‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 10 sur 164 · SOUS LES DUCS · texte numérisé non relu

SOUS LES DUCS

Ce fut à cette époque que, protégé par Pépin, le northumbrien Willobrod entreprit la conversion des Frisons. La réputation du zélé prélat se répandit au loin et lui attira de nombreux coopérateurs. Parmi eux se distingua saint Wulfram, évêque de Sens, qui pénétra dans la Frise indépendante et y fit de nombreuses conversions.

§ m. Des Ducs aux Comtes héréditaires de Troyes (708-877) ou LA Champagne sous les premiers Carlovingiens.

Il y avait neuf ans que Dreux n'était plus, quand, ouvrant sa seconde campagne contre Ghilpéric II et se dirigeant sur la Neustric à travers la Champagne, Charles Martel se présenta devant Reims et demanda à l'évèque saint Rigobert que les portes, dont ce prélat avait les clefs ', lui en fussent ouvertes, afin de lui permettre d'aller prier à Notre-Dame : « Prouvez votre droit par la victoire », lui cria Rigobert du haut des remparts, « et je vous les ferai volontiers ouvrir. » Quelques jours après (il mars), Charles écrasait ses ennemis à Vinci, au confluent de l'Aisne et de la Vesle . Saint Rigobert s'empressa d'aller à la rencontre du vainqueur, espérant fléchir sa colère ; mais l'irascible prince le déposséda de son siège et y fit monter un ambitieux du nom de Milon(717). Plus tard, cédant aux prières de son fils Pepin-le-Bref, Charles consentit à ce que Rigobert, qui s'était retiré en Aquitaine, rentrât dans son diocèse et vint s'établir à Cormicy ; mais il no lui rendit point son siège, que Milon continua d'occuper jusqu'en 7o2. A cette époque l'indigne usurpateur chassait dans les Ardennes, quand un sanglier le tua d'un coup de boutoir.

' « Ibitani hujus ijortœ (il s'agit de la porte Basilicaire ou Basée, que Rigobci-t avait choisie pour sa demeure) quam singularum claves totius iirbis portarum apud se reconditas pro tempore servabat » ( Vita S. Rigoler ti, cap 3). L'archevêque de Reims était donc investi du gouvernement militaire de la ville. La bourgeoisie rémoise le disputera à ses successeurs dès le XHi* siècle jusqu'à ce qu'elle s'en empare en 1358. (V. ci-dessous Guerre de Cent ans, c. IV).

2 Trois ans plus tard, Ghilpéric, livré à Charles, mourait au mois de décembre 720, à Attigny.

Rigobert était mort depuis douze ans (740), et le concile de 744 tenu à Soissons, en établissant dans toutes les villes des diocèses de Reiras et de Sens des évoques légitimes, avait établi au-dessus d'eux, en qualité de métropolitains, Abel pour l'église de Reims, et Ardebert ou Honobert pour celle de Sens, qui reçurent en conséquence du pape Zacharie \e palliiim K Mais la violence de Milon devait empêcher le premier de prendre possession de sa dignité ; quant au second, la retraite volontaire d'Ebbon, après que les habitants de Sens, enflammés par sa parole, eurent dispersé les Sarrasins qui tenaient leur ville assiégée (742), dut lui rendre facile son installation.

Deux ans après la mort de Milon, le 6 janvier 754, Pepin-le-Bref, devenu roi, recevait au palais de Ponthion le pape Etienne II, dont le roi des Lombards, Astaulphe, menaçait l'indépendance, et qui venait demander secours contre ce prince. En apprenant qu'Etienne avait passé les Alpes, Pépin lui avait envoyé Charles, son fils aîné, alors âgé de douze ans, pour l'accompagner ; quand ils furent arrivés à une lieue de Ponthion, le roi alla au-devant du pape avec sa femme, ses enfants et les seigneurs de sa cour, et tous se prosternèrent en sa présence. Pépin marcha même quelque temps à côté de son cheval, lui servant d'écuyer, et le cortège ne cessa de chanter jusqu'à Ponthion des hymnes d'actions de grâces au Seigneur. Le lendemain, ce fut le pape qui se jeta avec tout son clergé aux pieds de Pépin, implorant avec instance sa protection en faveur de saint Pierre et de l'Etat romain contre l'usurpateur lombard, et le roi promit à Etienne II de faire restituer Y Exarchat de Ravenne, ainsi que tous les droits et tous les territoires de l'Etat-. Ainsi fut cimentée à Ponthion Talliance d'où devait sortir la puissance temporelle des papes ^.

Elle attestait chez Pépin une intelligence profonde de l'influence morale de l'Eglise. Aussi bien l'ascendant que prirent insensiblement les évêques de France au milieu de la dynastie carlovingienne s'explique-t-il par leur caractère de feudataires autant que par leurs lumières et leurs vertus. Il était impossible que, dans une monarchie

' Flod., 1. il, 16. — 3^Can. : «... Constituimus super eos (episcopos legitimos) arcldepiscopos Abel et Ardobertam ». (Labbe, ConciL). 2 Lib. Pontifie. n° 243.

■'' Voir notre Géographie du département de la Marne, p. 3.

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