partit pour l'Europe, plein de tristesse et d'amertume.

Il s'en alla pauvre et sans aucune sorte d'espérances. Son unique désir était de finir ses jours en Italie, la patrie des arts....

in. — PRESIDENCE DE DAZA

On connaît maintenant l'homme de la dernière révolution : au cours des derniers événements de l'histoire, son nom s'est trouvé invariablement lié à des faits humiliants et même délictueux.

Daza était grand, bien musclé et d'une force herculéenne. D'un tempérament ardent, glouton, sensuel, la vie facile et les plaisirs grossiers le séduisaient et lui enlevaient tout scrupule moral. De son père, — un métis vulgaire qui, sur enjeux, avalait des crapauds et dévorait de la viande crue en pubHc, — il avait hérité un invincible penchant pour les tours de force et les traits de cynisme, et, aussi, la manie de s'approprier le bien d'autrui.

Un comice populaire, réuni à l'instigation de ses amis, le proclama président provisoire de la République. A son tour, il nomma don Jorge Oblitas secrétaire général. Un document singulier rendit compte au pays des raisons qui l'avaient poussé à renverser le gouvernement. Frias, prétendait-il, avait faussé les pratiques républicaines en soutenant l'un des candidats à la présidence ; le cercle qui l'entourait était trop excessif, etc.

La nation accepta ces explications et s'inclina devant le nouveau chef. Il y eut, cependant, quelques soulèvements à Santa Cruz et même à Cochabamba ; mais ils furent vite étouffés. Ils manquaient de l'appui franc de l'opinion, fatiguée de cette vie stérile de toujours faire et défaire les gouvernements.

Daza sut profiter de cette situation pour exécuter ses plans d'égoïsme

LA GUERRE INJUSTE

personnel. Vaniteux, rancunier, autoritaire, il voulait gouverner sans contrôle. Il exila donc tous ceux qui avaient condamné sa prise d'assaut de la présidence, interdit les journaux qui le combattaient et tint les autres en bride.

Alors, il fit faire les élections, et l'Assemblée constituante qui en sortit se réunit à La Paz, le 15 novembre 1877. Elle commença par nommer Daza président provisoire de la République, approuvant par ce choix tous ses actes administratifs. Puis, elle vota des lois sur les mines, la construction de chemins de fer illusoires, la concession de terrains dans les contrées lointaines et inconnues de l'Orient de la Bolivie, et, enfin, pour couronner ses travaux, selon la coutume établie, elle rédigea une nouvelle constitution, la dixième depuis la fondation de la République, et dont l'unique disposition digne d'être mentionnée, était celle qui établissait le système des deux Chambres dans le Congrès.

L'un des premiers actes arbitraires du gouvernement fut la restitution à la famille Sánchez des biens que lui avait ôtés l'Assemblée de 1871, et dont les revenus étaient affectés au service des hôpitaux. La municipalité de La Paz résista et alors. Daza, exaspéré, outragea quelques-uns des conseillers et envoya les autres en exil.

Le pays avait réclamé un hras fort, et le soldat pugiliste, plein de mépris pour les hommes et les institutions, avait pris le mot dans sa rigoureuse acception : les coups de poing furent l'un de ses moyens favoris de gouvernement.

Devant la gravité des faits, le cabinet donna sa démission. Daza s'empressa de l'accepter. L'un des ministres du nouveau cabinet, le docteur Reyes Cardona, exigea que Daza jurât d'observer fidèlement à l'avenir la constitution de l'État. Le président, indigné, fit répondre qu'il n'avait pas d'autres principes que ceux qu'avait proclamés la révolution du 4 mai.

Nécessairement, Cardona fut remplacé et les nouveaux ministres se mirent à l'œuvre le 20 juin. Leur travail allait être fécond en responsabilités pour l'avenir, car, à ce moment, la chancellerie chilienne préparait en secret l'odieuse trame qui devait entraîner le pays dans la plus déchirante des luttes nationales.

L'Assemblée de cette année avait adopté un impôt de dix centimes par quintal de nitre, exporté par une compagnie de capitalistes chiliens. Cette

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compagnie S établie à Atacama, sur le territoire bolivien, avait obtenu du gouvernement de Melgarejo le droit d'exploiter gratuitement les salpêtrières du dit territoire. Elle refusa de se soumettre à cette décision de l'Assemblée et réclama auprès du gouvernement.

Il s'agissait donc nettement d'une afíaire privée entre le gouvernement de la Bolivie et une société anonyme du Chili qui, si elle se sentait atteinte dans ses droits, pouvait parfaitement recourir à la justice ordinaire ; mais elle n'agit pas ainsi. Elle remit sa cause entre les mains du gouvernement chilien sous prétexte que son domicile principal et celui de la majorité de ses actionnaires était à Valparaíso.

Le Chili attendait cette occasion, qu'il avait cherchée, et constitua immédiatement un de ses représentants auprès du gouvernement de la Bolivie. Ce représentant, don Pedro Nolasco Videla, demanda purement et simplement le retrait de la loi du 14 février, qui grevait d'un impôt de dix centimes le quintal de nitre exporté, comme contraire, à son avis, à une stipulation antérieure par laquelle le gouvernement de la Bolivie s'était engagé à ne pas imposer de plus grandes charges aux industries et aux capitaux chiliens.

La chancellerie bolivienne démontra facilement que le diplomate chilien pénétrait dans le domaine des affaires privées et que la contestation, où il inter\^enait, ressortait uniquement des tribunaux de la région des terrains exploités.

Le représentant du Chili persistant dans sa première argumentation, le gouvernement de la Bolivie annula son contrat avec la compagnie. Nolasco Videla émit alors l'idée de soumettre le litige à un arbitre, accordant au ministre bolivien un délai péremptoire de quarante-huit heures pour lui faire connaître sa réponse. C'était un ultimatum.

Le gouvernement de la Bolivie l'interpréta ainsi, et, comme le ton du plénipotentiaire accusait une résolution irréductible, il ne répondit pas.

Alors, le 12 février, le diplomate chilien demanda ses passeports en déclarant, au nom de son pays, les relations rompues avec la Bolivie. Deux jours après, le 14 février, les troupes chiliennes débarquaient dans le port d'Antofagasta et l'occupaient militairement.

Ce fait révèle clairement que le Chili suivait en cela une politique cal-

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