ASSASSINAT DU DUC D'ORLÉANS
guerre, les injustices et les violences des magistrats, le nombre effrayant des impôts, leur répartition arbitraire et leur perception vexatoire '.
Mais le cri d'alarme de Gerson ne devait pas remédier au mal, et tous les beaux desseins de la cour ne durèrent pas plus que la réconciliation.
Comme le duc d'Orléans commençait à regagner le conseil et le pouvoir, et qu'en même temps les tailles recommençaient à se faire et les aides à courir, sans f/it.'il en. fi'it rien emploijé au fait de la chose publique, il ne manqua pas de gens pour répandre le bruit que c'était par le duc et la reine que venaient tous ces maux, « et « assez hautement par les rues les maudissait-on, et en disait-on « plusieurs paroles. » Ils crurent ramener les esprits en ordonnant, au nom du roi, la suspension du droit de iwise, de tous les abus le plus odieux à l'habitant des campagnes (1407). Celui-ci ne pouvait amasser de provisions dans ses granges et dans ses celliers, que de vils ministres de l'inique rapacité des grands ne vinssent les mesurer et en détourner une notable partie au profit de leurs maîtres. On ne pouvait sans crime leur résister; on ne savait que les maudire. Un pain ainsi assaisonné de la malédiction des pauvres était dur à la dent de l'infortuné roi : on résolut donc de supprimer le droit de prise. Mais le peuple en avait trop souffert pour savoir grand gré au duc de l'ordonnance qu'il avait inspirée, après s'être lui-même le plus signalé par ses extorsions. Les temps pouvaient paraître mûrs au duc de Bourgogne pour l'accomplissement du dessein qu'il nourrissait dans son âme. Louis, tombé malade sur ces entrefaites, se tenait dans son château de Beauté, qu'enceint la Marne, quand un dimanche, le 20 novembre, il reçut la visite de Jean: le duc de Berry l'amenait avec l'espoir d'une réconciliation. Le vieil oncle les conduisit tous deux entendre la messe et les fit communier de la même hostie, puis leur donna un repas de récon-
hennins cornus, vraies hv/res de loups que les femmes se dressent sur la tête. 11 pèse et la laine et lecrin employés à la confection de ce haribourras : étrange accoutrement qu'on détrousse, (\\.\'on jette en un tas chaque soir ; et qu'on arbore chaque matin comme une enseigne, à grand renfort de filets, de tresses, d'épingles et de nœuds » (Sarradin, Eastache des Champs, sa vie et ses œuvres, p. 156, 159 et lOo). ' Juvénal des Ursins, p. 437.
ciliation et voulut qu'ils s'embrassassent. Louis d'Orléans y mit la meilleure grâce et, on peut le croire, le meilleur de son cœur, car il l'avait franc, bienveillant et généreux. Mais, trois jours après, comme il venait de voir, en son hôtel de la rue Barbette, la reine, récemment accouchée (10 novembre) et toute dolente de la mort de son enfant, il tomba sous les coups d'infâmes assassins apostés sur son passage et embusqués dans une maison de la Yieille-Rue-du- Temple (2'.i novembre).
§ II. — DE LA MORT DU DUC d'OrlÉANS A CELLE DU DUC DE BOURGOGNE.
Indignation générale. — Le comte d'Armagnac se lève pour venger la victime. — Jean sans Peur, qui a pour lui la personne du roi, fait déc'arer traîtres les Armagnacs ; mais les excès de son parti soulèvent contre lui la bourgeoisie parisienne. — 11 s'enfuit laissant le roi aux mains de ses adversaires. Le joug de ceux-ci ne larde pas à paraître dur, et plus d'une ville, notamment en C! ampagne, se déclare Bourguignonne. — En même temps Jean gagne la reine à sa cause, et se retire avec elle à Troyes ; peu après ses partisans reprennent Paris, et il y rentre, tandis que le Dauphin s'établissait à Bourges, Cependant le roi d'Angleterre, descendu en France en Ulb, y multipliait ses conquêtes. — Los deux partis ennemis sentent la nécessité de s'unir contre lui. — Entrevue de Montereau et assassinat de Jean sans Peur.
Accusé du meurtre, le duc de Bourgogne, après avoir protesté et déploré la mort de Louis, finit par avouer qu'il en était l'auteur, et sous le poids de la réprobation de la cour, il se retira en Flandre. Appelé ensuite à présenter au roi sa défense, il vint à Paris en grand appareil militaire, et osa, par la bouche d'un théologien normand, maître Jean Petit, justifier son crime en chargeant odieusement la mémoire de sa victime (8 mars 1408). Trois joiu's après cette étrange apologie, à laquelle les parisiens applaudirent, la reine quittait tout à coup Paris avec son fils le dauphin, duc de Guyenne, et se retirait à Melun, où elle se fortil'iait. Bientôt Yah^ntine de Milan allait suivre son mari dans la tombe, après lui avoir donné ce gage suprême d'amour de prendre comme sien son bâtard et de l'élever avec ses enfants. Dunois avait alors six ans, mais il montrait tant d'esprit et d'ardeur qu'en le voyant, l'infortunée duchesse ne pouvait s'empêcher de lui dire : a Ah ! tu m'as été dérobé ! « c'est toi qui vengeras ton père ».
1410-lsii. LES ARMAGNACS ET LES BOURGUIGNONS. 391
Ce fut la conscience publique qui le vengea : elle souleva conirc le meurtrier une partie de la France, armant le midi contre le nord, la noblesse contre la bourgeoisie, et transformant en guerre civile la lutte d'influences personnelles qui jusque-là avait troublé le pays. A la tête du parti des princes d'Orléans, auquel se sont associés, par le traité de Gien (1410), les duc deBerry, de Bourbon et de Bretagne, se trouve le comte d'Armagnac, Bernard YII, homme actif et intrépide autant qu'impitoyable, dont l'alliance devait être cimentée par le mariage de sa fille avec Charles d'Orléans, il mène à sa suite les restes de ces bandes d'aventuriers dont le nord de la France n'avait que trop éprouvé, à l'issue des campagnes du prince de Galles, les affreuses pilleries et roberjes ; ils sont grossis de Bretons, de Normands et même d'archers anglais que commande le comte de Richemont, frère du duc de Bretagne. Une bande ou écharpe blanche leur sert de signe de ralliement : aussi le peuple les confondra-t-il dans son exécration sous le nom de Bandés et d'Armagnacs. Là était du reste la force militaire.
Du côté du duc de Bourgogne sont rangées avec les Français» des « troupes levées chez des peuples hostiles à la France, des Bra- « bançons, des Lorrains, des Allemands et des Flamands ' ». Mais ce n'est point encore assez pour Jean, il ira demander du renfort à l'Angleterre, offrant de donner une de ses filles en mariage au fils aine d'Henri lY (juillet 1411), et il aura à se défendre de l'accusation d'avoir voulu partager la France avec ses plus mortels ennemis -. Toute cette armée porte Y enseigne du duc, « qui était le sau- « toir, qu'ils appelaient la Croix-Saint- André, et une fleur de lys « au milieu. Et y avait en escrit : Vive le Roy ^ ».
Le duc a, en effet, pour lui le roi ; depuis le vendredi 23 octobre que 3,000 bourgeois de Paris l'ont introduit dans la ville, il tient du moins la personne du roi, et sa personne, que le malheur envi-
« Moine de Saint-Denis, t. IV, p. 327.
2 Id., ibid., p. 476.
3 Jiivénal des Ursins, aun. 1411, p. 467. Désirant empêcher les Armagnacs d'entrer à Paris, le duc était venu se poster à Pontoise. A celte occasion, le roi adresse aux Châlonnais, le 2 août, mandement de lui envoyer huit ar])alétriers el quatre coulevrines « pour le siège de Pontoise, « six jours après la réception des présentes » (Bibl. nat., f . 2o,94o, pièce 204).
ronne d'une sorte d'auréole et rend chère au peuple, c'est le droit, c'est la loi, que les partis tour à tour triomphants feront parler selon leurs convenances. Pour le moment Jean a de son côté la fortune. A son instigation, le roi déclare les Armagnacs traîtres et rebelles, et écrit « à sa fille l'Université de Paris », pour l'inviter à éclairer le peuple sur leurs horribles attentats K Le pape Urbain V fait savoir aux archevêques de Reims et de Sens, ainsi qu'aux évêques de Paris et de Chartres, qu'il excommunie les ennemis du roi et frappe d'interdit les terres et seigneuries qu'ils possèdent (1411). « Vers le 0 même temps, le dauphin, monseigneur le duc de Guyenne «, reçoit des lettres des baillis de Yitry, de Chaumont, de Troyes et de Meaux, qui lui annoncent qu'ils ont saccagé le comté de Vertus en Champagne, et qu'ils sont enfin parvenus à se rendre maîtres du château fort de Moinmer^, appartenant au frère du duc d'Orléans, et réputé imprenable. « Messire Glignet de Brabant, ajoutent-ils, « après avoir soutenu un long siège, voyant que le château ne « pouvait nous échapper, a séduit à prix d'or un des écuyers chargé « de faire le guet pendant la nuit, qui a laissé sortir de la place « (avec Jean de Braban, frère du gouverneur) sept de ses familiers; « mais nous avons découvert la trahison et fait décapiter le perfide^ ». Ils n'eurent toutefois Moinmer que moyennant la somme de 6,000 écus qu'ils payèrent à Messire Clignet.
Le roi lui-même, « en meilleur point qu'il n'avait été depuis « longtemps' », prend l'oriflamme, et à la tête d'une armée que devait bientôt grossir un corps d'Anglais, vient assiéger la ville de Bourges, où s'étaient enfermés les ducs de Berry et de Bourbon. Mais la dyssenterie décime les troupes, et le dauphin est heureux d'amener le duc de Bourgogne à conclure la 2)aui' d'AiiÂ-erre (22 août 1412), que sont appelés à ratifier de leur présence les députés
1 Juvèiial des Ursins, ann. 1411, p. 470. Par deux maiulemcnts adressés de Paris les 18 février et 2 mai 1411, il enjoint au bailli de Vermandois d'interdire toutes assemblées de gens de guerre (jui voudraient se joindre au duc d'Orléans contre le duc de Bourgogne [Arch. municipales de Châlons, ÀA, 2).
- Lefèvre de Saint-Reniy dit Moismer, Monsfrelel Moijniers. Il s'agit du cliâteau de Montaimé, près de Vertus.
3 Le Moine de Saint-Denis, ibid., p. oOo.
* Ju vénal, p. 474.
1413-14!/.. REVERS DE JEAN SAiNS PEUR. 393
delà noblesse, de runivcrsité et des bonnes villes de France. Au nombre des députés de ces dernières se trouvaient particidièrement « ceux de Rouen, de Gaen, d'Amiens, de Tournay, de Laon, de « Reims, de Troyes et de Langres^ ». Il y eut à cette occasion de grandes fêtes, qui, commencées à Auxerre, se continuèrent à Mclun, où se tenait toujours la reine, et à Paris, où elle n'allait pas larder à rentrer au milieu des acclamations les plus bruyantes (fin septembre).
Mais bientôt la fortune change. Le dauphin, effrayé de l'ambition du duc de Bourgogne et de la domination brutale de ses amis les Cabochiens, qui \e tiennent pour ainsi dire captif dans son hôtel, appelle à sa délivrance les Orléanais, et la bourgeoisie parisienne, se levant contre les factieux, les met en fuite et ouvre aux princes les portes de la capitale. Le due perd la tète, profite d'une chasse où il accompagnait le roi pour s'enfuir en Flandre (22 août 14L'i), et abandonne aux Armagnacs, avec la personne de Charles YI, la puissance et le droit dont il était investi.
Moins de quatre mois auparavant, le 9 mai, le roi avait adressé aux Chàlonnais, comme aux Rémois sans doute, une commission pour les inviter à maintenir la cité sous son obéissance et à n'y laisser séjourner « aucuns plus forts qu'eux, soit prince de sang ou « autres, s'ils n'ont lettres de nous - ».
Celte fois, il fait publier (13 février 1414) des lettres par lesquelles il déclare qu'il tient le duc et ses partisans « pour rebelles et désce obéissants, infracteurs et violateurs de la paix, conséquemment « ennemis et adversaires de sa personne, de l'Etat et du royaume », et qu'il a résolu d'assembler ses vassaux pour résister à leurs criminels desseins ^.
En même temps, le bailli de Vermandois recevait l'ordre de convoquer le ban et l'arrière-ban pour combattre les Bourguignons (18 février). On n'avait pas négligé le subside de guerre ;)ci?/>- aider
^ Monsirelet.
2 « Excepte toutes voies nosire très cher et amé cousin le comte de Saint-Pol, connétable de Fiance, et autres nos officiers par nous commis et ordenez au faict de la guerre » (Arch. mu-air. de Chdlons, AA. 2).
3 Le 21 mars, il remercie les Chàlonnais de lui avoir renvoyé les lettres à eux adressées par le duc Jean de Rourgogiie, et fait défendre de lui fournir aucun secours (Ibid., AA, 4).
394 LA PROVINCE DE CHAMPAGNE Uis.
à repousser les attaques du duc. Troyes, qui avait été taxée au prix de 12,000 livres t., refusa de les acquitter : elle était trop pauvre et grevée de trop de charges. On ne pouvait assurément la soupçonner de sympathies bourguignonnes, car elle devait, le 15 septembre 1415, appeler avec ferveur les bénédictions du ciel sur les armes du roi ' . Quoi qu'il en soit, finalement elle dut payer. Les hostilités ne tardèrent pas à commencer, et la soumission de Compiègnc, la prise et le sac de Soissons (21 mai 1414), le siège d'Arras eurent bientôt amené Jean à faire des ouvertures de paix. Elle fut signée au Quesnoy-le-Comte, le 16 octobre (traité d'Arras), par le duc, qui jura de rompre son alliance avec les Anglais et de ne pas venir à Paris sans Tordre du roi.
On ne l'admit pas même à la défense du royaume, quand le nouveau roi d'Angleterre, Henri V, désireux d'occuper ses sujets au dehors, pour échapper aux troubles qui avaient agité le règne de son père, et profitant de l'expiration des trêves, vint par Harfleur envahir la terre de France. Jean échappa du moins à la honte du désastre d'^*mcoi<r^ (25 octobre 1415), où la noblesse expia une fois de plus l'indépendance et la mollesse que Gerson lui avait reprochées en 1405, quand il représentait « les jeunes nobles menant « une vie oiseuse et délicieuse, par mépris refusant d'apprendre à « lire, à connaître les histoires et chroniques de batailles, et se « faisant éveiller non par la trompette, mais par le doux son d'une « chanson » ; quand il peignait les chevaliers « tous domptés par « le délit voluptueux, . . . passant deux ou trois heures à table, et « prenant des vins à trébucher, ne songeant qu'à la parure et por- « tant des robes traînantes de deux pieds par terre, des manches « longues et des poulaines d'un demi-pied. Ils traînent après eux, « ajoutait-il, trois ou quatre chars de robes, joyaux, tapis, chausses (( semelées, double ciel à tendre, fourneau d'airain ou de fer pour « petits pâtés et choses semblables. Enfin, chacun ensuit son propre « plaisir ou volonté ; plus de discipline ou d'obédience. «Ils savent piller, mais ne savent plus se battre. Plus de huit mille chevaliers demeurèrent sur le champ de bataille, au nombre desquels gisaient le duc de Brabant et le comte de Nevers, tous deux frères de Jean, leduc d'Alençon, le connétable d'Albret, rarchevéquc de Sens,
1 Arch. de l'Aube, c. 1561, f HQ 2°.
Ul6iii7. LK COMTE D'ARMAGNAC A PARIS. 395
Mortagne, qui « fut peu plaint », dit Juvénal, « parce que ce n'était « pas son office », les baillis royaux de Vermandois, de Sens et de Mcaux, qui étaient venus accompagnés de quelques milices communales. Parmi les prisonniers, avec le duc de Bourbon et plusieurs autres princes du sang, se trouva le duc d'Orléans, qui, retenu pendant vingt-cinq années en Angleterre, devait y chanter ses chants les plus doux et les plus délectables.
Le comte d'Armagnac n'avait pas plus été que le duc de Bourgogne à la journée d'Azincourt. Les chefs des deux partis semblaient s'être réservés pour se disputer la possession de Paris. Jean, depuis le mois de juillet, tenait prête à Chàtillon-sur-Seine une armée de Bourguignons, de Lorrains et de Savoyards, qui avaient, autant qu'ils avaient pu, pillé et ruiné « la Champagne et la Brie, deux « des plus riches provinces du royaume M). Il prend avec lui dix mille chevaux, arrive, le 21 novembre 1415, à Troyes, traverse Provins et gagne Goulommiers. Là il reçoit défense de passer outre ; il n'en tient compte et, après avoir vainement tenté de se faire ouvrir les portes de Meaux, galope droit sur la capitale. Armagnac l'avait prévenu : depuis le 29 décembre, il occupait Paris avec 0,000 gascons, et tenait l'épée de connétable. Après une vaine attente de deux mois à Lagny, Jean dut se retirer (28 février 1416), emportant un ridicule sobriquet - et laissant aux mains de son rival une ombre de roi et les restes du dauphin, son gendre, que les plus tristes excès venaient de conduire au tombeau (18 décembre 1415), dans sa vingtième année. Un second dauphin, Jean, duc de Touraine, quatrième fils du roi, devait peu survivre au premier (5 avril 1417). Ce fut le cinquième fils de Charles YI, Charles, comte de Ponthieu ^, fiancé, depuis le 18 décembre 1413, à sa cousine la fille du roi de Sicile, qui hérita du titre ; quant à l'autorité, comme il n'avait que douze ans, elle reposait sur le connétable, d'autant plus incontestée que le duc de Berry était mort le 15 juin 1416 et qu'il n'y avait plus de prince du sang *. « Cet Arminac, dit le Bourgeois de Paris, était un diable « en fourrure d'homme ». Il avait une main de fer et frappait fort.
* Le Moine do Saint-Denis, I. V, p. o83.
' Celui de Jean le Long on Jean de Lagny.
3 Dnc de Tonraine depnis la mort du duc de Berry, dont le duché lui fut donné en apanage le lo juillet.
* Louis d'Anjou, roi de Sicile, mourut le 29 avril 1417.
396 LA PROVLXC!^ DE CHAMPAGNE Ui7.
11 n'éfouffa pas seulement dans le sang les conspirations ourdies contre son pouvoir ; il osa désigner à la vindicte royale les scandales et les désordres de la cour de la reine, et fit reléguer la reine elle-même «àBlois, puisa Tours, pour y demeurer à assez simple « état », sous la garde de plusieurs conseillers du roi, « sans le « consentement desquels elle n'osait aucune chose besogner, pas « même écrire une lettre à qui que ce fût ;. . . et avec ce, très grands « finances qu'elle avait en divers lieux à Paris furent ôtées et prises « par son fils le dauphin et ceux qui le gouvernaient ». Elle en conçut contre son fils une haine implacable.
Jean, qui savait avec quelle impatience les Parisiens supportaient le joug du comte, vint tàter Paris ; mais le comte veillait. Il avait enlevé aux bourgeois les chaînes des rues, il les avait désarmés : Paris ne bougea pas (septembre 1417). D'autres villes, en se tournant Bourguignonnes, l'avaient dédommagé de l'insuccès de son expédition . « Il faisait crier partout de par le roi et le dauphin et de par « lui, que l'on ne payât nuls subsides ». On n'eut point de peine à lui obéir, et comme il chevauchait vers Paris (août), il recevait la nouvelle que Troyes, Chàlons, Reims, Auxerre, ainsi que les villes closes de la 2yi'ovwce de Reims \ avaient favorablement accueilli ses émissaires.
Troyes, après quelques pourparlers, les avait reçus, le 31 juillet, aux cris de : Noël! Vive le Roi et monseigneur de Bourgogne ! Chàlons les avait acclamés, le 17 août, dans une assemblée solennelle qui se tint sur la place du Marché-au-Blé, et où les mains levées vers l'église, les habitants jurèrent « qu'ils seraient bons et loyaux au (( roi, à Mgr le dauphin et à Mgr le duc de Bourgogne ; que nul, si « puissant d'armes qu'il fust, ne bouterait en la dite ville, et icelle « ville ne se rendrait à aulcun, et n'obéirait sinon au roi, à Mgr le « dauphin et de l'exprès consentement de mondit seigneur de « Bourgogne ».
Bientôt après (8 octobre) le duc, reconnaissant que le gouverneur et gardien de Chaalons et du plat pays ne pouvait pas toujours se trouver à son poste, instituait un conseil de huit membres - chargés de poursuivre et punir les perturbateurs de la paix publique.
' Moine de Saint-Denis, t. V. p. 70.
- Ce sont les sieurs Jacques BiauUirt, Gilles de Pacy, Gilles Deschanips,