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IV. — PRESIDENCE DE C-\2.IPERO

Don Narciso Campero était, sans contredit, le militaire le plus instruit de la Bolivie, ayant fait des études spéciales dans quelques Académies de l'Europe, où il avait été envoyé pour le compte du gouvernement et en mission diplomatique.

Ayant assumé la présidence, par décret du 19 jan\'ier 1880, et convoqué une Convention nationale, il déclara d'abord qu'il désirait voir établir le principe de l'alternance, promettant de ne pas se présenter aux élections d'un nouveau président. Tout cela fut accueilli avec une satisfaction marquée.

On savait que Campero, éloigné des luttes politiques depuis le temps de Melgarejo, s'était livré dans sa retraite à son goût pour l'étude et qu'il ferait un bon président. Mais l'ambition vulgaire d'un soldat, inapte et sans crédit, Uladislao Silva, souleva les troupes, marchant avec elles sur I^a Paz, qui fut prise malgré la résistance de Campero.

Immédiatement, ce chef se proclama président de la République ; mais les protestations du pays firent échouer cette tentative.

Campero reprit possession de la présidence et s'occupa aussitôt d'organiser une nouvelle division de 1.500 hommes, avec laquelle il partit pour Tacna, où il arriva le jour même où les Chiliens occupaient Zama.

Sa présence produisit une bonne impression, sans toutefois faire disparaître le désaccord qui régnait entre les Boliviens et les Péruviens. Ce fut au miheu de la confusion et du désarroi, causés par cette situation, qu'eut lieu le choc qui donna la suprématie définitive aux armées chiliennes, mieux organisées et supérieures en nombre.

Sur un haut plateau des Andes, appelé, depuis. Alto de la Alianza, à quelques kilomètres de la ville de Tacna, 11.200 alHés se battirent, avec un courage héroïque, contre 22.000 Chiliens, préparés pour une cause injuste. Les soldats de l'alliance furent sacrifiés, et la patrie de Bolivar et de Sucre, privée de son littoral, tomba dans la condition d'un État vassal.

Campero n'eut plus qu'à retourner en Bolivie, ramenant les troupes, incapables désormais de défendre les alliés, car les Chiliens s'étaient emparés du Callao et marchaient sur Lima.

Pendant ce temps, la Convention nationale formait des projets brillants pour le relèvement de la patrie victorieuse, quand la nouvelle de la défaite vint jeter la stupeur, mais non le découragement, parmi ses membres, qui nommèrent, presque sans opposition, le général Campero président constitutionnel de la République.

Campero arriva à La Paz le 10 juin et, le 19, il prit possession du pouvoir. Peu après, il forma son cabinet avec les meilleurs hommes du moment : Carillo, Guijarro, Calvo et Salinas.

Le nouveau président était partisan de la guerre à outrance avec le Chili ; aussi, l'un de ses premiers actes fut-il de décréter l'état de siège pour lever des contingents et réunir des ressources. Pendant ce temps, la diplomatie des deux pays s'efforçait de jeter les bases d'une confédération que des résistances tenaces firent échouer.

LA GUERRE INJUSTE

A ce moment, les États-Unis offrirent leur médiation, qui fut acceptée, et les représentants des trois pays se réunirent à bord du Lackawanna, mouillé à Arica, le 22 octobre 1880.

lycs représentants du Chili demandaient la cession pure et simple des territoires occupés ; une indemnité de vingt millions de pesos ; l'abrogation du traité d'alliance défensive entre la Bolivie et le Pérou et l'occupation, par le Chili, des provinces de Moquega, Tacna et Arica jusqu'à la complète exécution des bases proposées.

Les représentants du Pérou déclarèrent ces conditions inacceptables, et ceux de la Bolivie proposèrent l'arbitrage des États-Unis, que les Chiliens refusèrent, de sorte que les pourparlers furent suspendus le 27 de ce mois d'octobre.

La guerre à outrance avec le Chili était devenue impossible, grâce à la pénurie du Trésor et au manque d'esprit guerrier des populations épuisées.

Un groupe d'hommes, compact et actif, dirigé par le vice-président Aniceto Arce, industriel énergique et habitué à voir les choses sous leur aspect réel et d'utilité immédiate, entretenait cette dépression morale. Sa propagande déplut à Campero, qui exila Arce et le journaliste Salinas Vega, rédacteur de La Patrie, organe de la politique du vice-président.

Quelques mois après, la Convention nationale se réunit de nouveau à La Paz et le président se borna à lui demander de maintenir l'état de guerre avec le Chili, jusqu'au moment où interviendrait une négociation honorable pour le pays. L'Assemblée ayant abondé dans son sens. Campero se mit, en qualité de capitaine-général, à la tête de l'armée et se disposa à partir pour la frontière. Il lui suffit de peu de temps pour mettre sur le pied de guerre une armée de 7.000 hommes ; mais comme, avec si peu d'hommes, il ne pouvait pas prendre l'offensive, il dut rester dans l'attente des événements, impuissant à les résoudre à son gré.

C'est alors que se réunit le Congrès de 1882, divisé, pour la première fois, en deux Chambres. Le vice-président. Arce, qui devait le diriger étant en exil, on dut nommer un président électif, qui fut l'éminent orateur Baptista.

Ce Congrès ouvrit l'ère politique où les partis s'appuyèrent sur des idées et des principes et, non plus, comme avant, sur le nom d'un chef. Les députés se divisèrent en deux groupes : les partisans de la paix à tout

prix et ceux de la guerre à outrance. Les uns s'appelèrent plus tard consers^ateurs, et les autres libéraux.

L'abandon d'une partie du territoire pour éviter les maux de la guerre fut soutenu avec éloquence par Baptista, et, chose étrange, cette idée fut adoptée, puis abandonnée, successivement, par les deux partis. Actuellement, celui de la paix, dirigé par Arce, s'en était emparé comme indiquant une solution des affaires liées aux intérêts vitaux de la collectivité ; mais le parti du gouvernement et même la masse du peuple l'écartait, parce qu'elle mettait en jeu l'intégrité du territoire, quelque problématique que fût la possibilité de le défendre. Baptista, lui-même, comme homme et comme gouvernant, ne pouvait s'entendre d'une façon quelconque avec l'ennemi, quand cette entente devait laisser dans l'isolement l'allié d'hier dont le territoire était envahi.

Les élections présidentielles devaient avoir lieu en 1884; aussi les groupes opposés s'efforçaient-ils de rallier à leur cause le plus grand nombre d'adeptes. On vit surgir, dès l'année 1883, la candidature du riche industriel don Gregorio Pacheco, lancée à Sucre et à Cochabamba. Les libéraux serrèrent leurs rangs autour de don Eliodoro Camacho, estimé pour son désintéressement et pour sa conduite héroïque au Alto de la Alianza où il était tombé grièvement blessé.

Bientôt parut la candidature de Baptista, et les trois groupes luttaient en commun sur la base du maintien de l'ordre public, en étouffant pour toujours les soulèvements révolutionnaires qui avaient compromis la stabilité du pays. C'est ce que déclara Camacho, chef du parti libéral à Arce, qui dirigeait le parti adverse, dans une entrevue qu'ils eurent entre eux.

Après une semblable déclaration. Arce, qui avait obtenu le désistement de Baptista en sa faveur, se consacra tout entier à sa campagne électorale, imitant et même dépassant Pacheco dans les procédés malheureux, qui bientôt se généralisèrent dans les usages démocratiques du peuple bolivien.

La lutte entre ces deux hommes riches, et qui se détestaient cordialement, se décida sur le terrain des transactions purement commerciales. Campero voyait avec indignation les méthodes fatales des deux adversaires et, pour enrayer le mal, il fut tenté de faire un coup d'État ; mais plutôt que de déroger à ses principes, il préféra laisser le chèque pachequiste s'opposer au chèque arciste, et les caractères faibles se courber devant la fortune en faisant un vide relatif dans les rangs du parti libéral.

LA GUERRE INJUSTE

Le résultat des élections surprit tout le monde, car aucun des candidats n'obtint le nombre suffisant de suffrages pour être proclamé élu. C'était donc au Congrès que revenait le soin d'élire le président de la République pour la période allant de 1884 à 1888.

Alors, les politiques professionnels s'agitèrent pour trouver une solution avantageuse pour eux.

Le leader libéral Méndez proposa que son parti s'unît au groupe démocratique, dirigé par Pacheco, et duquel il semblait se rapprocher le plus; mais l'indifférence de Camacho rendit ces efforts inutiles.

Baptista se fit l'agent d'Arce, et, pour donner plus de force à son parti, il songea aussi au parti démocratique, bien qu'il se défiât des tendances réformatrices du groupe créé par Camacho, assez modérées, cependant.

Il n'y avait qu'un obstacle à cette fusion : c'était l'inimitié ardente des deux chefs qui, une fois, avait failli se manifester par de lamentables voies de fait.

Mais Baptista ne se découragea pas. La connaissance de son milieu lui avait appris que les hommes ne tardaient pas à s'incliner devant des convenances qui se traduisaient en argent ou en situations.

Le Congrès réuni, le colonel Campero donna lecture de son dernier message, curieux document, qui peint avec une exactitude simple et presque candide le caractère chevaleresque et parfaitement honnête de son auteur, disciple fidèle du Grand Maréchal d'Ayacucho.

Baptista avait réussi à mettre d'accord les candidats Pacheco et Arce, en obtenant le désistement de celui-ci. Le coup fut rude pour le parti libéral ; mais, comme il avait inscrit sur son programme le respect de l'ordre, il dut se soumettre à la décision de la majorité.

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