‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 9 sur 164 · S75-708. SOUS LES DUCS · texte numérisé non relu

S75-708. SOUS LES DUCS

disciples du grand saint la contemplation ne paralysait point l'activité physique : le travail s'alliait à la prière, et l'alliance de ces deux forces eut pour effet de transformer la Champagne.

Berchaire était un enfant de Luxeuil ; de Luxeuil était sorti saint Frobert ', de Troyes, qui donna le jour à Moutier-la-Celle dans un lieu stérile et marécageux. Aux bénédictions que saint Colomban se plut à répandre sur la famille d'un puissant seigneur des environs de Meaux et particulièrement sur sa jeune fille Burgundofara, se rattache la naissance de Faremoutier (617) ; à celle qu'il donna aux trois fils du seigneur frank Autharis, l'origine des abbayes de Jouarre (vers 630), de Reicil et de Rebais. Saint Fiacre, que nos jardiniers honorent comme leur patron, était un irlandais de haute naissance, qui, s'étant voué à la vie religieuse, vint jusqu'à la ville de Meaux, où l'attirait la réputation de vertu de saint Faron, qui en était évêque. Il obtint de ce prélat la faveur de défricher une portion de la vaste forêt qui s'étendait entre Meaux et Jouarre, et il y cultivait des légumes qu'il distribuait aux voyageurs et aux pauvres de la contrée.

Ainsi la société monastique, en même temps qu'elle se vouait à la satisfaction des besoins spirituels des peuples, se faisait la nourricière de l'indigence et formait l'habitant des campagnes à des habitudes laborieuses d'autant plus fécondes qu'elles étaient mieux dirigées.

C'est au milieu de cette floraison d'abbayes et de saints qu'apparaît le .3*^ duc de Champagne connu (674-678). Il se nommait Weimer ou WiMAR. Ebroïn, ancien maire du palais de Neustrie, et Léger, évêque d'Autun, venaient de sortir de l'abbaye de Luxeuil, où les avaient fait exiler la violence de l'un et la fermeté de l'autre. Ils s'étaient juré dans le malheur une amitié inaltérable; mais bientôt ils cessèrent de s'entendre, et Ebroïn, après avoir opposé à Théodoric III un fantôme de roi sous le nom de Clovis III, ne chercha plus qu'à se défaire du seul rival qui pût encore lui disputer le pouvoir. Weimer se chargea, avec Didon, évêque de Chalon-sur-Saône, de lui en épargner l'embarras. Ils vinrent tous deux avec une armée assiéger Léger dans Autun, et quand le saint prélat, pour sauver son peuple des maux de la guerre, sortit des

1 Mort en 673.

portes de la ville, précédé des croix et des reliques, et se livra à ses ennemis, ceux-ci lui arrachèrent tout d'abord les yeux.

Puis Weimer reçut l'ordre de conduire saint Léger dans une forêt et de l'y laisser mourir de faim ; mais comme le saint ne mourait pas, le duc, ayant vu là le doigt de Dieu, le fit cacher dans un couvent. Léger y demeura deux années, après lesquelles l'implacable vengeance d'Ebroïn, l'ayant tiré de sa solitude, lui fit subir de nouveaux supplices qui se terminèrent par la mort.

Pour prix de son concours, Weimer, sur qui le spectacle des vertus du martyr parait avoir fait une salutaire impression, reçut l'évêché de Troyes ; mais il ne demeura pas longtemps revêtu de la dignité épiscopale ; car Ebroïn, désireux de se réconcilier avec l'Eglise, ayant, en 677, fait convoquer à Marly-le-Roi une assemblée générale des évêques de Bourgogne et de Neustrie, Weimer y fut honteusement tondu et solennellement déposé. Banni de l'assemblée et repris ensuite par les ordres d'Ebroïn, il fut peu après battu de verges, étranglé et pendu à un poteau (678).

Le terrible maire avait sans doute trouvé moins de résistance dans révoque de Reims que dans celui d'Autun, car saint Réol dut à sa faveur d'obtenir de la munificence du roi Théodoric la terre à'Orbais '. Il ne tarda pas à y fonder (684) une abbaye qui devait devenir célèbre, et qui demeura, bien que située dans le diocèse de Soissons, sous la juridiction des archevêques de Reims. Les premiers religieux, au nombre de six, furent tirés du monastère de Rebais.

Le dernier duc de Champagne connu est Dreux ou Drogon, fils de Pépin d'Héristal et de Plectrude, dont l'histoire ne nous apprend rien qui mérite d'être mentionné. Il était naturel qu'après lui la Champagne cessât d'avoir des ducs, du moment que sous ce titre les princes de la famille de Pépin furent appelés à gouverner l'Austrasie, car la Champagne n'était qu'une province de ce royaume. Cette province fut donc dès lors vraisemblablement divisée en plusieurs districts, et chacun de ceux-ci eut pour l'administrer un comte particulier.

< 11 avait particulièrement aidé Ebroïn à s'emparer de la ville de Laon sur le duc Martin, qui s'y était enfermé (V. nos Origines de la Société moderne, T. II, p. 1274).

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