‹ Histoire générale de la Bolivie;Chapitre 9 sur 24 · III. — ANARCHIE · texte numérisé non relu

III. — ANARCHIE

A la Confédération succéda un nouveau gouvernement qui s'appela la Restauration, et dont l'unique objet était de détruire tout ce qui avait été fait par le précédent. Velasco, par la volonté du peuple, fut proclamé président provisoire, titre qu'il se fit confirmer par une Assemblée constituante, réunie à cet effet le 13 juin 1839.

Ce peuple, prêt à donner ses voix à tous ceux qui avaient combattu la politique du Protecteur, désigna le général Ballivian comme vice-président ; mais l'Assemblée ne tint aucun compte de ce choix. Alors, ce soldat, blessé dans son amour-propre et dans son ambition, se mit en guerre contre son allié d'hier. Il ne lui fut pas difíicile de réunir une armée de mécontents et d'ambitieux, déçus dans leurs espérances.

L'Assemblée reçut la nouvelle de ce soulèvement avec une profonde indignation, qualifiant Ballivian de traître à la patrie et le mettant hors la loi. Puis, partant de ce principe, alors admis, que les réformes devaient se faire par des lois dictées par les Parlements et inintelligibles pour le peuple tout à fait illettré ou insufíisammeut instruit, cette Assemblée s'imposa la tâche de reviser, pour la quatrième fois en quatorze ans, la

Constitution de Bolivar, restreignant les attributions du pouvoir exécutif, abolissant la peine de mort, reconnaissant le droit de pétition et créant, enfin, les municipalités. En même temps, un jugement public, rendu contre le Maréchal Protecteur, le 2 novembre, le déclarait traître à la patrie, indigne du nom bolivien et le m.ettait hors la loi.

Velasco, pendant ce temps, s'était mis en campagne contre Ballivian ; mais il revint bientôt, car le chef rebelle, abandonné par une partie de ses troupes, s'était vu obligé de se réfugier au Pérou. Ce pays, de nouveau gouverné par Gamarra, poursuivait la ruine et la destruction de la Boli\de. Devant ce danger, le gouvernement bolivien interdit tout échange avec le Pérou, y compris le passage par le territoire ennemi, déclarant traître tout Boli\'ien qui se rendrait dans ce pays, et espion tout Péruvien qui entrerait en Bolivie. ]\Iais la République appauvrie n'était pas en état de faire la guerre, et le gouvernement préféra envoyer une mission diplomatique, qui s'empressa de signer un traité, désavantageux et humiliant pour la nation, et bientôt remplacé par un autre, guère plus avantageux, par lequel la Bolivie renonçait à se rendre solidaire des actes de son gouvernement de l'année 1836 et s'engageait à payer les frais de la guerre contre Santa Cruz.

Tout semblant ainsi arrangé, le gouvernement résolut de faire un voyage dans l'intérieur du pays pour modérer la propagande cruciste et déjouer toutes les tentatives de révolte ; mais le président fut arrêté à Cochabamba par les partisans de Santa Cruz et, le 10 juillet, s'effectua la révolution qui reçut le nom de la « Régénération m. Le général Sébastian Agreda fut proclamé président provisoire en attendant le retour au pays du proscrit de Guayaquil. Velasco fut exilé en Argentine ; mais sa chute ne favorisa nullement l'ancien régime. Gamarra, apprenant ces faits, et sous prétexte que le retour de Santa Cruz au pouvoir contenait un danger pour son pays, envahit la frontière de la Bolivie à la tête de son armée, bien que Calvo, en qualité de chargé du pouvoir exécutif, en remplacement d'Agreda qui s'était mis en campagne contre les partisans de Velasco, l'assurât formellement qu'il ne s'agissait plus de rétablir la Confédération, l'air de la Bolivie ne lui étant pas favorable.

Sans tenir compte de la sincérité des promesses de Calvo, Gamarra occupa le département de La Paz avec 6.000 hommes bien disciplinés et suffisamment équipés.

LES CHEFS LETTRES

L'anarchie faisait rage dans la République. Plusieurs villes et une partie de l'armée, craignant le retour de Santa Cruz, s'étaient déclarées en faveur de Ballivian, complice du général péruvien dans l'invasion du territoire ; Velasco, revenu de son exil à la tête de ses partisans, voulait reprendre le pouvoir ; les partisans de Santa Cruz ne renonçaient pas à s'imposer de nouveau et, en cela, aucune orientation, car, tandis que l'armée proclamait Ballivian président de la République dans un village près de La Paz, le 22 septembre 1841, le 25, Velasco était également proclamé président légitime dans la capitale.

Cette agitation n'avait pas, cependant, étouffé dans les divers partis le sentiment de la nationalité, et le général péruvien dut le constater avec stupeur quand, prenant conscience du but de sa seconde intervention dans leur pays, les Boliviens, réconciliés, allèrent tous, Velasco le premier, grossir les troupes de Ballivian. Ils avaient compris qu'ils ne pouvaient se soustraire à la conquête qu'en prenant pour chef un soldat jeune, ambitieux et énergique, qui s'était déjà signalé pendant la guerre de la Confédération.

Cette unanimité obligea Ballivian à prendre le pouvoir et, afin d'avoir les mains libres, il déclara sans force et sans valeur les constitutions de 1834 et de 1839.

Gamarra abandonna La Paz au commencement de novembre et, menacé d'être coupé dans sa retraite par l'armée improvisée de Ballivian, il alla occuper Viahca, village de la steppe, à six lieues de distance.

Les Boli\4ens l'attendaient près de Sicasica. Les deux armées se rencontrèrent dans la plaine d'Ingavi, le 18 novembre, et Gamarra, mis en déroute, paya de sa vie ses projets contre l'existence d'un peuple énergique et guerrier.

Après avoir refait son armée à La Paz, Ballivian se dirigea sur Puno afin de porter la guerre sur le territoire de l'adversaire traditionnel ; mais il dut revenir vite parce que les partisans de Santa Cruz se remuaient pour provoquer un mouvement de réaction en faveur de leur chef. Avant de s'éloigner du Pérou, il signa avec cette nation le traité de paix du 7 juin» honteux, jusqu'à un certain point, pour les armées victorieuses qui n'obtinrent même pas une indemnité de guerre

Page 1