SOUS LES PREMIERS CARLOVINGIENS. SI
élective et tempérée par les assemblées nationales, ils demeurassent étrangers aux affaires qui intéressaient le royaume, comme il était difficile que raulorité de leur expérience et de leur parole ne leur donnât pas dans les conseils de la nation un rôle prépondérant. C'est pourquoi nous voyons en Champagne Tépiscopat, qui était en rapports étroits avec la royauté, occuper une si grande place dans le gouvernement des intérêts publics.
En 763, Pépin convoque au bourg d'Attigny un plaid national où se trouvèrent 27 évèques, entre autres Lupus II, archevêque de Sens, Wulframm, évêque de Meaux, et 17 abbés parmi lesquels Widrade, abbé de Sainte-Colombe-lez-Sens. On y prit la résolution de châtier le duc d'Aquitaine, Waïfre, spoliateur des églises *.
Parmi les douze prélats qui furent désignés pour assister au concile de Latran (12 avril 769), où devait être jugé l'intrus Constantin, on remarquait, outre les évêques de Meaux et de Langres, Wulframm et Hérulphe, les deux métropolitains Villicaire, de Sens, appelé à l'honneur de siéger après le pape, comme ayant seul à cette époque reçu le pallium, et Tilpin de Reims, qu'une lourde et romanesque compilation devait immortaliser en défigurant son nom et en se présentant faussement au commencement du xir siècle, comme issue de l'archevêque Turpin ^. On sait que l'intrus fut condamné à la pénitence publique, et qu'il fut interdit à tout laïque de prendre part à l'élection pontificale.
Deux ans après cet événement en survint un autre fort important pour les destinées du royaume : quelques jours avant sa mort (768), Pépin avait partagé ses Etats entre ses deux fils, et dans le lot de Garloman se trouvait comprise la Champagne. Garloman n'ayant pas tardé à mourir (771), ses leudes reconnurent à Corbény son frère Charles pour leur roi. Charles réunit ainsi sous son sceptre la monarchie franke, et il vint à Attigny célébrer en reconnaissance la fête de Noël.
• Dans ses diverses expéditions en Aquitaine, le roi frank assigna à sou armée la ville de Troyes pour rendez-vous.
- Tilpin était un grand amateur de livres ; il fit don à sa cathédrale de ceux de l'Ecriture, et les ouvrages qu'il fit copier pour son usage particulier se voyaient encore deux cents ans après {Hist. litt. de la France, par les Bénédictins, t. IV, p. 205).
Ce fut également à Attigny, que le jour de Pâques de raniiée 785, Charlcmagne reçut Tindomptable chef des Saxons. Sous les haillons d'un mendiant, dit-on, Witikind avait vu se peindre tour à tour sur le visage du monarque la tristesse au jour de la mort de Notre-Seigneur, et la joie en celui de sa résurrection ; il avait surtout été frappé du recueillement attendri de la cour, quand elle s'approcha de la table dressée au milieu du temple : il lui semblait que le prêtre plaçait sur les lèvres comme un enfant environné de gloire. Reconnu par un seigneur, et présenté à Charlemagne, il fut, après avoir été sur sa demande instruit des divins mystères par un prêtre de la Champagne, admis à recevoir des mains de l'archevêque de Reims le sacrement de la régénération spirituelle. L'ancien chef des Saxons s'en fit dès lors l'apôtre, en favorisant les missionnaires que Charlemagne envoya porter l'évangile en Saxe. Au nombre de ces missionnaires était saint Hildegrin, qui devait honorer par ses vertus le siège de Chàlons jusqu'à ce que l'empereur le rendît à la Saxe, en l'appelant au siège d'Halberstadt qu'il venait de fonder.
En 805, c'est Reims qui a l'honneur de recevoir le pape Léon IIL Après avoir consacré Charlemagne empereur d'Occident, ce pontife avait désiré venir passer les fêtes de Noël avec le vaillant défenseur du patrimoine de saint Pierre. Charlemagne chassait dans la forêt des Ardennes, quand il reçut avis de l'arrivée de Léon. Il accourut aussitôt, embrassa avec une effusion toute filiale le vicaire de Jésus-Christ, et passa quelque temps avec lui dans la cité rémoise, qui ne manqua pas de célébrer par toute sorte de réjouissances le séjour des deux souverains. Ceux-ci allèrent ensuite visiter les palais royaux d'Attigny, de Quierzy-sur-Oise et d'Aix-la-Chapelle, où ils furent accueillis avec les plus grands honneurs.
Il y avait troisans(802) que l'empereur avait régularisé l'institution des Missi dominici, sorte d'inspecteurs régionaux chargés de parcourir les provinces et d'en surveiller l'administration, de recevoir les plaintes des sujets et de réviser les jugements des tribunaux inférieurs dans des plaids spéciaux, auxquels ils conviaient toutes les autorités spirituelles ou temporelles. Associés généralement deux à deux, un prélat et un seigneur laïque ' , ils exerçaient leur
^ Amsi qu'il est marqué dans le 20* canon du concile de Meaux (843).