JEAN RECOUVRE LA FAVEUR POPULAIRE
Puis la reine Isabeau, par lettres datées d'Auxerre, 17 décembre, donnait à Ghàlons pour gouverneur, en remplacement d'Eustache de Conllans, Jean de Neut'chàtel, seigneur de Montaigu, dont le frère, à la laveur de l'absence de l'évêque, qui était au concile de Constance, s'installait sans façon dans la forteresse de Sarry. Les mêmes lettres conféraient à Jean de Neufchàtel le commandement de la ville de Reims.
Entouré de partisans du duc, Chaumont fut à son tonr entraîné dans le mouvement et dut accepter une garnison bourguignonne. Pour la ville de Langres, que la duchesse de Bourgogne venait de réconcilier avec la maison de Bussières (24 juillet 1417), et que le duc devait, le 3 avril 1419, s'engager à garantir de tout son pouvoir contre ses ennemis, elle ne pouvait manquer d'être attachée à de si puissants protecteurs'. D'un autre côté, Nogent-le-Roy avait dû se rendre, le 18 juillet, aux Bourguignons qui l'assiégeaient, et Saint- Florentin, qui était du domaine des rois de Navarre et du duchépairie de Nemours, n'avait pas tardé à tomber entre leurs mains. Puis, sous la conduite d'un certain Cablot ou Chariot de Ducilly, les Lorrains du parti de Jean s'étaient emparés, pendant le siège de Paris, « de la ville de Provins et de son château-fort, réputé jusqu'alors à peu « près imprenable '», tandis que le sire de Toulongeon, nommé par le duc gouverneur du comté de Champagne et de Brie pour le roi (7 septembre)^, travaillait à lui gagner le plus de villes qu'il pouvait.
Mais tous ces avantages étaient peu pour Jean, s'il ne parvenait à associer à son ambition les ressentiments de la reine. Car le nom
Jean Poisson, Jean Petit, Jean de Barbonne, Jean le Pêcheur et Regnault Bartelet [Conclus, du, Conseil de ville, l^"" registre, p. 1).
Au mois de février suivant (1418), le bailli de Vermandois recevait l'ordre de tenir sa juridiction à Ghâlons, et on lui adjoignait dans l'exercice de ses fonctions Jehan de Liiitlielles, Gilles de Pacy et Guillaume le Folmarié (18 février. Conclus.). On poursuit dès lors à outrance tous les suspects.
^ Précis de l'hist. de Langres par Migneret, p. lo3. — Hist. de Chaumont par Jolibois, p. o4.
- Moine de Saint-Denis, t. VI, p. 135.
3 Sans doute après la mort du seigneur de Viepont, qui « avait le « gouvernement de Champagne » [Juvénal des Ursins, p. 534), et qui, tombé dans un parti ennemi, fut mis à mort à Paris.
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d'Armagnac avait une vertu magique et bien propre à entraver la fortune du Bourguignon. On l'avait bien vu peu après la soumission de Provins, lorsqu'une bande de brigands campagnards, qui occu" pait les bois voisins dii château de Monlaiguillon, d'où elle portait le dégât dans la Brie, s'avisa d'assiéger la place et de combler les fossés d'un amas énorme de fascines pour atteindre plus aisément à hauteur des murs. Le bailli royal de Meaux, qui avait eu connaissance de leur projet, vint en hâte au secours du château, et détacha en avant quelques-uns de ses hommes. Les brigands, qui étaient alors épars comme un troupeau de moutons, les virent venir sans s'émouvoir, bien persuadés qu'ils étaient de la garnison de Provins ; mais quand ces cavaliers fondirent sur eux en criant : Notre-Dame et Armagnac /k ce cri redoutable, dit le Moine de Saint-Denis, les paysans s'enfuirent en toute hâte ; mais ils ne purent échapper à leur destin, et les fascines qu'ils avaient amassées servirent à brûler leurs cadavres.
Le duc de Bourgogne prit donc le parti d'adresser à Isabeau une lettre pressante, où il la suppliait « de vouloir bien lui pardonner, « s'il avait commis envers elle quelque offense, d'oublier son res- « sentiment avec cette bonté qui lui était si naturelle, de lui rendre « cette affection à laquelle les liens du sang lui donnaient quelques « droits, et de lui permettre de jouir des charmes*'de sacompagnie. » Isabeau, loin de repousser la requête de Jean, s'entendit avec lui pour recouvrer sa liberté, et un jour (2 novembre 1417) qu'elle avait exprimé à ses gouverneurs le désir d'entendre la messe au couvent de Marmou tiers, hors des murs de la ville de Tours, des cavaliers apostés par le duc l'enlevèrent avec ses gardiens et la saluèrent au nom de Jean, qui s'empressa de venir recevoir ses remerciements '. Le duc et sa nouvelle alliée partirent ensuite pour Troyes, leur capitale, où ils arrivèrent le 23 décembre, et où ils devaient séjourner, le duc jusqu'au 4 avril 1418, la reine jusqu'au 4 juinl420^
' Quatre jours après, le 6 novembre, Charles VI établissait lieutenant pour le roi son fils Charles daupliin à l'excUision de ia reine et de tout prince du sang [Pièces relatives aux lieutenants du roi dans les Ordonnances du Louvre, X 424). xMais, le 13 novembre 1418, le roi, aux mains du duc de Bourgogne, relire ses pouvoirs au daupliin (Ibid., X 480).
- Jean y célébra tout d'abord la fête de Noël, et y fit, à la grand'messe